C’est devant le panneau d’expression libre du boulevard Tessé à Toulon que nous retrouvons les militants du Comptoir des idées pour une nouvelle campagne d’affichage. Il s’agit cette fois d’inviter la population toulonnaise à venir s’informer sur les richesses que recèle le terme d’immigration si empreint de fantasmes et de contre-vérités sur lesquels prospèrent les extrêmes droites. Histoire de faire tomber le voile qui cache une réalité à se réapproprier pour déjouer les manipulations idéologiques et se retrouver mieux armé pour mener la bataille des idées. Pour faire vivre le débat et la réflexion l’historien Yvan Gastaut viendra présenter jeudi à l’Hélice* le livre France terre d’immigration (Documents), qu’il a coécrit sous la direction de Nicolas Bancel avec Pascal Blanchard et Naïma Yahi.
Un ouvrage ambitieux qui donne à voir les multiples échanges mis en place par la France avec les populations issues du monde maghrébo-oriental, et ce du début du VIIIe siècle jusqu’à nos jours. « Avec des relations parfois conflictuelles, parfois fusionnelles, mais jamais rompues, et encore en tout cas beaucoup trop méconnues », explique le président du comité Toulon- La Seyne de la Ligue des droits de l’Homme Roland Biache.
L’occasion de porter un autre regard sur les liens ainsi tissés, mais aussi sur les mouvements migratoires qui vont se densifier à partir du XIXe siècle avec le besoin de main d’œuvre engendré par la révolution industrielle et se développer au siècle suivant, notamment en provenance du Maghreb, d’abord d’Algérie puis de Tunisie et du Maroc. Et de montrer tous les apports engendrés génération après génération, que ce soit au niveau politique, sportif, économique, artistique et littéraire.
« Ce métissage n’est pas le résultat d’une prétendue brusque vague migratoire, mais bien celui de treize siècles d’histoire commune », insiste le militant des droits humains. Dont la colonisation fait également partie. Tout comme l’orientalisme, ce courant artistique qui a tant fait rêver au XIXe siècle. Une soirée au cours de laquelle il sera également question de la place de ces travailleurs immigrés dans la construction de la France.
L’occasion de mettre en avant le soutien de la CGT qui leur a permis de se battre pour la reconnaissance de leur dignité, après avoir été très longtemps maltraités, sous-traités et sous-payés. Il sera aussi question de tout ces hommes que l’ont a fait venir pour combattre sur le sol européen lors des deux guerres mondiales, et rapatriés dans leur pays d’origine une fois la paix revenue. Comme les tirailleurs sénégalais du fameux camp tyronne, près de Dakar, sur qui le 1er décembre 1944, l’armée française a ouvert le feu alors qu’ils ne faisaient que réclamer le versement de leur solde, rappelle Roland Biache.
Une perspective historique salutaire dans une actualité où les opinions se racornissent.
*Ouverture de la salle à 18h
68 Av. Victor Agostini,
83000 Toulon.

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