La Marseillaise : Le musée Guimet dispose d’une des plus importantes collections d’arts asiatiques…
Yannick Lintz : Oui, c’est le musée national consacré aux arts asiatiques. C’est un peu le Louvre de l’Asie. On y trouve les différentes cultures asiatiques depuis l’Afghanistan en passant par l’Asie du Sud, l’Inde, le Cambodge, la Thaïlande et tous les pays d’Asie du sud-est, mais aussi la Chine, le Japon, la Corée, le monde himalayen… Toute l’Asie à l’Est du Moyen-Orient. On a ainsi la chance d’avoir, à Paris, un des quatre plus grands musées au monde dédiés aux arts asiatiques.
En quoi consiste le dispositif « Guimet + », dans le cadre duquel s’inscrit le partenariat noué avec le musée Fabre ?
Y.L. : Tout le monde n’a pas les moyens de venir à Paris dans les musées. L’idée est donc de rapprocher des populations les trésors nationaux qu’ils contiennent. Nous avons entamé le dispositif « Guimet + » l’année dernière à Clermont-Ferrand et Digne-les-Bains. Et cette année, nous proposons un nouveau « Guimet + » à Montpellier, avant de continuer dans quelques autres villes. L’originalité de ce dispositif et son côté innovant, c’est qu’on ne veut pas s’installer juste le temps d’une exposition temporaire de 3 mois. On veut s’installer durablement, durant 4 ans. Cela permettra, avec une exposition chaque année : la Chine, le Japon, l’Inde et le monde himalayen, de développer au maximum le lien avec les écoles, les associations locales… D’avoir des projets à long terme et du coup, on l’espère, de proposer une vraie initiation à ces cultures d’Asie pour un maximum de gens.
Les arts et cultures asiatiques sont-ils méconnus du grand public ?
Y.L. : Il y a une ferveur populaire pour la cuisine asiatique, le côté zen, les médecines douces et les jeunes sont passionnés de mangas ou de K-pop. La culture populaire asiatique est donc très présente, et de plus en plus. En revanche, alors que tout le monde pourrait citer un chef-d’œuvre du Louvre, comme la Joconde ou la Vénus de Milo, personne, je pense, n’est capable de citer un chef-d’œuvre du musée Guimet. L’art asiatique est donc moins connu. C’est tout l’enjeu de ces expositions durant 4 ans : faire connaître ces trésors.
Combien d’objets sont présentés dans cette exposition autour de la Chine et quelles en sont les pièces maîtresses ?
Y.L. : On ne veut pas assommer le public en présentant 150 œuvres d’un coup. On préfère choisir 30 chefs-d’œuvre, qui balayent toute l’histoire de la Chine depuis le Ier millénaire avant J.-C. jusqu’au XIXe siècle. On essaie également de balayer aussi tous les types de matériaux. Parmi les pièces significatives, je citerais les très rares porcelaines de Chine, des vases aux Mille-fleurs ou bien des très belles sculptures anciennes en jade, matériau beaucoup plus précieux que l’or en Chine. Nous avons voulu faire découvrir la Chine à travers ses plus grands chefs-d’œuvre.
Par ailleurs, on ne veut pas simplement apporter les œuvres, les déposer dans des vitrines et dire : débrouillez-vous. Elles sont accompagnées de tout un dispositif éducatif : des cartes géographiques, des chronologies, des sortes de jeux interactifs. Des dispositifs sensoriels aussi, pour faire découvrir les parfums de la Chine, la poésie, la musique… On a également un grand écran immersif qui fait rentrer le visiteur dans le jardin et la maison d’un lettré, l’initie à la cérémonie du thé. L’idée est de recréer au maximum le contexte culturel des objets qu’on présente.
Afin d’offrir des clés d’accès aux œuvres plus faciles, on les aborde à travers des thèmes universels, qui parlent à toutes les sociétés : le prestige, la transgression, le sacré, la beauté…

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