Tag: centres sociaux

  • Face à l’illettrisme, la formation perd ses moyens

    Face à l’illettrisme, la formation perd ses moyens

    « La difficulté que nous avons, c’est que c’est relativement invisible », souffle la directrice générale de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), Cécile Jaffré. Ce mercredi 30 septembre, c’est sous les ors de la préfecture de région que l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) présentait une étude inédite sur les risques d’illettrisme en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Un phénomène certes quasi-invisible, mais massif. « Au niveau national, sur 100 personnes scolarisées en France, 11 éprouvent des difficultés fortes à l’écrit ou en calcul à l’âge adulte », explique Olivier Sanzeri, chef de projet à l’Insee. Soit 3,7 millions de personnes empêchées face aux démarches du quotidien. Et contraintes à la débrouille. « Pour prendre le métro, un homme prenait le nombre de pièces correspondant au nombre de stations qu’il fallait passer, et les changeait de poche à chaque arrêt pour savoir où descendre », illustre la coordinatrice régionale de l’ANLCI, Corinne Matteaccioli.

    Alerte en Vaucluse

    « Le premier facteur de risque est le niveau de diplôme », poursuit Olivier Sanzeri. Au total, 38% des personnes qui n’ont aucun diplôme sont en situation d’illettrisme, soit treize fois plus que celles qui ont un diplôme du supérieur. Le phénomène touche aussi 18% des personnes qui ont commencé leur scolarité hors de France, avec des risques deux fois plus élevés que le reste de la population, ainsi que les personnes les plus âgées, dont 13% de celles qui ont entre 50 et 64 ans.

    Autant d’éléments qui permettent de dresser une carte des territoires cumulant les facteurs de risque dans la région. Avec en premier lieu le Vaucluse, cinquième département le plus pauvre de France hexagonale, en particulier l’Enclave des Papes et le Pays d’Apt. Mais Marseille est aussi particulièrement concernée : 23,1% des habitants du 15e arrondissement n’ont aucun diplôme, et 21,7% dans le 14e. Plus du double de la moyenne nationale.

    Des guichets des centres communaux d’action sociale aux centres sociaux, ce sont les services publics du quotidien qui sont en première ligne pour repérer ces difficultés. L’association régionale des missions locales s’est engagée, en 2023, dans une expérimentation pour repérer les jeunes les plus en difficulté. « Mais la difficulté, c’est que nous n’avons pas d’outils sur les territoires qui puissent prendre en charge la problématique », alerte leur directrice, Lila Bua.

    La Région à la traîne

    Chef de file de la formation, le conseil régional finançait pourtant un dispositif de formation spécifique, les Espaces territoriaux d’accès aux premiers savoirs (Etaps). Ceux-ci ont été abandonnés dès 2017 après la bascule à droite de la collectivité. De son côté, France Travail avait pu utiliser les fonds du premier Plan d’investissement dans les compétences, lancé en 2019 pour toucher les personnes les plus éloignées de l’emploi. Devenu régional en 2024 pour sa deuxième phase, avec la Région cette fois-ci partie prenante, il ne comporte plus de dispositif spécifique. À l’inverse d’autres conseils régionaux, comme l’Occitanie qui, dès 2019, s’est impliquée contre l’illettrisme avec son programme Lectio. La Région Sud rappelle certes qu’elle finance le centre de ressource illettrisme et analphabétisme (CRIA), qui accompagne les professionnels, à hauteur de 92 500 euros par an, et qu’elle a investi 374 000 euros entre 2022 et 2025 pour le projet Filia, qui permet d’accompagner les personnes en situation d’illettrisme ou présentant un trouble « dys ». « À partir de 2027, nous irons plus loin avec un repérage renforcé dès l’entrée en formation et un accompagnement davantage individualisé », annonce-t-elle.

    Mais en attendant, cet accompagnement repose davantage sur les opérateurs de compétences, chargés de la formation professionnelle. « Cela relève aussi de la responsabilité de l’employeur, la majorité des personnes en situation d’illettrisme sont en emploi », souligne la coordinatrice régionale de l’ANLCI. Et surtout sur le tissu associatif, « qui joue un rôle fondamental parce qu’il est pérenne », insiste-t-elle. C’est le cas du centre social de la Farandole, à Istres, qui propose des cours spécifiques pour les adultes. Mais ces structures sont frappées de plein fouet par les coupes budgétaires, des collectivités comme de l’État. « Nous n’avons plus la volumétrie permettant de servir tous les besoins », reconnaît le secrétaire général adjoint de la préfecture, Philippe Matheron.

    « Si nous voulons améliorer la situation, il ne faut pas détruire un écosystème qui existe aujourd’hui », alerte face à lui la directrice générale de l’ANLCI. Il y a urgence : alors que 5,1% des jeunes des Bouches-du-Rhône éprouvaient des difficultés sévères de lecture en 2023 lors de leur journée défense et citoyenneté, leur proportion est passée à 6,7% en 2024.

  • L’addiction au centre d’une rencontre organisée par et pour les jeunes

    L’addiction au centre d’une rencontre organisée par et pour les jeunes

    Ce samedi à Vitrolles, au complexe sportif Coubertin, plus de 120 jeunes de centres sociaux des Bouches-du-Rhône participeront à une journée de rencontres et de débats organisée par le réseau Jeunesse de l’Union des centres sociaux du département. L’occasion de faire un pas de côté et de nouer des liens avec des jeunes venus d’autres structures sociales.

    La thématique de cette 9e édition de cette journée intitulée « Jeunes ensemble » : l’addiction. Sucre, écran, réseaux sociaux, cigarettes électroniques, les pratiques addictives seront abordées dans toute leur diversité, au-delà des seuls drogues et alcools. Une thématique choisie par les jeunes.

    Depuis plusieurs mois, une vingtaine de jeunes « moteurs » s’affairent pour préparer les animations de la journée : parcours avec des lunettes de simulation d’alcoolémie, théâtre forum, jeux de société et échanges sur leur propre rapport aux addictions.

    Si ce sont bien les jeunes qui encadreront eux-mêmes les événements, ils bénéficieront de l’appui de l’association Réseaux 13, qui œuvre pour l’accès à la santé dans les quartiers populaires de Marseille.

    « Ça fonctionne bien parce que ce sont des jeunes qui parlent à d’autres jeunes de sujets qui les concernent directement » précise Pascale Balian, chargée de mission de l’Union des centres sociaux des Bouches-du-Rhône.

  • Une gastronomie en partage pour mieux vivre ensemble

    Une gastronomie en partage pour mieux vivre ensemble

    Le Maroc, c’est l’accueil, c’est notre culture, et aujourd’hui est le meilleur moment pour le partager », assure Hiba El Haouate en même temps qu’elle sert une assiette de tajine. Sous les arbres de la place, une dizaine de tables sont installées toute la journée de dimanche. Les drapeaux marocain, grec et espagnol côtoient le lorrain et le picard, chacun accompagné de spécialités « maison ».

    Pour cette fête des peuples du centre social Fabien-Menot, Bernadette Morin a préparé de la quiche lorraine. Sa voisine Jocelyne Mioque, en costume traditionnel, sert de la tarte au Maroilles, des ficelles, ces crêpes au jambon fromage et champignons, et « de la tarte au chuc », comprendre au sucre. « C’est comme ça qu’on dit dans l’nord », explique-t-elle, « une terre de culture », dit-elle en montrant un petit panier garni de pommes de terre, de chicons (endives) et d’épis de blé.

    Fédérer par le goût

    De l’autre côté de la place et de la Méditerranée, la table sénégalaise du « Ndoye polyvalent art » offre bissap, bananes plantain et un peu de mafé. Logique, Aliou Ndoye, professeur de danse mandingue, investit le centre social Fabien-Menot les mardis après-midi pour de nouveaux cours de danse.

    Impossible à Port-de-Bouc de rater la table grecque. Devant sa marmite de feuilles de vigne farcies, Colette Dubrac le reconnaît : « Port-de-Bouc est un melting-pot. » « Mes grands-parents sont venus travailler ici dans les années 1920, mon grand-père était pécheur d’éponges à Kalymnos », explique-t-elle, d’où l’éponge marine sur la table. « Nos traditions et l’esprit de communauté s’effacent quand nos parents partent. C’est pour ça que c’est important pour moi de montrer tout ça aujourd’hui », confie Colette Dubrac. « Mon père était Italien et Espagnol. Quand les anciens sont arrivés pour le travail ou pour fuir Franco, tous les immigrés vivaient ensemble sans distinction », relate-t-elle. « Le mot raciste n’existait pas ! », interjette Christine Schitz, née Tsopanis, un kourabies à la main.

    C’est tout le concept de cette fête. « On a tous des origines, mais on vit tous au même endroit », illustre le directeur du centre social Maxime Tardivel. « Certains veulent nous monter les uns contre les autres et nous le refusons. La diversité des origines et une force et chaque culture fait une place importante à la gastronomie. Rien n’est plus fédérateur de partager ce qu’on mange », affirme-t-il. La participation en atteste : « Je connais pas tout le monde, ça veut dire qu’on attire au-delà de l’habituel », conclut le directeur.

    Le maire (PCF) Laurent Belsola et la conseillère départementale (PCF) Magali Giorgetti sont de passage. « J’habite à côté », confie l’élue, ravie de voir « tous ces gens qui se mélangent, contents de partager la culture de chacun ». « Malgré les travaux, le quartier revit, grâce aussi à la gestion communiste », note-t-elle. « Le Département, financeur des centres sociaux, doit continuer à les soutenir et nous y veillons », conclut Magali Giorgetti. Le bien vivre ensemble est un choix politique.

  • Pays de Martigues : une journée pour revendiquer et fêter la paix

    Pays de Martigues : une journée pour revendiquer et fêter la paix

    La paix à Martigues et Port-de-Bouc est autant un sujet politique que de festivités, particulièrement en ce mercredi 23 septembre.

    Tout l’après-midi de 13h30 à 17h au jardin de Ferrières de Martigues, la Ville organise la Fête de la paix avec ateliers créatifs, sportifs et ludiques pour tous publics avant le temps protocolaire et le concert de fin de journée. En même temps, l’exposition « des ailes pour la paix » réalisée par les enfants des écoles et des centres de loisirs de Martigues est proposée. Parmi les organisations à l’initiative, la Mouvement de la paix, l’Association pour l’animation des centres sociaux (AACS), Martigues Sport Athlétisme, l’Appart, les Vélos des étangs, le Martigues rugby club, Wimoov, l’Ajes, le cinéma la Cascade et le collège Gérard-Philipe. À noter que la Ville est adhérente depuis 2010 de l’Association française des communes pour la paix et inscrit dans son projet « l’émergence d’une culture de paix » en son sein.

    Pas de solution militaire

    À Port-de-Bouc, un meeting pour la paix est organisé à 18h à la pyramide de la paix, au port Renaissance sur le site des sardinades. Le PCF, l’Union locale CGT, le Secours populaire et la Ligue des droits de l’Homme appellent en commun à « exiger un cessez-le-feu général et à cultiver la paix ». « Il n’existe aucune solution militaire pour répondre aux défis que nos modes de production et de vie ont provoqués », insistent les organisateurs. Les quatre centres sociaux de la Ville ont aussi réalisé une exposition de dessins sur le thème de la paix visible dès 14h.

  • [Entretien] Carole Orillard : « Le centre Eugénie-Cotton a une forte histoire féministe »

    [Entretien] Carole Orillard : « Le centre Eugénie-Cotton a une forte histoire féministe »

    Ses débuts dans l’animation sociale, il y a vingt ans, ont eu lieu au centre social Eugénie Cotton. Carole Orillard inscrit sa première rentrée comme directrice dans l’éducation populaire.

    La Marseillaise : À quoi sert un centre social en plein centre-ville ?

    Carole Orillard : C’est un lieu indispensable aux primo-arrivants, les « étrangers » qui viennent d’ailleurs que Martigues ou la France, et qui arrivent souvent dans le centre-ville. C’est une population plutôt en situation précaire, avec un fort besoin d’aide administrative, comme apprendre à connaître le territoire, ce qu’on structure depuis longtemps avec les centres sociaux. Il y a beaucoup d’habitats privés et une grande rotation dans les logements. On reçoit aussi les habitants de l’Île et du Grès, et globalement tous les Martégaux qui viennent trouver leur bonheur aussi. Car même si notre projet est fortement ancré dans notre micro-territoire, on échange de plus en plus entre quartiers, c’est une volonté que nous avons de favoriser la mixité et la mobilité des gens.

    Quelle a été votre première initiative comme directrice ?

    C.O. : Quand j’ai pris mes fonctions, j’ai tout de suite reçu des mamans du quartier du Grès, qui m’ont demandé un accompagnement scolaire pour les collégiens, sachant qu’on en faisait déjà pour l’école élémentaire. C’est aussi notre rôle d’accompagner les enfants à la réussite éducative. Je préfère ce terme car on ne se substitue pas aux profs, mais on a notre rôle à jouer dans l’acquisition des savoir-être, de la culture générale, en somme leur donner les outils qui font passerelle entre l’école et la vie quotidienne.

    Comme par exemple ?

    C.O. : Comme les séjours jeunes, qu’on fait camper. Il y a une grande part d’autofinancement réalisée par les jeunes, cela les responsabilise pour faire leurs courses et gagner en autonomie. Cette année, le groupe était âgé de 11 à 16 ans. On a vu une grande solidarité des grands avec les petits, pour le montage des tentes. En plus le thème de cette année est le voyage, dans l’imaginaire comme dans les parcours migratoires et tout ce qui s’y rapporte. Les enfants vont travailler sur le thème au musée Ziem. Penser nos activités au global contribue au sentiment d’appartenance et permet à chacun de partager ses connaissances, comme à l’atelier cuisine. On souhaite trouver un lieu qui puisse accueillir nos groupes pour l’année prochaine, d’une manière intergénérationnelle : mélanger jeunes et seniors par des temps communs. C’est tout ça l’esprit et les valeurs de l’éducation populaire.

    Ce centre porte le nom d’Eugénie Cotton, cela vous inspire-t-il ?

    C.O. : Le bâtiment du centre social appartenait autrefois à l’Union des femmes françaises [UFF, aujourd’hui Femmes solidaires, ndlr]. La première crèche de Martigues y a été créée par l’UFF par Marie-Louise Maître-Robert pour que les femmes puissent travailler, c’était déjà un pas vers l’émancipation. Ici, le droit des femmes, leur accompagnement, fait partie du centre social. Nous avons une forte histoire féministe dans laquelle je m’inscris.

  • [C’est l’été] À la Croix des Oiseaux, la culture comme levier

    [C’est l’été] À la Croix des Oiseaux, la culture comme levier

    Au cœur du quartier, le grand bâtiment blanc de l’Espace social et culturel la Croix des Oiseaux trône et attise la curiosité des passants. Et pendant ces mois estivaux, l’activité du lieu, coincé entre la Rocade Charles de Gaulle et les remparts d’Avignon, a été rythmée par les évènements extérieurs, notamment le Festival.

    Sorties, rencontres, voyage ou encore radio associative au programme. Mais attention, ce « n’est pas un catalogue d’activités », assure Jean-Michel Pélissier, directeur de la structure. Mais plutôt « une forme de parcours qui s’inscrit dans la durée », insiste-t-il. Des sortes d’itinéraires culturels qui tournent autour des grands évènements de la Cité des Papes, les Festivals. Car des dispositifs extérieurs, avec qui le centre social travaille, fleurissent d’année en année et permettent une immersion de plus en plus poussée au sein des évènements. Tout d’abord le IN, avec les parcours Premières Fois, et le OFF proposent tous deux des invitations ou des tarifs réduits pour de nombreuses représentations. Au total, l’établissement a reçu pas moins de 200 billets pendant les trois semaines de juillet. « Au vu des prix bas, ce n’est pas vraiment l’argent le problème. Mais c’est un public qui n’a pas l’habitude d’aller seul au théâtre. Les codes ne sont pas les mêmes. Alors que là, s’ils savent qu’il y a plusieurs personnes qui viennent, c’est plus motivant », confie Florian Dacheux, coordinateur média au sein du centre social. Pour certains spectacles, une poignée de membres du centre ont également pu échanger avec les metteurs en scène et les artistes. Comme pour Mon frère, écrit par François Gremaud avec et pour son frère sourd. « C’est fondamental ce qu’il se passe avant, pendant et après ces rencontres au niveau humain. La plus-value est vraiment là », détaille Jean-Michel Pélissier.

    Radio et politique

    Plusieurs jeunes du centre ont également participé au dispositif Making Waves. Avec des jeunes adultes de tous horizons, ils ont animé plusieurs émissions de radio sur l’actualité pendant le Festival. Le centre social avait déjà sa propre radio associative « mais là, c’est un plus gros dispositif », ajoute le directeur. Un moment pour les jeunes « de parler librement de leurs difficultés d’accéder aux pratiques culturelles ». Comme avec la venue de la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet le jeudi 23 juillet dernier. « Les politiques n’ont pas l’habitude de cette fraîcheur et ça permet des échanges de fond sur des réalités concrètes », abonde Jean-Michel Pélissier.

    Pour autant, le centre social n’oublie pas ses autres activités pour ses quelque 1 500 adhérents. Hors période de coupure, pendant deux semaines en août, les sorties et les clubs loisirs continuent de tourner. Mais aussi avec l’objectif de « redonner une vie de quartier », poursuivent les deux membres. Avec par exemple l’installation d’un marché solidaire et aussi l’Escale, un espace dédié aux séniors. Sans oublier les nombreux bénévoles et salariés impliqués. Dont Hassan Mouloudi, salarié de l’association depuis plus de 23 ans, décédé récemment, qui a notamment permis de coordonner les parcours d’apprentissage de la langue.

  • La préfecture autorise la démolition de 124 logements à la Castellane

    La préfecture autorise la démolition de 124 logements à la Castellane

    Au total, ce sont ainsi 124 logements qui doivent être livrés aux engins de chantier, sept ans après le début de la démolition de la tour K. Dans le cadre du chantier de renouvellement urbain de la Castellane et de la Bricarde, quelque 702 logements doivent être démolis et 900 autres réhabilités, avec la création de nouvelles rues, la requalification de trois groupes scolaires, la relocalisation des deux centres sociaux et la construction d’une nouvelle crèche. Un chantier à 304 millions d’euros.

  • [C’est l’été] À la Gavotte Peyret, on cultive la vie de quartier

    [C’est l’été] À la Gavotte Peyret, on cultive la vie de quartier

    Quand on arrive dans la résidence de la Gavotte Peyret, le centre social ne s’aperçoit pas du premier coup d’œil, mais tous les habitants savent où il est. Car il est au cœur du quartier, au sens littéral et figuré, et en particulier l’été.

    Créé en 1983, dans un quartier prioritaire de la ville, le centre a toujours été ouvert l’été et permet aux jeunes et aux moins jeunes de s’occuper pendant ces deux longs mois. Car si le centre social s’occupe de la jeunesse, les seniors ne sont pas laissés-pour-compte.

    « Il y a de plus en plus de personnes âgées qui sont isolées et qui ne vont pas dans les structures traditionnelles comme les maisons du bel âge », explique Djelloul Ouaret, directeur du centre social. Des sorties ou des cafés intergénérationnels sont organisés spécialement pour eux. Cette semaine ce sont d’ailleurs les aînés qui sont partis en séjour dans les Pyrénées.

    Les minots ne sont pas pour autant en reste. Cette année, ils sont 81 à être partis en vacances : les préados dans les Alpes et les adolescents à côté du Cap d’Adge. Pour s’y inscrire, les intéressés doivent s’investir une semaine au service de leur quartier, en participant à des actions de ramassage de déchets ou repeindre des graffs. Grâce à cela, ils peuvent partir en séjour pour 20 ou 30 euros.

    S’approprier le quartier et voyager

    Des séjours qui ont permis à Emma, Hyliaa, Zahra et Jenna, 11 ans, de partir quelques jours. « Ce que j’ai préféré c’est le rafting, c’était la première fois que j’en faisais », sourit Emma. Les quatre copines viennent tous les jours au centre social « parce qu’on fait plein de choses : on est allé au Lac de Peyrolles, aux iles du Frioul, à wave land et aqualand », explique Hyliaa. Mais c’est aussi dans le quartier que les jeunes s’investissent : en faisant des fresques, des jardins partagés ou des nids pour chauve-souris.

    Aujourd’hui, c’est pour faire des crêpes et des gâteaux qu’elles sont venues. Des pâtisseries qui seront ensuite distribuées aux habitants pendant le cinéma en plein air organisé le soir même. Un événement loin d’être isolé, puisque depuis le début des vacances le centre organise régulièrement des soirées pour tout le voisinage.

    Une façon pour les jeunes de s’approprier leur quartier. Mais le centre les pousse aussi à la mobilité. « L’idée pour nous, c’est de faire découvrir d’autres lieux, car on n’est pas assignés à résidence », insiste Djelloul Ouaret. Cet été ils sont neuf de 15 à 17 ans à être partis en Tunisie pour visiter Hammamet et Tunis et pour aider à l’entretien d’une palmeraie pendant plusieurs jours. Un projet qui a motivé les jeunes durant neuf mois où il a fallu vendre des crêpes et frapper à de nombreuses portes pour trouver les financements.

    La structure aide aussi les majeurs à partir en voyage. « Les jeunes de 18 à 25 ans doivent monter un dossier, puis on les aide à faire les demandes de bourses européennes pour la mobilité, explique le directeur. Car souvent ils ne savent pas que ça existe, et les seuls qui en profitent sont les étudiants qui voyagent déjà. » Cet été cinq groupes de trois ou quatre ont pu partir en autonomie.

    Un moyen pour Djelloul Ouaret de leur montrer qu’eux aussi ont le droit de voyager.

  • [C’est l’été] À Manosque, le centre social offre des vacances

    [C’est l’été] À Manosque, le centre social offre des vacances

    Sorties baignade à Marseille, séjours au camping, virées organisées par les jeunes du centre… Cet été, le centre social de Manosque est « pris d’assaut » par des familles précaires, qui n’ont pas les moyens de partir en vacances. « On a de longues listes d’attente. Cette année, il y a beaucoup plus de familles qui ne peuvent pas partir en vacances, de mamans qui ne sont pas véhiculées, qui ont des problèmes financiers avec l’explosion des prix, qui s’inscrivent à nos sorties », constate Emmanuelle Evin, directrice du centre social municipal. La structure a organisé par exemple deux sorties en mer pendant l’été : une en juillet, et une en août, avec un grand bus de 50 places. « Pour certaines familles, c’est leur seule sortie de tout l’été. Les participants sont ravis, ils ne veulent plus repartir », regrette la directrice.

    En plus de ces sorties, le centre social municipal propose des permanences France Travail en pied d’immeuble, pour aider les habitants des quartiers prioritaires de la ville à trouver du travail. « On travaille beaucoup avec les entreprises Proman et La Pizza Manosque pour qu’ils puissent embaucher des personnes des quartiers », explique Nesrine Rahou Guerfi, adjointe déléguée au centre social. La structure est également financée par le Conseil départemental pour accompagner les bénéficiaires du RSA. « Nous, assistantes sociales, manquons de moyens. Que le centre social puisse accompagner certaines personnes, c’est un vrai plus, une vraie aide pour les assistantes sociales », avance l’adjointe, qui exerce elle-même cette profession à Forcalquier.

    Un fonds de participation des habitants

    Le centre social organise également des « week-ends famille » ciblés pour les familles non francophones, les parents d’adolescents ou encore « les familles en grande précarité », explique Emmanuelle Evin. « Si on voit que les familles ont envie de passer le pas et d’essayer d’aller passer un week-end ou une semaine seules avec leurs enfants, on enclenche un dispositif avec la fondation “Je pars, Tu pars, Il part“, qui offre des séjours pour des familles vraiment défavorisées à 60 euros la semaine l’hébergement », détaille la directrice du centre.

    Le centre encourage aussi les habitants à monter des projets, avec son « fonds de participation des habitants ». Des participantes ont par exemple monté « un atelier sortie répit parental maternel », raconte Emmanuelle Evin. « Ce sont des mamans qui ont envie de prendre du temps pour elles, sans les maris, sans les enfants, pour souffler. Elles ont fait un programme avec différentes sorties, comme le spa, le karaoké ou le laser game », explique-t-elle. D’autres habitantes ont décidé d’organiser des ateliers loto, quiz musical ou encore plantation à la maison de retraite Saint-André. Une subvention de 2 000 euros est répartie entre quatre projets des habitants, soit 500 euros par projet.

    Le centre a également un espace jeunes, agréé par la CAF, qui leur permet de monter eux aussi des projets. L’année dernière, ils ont monté le projet « Paca 360 », qui leur permettait de découvrir chaque mois une nouvelle ville de l’un des départements de la région.

  • Tous à l’eau pour les Olympiades du Grand Bleu à Marseille

    Tous à l’eau pour les Olympiades du Grand Bleu à Marseille

    Une journée autant festive que sportive pour ces enfants qui n’ont pas tous bénéficié d’un départ en vacances. Mais c’est avec un engouement visible et sonore qu’ils ont pris celui de la course ce samedi 8 août. Dix équipes se sont affrontées en paddle géant, kayak, pirogue, natation et match de water-polo à l’occasion de la 6e édition de ces Olympiades.

    « La plage c’est nul, ici on s’amuse mieux ! », assure Inès, 12 ans en plein briefing avec Roudayana et Naila et Nesrine. Gilets de sauvetage endossés, le petit équipage s’apprête à grimper dans le kayak. Comme la plupart de ces jeunes venus des cités Font-Vert, Le Mail, Campagne Lévêque, Jean-Jaurès, Consolat, la Calade ou Frais-Vallon, elle connaît bien l’association : « C’est eux qui m’ont appris à nager. »

    Alors que le top départ est donné par le moniteur, sur le quai de la base, les autres compétiteurs hurlent des encouragements. Téléphone en main, trois mamans filment la progression, quelque peu hasardeuse, des deux paddles de dix places lancés à grands coups de pagaies. « Mon fils est là, désigne Rania. On est adhérents du Grand Bleu depuis trois ans. Tous les samedis on vient, on s’éclate. C’est gratuit. Sinon on ne pourrait pas, les activités nautiques, c’est 25 euros la demi-heure », souligne-t-elle. Rania s’est aussi jetée à l’eau grâce aux cours de natation destinés aux adultes. « J’étais phobique de l’eau. Maintenant je suis à l’aise. » S’il faut poursuivre le redressement du plan piscines à Marseille, contrairement aux idées reçues, « on peut apprendre à nager dans la mer », atteste Brahim Timricht, président du Grand Bleu.

    Quartiers d’été plébiscités

    Isabelle Epaillard, préfète déléguée pour l’égalité des chances fait le tour des animations nautiques, soutenues depuis 2021 par l’État. « Dans le cadre des quartiers d’été, nous déployons cette année plus d’un million d’euros pour financer 272 actions. On rouvre aussi les centres sociaux avec la Ville pour un maximum d’activités pour tous », précise-t-elle. Cet été, vu de la base de Corbière, le niveau de natation des Marseillais semble remonter.

    Au loin, près du terrain flottant de water-polo, cinq rameurs à la mer. La pyrogue rouge a chaviré. Sur la rive, L’équipe Aquaman peaufine sa stratégie pour affronter les Warriors en paddle. À son bord Elissa aborde l’épreuve en battante, « grave emballée » par sa deuxième sortie avec l’association. Elle n’a plus de voix à force de rire et crier. Dans le petit bassin, sous l’œil d’un moniteur, sa fille s’égaye avec sa « nouvelle copine ».