On savait que cette molécule était impliquée dans l’adaptation du comportement. « Lorsqu’on empêche sa production, les animaux ont tendance à reproduire toujours le même comportement », souligne Jérémie Naudé. Mais cela manquait de précision. Et surtout d’un modèle : des équations mathématiques qui décriraient le taux de noradrénaline en fonction des changements constatés.
Erreurs à ignorer
Les chercheurs montrent ici que la noradrénaline tempère le rôle de la dopamine – un autre neurotransmetteur. « Elle permet de faire la différence entre des erreurs à considérer ou à ignorer », résume Jérémie Naudé. Car la dopamine est libérée proportionnellement à l’erreur constatée. Et le changement de comportement sera d’autant plus grand que l’erreur est grande et la quantité de dopamine importante. « C’est connu et utilisé dans le modèle standard d’adaptation du comportement face au changement », précise-t-il. La noradrénaline agit à plus long terme. « Son taux varie en fonction des erreurs consécutives », poursuit le chercheur. Si les écarts par rapport à l’attendu sont positifs ou négatifs, il faut les ignorer car l’environnement est aléatoire : le taux de noradrénaline reste faible. Mais si les erreurs vont toujours dans le même sens, il faut adapter son comportement car l’environnement a changé : le taux de noradrénaline augmente.
Ces résultats ont été constatés chez des rats pouvant actionner deux leviers : l’un offrait beaucoup de nourriture, l’autre non. Et cela changeait, parfois de manière durable, parfois aléatoirement. « Nos collègues de Bordeaux, sous la direction d’Étienne Coutureau, ont observé la quantité de noradrénaline libérée grâce à une molécule fluorescente », précise Jérémie Naudé. Puis a été étudié le comportement de rats chez qui la libération de noradrénaline dans le cortex était bloquée. « Ils mettent plus de temps à s’adapter après un changement durable », constate le chercheur. De quoi peut-être aider à comprendre certains troubles neuropsychiatriques… pourvu que ces résultats soient confirmés chez l’humain.

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