L’œuvre de Claude Chabrol sonde l’âme humaine à Aix

« Moraliste gourmand et lucide sur les humains que nous sommes, Claude Chabrol a construit une œuvre qui, avec humour et cruauté, fait tomber les masques et tire à vue sur les puissants, les arrogants, les bien-pensants… et les cons », écrit Cécile Maistre-Chabrol. La fille et assistante pendant 25 ans de ce maestro des films noirs et des comédies de mœurs disparu il y a 15 ans, auquel l’Institut de l’image d’Aix-en-Provence consacre un cycle pendant le mois d’octobre.

Avec 58 bobines réalisées en un demi-siècle, qui comportent « des chefs-d’œuvre, des films de commandes et même des navets », retrace-t-elle avec lucidité, Claude Chabrol a entre autres marqué cinéphiles et grand public avec sa capacité à gratter le vernis du charme, a priori si discret, de la bourgeoisie. Illustration éloquente en 1969 La femme infidèle, triangle amoureux incarné par Stéphane Audran, Michel Bouquet et Maurice Ronet, révélateur de sa fascination pour Alfred Hitchcock, autour de l’histoire d’un mari cocu qui engage un détective privé sur les traces de l’amant. Il faut dire que le cinéaste aime percer les dehors flatteurs de l’âme humaine, pour en extraire à l’écran toute la substantifique dramaturgie.

« Auteur populaire »

« Chabrolien ». Le mot s’est immiscé dans les pages de certaines encyclopédies pour évoquer « une exploration critique de la société et des comportements humains ». C’est dire son influence dans le monde du cinéma et parfois au-delà. Un credo notamment arpenté dans Le boucher (1970), chronique de « la vie quotidienne d’un village du Périgord, bouleversée le jour où une fille d’un bourg voisin voisin est retrouvée assassinée, la directrice de l’école suspectant le boucher, avec qui elle est encore amie », indique le programme de l’Institut de l’image d’Aix. Ou encore dans Les bonnes femmes, réalisé 10 ans plus tôt, qui s’inscrit dans les pas de quatre travailleuses parisiennes dans un magasin ménager, filmées avec une sociologie froide et un cœur chaud.

« Parce qu’il n’a jamais brandi la carte du génie, il est devenu un auteur populaire », affirme Cécile Maistre-Chabrol, présente à Aix les 4 et 5 octobre pour présenter certaines pièces maîtresses de Claude Chabrol comme Que la bête meure, Juste avant la nuit et Les noces rouges.

Le cycle initié par l’institution aixoise sera également l’occasion de voir ses deux premiers films : Le beau serge (1958) considéré par certains critiques comme le premier long-métrage de la Nouvelle vague, ainsi que Les cousins (1959), avec les performances de Gérard Blain et Jean-Claude Brialy, pour une cohabitation a priori banale mais qui va se révéler électrique.

Programme complet sur www.institut-image.org

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *