C’est une rentrée solennelle marquée par un départ regretté. Celui de Jean-Paul Luce, élu CGT au sein du collège salarié durant 27 ans, tour à tour président et vice-président de la juridiction, frappé par la limite de 5 mandats fixée par les nouvelles dispositions gouvernementales de 2023. Lesquelles imposent également une limite d’âge de 75 ans. « Des textes votés entre autres par des sénateurs dont je tairais, par pudeur, pour bon nombre d’entre eux, non seulement leur âge en fonction mais aussi leurs cumuls de mandats », ironise, dans son discours de rentrée, Serge Caro (CGT), nouveau président du Conseil des prud’hommes de Montpellier. L’occasion de rendre hommage à la qualité du travail de son collègue, à l’unisson du président sortant issu du collège employeur, Yann Fortunato, qui a salué « l’engagement, le sens des responsabilités et la droiture » de Jean-Paul Luce.
En cette année 2026, qui ouvre un nouveau mandat de 4 ans, Serge Caro, élu CGT issu des organismes sociaux, aujourd’hui à la retraite, prend donc la tête d’un Conseil des prud’hommes largement renouvelé, avec 52 nouveaux conseillers. 9 sièges sur les 166 que compte la juridiction n’ont toutefois pas été pourvus. Le nouveau président, fort de 17 ans d’ancienneté au sein de ce conseil, en a profité pour « déplorer les conséquences de l’augmentation du nombre de conseillers », passés, pour Montpellier, de 144 à 166 depuis 2023, « sans y affecter quelques moyens humains et matériels adéquats. Le résultat est que ça n’a contribué qu’à affaiblir considérablement l’expérience de chaque conseiller, siégeant bien moins en audiences et du coup, réduisant de fait bon nombre de rédactions de jugements. »
Pour autant, le Conseil peut s’enorgueillir, pour 2025, d’une diminution des délais de traitement. La durée moyenne d’une procédure est de 18,2 mois contre 18,8 mois en 2024, et de 42,8 mois lorsqu’elle fait l’objet d’un départage (recours à un magistrat professionnel lorsque les 4 conseillers ne tombent pas d’accord), contre 52,4 mois en 2024.
L’année écoulée s’illustre par ailleurs par une forte augmentation de son activité (les licenciements représentant l’immense majorité des contentieux) : avec 1 996 affaires nouvelles (référés compris) entre 2024 et 2025, le Conseil des Prud’hommes enregistre une progression de 18,25%. Une hausse continue depuis 2022. Malgré cette augmentation, la juridiction parvient à maîtriser son stock, avec 2 573 affaires en cours de traitement (contre 2 407 en 2024) et 1 825 affaires terminées (une centaine de plus qu’en 2024). À noter également que le taux d’appel au fond devant la chambre sociale est en baisse (24,1% en 2025 contre 26,6% en 2024), très loin d’une moyenne nationale autour de 60%. « Le conseil rend des décisions justes et comprises
par les parties », se félicite le président sortant Yann Fortunato.
Au vu de ces résultats, la juridiction, qui souffre notamment « d’un déficit structurel de personnels de greffe », comme le souligne Serge Caro, a bien du mérite. « Comment peut-on imaginer que l’on préfère indemniser des préjudices liés au dysfonctionnement de la justice au lieu de recruter du personnel qualifié, indispensable et nécessaire à notre juridiction ? », interroge le nouveau président à l’intention de l’État. Il pointe également les dérives du fameux barème Macron imposé à la juridiction prud’homale : « Les plafonds indemnitaires ne répondent absolument pas à la réparation du préjudice réellement vécu. »

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