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  • Les grévistes bloquent les terminaux méthaniers

    Les grévistes bloquent les terminaux méthaniers

    Le hashtag des gaziers est on ne peut plus clair : pas de négo, pas de bateau. Depuis mardi 16 septembre, les grévistes d’Elengy bloquent les deux terminaux de Fos-sur-Mer, Tonkin et Cavaou. Sur le parking du site qui fait face à l’usine du sidérurgiste ArcelorMittal, des camions-citernes stationnés attendent patiemment. Nicolas Davan, secrétaire général CGT Énergie Provence, explique : « Plus aucun méthanier ne peut accoster ici, donc le gaz naturel liquéfié (GNL) ne rentre plus dans le terminal mais il continue de sortir. Mécaniquement, au bout d’un moment, le terminal va se retrouver à l’arrêt. Depuis ce matin, Elengy ne réinjecte plus sur le réseau, ce qui veut dire que la pression de service va chuter. »

    Faycal Mussoni, représentant syndical CSE du site qui emploie 170 travailleurs, rentre dans le détail : « On a 60 000 mètres cubes par heure de GNL par bac, qui représentent 600 fois plus de capacité en passant en phase gazeuse. Déjà en deux jours de durcissement des modalités, nos stocks sont au plus bas. On a divisé par cinq notre débit d’émission : hier on était à 1 500 mètres cubes par heure GNL, aujourd’hui on est passé à 300. On garde ce niveau-là pour maintenir à froid nos installations avec un débit minimum pour éviter de torcher. Quand le terminal s’arrêtera, on va se concentrer sur la mise en sécurité de notre équipement. »

    La TVA à 5,5%

    À l’origine de cette lutte que les énergéticiens mènent depuis le 2 septembre, trois revendications. La première concerne le salaire des travailleurs des industries électriques et gazières (IEG). « Globalement, tous nos textes statutaires ne sont pas appliqués avec un salaire national de base qui est 9% en dessous du Smic », affirme Nicolas Davan. La CGT demande une revalorisation et la mise en place d’une nouvelle grille applicable à tous les salariés de l’énergie. « Les organisations syndicales vont devoir discuter », lâche Faycal Mussoni, alors que la CFE-CGC et FO répondent pour le moment aux abonnés absents.

    Les grévistes rejettent également l’augmentation de la TVA sur les factures des usagers, une mesure mise en place le 1er août dernier dans le cadre de la loi de finances. « On a lancé une pétition pour une juste fiscalité de l’électricité et du gaz, souligne le secrétaire général CGT. Si on arrive à obtenir 100 000 signatures, un examen du texte de la proposition de loi du groupe CRCE visant à rabaisser ce taux sera réalisé au Sénat. J’ai hâte de voir ce qui peut justifier de ne pas voter une TVA à 5,5% pour l’énergie, comme sur les produits de première nécessité. »

    Nicolas Davan poursuit : « Ceux contre qui on se bat concernant les salaires des IEG ce sont les mêmes que ceux contre qui on se bat pour ce qui est de la fiscalité. Sur 100 balles de facture, plus de 30 balles vont dans les taxes et plus de 40 balles vont dans la poche des actionnaires, en sachant que les taxes ne sont pas utilisées comme elles le devraient, pour le fonctionnement des hôpitaux et de l’ensemble des services publics, mais plutôt pour envoyer 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises les plus riches sans contrepartie. »

    Troisième et dernière revendication : le retrait de la réforme des retraites. « Le préavis est déposé jusqu’à ce qu’on gagne, après on verra pour les modalités, glisse le responsable syndical. Le 18 septembre, on veut qu’il y ait du monde dans la rue, mais pour la suite on souhaite surtout qu’il y ait un impact et une nuisance la plus importante possible. »

  • « La vraie arnaque, c’est la facture des usagers »

    « La vraie arnaque, c’est la facture des usagers »

    La Marseillaise : Pourquoi menez-vous cette grève reconductible ?

    Nicolas Davan : On se mobilise pour des revendications multiples. La première porte sur les factures des usagers pour laquelle on demande une TVA à 5,5%, comme les produits de première nécessité, contre 20% aujourd’hui. Elle était déjà à 20% sur les kilowatts d’énergie et elle est passée à 20% aussi pour les abonnements, cet été. On considère que l’énergie c’est un bien de première nécessité, donc cette TVA est anormale. La seconde porte sur notre grille des salaires. Nos employeurs ne respectent pas la loi car le minima de notre grille est à 9% en dessous du Smic. On demande donc que le bas de notre grille soit au Smic, avec tout ce que ça implique sur la suite de la carrière.

    Être payé en dessous du Smic est illégal, comment est-ce possible pour votre grille ?

    N.D : Une grille est échelonnée sur l’intégralité de la carrière. Quand un travailleur rentre dans les IEG, il a son salaire de base, le Smic, puis une évolution au fur et à mesure des années. Aujourd’hui, les salariés sont embauchés au Smic mais les premiers niveaux de notre grille n’amènent plus d’évolution salariale. Au lieu de prendre 3% d’augmentation, les trois premières années, le salarié n’aura rien. Pareil pour les trois années suivantes… À la fin, le salarié perd 9%… Dans un pays qui est le 3e où il y a le plus de millionnaires, 6e puissance mondiale… En toute logique, un travailleur devrait vivre bien et améliorer son niveau de vie progressivement. C’est vrai pour les agents des IEG mais aussi pour beaucoup d’autres professions. Il faut avoir en tête que les travailleurs de notre secteur ont été pionniers. Nous avons inventé le Smic avant le Smic, qu’on appelait le salaire national de base. Avant l’invention de notre système de retraite, nous avions un régime au sein des IEG. Tout cela avait servi de modèle. Maintenant, on sert de modèle mais dans le sens inverse.

    C’est d’autant plus incompréhensible dans un secteur qui fait globalement des bénéfices ?

    N.D. : Prenons l’exemple d’Enedis, là où travaillent les agents qui dépannent les réseaux de nuit comme de jour. Les dividendes versés aux actionnaires l’an dernier représentent 30 000 euros par agent. C’est fabuleux ! Les agents auront plus travaillé pour les actionnaires que pour eux-mêmes. Encore mieux : Prenons Elengy. Si l’on fait le ratio entre les salariés au statut des IEG et les dividendes dans l’entreprise, on arrive à 3 millions d’euros par agent. D’où notre raisonnement : Que ce soit pour baisser les factures, pour augmenter nos salaires, on sait où se trouve l’argent.

    Vous posez donc la question de la redistribution des richesses…

    N.D : Tout à fait. Et la vraie arnaque, c’est la facture des clients. Si les actionnaires se gavent autant, c’est aussi et surtout parce que les factures sont ultra-chères. Et sur le sujet, il suffit d’une loi pour les baisser. 100 euros de facture pour le gaz, c’est 10 euros pour les salaires et 40 pour les actionnaires !

    Et vous allez suivre le mouvement du 10 septembre ?

    N.D : Sur le fond, nous partageons les revendications exprimées. Nous dénonçons les mêmes mécanismes. Ce sont les mêmes personnes qui arnaquent les factures de nos clients et nos salaires, ce sont les mêmes qui veulent récupérer les deux jours fériés, qui veulent taper dans les cotisations… Donc la convergence avec le 10 nous va à merveille.