Marseille a un problème avec les extincteurs. Pendant que l’attaquant de l’OM Pierre-Emerick Aubameyang enflammait la Commanderie jeudi dernier en vidant une bonbonne dans la chambre d’un cadre du staff olympien, les services de l’État s’échinent de leur côté depuis deux ans à mettre un terme aux fuites de gaz d’extinction sur le site où ils sont retraités, à l’Estaque. En cette fin du mois d’avril, la préfecture a ainsi passé un cap en mettant en demeure la société Créalis, située à deux pas du lycée professionnel de l’Estaque dans le 16e arrondissement de Marseille, de cesser d’ici six mois les rejets dans l’atmosphère de ces gaz employés pour éteindre des incendies, particulièrement destructeurs de la couche d’ozone. Ou de cesser, dans le même délai, leur transit sur ce site marseillais qui regroupe et traite les déchets comportant des fluides frigorigènes ou d’extinction.
À l’origine de ce combat, une opération nationale de contrôle lancée en 2024 sur les fluides fluorés, utilisés notamment dans les systèmes de réfrigération ou de lutte contre l’incendie mais aux effets puissants comme gaz à effet de serre. Après avoir prévenu de leur visite un mois plus tôt, les services de l’État réalisent une inspection le 23 mai sur le site marseillais du groupe Dehon, pionnier de fluides frigorigènes implanté dans la cité phocéenne depuis 1952. Sur place, les agents s’alarment d’une zone fumeurs présente « immédiatement à côté de l’accès du bâtiment contenant les fluides inflammables », des fûts avec des étiquettes « qui ne correspondent pas au fluide dangereux contenu », mentionne le rapport d’inspection consulté par La Marseillaise. Mais surtout, ils épinglent « des quantités importantes d’émissions de fluide fluoré ». En ligne de mire, deux gaz utilisés pour éteindre les incendies, de type halon et son substitut après son interdiction, le réfrigérant
R-227ea. « Les seuls rejets en R-227ea correspondent pour l’année 2021 à 40 328,7 tonnes équivalent CO2 soit plus de 335 millions de kilomètres (ou 8 375 fois le tour de la Terre) parcourus par une voiture particulière ne bénéficiant ni de malus ni de bonus écologique », pointe un arrêté pris le mois de février suivant qui interdit à l’entreprise de rejeter plus de 1% de la masse de ces deux gaz d’extinction et impose la réalisation d’une étude technico-économique pour supprimer à terme tous les rejets. Certes, la situation s’est améliorée (3 563 tours de la planète en 2023), et les quantités sont « probablement surestimées » selon l’entreprise qui explique dans le rapport ne pas pouvoir pomper les fonds des bonbonnes traitées, le gaz se liquéfiant quand la pression chute. Sollicitée par La Marseillaise, elle n’a pas donné suite. Mais l’étude qu’elle a transmise aux services de l’État en décembre 2025 assure qu’il est impossible de stopper complètement les rejets, sans « examen exhaustif des solutions techniques disponibles et de leurs coûts associés », grince la préfecture en ce mois d’avril.
Lors d’une réunion le 23 janvier dernier, la société promet donc qu’elle arrêtera de traiter ces extincteurs d’ici à la fin de l’année, en précisant deux semaines plus tard qu’elle va minimiser les pertes de fluides, à hauteur de 7 tonnes (25 000 tonnes équivalent CO2, ou 5 191 tours du globe) cette année. Mais finalement, le 25 février, celle-ci annonce qu’elle veut poursuivre de traiter les bonbonnes contenant des gaz de type halon jusqu’à… fin 2040. Et demande un délai de six mois si ce n’est pas possible. De quoi conduire à la mise en demeure prononcée par la préfecture ce 28 avril. Sous peine d’une amende pouvant monter jusqu’à 45 000 euros.

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