La Marseillaise : On connaît le personnage public mais qui est vraiment Josée Massi ?
Josée Massi : Je suis arrivée à Toulon à six mois. Un de mes frères ayant de l’asthme, le médecin a recommandé un climat plus favorable que Lyon, où je suis née. Je suis la dernière de six enfants, d’un milieu modeste. Et nous avons grandi dans les HLM de Bon Rencontre, où j’ai été très heureuse. Ma mère a toujours cru que l’éducation serait un moyen pour nous de se faire une place. Et ça a marché, puisque ma sœur a été la première ingénieure mécanicienne de France. J’avais un frère qui était pilote de chasse. On a tous fait des études. Je voulais faire médecine, mais à ce moment-là, mon père est mort… Je suis devenue prof de maths.
Vous vous êtes absentée un petit moment de Toulon ?
J. M. : J’ai rejoint mon mari qui était photographe en Ardèche. J’y suis restée dix ans et j’y ai élevé mes trois enfants. Mais on a raison de dire « qui quitte Toulon, perd la raison ». J’y suis donc revenue.
Pendant ce séjour en Ardèche, j’ai également été élue conseillère municipale d’un maire socialiste du petit village dans lequel j’habitais, au hasard des panachages de listes. Il n’y avait pas de parité à l’époque, nous n’étions que quatre femmes et je n’avais déjà pas l’habitude de me taire, j’étais donc un peu considérée comme la suffragette.
Puis pour pouvoir être sûre de rentrer à Toulon, j’ai démissionné de l’Éducation nationale au bout de dix ans. C’est pour ça que les défis ne me font pas peur. Je suis donc repartie de zéro. J’ai même fait les vendanges pour commencer. Puis je suis retournée à l’enseignement par le social auprès des jeunes en difficulté, des jeunes en insertion dans le quartier de Berthe, puis au Greta. Je me suis régalée.
C’est ensuite auprès des bénéficiaires du RMI que vous vous êtes engagée…
J. M. : Je travaillais à ce moment-là pour Pôle emploi. Une dame est venue me voir pour me dire qu’elle était au Cedis [Centre départemental pour l’insertion sociale, Ndlr] et qu’on cherchait un directeur. Je me suis dit, pourquoi pas. C’était en 95. J’ai postulé et me suis retrouvée à la tête du Cedis. ça a été plus de 20 ans formidables.
Je me suis rapidement aperçue que ce qu’il y a de mieux pour sortir du statut d’allocataire, c’est une fiche de paie. Donc, j’ai réuni un groupe d’allocataires et leur ai demandé quel était, selon eux, le premier frein à l’insertion, et c’est la garde d’enfants qui est ressortie. J’ai donc pris mon bâton de pèlerin pour chercher des locaux afin de créer une crèche et, à la mairie de Toulon, je réussis à avoir ceux d’Alexandre Ier. C’était les anciens hangars des Espaces verts. Du coup, j’ai créé la crèche là. Puis une autre au Pont du Las, dans les anciens locaux de la Poste. Puis celle de la Beaucaire. En tout, j’en ai fait une dizaine.
Elles avaient une spécificité ?
J. M. : Elles ont mis vingt ans à être labellisées comme crèches à vocation d’insertion professionnelle. Mais, dès leur création en 2003, elles étaient déjà comme ça, avec des places réservées aux allocataires. Mais surtout, toujours avec mon idée de l’ascenseur social, j’embauchais des allocataires pour le ménage et je les qualifiais pour passer le CAP Petite enfance. Elles passaient donc à l’encadrement des enfants et aujourd’hui, on en a qui sont directrices de crèche. J’adore ça, construire des parcours. Et vous verrez, dans la liste que je vous présenterai, il y a beaucoup de gens comme ça, qui ont des parcours atypiques, qui partent dans un CAP et qui finissent avocats. Un peu à l’image du mien, parce que moi, je n’avais aucune prédestination à être maire de Toulon.
Comment passe-t-on justement de l’engagement associatif à la politique ?
J. M. : Le déclic, c’est que sentant venir la retraite, comme je suis un peu hyperactive, je me suis demandé comment continuer à être utile. Hubert Falco est venu me chercher, donc je suis rentrée sur sa liste en 2014 et j’ai démarré douzième adjointe. Et bien sûr, on m’a mise dans ce que je connaissais le mieux : la petite enfance. En 2020, il me dit qu’on continue. Je suis alors à la deuxième place sur la liste. Puis Yannick Chenevard est élu député et je monte, première adjointe. La suite, vous connaissez : neuf mois après, je suis élue maire de Toulon, pour un temps. Chez moi, on nous a appris la loyauté, l’honnêteté et la volonté de servir. Donc, il n’y a aucune ambiguïté. Si Hubert Falco revient, je lui rends la place.
Jusqu’à ce qu’il vous désigne publiquement comme la relève…
J. M. : Oui, après la Cassation. Il fait un communiqué disant qu’il me soutient. On est en juillet. Je vais donc y aller. Puis il est revenu vers moi avec un certain nombre de demandes. Mais quand j’ai été élue, j’ai bien dit que je n’étais pas une plante verte, que j’avais du caractère. Il y a donc des demandes que je n’ai pas acceptées. Et, là aussi, vous connaissez l’histoire. Je le connaissais depuis 30 ans, mais là, je dois dire qu’il est arrivé à me surprendre.
Quelle décision prise en tant que maire vous rend la plus fière ?
J. M. : Sauver les cliniques à Toulon, ça a été un vrai combat. On ne pouvait pas perdre cette offre de santé de proximité dans les quartiers.
Et puis, il y a aussi la végétalisation de la ville. J’ai commencé par les écoles. On en fait à peu près quatre par an.
La reconstruction des groupes scolaires, aussi. On en a mis cinq en chantier dont l’un est en cours, c’est Saint-Roch.
Mais on fera aussi Cousteau, on fera la Beaucaire, on fera Lazarre-Carnot. Surtout Sainte-Catherine.
Quelle est, aujourd’hui, votre ambition pour Toulon ?
J. M. : De continuer à en faire une ville apaisée à taille humaine, qui rayonne. Une ville de mixité, une ville populaire dans laquelle on vit bien. J’ai commencé à m’attaquer au problème du logement en signant, fin 2023 avec le préfet, un contrat de mixité. Mais il va falloir continuer. Je suis favorable à la construction de logements sociaux. Mais diffus. On ne peut plus faire de grandes concentrations. C’est fini ça.
C’est compliqué à Toulon, parce qu’on est une ville coincée entre le Faron et la mer avec très peu de solutions. Très peu de foncier disponible. Donc, il faut reconstruire la ville sur la ville.
Il faut réhabiliter les immeubles, réhabiliter les copropriétés délabrées. Alors là, j’ai un grand chantier sur la Grande Plaine. Et puis, surtout, il y a une délibération dont je suis assez fière et qui fait que chaque fois qu’on construit plus de 800 m², on doit avoir 30% de logements sociaux. Ça veut dire que dans tous les quartiers, chaque fois qu’il y a un immeuble qui sort de terre, vous savez qu’il y aura 30% de logements sociaux.
Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?
J. M. : C’est un bel encouragement de voir autant de gens qui vous suivent, qui vous poussent. Alors, on y croit. On va gagner.