Une gastronomie en partage pour mieux vivre ensemble

Le Maroc, c’est l’accueil, c’est notre culture, et aujourd’hui est le meilleur moment pour le partager », assure Hiba El Haouate en même temps qu’elle sert une assiette de tajine. Sous les arbres de la place, une dizaine de tables sont installées toute la journée de dimanche. Les drapeaux marocain, grec et espagnol côtoient le lorrain et le picard, chacun accompagné de spécialités « maison ».

Pour cette fête des peuples du centre social Fabien-Menot, Bernadette Morin a préparé de la quiche lorraine. Sa voisine Jocelyne Mioque, en costume traditionnel, sert de la tarte au Maroilles, des ficelles, ces crêpes au jambon fromage et champignons, et « de la tarte au chuc », comprendre au sucre. « C’est comme ça qu’on dit dans l’nord », explique-t-elle, « une terre de culture », dit-elle en montrant un petit panier garni de pommes de terre, de chicons (endives) et d’épis de blé.

Fédérer par le goût

De l’autre côté de la place et de la Méditerranée, la table sénégalaise du « Ndoye polyvalent art » offre bissap, bananes plantain et un peu de mafé. Logique, Aliou Ndoye, professeur de danse mandingue, investit le centre social Fabien-Menot les mardis après-midi pour de nouveaux cours de danse.

Impossible à Port-de-Bouc de rater la table grecque. Devant sa marmite de feuilles de vigne farcies, Colette Dubrac le reconnaît : « Port-de-Bouc est un melting-pot. » « Mes grands-parents sont venus travailler ici dans les années 1920, mon grand-père était pécheur d’éponges à Kalymnos », explique-t-elle, d’où l’éponge marine sur la table. « Nos traditions et l’esprit de communauté s’effacent quand nos parents partent. C’est pour ça que c’est important pour moi de montrer tout ça aujourd’hui », confie Colette Dubrac. « Mon père était Italien et Espagnol. Quand les anciens sont arrivés pour le travail ou pour fuir Franco, tous les immigrés vivaient ensemble sans distinction », relate-t-elle. « Le mot raciste n’existait pas ! », interjette Christine Schitz, née Tsopanis, un kourabies à la main.

C’est tout le concept de cette fête. « On a tous des origines, mais on vit tous au même endroit », illustre le directeur du centre social Maxime Tardivel. « Certains veulent nous monter les uns contre les autres et nous le refusons. La diversité des origines et une force et chaque culture fait une place importante à la gastronomie. Rien n’est plus fédérateur de partager ce qu’on mange », affirme-t-il. La participation en atteste : « Je connais pas tout le monde, ça veut dire qu’on attire au-delà de l’habituel », conclut le directeur.

Le maire (PCF) Laurent Belsola et la conseillère départementale (PCF) Magali Giorgetti sont de passage. « J’habite à côté », confie l’élue, ravie de voir « tous ces gens qui se mélangent, contents de partager la culture de chacun ». « Malgré les travaux, le quartier revit, grâce aussi à la gestion communiste », note-t-elle. « Le Département, financeur des centres sociaux, doit continuer à les soutenir et nous y veillons », conclut Magali Giorgetti. Le bien vivre ensemble est un choix politique.

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