C’est le poumon du village, ils le font revivre ! », s’exclame un client en rentrant dans la seule épicerie du village de Peyruis, près des Mées. Parfois, ils sont jusqu’à une dizaine d’habitants à s’y retrouver pour discuter et boire le café le matin. Dans cette commune vidée de ses commerces, qui ne compte plus un seul café, le gérant de l’épicerie, Arnaud Chaumond, 33 ans, ancien éducateur en foyer, a voulu remettre de la vie. Il connaît par cœur les habitués du commerce, les salue tous par leur prénom et adapte ses produits en fonction de leurs souhaits, sur commande. « On peut prévoir des jours où les bananes arrivent vertes, je vais organiser ça pour toi», lance-t-il à Rose, retraitée, qui lui dit les préférer de cette couleur. « C’est mon petit fils adoptif, comme je n’ai pas de petits enfants », explique-t-elle.
Arnaud Chaumond a stoppé sa carrière dans le médico-social à l’âge de 23 ans: « il n’y avait plus de moyens, ça me faisait mal au ventre. J’ai voulu lier ma passion pour le social avec cette nouvelle vie de commerçant, garder cette proximité avec les gens», confie-t-il. Une autre thématique qui lui tient à cœur est celle des agriculteurs, « laissés pour compte». C’est pour cela qu’il a décidé de les mettre en avant dans son épicerie, en proposant les produits d’une douzaine de producteurs locaux, dans un rayon de 15 kilomètres autour du village. « Peyruis a perdu 80% de ses commerces en 4 ans. Le bar a fermé, l’un des deux restaurants et le tabac aussi», regrette-t-il. Son projet est d’ailleurs de racheter ce tabac. « Je veux juste faire revivre le village !», s’exclame-t-il.
Le gérant vient également de lancer un service de livraison, notamment pour les personnes en perte de mobilité. Il livre lui-même, aux horaires de fermeture de l’épicerie, entre 13 et 16 heures. « ça me fait plaisir parce que ça me permet d’aller au plus près des gens», détaille-t-il. Arnaud Chaumond veut également faire baisser les prix, actuellement plus élevés qu’en grande surface, en faisant appel à un nouveau grossiste. « J’attaque ce problème de prix à bras le corps, il est hors de question que les clients paient trop cher !», affirme-t-il.
Tous les soirs, le jeune gérant « pianote sur internet à la recherche de nouveaux produits originaux» pour répondre aux demandes des clients, adolescents comme retraités. «Deux baguettes de pain comme tous les jours ?», « Petite mine, ça va ?», «A demain !», lance-t-il à un client âgé. «C’est ce que j’adore ici, cet échange. Les clients sont à l’aise et osent nous dire ce qu’ils veulent.» Dans les prochains jours, Arnaud Chaumond va notamment proposer aux habitants de Peyruis «un plateau de dégustation avec des fromages et des yaourts de la ferme». Il veut ainsi «montrer qu’on peut bien manger avec des produits de qualité à moins de 15 kilomètres de chez soi», avec l’idée de «faire vivre les petits producteurs dans la tourmente qu’ils subissent».
Dans ses étales, le commerçant vend des fromages de vache frais, des pommes Golden, des pommes de terre, des baguettes de pain, des yaourts aux marrons d’agriculteurs locaux, mais aussi des produits de base, des pâtes, des boîtes de conserve ou encore des surgelés. Né à Martigues, Arnaud Chaumond a ensuite grandi à Fos, puis s’est installé dans les Alpes-de-Haute-Provence pour suivre une formation à Seyne-les-Alpes.

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