La « répression » vue de l’intérieur avec un avocat

Nicolas Chambardon a observé de l’intérieur la répression du mouvement lycéen. « Le nombre d’interpellations est complètement disproportionné au vu de l’intensité du mouvement », s’indigne l’avocat pénaliste. 340 personnes ont été interpellées dans les Bouches-du-Rhône selon la préfecture, 8 000 à l’échelle du pays, depuis le début du mouvement.

« Sur les motifs de placement en garde à vue, on voit souvent juste écrit “participation à une manifestation“ », indique le membre du Syndicat des avocats de France (SAF), avant d’ajouter : « Les gardes à vue ne sont plus utilisées comme outils judiciaires, mais comme outils de répression ».

En France, les placements en garde à vue sont encadrés par le Code de procédure pénal. « Une dégradation légère ne suffit pas à la justifier, mais on voit que des motifs sont ajoutés ultérieurement comme “outrage en réunion” ou “violences envers personne dépositaire de l’autorité publique“. » Ces modifications des procès-verbaux sont quasiment « systématiques » selon l’avocat, membre de la Legal Team, collectif d’avocats et juristes bénévoles fournissant un accompagnement juridique gratuit aux manifestants. Il se dit « choqué par la fragilité procédurale de ces dossiers ».

Conséquences « sur la psyché »

À force de défendre des militants interpellés en manifestation, il dresse un constat : « On sait combien les violences physiques ou psychologiques peuvent marquer la psyché des militants. Souvent, ils ne reviennent plus ». Autre signal préoccupant selon lui : l’entrée en vigueur de la loi Ripost, en septembre, autorise la vidéosurveillance des cellules de garde à vue, mais sans enregistrer les images de façon systématique. « Les potentielles violences infligées en garde à vue ne pourront plus être prouvées par les images ».

À l’occasion du 17 octobre, avec entre autres le retour annoncé des Gilets jaunes, mouvement lancé en 2018 où 2 549 blessures de manifestants, dont 17 éborgnements et 5 mains arrachées avaient été observées, l’avocat craint « une volonté du gouvernement de réprimer et même de mater le mouvement dans la peur et la violence ».

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