Avertissement préalable, cette exposition peut choquer, ébahir ou bien rebuter. Gilles Barbier est un artiste plein d’humour, d’intelligence et d’habileté. Il est né en 1965, son œuvre est situable au niveau de deux grands sculpteurs-installateurs du XXe, César et Richard Baquié. Son atelier est implanté dans la Friche de la Belle de Mai, ses plus récentes expositions furent programmées à Bruxelles, Rodez et Nantes. Claire Durand-Ruel, Antoine de Galbert, les Frac et les musées figurent parmi ses collectionneurs. Un parcours en ville complète son exposition, chez Didier Webre, 4 rue Bonneterie, chez Bernard Plasse 37 rue Sylvabelle jusqu’au 4 avril et chez Digitale, 11 avenue de Mazargues. Le MAC présente « Naufrages » et « Les anges désarticulés ».
Pas besoin de se prendre la tête pour appréhender les déplacements, les émotions difficilement formulables que ces pièces suscitent. Nanti d’une barboteuse et d’un nœud papillon, un peintre voudrait crâner en face de son chevalet, des couleurs hideuses dégoulinent autour de lui. Une tête et des pieds en gruyère sont criblés de trous. Du goudron et des plumes figent l’ultime pavane, les tongues d’un troisième figurant.
Tout ceci, c’est à la fois de l’obstination et du premier degré plus ou moins bancal. Puisqu’il s’agit des moulages du visage de l’artiste dont le grotesque et la dérision se renouvellent constamment, la tendresse et la compassion sont incontrôlables.
En mi-parcours, en face des fac-similés de ce qu’on voit sur une table, les apprêts d’un festin et le frigidaire du boucher, la saturation est à son comble. Les gestes et la distance du montreur apparaissent impeccables ou bien impardonnables, c’est selon. La froideur et la précision du chirurgien ont sculpté la barbaque des quartiers de viande rouge désossée. La découpe et la finition jusqu’auboutiste furent intenses. La bidoche, les glacis des saucisses persillées, la dégringolade des têtes de veaux pansus, le crâne fendu du cochon et les pâtés en croûtes peuvent procurer selon l’humeur du moment gêne, admiration béate ou bien écœurement.
Ces œuvres ne se contentent pas de décrire et de dénoncer les marchandises, la noirceur et la cruauté du monde. Ce qui violente leur apparition, c’est aussi la crasse de la bêtise, l’immaturité des humains et leur manque de solidarité. Pas plus qu’une farce indigeste, « ceci n’est pas une performance » : nos corps et nos regards sont tous ensemble embarqués.
Regards de Provence, jusqu’au 27 septembre.

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