Deux accidents mortels au travail par jour

Calvin Simon n’avait que 15 ans, mais il fait désormais partie de la longue liste des personnes ayant perdu la vie au travail. Ce jeune élève d’un lycée professionnel était en stage d’observation dans une entreprise de matériaux de construction à Bagnols-sur-Cèze (Gard), lorsque le 17 avril, il perd la vie, écrasé par un engin élévateur dont il avait perdu le contrôle. Quelques heures plus tard, c’est vers Lyon qu’un jeune intérimaire de 22 ans meurt dans une usine Lustucru.

De tragiques accidents qui révèlent un véritable fait de société auquel veulent sensibiliser syndicats et associations à l’occasion de la journée mondiale de la Santé et de la sécurité au travail ce mardi (rendez-vous ci-contre). Date également de commémoration pour les morts et les accidentés du travail, le 28 avril permet de rappeler « que la question [de la sécurité au travail] est essentielle, selon Michel Bianco qui a perdu son fils dans un accident du travail en 2006 et milite au sein de l’association Familles Stop mort au travail. Il faut que la société prenne conscience du caractère insupportable de trois morts par jour au travail.* »

Des victimes de plus

en plus nombreuses

Des mobilisations d’autant plus importantes que le nombre d’accidents semble repartir à la hausse. Les derniers chiffres, qui datent de 2024, font état de 1 297 décès liés au travail, soit 10 de plus que l’année 2023, et qui suivent une augmentation observée depuis 2021. En région Paca, ce sont 107 personnes qui ont perdu la vie, dont 56 sur le lieu de travail. Et pour Pascal Maestracci, secrétaire régional de l’Union régionale Construction, Bois et Ameublement, CGT « les chiffres de 2025 risquent d’être catastrophiques. Car il y a eu une recrudescence du nombre de morts au début de l’année », affirme-t-il.

Pourtant depuis les années d’après guerre et la régulation du monde du travail, la tendance était plutôt à la baisse, jusqu’en 2008 où ils se mettent à stagner, pour augmenter de nouveau en 2021. Pour le père endeuillé, cette augmentation s’explique facilement : « Les questions de sécurité ont un coût [pour les entreprises], assène-t-il. Et il faut les limiter, augmenter les cadences, aller toujours plus vite », s’indigne-t-il. L’adhérent du collectif familles stop à la mort au travail pointe également du doigt l’augmentation des accidents des jeunes de moins de 25 ans, à l’instar de ceux évoqués plus haut. « C’est flagrant qu’il y a un manque d’accompagnement des jeunes, martèle-t-il. Comment ce jeune s’est-il retrouvé sur cet engin alors qu’il était en stage d’observation ? », pointe-t-il…

Le BTP est d’ailleurs l’un des secteurs les plus touchés. « C’est la profession la plus meurtrière, affirme le secrétaire de l’Union régionale Construction, Bois et Ameublement de la CGT. Que ce soit sur les chantiers, accidents de trajet ou les maladies professionnelles. On a l’équivalent malheureusement de plus d’un mort par jour travaillé », se désole le syndicaliste. Une sinistralité importante qui s’explique par la nature de ce secteur, mais également par l’explosion de la sous-traitance « en cascade » très pratiquée dans ce milieu. « Certaines petites entreprises sous traitantes à bas coût font des économies sur les mesures de sécurité, et passe plus facilement entre les mailles du filet [des contrôles] », commente le cégétiste.

Des chiffres alarmants mais qui seraient sous-estimés, d’après de nombreux experts. En effet, les chiffres de l’assurance-maladie ne prennent pas en compte les indépendants, les régimes spéciaux, la fonction publique ou les travailleurs non déclarés. Et faut-il encore que l’accident soit déclaré « de travail ». Ce qui est loin d’être toujours le cas.

Pour réduire les risques

Ces accidents pourraient être évités, selon les syndicats et les associations, en limitant la sous-traitance, qui permet de diluer la responsabilité, et en augmentant les contrôles et la régulation. La CGT réclame notamment le doublement des effectifs de l’inspection du travail. « Rien que sur les Bouches-du-Rhône, il y a 20% de postes vacants à l’inspection du travail, dénonce le cégétiste. Sans compter les arrêts-maladies à cause du surmenage. Ils n’ont donc pas les moyens de pouvoir faire les contrôles qui devraient être faits pour maintenir un niveau de sécurité au travail correct », insiste-t-il.

Par ailleurs, ils réclament la création d’un observatoire des morts et des accidents du travail, tout secteurs confondus, afin d’avoir une base de données plus large pour mieux répondre aux besoins de santé et sécurité. « Lorsque la société, à un moment, n’a plus accepté qu’il y ait dix mille morts par an d’accidents de la route, on a mis en place toute une législation, une limitation de vitesse et des radars. Et on est descendu à quatre mille morts. Donc quand on décide de mettre les moyens, on peut réduire les risques », s’exclame Michel Bianco.

Pour Pascal Maestracci, il est urgent d’agir. « Car ce sont des drames humains. Derrière le salarié, il y a des familles victimes de ces accidents au travail. Et tout ça sur l’autel du profit pour un patronat qui néglige les conditions de travail et la mise en sécurité des travailleurs. »

* En prenant en compte
les maladies professionnelles
et les accidents sur le trajet.

107

C’est le nombre de morts au travail en région Paca, en 2024, d’après la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et de la solidarité. Pour la région, si le nombre d’accidents a diminué, leur gravité elle, augmente.

LES RENDEZ-VOUS

Marseille

La CGT bois métaux construction organise un rassemblement à partir de 7h devant la chambre patronale du BTP 13.

Venelles

Une conférence-débat, comprenant la projection du film L’histoire de Souleymane et une exposition photo, se tient à la Médiathèque l’Etincelle à partir de 18h. Entrée libre sur inscription à l’adresse suivante : carrefourcitoyenvenelles@gmail.com.

Châteauneuf-les-Martigues

La fédération des industries chimiques de la CGT Paca appelle à la grève et à un rassemblement à 10h sur le site de Total la Mède, sur le rond-point d’accès à l’entreprise.

Avignon

L’union départementale de la CGT 84 appelle au rassemblement sur le parvis de la gare centre à 10h30.

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