« La vraie arnaque, c’est la facture des usagers »

La Marseillaise : Pourquoi menez-vous cette grève reconductible ?

Nicolas Davan : On se mobilise pour des revendications multiples. La première porte sur les factures des usagers pour laquelle on demande une TVA à 5,5%, comme les produits de première nécessité, contre 20% aujourd’hui. Elle était déjà à 20% sur les kilowatts d’énergie et elle est passée à 20% aussi pour les abonnements, cet été. On considère que l’énergie c’est un bien de première nécessité, donc cette TVA est anormale. La seconde porte sur notre grille des salaires. Nos employeurs ne respectent pas la loi car le minima de notre grille est à 9% en dessous du Smic. On demande donc que le bas de notre grille soit au Smic, avec tout ce que ça implique sur la suite de la carrière.

Être payé en dessous du Smic est illégal, comment est-ce possible pour votre grille ?

N.D : Une grille est échelonnée sur l’intégralité de la carrière. Quand un travailleur rentre dans les IEG, il a son salaire de base, le Smic, puis une évolution au fur et à mesure des années. Aujourd’hui, les salariés sont embauchés au Smic mais les premiers niveaux de notre grille n’amènent plus d’évolution salariale. Au lieu de prendre 3% d’augmentation, les trois premières années, le salarié n’aura rien. Pareil pour les trois années suivantes… À la fin, le salarié perd 9%… Dans un pays qui est le 3e où il y a le plus de millionnaires, 6e puissance mondiale… En toute logique, un travailleur devrait vivre bien et améliorer son niveau de vie progressivement. C’est vrai pour les agents des IEG mais aussi pour beaucoup d’autres professions. Il faut avoir en tête que les travailleurs de notre secteur ont été pionniers. Nous avons inventé le Smic avant le Smic, qu’on appelait le salaire national de base. Avant l’invention de notre système de retraite, nous avions un régime au sein des IEG. Tout cela avait servi de modèle. Maintenant, on sert de modèle mais dans le sens inverse.

C’est d’autant plus incompréhensible dans un secteur qui fait globalement des bénéfices ?

N.D. : Prenons l’exemple d’Enedis, là où travaillent les agents qui dépannent les réseaux de nuit comme de jour. Les dividendes versés aux actionnaires l’an dernier représentent 30 000 euros par agent. C’est fabuleux ! Les agents auront plus travaillé pour les actionnaires que pour eux-mêmes. Encore mieux : Prenons Elengy. Si l’on fait le ratio entre les salariés au statut des IEG et les dividendes dans l’entreprise, on arrive à 3 millions d’euros par agent. D’où notre raisonnement : Que ce soit pour baisser les factures, pour augmenter nos salaires, on sait où se trouve l’argent.

Vous posez donc la question de la redistribution des richesses…

N.D : Tout à fait. Et la vraie arnaque, c’est la facture des clients. Si les actionnaires se gavent autant, c’est aussi et surtout parce que les factures sont ultra-chères. Et sur le sujet, il suffit d’une loi pour les baisser. 100 euros de facture pour le gaz, c’est 10 euros pour les salaires et 40 pour les actionnaires !

Et vous allez suivre le mouvement du 10 septembre ?

N.D : Sur le fond, nous partageons les revendications exprimées. Nous dénonçons les mêmes mécanismes. Ce sont les mêmes personnes qui arnaquent les factures de nos clients et nos salaires, ce sont les mêmes qui veulent récupérer les deux jours fériés, qui veulent taper dans les cotisations… Donc la convergence avec le 10 nous va à merveille.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *