À Marseille, l’impression d’un « bureau fantôme » au Parc Kalliste

« Quatre votants entre 8h et 9h. Je suis choquée, je n’ai jamais vu ça de ma vie », n’en revient toujours pas Nassima, en indiquant le tableau de suivi de participation. Secrétaire adjointe du bureau de vote 1581, établi en ce dimanche 22 mars dans l’école élémentaire du Parc Kalliste, elle en a pourtant écumé et supervisé depuis une vingtaine d’années, des lieux où la désaffection des électeurs symbolise le sentiment d’abandon qu’ils nourrissent vis-à-vis des politiques. « Mais pas à ce point-là. On a l’impression que c’est un bureau fantôme », exprime avec dépit l’une des secrétaires de ce bureau de vote qui a concentré, lors du premier tour des élections municipales, il y a une semaine, le plus fort taux d’abstention de tout Marseille. Sur 819 inscrits, y ont été dénombrés 172 votants, soit une participation de 21%. Au cœur de cette copropriété dégradée du 15e arrondissement, dans le quartier Notre-Dame-Limite, il est 16h en ce jour de second tour et le tableau affiche 158 votants. « Les gens n’ont pas envie de venir. Ils n’ont plus du tout confiance en la politique », ne peut qu’observer, comme une majorité de présents, Linda Boadis, secrétaire générale d’un bureau dont les assesseurs s’enthousiasment à chaque arrivée d’un nouveau votant. « Tu votes ici pour la mairie centrale, puis tu fais le tour et tu fais la même chose avec la mairie de secteur. C’est bien que vous soyez venus », s’adresse-t-elle en direction de deux jeunes qui font leur devoir de citoyen pour la première fois.

« Tant de promesses »

Une satisfaction hélas trop rare tout au long de cette journée où le peu d’enveloppes bleues et marron des deux urnes se comptent aussi peu que les bus 97 qui passent dans le quartier. Le désert. « On nous fait tant de promesses ici depuis l’époque de nos grands-parents qu’ils n’ont plus du tout confiance. Des promesses de logements, de transports, d’écoles, de travail », estime Marco, la trentaine, qui a tout de même fait l’effort de se déplacer à Kalliste depuis le 10e arrondissement où il habite désormais. Quelques minutes après lui, Ounaya et Saira Sidi, deux jeunes sœurs résidant à Kalliste depuis une vingtaine d’années, lui emboîtent le pas. « C’est mon frère qui m’a convaincue de venir. Il m’a parlé de ce qu’il s’est passé au premier tour et qu’il fallait absolument que je vote », explique la cadette qui déplore entre autres le trop « grand nombre d’enfants dans les rues et le quartier qui se vide avec les destructions et travaux de certains bâtiments ».

Jugement sur pièce

Au sein de cet ensemble construit dès 1958 pour accueillir à l’origine les rapatriés français d’Indochine, les problèmes se sont accumulés : de l’insalubrité à la violence en passant par les squats sur lesquels les marchands de sommeil se sont goinfrés. Des travaux de démolition du bâtiment G de la cité ont démarré il y a plus d’un mois. Bailleur social de la Ville, Marseille Habitat a racheté au fil du temps ses 129 logements pour y parvenir. Un chantier dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain qui prévoit notamment un parc, aire de jeux pour minots, écoles ou encore la reconstruction de logements privés et sociaux. « On ne peut pas se contenter de la situation actuelle mais les choses sont en train de se faire, personne ne peut le nier. Les crédits sont lancés », réagit Hedi Ramdane (DVG), adjoint au maire en charge de la jeunesse et élu des 15-16. « Il y a eu quelques évolutions, mais ça a pris énormément de temps. J’ai vu les plans de ce que le quartier allait devenir. Ça me plaît sur le papier. Mais je ne demande qu’à voir. Est-ce que tout cela va marcher et être tenu ? », s’interroge Louiza, ici depuis 33 ans. Il est 20h. Le bureau ferme. La participation atteint cette fois 23,96%, soit 196 votants.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *