[Entretien] « Il est aberrant qu’on soit obligés d’imposer la parité »

La Marseillaise : Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vous représenter ?

Michèle Bizot-Gastaldi : Je vais avoir 76 ans. J’ai fait 38 ans de mandat, six mandats et demi. Je pense qu’il y a un moment où on peut pas être pour la retraite à 60 ans et rester à vie. J’ai pris la suite de Paul Corrotti, qui était dans la même conjoncture que moi, c’est-à-dire une municipalité de gauche à direction communiste. Quand il est décédé, en 1987, ses adjoints n’ont pas souhaité ou pu prendre sa suite. J’ai été élue conseillère municipale puis maire en 1988. Ce n’est pas par lassitude, mais je pense qu’il faut un autre dynamisme, un renouvellement.

Quelle liste soutenez-vous pour les municipales ?

M.B.-G. : À la Palud, il n’y a qu’une seule liste. Il y a quatre personnes de ma liste qui reprennent, il était prévu depuis longtemps que la tête de liste reprenne ma suite. Il y a d’autres personnes plus jeunes de manière à rajeunir la municipalité. Ils ont mis une étiquette divers gauche. La conseillère municipale Christine Passard mène la liste, et je pense qu’elle a toutes les capacités pour être maire.

Quelles conclusions tirez-vous de ces six mandats et demi ?

M.B.-G. : La conclusion, c’est que c’est une fonction magnifique qui vous laisse à proximité immédiate des gens. J’étais médecin généraliste donc ça fait partie de ma sensibilité d’être proche, d’aider et d’apporter ma pierre à l’édifice. Je viens d’un milieu politisé, syndicaliste. C’était logique pour moi que cela se transforme en investissement électoral. Dans une petite commune, l’approche d’un élu est fondamentalement différente. Outre la charge politique, le maire d’une petite commune a une fonction d’organisation, il gère tout. C’est la débrouille. Mon téléphone devait toujours rester allumé. Il fallait une disponibilité totale, en permanence.

Avez-vous vu évoluer les contraintes administratives ?

M.B.-G. : Bien-sûr. Quand j’ai commencé à travailler à la mairie, on était en capacité de monter un dossier et de le suivre de bout en bout. Maintenant, il vous faut un bureau d’études pour monter un dossier pour demander une subvention, vous êtes obligé de prendre un maître d’œuvre pour vous aider à réaliser le projet… Cela devient très compliqué et long de monter des projets. Vous n’arrivez pas à réaliser les gros projets dans une mandature. Cela prend des années.

A-t-il été difficile de respecter
la parité pour la liste qui se présente
 ?

M.B.-G. : Pas du tout. Au contraire, on a toujours eu plus de filles que de garçons. Si on les cherche, on les trouve.

Avez-vous déjà eu le sentiment d’être traitée différemment parce que vous étiez une maire femme ?

M.B.-G. : J’étais la seule maire femme du secteur. Au conseil départemental, j’ai été la seule femme sur 30 conseillers départementaux. J’avais un ami au conseil général qui faisait une blague : « Quel est le féminin de conseiller général ? », « suppléante ». C’était loin d’être dans les mœurs à l’époque. Quand les conseillers généraux ont eu des suppléants, l’immense majorité, c’étaient des hommes avec une suppléante. J’ai toujours pensé que la parité obligatoire était un mal nécessaire. Au XXIe siècle, c’est aberrant qu’on soit obligés d’imposer une parité. Il faut solliciter les femmes, aller les chercher. Un homme a beaucoup plus de facilités à se mettre en avant qu’une femme.

Qu’avez-vous réussi à accomplir pour le village ?

M.B.-G. : La réhabilitation du château qui tombait en ruines, c’était un symbole, le château ayant été récupéré par la population à la Révolution. On s’est beaucoup attachés à ce que l’école soit la plus démocratique possible, en fournissant la totalité des fournitures scolaires, ça fait partie de notre sensibilité sociale, solidaire. On finance une classe de découverte par an. On est dans un village où certaines familles n’ont pas les moyens ni le temps de montrer autre chose à leurs gamins. Donc on s’est toujours attachés à ce que l’école puisse apporter un maximum de choses. On a réussi à réaliser six logements sociaux neufs de type HLM.

Réunion publique le jeudi 5 mars à 17h30 au château de La Palud-sur-Verdon pour présenter le programme.

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