« Je vais déménager, je ne peux plus rester sur Toulon. » Le rendez-vous a lieu dans un café à proximité de la place de l’Équerre. Mikaël (le prénom a été modifié) est encore sous le choc de tout ce qui vient de lui arriver. Trois agressions presque coup sur coup à son domicile par une bande de néonazis d’une bêtise crasse mais déterminés à lui faire vivre l’enfer.
La première fois en bas de chez lui. Les individus cagoulés viennent le menacer et proférer des insultes homophobes et antisémites.
La deuxième fois ils arrivent à pénétrer dans le hall en forçant la porte de l’immeuble, détruisent sa boîte aux lettres et collent des stickers avec des saluts nazis.
Ils franchissent plus tard un pas de plus, défoncent cette fois-ci toutes les boîtes aux lettres ainsi que les détecteurs d’incendie, retournent boire un coup en face pour revenir à l’assaut, monter jusqu’à son étage et tenter d’enfoncer sa porte.
Il confie : « J’étais derrière, terrorisé, en essayant comme je pouvais de la tenir, c’était horrible, franchement j’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. À un moment tellement mon cœur battait fort dans mes oreilles que je n’entendais plus rien. J’ai vraiment cru que c’était fini, que j’allais mourir, quoi. »
Ce soir-là, la police est appelée à au moins trois reprises mais ne vient pas. Pourtant depuis sa première plainte le jeune homme bénéficie du dispositif Pégase censé faciliter les appels d’urgence.
Ce n’est que le lendemain, lorsque sa mère, qui a des contacts au commissariat, les sollicite qu’une équipe se déplace pour relever les empreintes, et prendre des photos. Mikaël est enfin pris au sérieux et entendu.
Il raconte : « Ils m’ont dit ce n’est pas possible t’as pas appelé le 17, t’as dû te tromper de numéro. J’ai dû leur montrer mon téléphone… Et ils trouvaient ça complètement incompréhensible. » Ça l’est d’autant plus qu’en quittant l’immeuble les « néonazis ont tabassé un mec en le traitant de sale nègre ». « Je ne pensais pas que c’était encore possible à notre époque et le tout sous une caméra de vidéosurveillance pendant 5 minutes. Et après ils sont rentrés chez eux. Tranquillement. » Mikaël n’en revient toujours pas.
La bonne nouvelle c’est que quatre de ses agresseurs ont été identifiés et vont devoir répondre de leurs actes. Un des membres qui appartiendrait au groupe le Maquis, a été reconnu comme étant présent sur les lieux de la venue de Jordan Bardella à Toulon pour dédicacer son livre, afin d’intimider le comité d’accueil progressiste et pacifiste qui manifestait contre l’extrême droite.
Le plus inquiétant, c’est que Mikaël a le sentiment d’avoir été suivi jusqu’à chez lui ce soir-là. À dessein.

Leave a Reply