Alain Hayot : « La priorité nationale est un projet d’apartheid »

« Lorsqu’en 1995, les 3 villes de Toulon, Orange et Marignane, puis Vitrolles en 1997, sont prises par le Front national, le slogan du parti était “Tête haute, mains propres” », rappelle Pascal Brun pour la Coordination départementale contre l’extrême droite (Codex). Slogan repris en 2011 par Marine Le Pen, elle-même, précise-t-il, alors que depuis les jugements de cour avaient mis à jour une tout autre réalité. Et le bilan des municipalités d’extrême droite montre quelle piètre interprétation se donnent ces idéologues affairistes du bien commun une fois aux manettes.

Et le Var, où après Toulon en 1995, les villes de Fréjus, Cogolin et Le Luc tombent dans leur escarcelle en 2014, en donne une sinistre illustration.

La Cour régionale de comptes (CRC), dans son rapport de 2002, pointe dans les quatre cas des dérives financières, une gestion chaotique des marchés publics, des frais de représentation abusifs, des dépenses à caractère personnel et un recrutement de cadres inexpérimentés effectués dans le sérail. Une gestion qui les font toutes sortir exsangue de cette période.

Des condamnations

Pour ce qui est des condamnations des maires, c’est encore pire. Celui du Port du Levant Jean-Marie Le Chevallier écope en 2001 d’un an de prison avec sursis, pour détournement de fonds publics et abus de confiance. Mais aussi d’un an de prison avec sursis, et 5 ans d’inéligibilité pour subordination de témoins dans l’affaire Poulet Dachary, son ancien adjoint et directeur de cabinet qui avait trouvé la mort en 1995.

Sinon, l’ex-maire de Cogolin Marc-Etienne Lansade (FN puis Reconquête) vient de ramasser en juillet 2025 trois ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, 18 mois de prison avec sursis, pour abus de faiblesse. Pas très glorieux tout ça. Sans compter qu’à Fréjus, rappelle le syndicaliste, David Rachline est sous le coup d’une enquête du parquet national financier sur des faits présumés de favoritisme concernant l’attribution de marchés publics.

Et de conclure : « Les Varoises et les Varois ont déjà testé le poison de l’extrême droite. Et ce n’est pas en se présentant sans étiquette à Toulon que la députée RN Laure Lavalette fera oublier le parti dont est issue. »

« Il est grand temps aujourd’hui de reprendre l’offensive sur le plan culturel », développe ensuite Alain Hayot. Pour le sociologue auteur de Face aux nouveaux monstres, le sursaut (Les éditions L’Humanité), il est urgent de démonter les faux arguments de l’extrême droite repris aujourd’hui par une grande partie de la droite qui s’appuient sur le thème de la priorité nationale, pointant l’immigration comme cause de la crise. « Une thèse complètement ahurissante et erronée qui attribue aux immigrés tous les malheurs du monde », dénonce-t-il.

Et de plus, précise le socio-anthropologue, « les immigrés dont on parle ce sont des Français depuis plusieurs générations ». Ça veut dire, poursuit-il, que « le thème de la priorité nationale, est clairement un projet d’apartheid ». Et de rappeler à quoi tout cela renvoie : « L’idée qu’il existe deux catégories de Français : “les Français de souche” et “les Français de papier”, le terme réutilisé par Retailleau, remonte à Charles Maurras au tout début du XXe siècle pour désigner les Juifs. » On sait comment cela s’est terminé.

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