Jeunesse étouffée, avenir assassiné

Aujourd’hui, la France se fracture jusque dans le regard qu’elle porte sur sa jeunesse. Lorsqu’ils se mobilisent, les lycéens ne trouvent aucune grâce aux yeux d’aînés prompts à balayer leurs inquiétudes. Leur mécontentement est réduit à un caprice d’enfants gâtés, quand on ne les accuse pas d’être les marionnettes d’organisations politiques.

Pourtant, cette génération n’est pas en perte de repères par confort : elle l’est par abandon. Son entrée dans la vie publique a été marquée par la rupture sociale et l’isolement lié au COVID, puis par le retour tragique de la guerre aux portes de l’Europe (Ukraine). À cela s’ajoute l’angoisse existentielle du dérèglement climatique, héritage amer laissé par des générations ayant consommé sans compter. Pour toute perspective, on répète à ces jeunes qu’ils doivent résigneusement accepter leur sort de variable d’ajustement économique au sein d’un système à bout de souffle.

Face à ce désarroi, la société refuse le dialogue. Au mépris d’une partie de la population, qui aura pleinement profité d’un modèle et d’acquis sociaux aujourd’hui en voie de disparition, s’ajoute une réponse institutionnelle brutale. À la demande de justice, d’équité, d’écoute, le pouvoir en place répond par la doctrine du maintien de l’ordre : CRS et forces mobiles sont envoyés pour faire taire la contestation.

Les violences subies dans la rue comme au sein des établissements soulignent une dérive sécuritaire dramatique, plaçant la police française parmi les plus répressives d’Europe.

Cette jeunesse ne descend pas dans la rue par désordre ou indiscipline. Elle cherche désespérément un cap dans un monde cynique qui tente de lui vendre la résignation comme une vertu. Dès lors, quand elle se soulève, ce n’est pas un trouble à la paix publique qu’il faut mater : c’est un cri de survie qu’il faut entendre. À force de vouloir leur enseigner l’aveugle obéissance, les donneurs de leçons de tous bords oublient la règle cardinale de l’Histoire : une société qui étouffe la révolte de ses enfants est une société qui assassine son propre lendemain.

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