Aucun candidat aux municipales à Bayons, les habitants inquiets

Le village de Bayons, perdu au milieu des montagnes bas-alpines, est le fruit de la fusion de quatre communes, en faisant un territoire très large et difficile à gérer. Bayons fait partie des communes les plus étendues du département, alors même qu’elle compte moins de 200 habitants. C’est un territoire dépeuplé, fait de terrains difficiles, ce qui rend la tâche compliquée pour le maire.

Il y a quelques jours encore, une route s’y est effondrée, coupant deux hameaux du reste du monde. « Cela fait trois semaines que je ne fais que ça », regrette Régis Rioton, le maire, qui exerce toujours son activité d’architecte à côté de son mandat, et a donc décidé de ne pas se présenter à nouveau aux élections municipales. Il « ne peut que regretter » que personne n’ait déposé de candidature pour prendre sa suite, mais le comprend : « La tâche fait peur, cela demande un investissement conséquent, ça ressemble à du bénévolat. »

Une position partagée par les habitants, notamment un ancien conseiller municipal, éleveur à la retraite qui a exercé plusieurs mandats, fait partie de la plus vieille famille du village et trouve que « tout est devenu trop compliqué ici, cela prend beaucoup de temps et de travail ». « C’est pas normal d’être abandonné comme ça, ça m’inquiète », confie Marie Wagner, retraitée qui a une maison secondaire dans le village.

« Les gens sont inquiets, on préférerait que ça continue comme avant », abonde Jean-Claude Chaix, habitant de Bayons. Il s’inquiète d’un potentiel rattachement à une autre commune si aucune candidature n’était déposée. « C’est pas pareil, si les gens ne sont pas de la commune, ils s’occuperaient moins de nous », suppose-t-il.

Une délégation spéciale

Dans les 8 jours suivant le 15 mars, la préfète nommera par arrêté une délégation spéciale de trois membres, « investie des pouvoirs de pure administration conservatoire et urgente et chargée d’organiser de nouvelles élections pour reconstituer le conseil municipal dans les 3 mois suivant le 1er tour », explique la préfecture.

Les projets du maire sortant, l’installation d’un commerce, la rénovation de la mairie et la création de logements, n’ont pas pu arriver à leur terme en raison d’une forte opposition. Le budget de la commune ne permet pas d’engager des sommes importantes, comme pour la réparation de la route qui s’est effondrée. « Avant le 15 mars, il faut qu’on ait un budget pour signer le devis, payer l’entreprise et caler les travaux. Il y a une urgence pour désenclaver les familles », martèle le maire sortant, Régis Rioton.

« La répartition des gens sur un territoire immense ne facilite pas les relations », avance le maire. Il estime que chaque habitant dispose de 66 hectares. « On est captif, il faut être là tout le temps. La mairie est le service public numéro 1, les gens se tournent vers nous pour tout, ils n’ont pas conscience de la complexité de gérer ça au quotidien », explique-t-il. Régis Rioton prévoit d’organiser une réunion publique pour préciser le cadre légal aux habitants.

Bayons fait partie des 68 communes de France à n’avoir aucune liste candidate pour les élections municipales. Elle est la seule de la région. Selon Jean-Claude Chaix, cela est également dû à la parité qui doit être respectée, y compris par les communes de moins de 1 000 habitants, pour ce mandat. « Il y a eu des tentatives d’élaboration de listes, mais aucune n’est arrivée à son terme. De ce que j’ai compris, personne ne voulait endosser la tête de liste », se désole le maire sortant.

Régis Rioton, qui va sur ses 66 ans, souhaite « laisser la place aux jeunes ». « Je suis vieux, j’ai le cerveau qui se ramolit, des difficultés d’élocution », explique-t-il. Reste à voir s’ils se porteront volontaires pour prendre sa suite.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *