Sophie Adenot, étoile française dans l’espace

Rencontre

On se sent à la fois tout petit et vraiment connecté à la planète. On se dit qu’elle nous protège tous et qu’elle nous relie. » À plus de 414 km de la Terre, Sophie Adenot profite d’une vue imprenable sur notre planète bleue dans la Station spatiale internationale (ISS). Cela fait 202 jours et quelques heures, ce samedi, que l’ingénieure en aéronautique a la tête dans les étoiles et le corps en apesanteur au sein de l’ISS, devenant ainsi l’Européenne ayant réalisé la plus longue mission au sein de ce vaisseau. Le record était auparavant détenu par son homologue italien Luca Parmitano (201 jours).

Les deux pieds dans le vide

L’occasion pour la Française de dresser un bilan de sa mission, qui devrait s’achever mi-octobre, lors d’une conférence de presse ce mercredi, en direct de l’ISS. « Je pense que la plupart des objectifs ont été accomplis », confiait la spationaute. Des recherches et des activités multiples qui ont passionné la quadragénaire, bien qu’elle « doit avouer sincèrement que depuis qu’[elle a] effectué les sorties extravéhiculaires, c’est ça qu’[elle] préfère ».

Au cours des deux dernières semaines, la Française a effectué trois sorties en scaphandre à l’extérieur de la station. Des sorties où l’« on n’a pas la sensation de sécurité que l’on a dans l’ISS », explique la colonelle de l’Armée de l’air. Car ces sorties extravéhiculaires sont très risquées et demandent un grand temps de préparation. « Cela veut dire ajuster la nutrition, s’assurer que le sommeil est vraiment bon et ensuite ajuster l’effort physique, détaille Sophie Adenot. Mais on est accompagnés par des nutritionnistes et des médecins pour s’adapter à nos besoins physiologiques. » Un « grand saut dans l’inconnu » pour Sophie Adenot, devenue donc la première femme française, dans le vide spatial, à « voir la Terre immense sous [ses] pieds ». Avec 19h41 de travail en scaphandre, elle est également devenue la compatriote ayant passé le plus de temps en sortie extravéhiculaire, derrière Thomas Pesquet.

Lors de sa dernière sortie, c’est avec Jessica Meir, astronaute américaine et commandante de la mission, que la colonelle a pu réaliser différents travaux dans le vide spatial. Une sortie 100% féminine qui reste encore rare dans le secteur. Cette expédition 75 de l’ISS est d’ailleurs la première avec trois femmes à son bord.

Trop peu de femmes

Celles-ci restent encore trop peu nombreuses. Alors que 558 hommes se sont rendus dans l’espace, seules 85 homologues féminines ont vécu la même expérience. Elles ne représentent que 13% des astronautes, toutes nationalités confondues.

Cette sous-représentation s’explique notamment par des stéréotypes de genre persistants et des biais sexistes qui conduisent encore de nombreuses jeunes filles à penser qu’elles sont moins à l’aise dans les disciplines scientifiques. Les sciences, en particulier les mathématiques et les sciences de la nature, demeurent souvent perçues comme des domaines masculins. Une tendance qui apparaît dès le choix des spécialités au baccalauréat, mais qui s’affirme surtout dans les études post-bac. Si elles représentent presque la moitié des effectifs dans les spécialités mathématiques ou physique-chimie au bac, elles ne sont plus qu’un cinquième dans les filières scientifiques des études supérieures.

Face à ce constat, de plus en plus de femmes, d’universités ou d’écoles se mobilisent pour montrer que la science n’est pas une affaire d’hommes. La présence de modèles féminins comme Sophie Adenot permet de rappeler aux petites filles qu’elles, aussi, ont le droit de viser la lune.

« C’est un grand saut dans l’inconnu,
voir la Terre immense sous nos pieds »

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