Tag: Marseille

  • Après leur vol, deux tableaux de Renoir mis à l’abri à Marseille

    Après leur vol, deux tableaux de Renoir mis à l’abri à Marseille

    Elle a beau avoir servi de modèle à Auguste Renoir il y a 114 ans, Madame Colonna Romano (1913) apparaîtrait presque, sur la toile qui la fige, encore traumatisée par ce qu’elle a subi le 8 septembre. La main gauche posée sur un coussin déchiré par son chapardage et son regard bleu perçant devenu hébété, la voilà soumise aux inspections de scientifiques, en ce lundi 12 octobre au Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du Patrimoine (CICRP) de Marseille. Avec Femmes au puits, datant quant à elle de 1886, deux huiles sur toile et bois retrouvées par les enquêteurs vendredi, suite à leur vol, un mois auparavant au Musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Des cambrioleurs s’étaient alors introduits dans ce musée municipal, où le peintre impressionniste installa son atelier et passa les dernières années de sa vie (1841-1919), pour scier au petit matin leurs accroches.

    Dommages divers

    « Afin de s’assurer de leur état et de garantir leur préservation, la ministre de la Culture a demandé le transfert des deux tableaux au CICRP. Les spécialistes y procéderont à un examen approfondi des œuvres et, si nécessaire, à leur restauration, sous la responsabilité scientifique du Musée d’Orsay », stipule un communiqué du ministère de la Culture, daté du 12 octobre, à propos de ces toiles retrouvées dans l’Hérault vendredi par les services de police. « à chaque fois qu’une œuvre est endommagée, c’est une blessure culturelle car notre patrimoine est atteint » estime Claire Rannou, directrice des Affaires culturelles de la région Paca. Pour l’esquisse sur bois Femmes au puits, « pas de dommages importants hormis pour le cadre et ses angles endommagés », pointe avec soulagement Annick Lemoine, présidente de l’établissement public du Musée d’Orsay qui en a la collection et fait le dépôt au Musée Renoir de Cagnes en 1985. En ce qui concerne le Portrait de Madame Colonna Romano, « les dommages sont plus importants avec des déchirures sur la toile ».

    Inspection de A à Z

    « Les dommages sont certes impressionnants mais pas trop importants. Et ils pourront être restaurés. Cela aurait pu être bien plus grave » assure Annick Lemoine, aux côtés de l’équipe scientifique du Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du Patrimoine (CICRP), rassemblée autour des deux tables recouvertes de papier blanc où sont exposés les Renoir, comme on ausculte un patient à qui l’on s’apprête à prodiguer des soins. Autant de dégâts dont ce fleuron marseillais va désormais s’occuper. Avec pour première étape, « un dossier d’imagerie scientifique, à savoir des images et photos en lumière directe, rasante, pour voir absolument tous les désordres de la couche picturale », détaille Dominique Vingtain. L’amorce d’un long diagnostic, souligne la directrice du CICRP, qui aboutira à des « opérations de restauration dans nos différents ateliers ». Et au bout de combien de temps le Portrait de Madame Colonna Romano et la Femmes au puits retrouveront leur éclat ? « On espère le plus tôt possible. Bien des semaines ou des mois. Mais parler en année serait déraisonnable. »

  • Les « fiches poissons » de La Marseillaise à la rencontre du public

    Les « fiches poissons » de La Marseillaise à la rencontre du public

    « Oui, oui, lui je le connais. Ma mère en prépare ! » lance joyeusement Assia, 9 ans en pointant le labre. L’élève de l’école d’Air Bel (11e) est venue visiter le Village des sciences avec sa maîtresse. Daniela Banaru, maîtresse de conférences à Aix-Marseille université, se prête avec enthousiasme au jeu de la découverte auprès des enfants.

    Au mur, une multitude d’articles « entretien » dédiés aux poissons réalisés pour La Marseillaise en collaboration avec la scientifique, Christian Qui, chef cuisinier, les pêcheurs du Vieux-Port, Chimène Voronkoff pour les illustrations et Marie-Laure Thomas pour les enquêtes.

    « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quand te consomme-t-on ? Et comment te mange-t-on ? » : telles sont les quatre questions posées chaque semaine à une espèce différente, en fonction de sa saisonnalité. L’idée était de sensibiliser à la diversité des poissons frais, sources de protéines accessibles, disponibles sur les étals du Vieux-Port. Toutes les espèces présentées ont été observées à la vente au marché aux poissons au fil des mois.

    « Fielas, sardines, calamars, poulpes ou encore daurade… Nous avons plus 263 espèces en Méditerranée. Certaines sont davantage pêchées que d’autres, ce qui entraîne parfois leur raréfaction, voire leur disparition », explique Daniela Banaru le doigt sur les articles plastifiés.

    Les enfants témoignent en avoir déjà mangé, mais aussi « en avoir vu nager en mer ». La Grande bleue leur est familière. Eden s’exclame : « Il y en a même un qui m’a mordu ! » « Ça doit être un baliste, ce n’est pas bien méchant », le rassure la scientifique. À côté, Naïssa se renfrogne : « Mais moi, je ne sais pas nager. » Des jeux permettent également de mieux appréhender la faune et la flore marines. Le stand, aux couleurs vives, enthousiasme les enfants. On y croise même le spécialiste du crabe bleu, Guillaume Marchessaux, intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer cette espèce invasive.

  • Des abris artificiels pour restaurer la biodiversité

    Des abris artificiels pour restaurer la biodiversité

    Le Biohut® est une nurserie artificielle pensée par Ecocean, entreprise spécialisée dans la restauration des milieux aquatiques. Trente et un de ces abris ont été installés dans la base nautique Florence-Arthaud afin de restaurer les fonctions écologiques d’une zone artificialisée.

    Concrètement, l’abri se présente sous la forme d’une cage remplie de coquilles d’huîtres, offrant un habitat à de nombreuses espèces. « On a des crevettes, des vers, beaucoup de crabes… » recense Anthony Fortin, chargé d’opération chez Ecocean. « Ils servent de nourriture aux jeunes poissons », poursuit-il en désignant les grilles qui entourent la structure et protègent les juvéniles des prédateurs.

    « Le Biohut encourage la biodiversité dans des milieux modifiés par l’Homme », précise Anthony Fortin. Le dispositif n’est pas réservé à la base nautique marseillaise. Il peut être installé dans « n’importe quel port ou marina, à partir du moment où les eaux sont saines, traitées et entretenues ». On en trouve déjà dans une trentaine de ports méditerranéens ainsi qu’à l’étranger, où Ecocean poursuit son développement.

    Les résultats semblent au rendez-vous. La fréquentation de jeunes poissons a été multipliée par 30 par rapport à 2024 et les équipes se félicitent particulièrement de la présence d’un mérou brun, espèce protégée. Même croissance exponentielle du côté des crabes, oursins et crevettes, passés de 2 à 64 espèces recensées en deux ans.

    La Direction de la mer et du littoral soutient des ateliers de sensibilisation auprès du jeune public toute l’année. « On montre aux enfants qu’il y a de la vie sous les ports occupés par les humains et qu’il faut lui laisser de l’espace pour se développer », note Anthony Fortin.

    La Ville distinguée

    « C’est encourageant », se félicite Hervé Menchon (EELV), adjoint délégué à l’environnement et à la biodiversité, alors que la Ville de Marseille est désignée capitale française de la biodiversité. « C’est une reconnaissance du travail accompli en matière de renaturation. » L’élu a mis l’accent sur les actions menées pour préserver les milieux marins comme les espaces terrestres : « On est sur un point de bascule climatique et on agit déjà. » Avant de conclure avec une formule : « Après “sous les pavés, la plage”, “sous les pontons, le vivant”. »

  • Un Cercle de grande classe sur les deux tableaux

    Un Cercle de grande classe sur les deux tableaux

    Claque sur claque. La formation masculine du Cercle des nageurs de Marseille nous habitue depuis plusieurs saisons à dominer outrageusement le championnat national, mais elle n’est désormais plus la seule à être impériale dans le bassin Pierre-Garsau. Son pendant féminin, créé cette saison, rayonne tout autant. Les poloïstes marseillaises se sont imposées successivement samedi lors du 8e de finale du Trophée Alice-Milliat face à l’Union St-Bruno Bordeaux
    (32-3), puis dimanche, de nouveau à domicile contre les mêmes Bordelaises, mais cette fois-ci à l’occasion de la cinquième journée de championnat (29-1). Avec cette cinquième victoire de la saison, elles conservent d’une main de maître leur place de leader national.

    Pause avant deux chocs

    Au-delà des deux rencontres féminines, le bassin Pierre-Garsau a également été le théâtre d’un nouveau succès de l’équipe masculine. Opposés à Monaco, dernier venu du championnat Elite, les Marseillais n’ont jamais été inquiétés
    (30-3). Les neuf buts du serial-buteur Thomas Vernoux leur ont permis d’enchaîner une troisième victoire consécutive, et ainsi, garder la tête du classement. L’entraîneur monténégrin Milos Scepanovic a profité de cette opposition afin de faire tourner son effectif. Plusieurs pensionnaires des sections jeunes, à l’instar de Swuanzo Chiron, Elias Ferrand et l’Allemand Nnamdi-Obadja Gamisch, auteur d’un doublé, étaient présents sur la feuille de match. Les Marseillais vont désormais profiter d’une pause de deux semaines bien méritées avant de reprendre le chemin de la Ligue des Champions, avec un déplacement dans le bassin du Steaua Bucarest le 28 octobre (18h30). Ils enchaîneront seulement trois jours plus tard avec le derby provençal face au Pays d’Aix, défait dimanche à domicile lors de la troisième journée de poule en Euro Cup face à Primorac (8-20). Cela ne les empêche pas de poursuivre l’aventure européenne jusqu’à fin décembre.

  • L’Algernon, course phocéenne où chacun trouve sa place

    L’Algernon, course phocéenne où chacun trouve sa place

    Course emblématique du paysage marseillais, l’Algernon a célébré dimanche matin sa 42e édition, au départ du palais du Pharo. Au total, 8 400 participants ont pris le départ, dont près de la moitié en situation de handicap, de vulnérabilité ou avancés en âge. « C’est vraiment un événement qui permet aux personnes de se rencontrer, de vivre une expérience ensemble et de franchir la ligne d’arrivée tous ensemble », souligne Arnaud Chikli, directeur de course, conscient qu’un tel rendez-vous repose sur une organisation rodée.

    Plus de 1 000 bénévoles se sont mobilisés, tout au long du week-end, pour faire de cette édition une réussite. « C’est une course qui évolue dans tous les secteurs », observe le directeur sportif de l’association. « On voit que des entreprises se servent de la course pour créer de la cohésion, rassembler leurs collaborateurs et réunir les familles. On constate aussi que nous recevons de plus en plus de sollicitations d’établissements scolaires qui souhaitent sensibiliser leurs élèves au handicap, avec pour objectif final de les faire participer à la course », poursuit-il.

    Cette évolution témoigne de la portée inclusive de l’événement, où les générations se côtoient et les différences s’effacent le temps d’une course. Parmi les participants, le doyen de cette 42e édition, âgé de 103 ans, a ainsi pu croiser le regard de nombreux minots, illustrant à lui seul l’esprit de partage qui anime l’Algernon. « Il y a la question de la personne avant la question du handicap, de penser l’autre surtout », insiste Arnaud Chikli.

    Le directeur de course se réjouit également d’avoir attiré l’attention sur ces enjeux à près de 150 lycéens, mobilisés tout au long du parcours pour assurer les différents ravitaillements. « C’est notre ADN et on ne pas le changer », assure le coordinateur de ce deuxième rendez-vous du mois de l’inclusion.

  • Raphaël Glucksmann élu candidat social-démocrate

    Raphaël Glucksmann élu candidat social-démocrate

    C’est la première fois de son histoire que le PS n’aura pas un candidat issu de ses rangs pour le représenter dans une élection présidentielle.

    Avec plus de 66% des suffrages (79 613 voix), l’eurodéputé de 46 ans a réussi son pari de l’emporter dès le premier tour, mais va devoir désormais rassembler une famille politique divisée sur la question des alliances avec LFI, qu’il refuse.

    « La démocratie a parlé et le résultat est sans appel (…), je suis le candidat de la gauche démocratique » qui « pourra battre l’extrême droite », a-t-il affirmé lors d’une allocution devant la presse. Il s’est désigné également comme le candidat « de la rupture avec le macronisme » et « de la rupture avec l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche ».

    Auparavant sur X, il avait jugé que ce résultat disait « quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner ». Mais « nous ne sommes pas là pour gagner une querelle à gauche. Nous sommes là pour gagner l’élection présidentielle », a-t-il ajouté.

    Le patron du PS Olivier Faure encaisse lui une sévère défaite, avec 14% des voix (17 398 voix). Celui qui faisait figure de challenger dans cette élection comptait sur le patriotisme de parti pour l’emporter, malgré des sondages qui ne lui donnaient que de 3 à 5% des voix, loin des intentions de vote de Raphaël Glucksmann, qui naviguait entre 10 et 12%. « Une majorité très claire s’est dégagée, tu as su convaincre une majorité de votants », a-t-il dit à l’attention de Raphaël Glucksmann, affirmant en respecter le résultat.

    « Choix du repli »

    Olivier Faure qui avait considéré qu’une victoire de Raphaël Glucksmann signifierait l’effacement du PS à la présidentielle, va désormais devoir le soutenir, comme s’y sont engagés tous les candidats.

    L’ex-candidate à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, qui n’avait pas caché son rejet de Raphaël Glucksmann pendant la campagne, n’a obtenu que 7,62% des voix. Elle s’est dite « déçue » du résultat, sans rien regretter.

    Les députés Jérôme Guedj (PS) et Emmanuel Maurel (Gauche républicaine et socialiste) ont recueilli chacun un peu moins de 6% des voix. Ils faisaient figure d’outsiders. « La primaire, désormais, est derrière nous. Le vote est clair », s’est félicité Jérôme Guedj, proche de la ligne de l’eurodéputé. « On est partis sur de bons rails », a estimé aussi Emmanuel Maurel.

    Au total, quelque 120 787 votants se sont exprimés sur les 134 456 inscrits en capacité de voter. Le scrutin, uniquement électronique, a été perturbé par une cyberattaque, lancée vendredi matin à l’ouverture du scrutin, qui a ralenti les connexions sur la plateforme dédiée et obligé les organisateurs à prolonger le vote jusqu’à dimanche soir.

    Très identifié sur l’international et l’Europe, Raphaël Glucksmann voit dans cette primaire le début d’une « refondation de la gauche », avec une rupture claire avec La France insoumise (LFI) et son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce fut d’ailleurs son principal sujet de discorde avec Olivier Faure et Ségolène Royal, lors des débats télévisés.

    Raphaël Glucksmann, qui considère que Jean-Luc Mélenchon joue avec les codes de l’antisémitisme, avait accusé le patron du PS de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme il l’a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024). La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, proche d’Olivier Faure, a dit dimanche soir regretter que le vainqueur soit « celui qui fait le choix du repli ».

    Premières réactions à Marseille

    Pascaline Lécorché, déléguée nationale de Place publique et adjointe au maire de Marseille, soutien de Raphaël Glucksmann, a réagi, dimanche soir : « Cette victoire marque une étape politique majeure. Elle confirme la dynamique engagée lors des deux dernières élections européennes et consacre le retour d’une gauche démocratique, sociale, écologiste et profondément républicaine, capable de porter une alternative crédible pour notre pays. »

    Yannick Ohanessian (PS), adjoint au maire de Marseille et porte-parole d’Olivier Faure pour la primaire, a indiqué : « Les électeurs de la primaire ont tranché, et ils l’ont fait clairement. Je félicite Raphaël Glucksmann pour sa victoire nette, qui lui donne une légitimité incontestable pour porter nos couleurs en 2027. (…) Je serai au rendez-vous de ce rassemblement. (…) Marseille sait ce que veut dire se battre ensemble. » S.D.

  • À Gèze, un nouveau campus de l’IA à l’horizon 2029

    À Gèze, un nouveau campus de l’IA à l’horizon 2029

    Aujourd’hui, à l’angle du boulevard du Capitaine-Gèze et de l’avenue des Aygalades, le site n’est encore qu’une friche. Mais d’ici au troisième trimestre 2029, un mégacampus dédié à l’intelligence artificielle (IA) doit voir le jour sur ce terrain de deux hectares.

    Tel est le projet porté par Unitel Group et son président, l’entrepreneur Kevin Polizzi. Baptisé Théodora, ce « village de l’IA appliquée », implanté au cœur des quartiers nord, accueillera plusieurs bâtiments dédiés aux entreprises et à la formation, ainsi que plus de 4 600m² d’hébergements.

    Avec plus de 110 millions d’euros d’investissements privés, dont 7% consacrés à la recherche et développement, le projet se veut davantage tourné vers l’innovation que vers l’immobilier. Unitel finalise d’ailleurs l’acquisition d’autres parcelles et prévoit de publier la méthode de construction du campus dans un livret en « open source ». « On ne fait pas de l’immobilier, l’objectif est de construire un kit pour permettre à un territoire de se transformer et rester dans la course », confie Kevin Polizzi.

    Pour justifier son ambition, le chef d’entreprise rappelle que « d’ici 2030, les projections indiquent que le marché de l’IA représentera plus de 1 800 milliards de dollars de chiffre d’affaires à l’échelle mondiale ». Des travaux doivent également être réalisés afin de relier le campus aux câbles sous-marins qui arrivent à Marseille, faisant de la cité phocéenne le sixième hub numérique mondial. Une situation stratégique encore largement sous-exploitée, selon l’entrepreneur.

    « Il faut réinventer

    le lieu de travail »

    Avec ce projet, Kevin Polizzi entend également « réinventer le lieu de travail » à travers plusieurs axes. Évidemment, l’IA occupera une place centrale, autant en ce qui concerne la formation proposée sur le campus que les emplois et entreprises qui y seront implantés. « Théodora » mise aussi sur l’accessibilité sans voiture, avec la proximité du tramway, du métro et de plusieurs lignes de bus. « Les transports ne doivent pas être une contrainte, mais un accompagnement pour les étudiants », souligne Samia Ghali, présidente de la RTM, lors de son discours. La forte modularité des bâtiments doit également permettre de « faire face à n’importe quelle crise sans avoir à repartir de zéro avec un nouveau projet », complète le président d’Unitel.

    Le projet « Théodora » s’articule autour de quatre pôles : les bâtiments A, B et C, qui regrouperont près de 20 000m² de bureaux ; le bâtiment D, dédié « à l’incubation et à la formation autour de l’IA » sur 5 500m² ; la Tour Signal, qui concentrera 4 600m² de logements et différents services ; enfin, un pavillon central accueillera des espaces dédiés à la recherche, au développement et à l’événementiel, au cœur d’un parc de 6 000m². Au total, le campus représentera 35 000m² de surface de plancher.

    Un projet salué par les élus

    Pour Samia Ghali, représentante de la Métropole et présidente de la RTM, « ce projet dispose d’une situation géographique idéale dans les quartiers nord, au sein d’un pôle de transports multimodale important ». Un sentiment partagé par Julien Harounyan, adjoint au maire chargé de l’attractivité économique et du tourisme durable : « C’est un moment symbolique qui dit quelque chose de la confiance que l’on place dans ce territoire. »

    Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence, s’est quant à lui réjoui de « voir l’offre de formation s’étoffer de manière immédiate et concrète à Marseille. C’est une étape importante pour la ville et pour sa jeunesse, surtout celle des quartiers nord ». Isabelle Campagnola-Savon, présidente d’Euroméditerranée, s’est pour sa part intéressée à « ce qu’on va pouvoir construire autour de ce projet », en affirmant que « c’est à Gèze que se joue une partie de l’avenir de la ville ».

    Un projet largement salué par les élus locaux, mais qui ne fait pas pour autant disparaître les interrogations liées à l’impact environnemental de l’intelligence artificielle et des data centers nécessaires à son fonctionnement, à l’image du méga data center envisagé sur l’ancienne friche industrielle Saint-Louis Sucre, dans le 15e arrondissement.

  • [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    Dans les salles des professeurs comme dans les classes, le malaise était palpable depuis longtemps. Tous dénoncent une dégradation du système éducatif. Alors qu’une nouvelle mobilisation est annoncée pour le mardi 13 octobre, Marion Chopinet revient sur les ressorts d’un ras-le-bol parti pour durer.

    La Marseillaise : Ce mouvement lycéen s’annonce durable, avec un nouveau rendez-vous le 13 octobre, porté par une intersyndicale lycéenne, étudiante et enseignante, ainsi qu’un appel interprofessionnel de la CGT. Est-ce quelque chose à quoi vous vous attendiez ?

    Marion Chopinet : À la fois, on ne l’a pas vu venir et en même temps, ce n’est pas étonnant du tout. Il y a eu le démarrage en région parisienne et des mouvements ponctuels déjà, avant la rentrée, dans les outre-mer. Cette colère lycéenne gronde depuis pas mal de temps. Elle s’est étendue à toutes les académies après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Dans l’académie d’Aix-Marseille, les mobilisations lycéennes commencent autour de cette date, qui a marqué le début des premiers blocus de lycées ici.

    En tant que syndicat enseignant, comment accompagnez-vous les lycéens ? Peut-on parler de convergence des luttes ?

    M.C. : D’une certaine manière oui, car leurs revendications rejoignent les nôtres. Quand on se mobilise, nous, contre les réformes, le choc des savoirs, la réforme Blanquer en fait à l’origine de tout le bazar dans les lycées aujourd’hui, on se mobilise pour nous. Mais nos conditions de travail, ce sont les conditions d’études des élèves. Là, c’est le mouvement lycéen qui a pris le plus d’ampleur et qui continue à grandir et on se rejoint complètement. Après, c’est un équilibre assez difficile à tenir. Car si on a des revendications communes, en dehors des moments où on a nos casquettes syndicales, on est aussi leurs profs. Il ne s’agit pas de confondre les deux et de se servir d’une manière ou d’une autre de l’« autorité » qu’on peut avoir sur eux pour influer sur le mouvement. Cela doit rester le leur, ils doivent pouvoir s’organiser et décider. À nous, éventuellement, de répondre plutôt à leurs sollicitations et à leurs besoins pour avoir un service d’ordre, du matériel pour faire des pancartes, l’accès à un local… Toutes ces manifestations qui associent depuis plusieurs jours personnels de l’Éducation nationale, lycéens, étudiants, d’autres corps de métier et les parents marchent très bien et font la démonstration que le cœur du sujet, ce sont les revendications des lycéens et pas les violences.

    Du côté des enseignants, vous alertez depuis longtemps sur une véritable souffrance…

    M.C. : Nous avons effectivement des enseignants qui sont submergés de tâches annexes, dont les salaires n’ont pas été revalorisés depuis extrêmement longtemps. Ce qui participe aussi de la crise de recrutement et du manque d’enseignants, au-delà des suppressions de postes. Les jeunes ont compris aussi que s’ils veulent avoir plus de profs et plus de candidats au concours, il faut revaloriser le métier. Les revendications autour du statut de la fonction publique pour les AESH sont aussi un enjeu pour nous et les élèves d’avoir des accompagnants pour ceux en situation de handicap. Des personnes recrutées par concours, formées, rémunérées correctement et qui soient présentes dans les établissements pour eux.

    La répression du mouvement lycéen est-elle, selon vous,
    une manière de l’étouffer
     ?

    M.C. : Oui, il y a forcément des consignes pour faire peur le plus possible aux élèves et aux parents. Ces violences policières sont complètement disproportionnées, absolument délirantes. Nous les avons dénoncées dans de nombreux communiqués.

    La réponse apportée par le gouvernement, entre les annonces du Premier ministre sur les prix à la pompe et le déblocage de 3 000 postes d’enseignants, est-elle à la hauteur ?

    M.C. : Ça ne correspond pas du tout à ce qu’on demande, même si pour les enseignants aussi, la question du prix de l’essence et de ce que coûtent les trajets pour se rendre sur leur lieu de travail, ça compte. Pour les 3 000 postes qui seraient débloqués, on attend de voir la réalité. Nous réclamons surtout des postes au concours, une revalorisation, une réflexion aussi sur le bâti scolaire. Rien n’est dit du tout sur ce qui est essentiel pour les élèves : Parcoursup. Et au-delà, la réforme Blanquer, mise en place en 2018, qui touche au lycée et au bac sans laquelle Parcoursup ne peut fonctionner. C’est elle qui permet cette sélection terrible dans l’accès au supérieur et qui accompagne de façon extrêmement efficace les suppressions postes. Après, il y a eu le « choc des savoirs » avec Gabriel Attal. Tout ça, c’est la déclinaison de la même chose : dire que ça coûte trop cher et qu’il faut trier les élèves le plus tôt possible. Ce qui va à l’encontre du projet du Snes et de la FSU entre autres, qui avait cours depuis les années 80, de démocratisation scolaire, de faire en sorte que la majorité des jeunes arrivent jusqu’à un niveau bac.

    Nous sommes aussi dans un contexte d’austérité budgétaire…

    M.C. : C’est catastrophique, pour l’Éducation nationale comme l’ensemble des services publics. C’est à eux que l’on fait payer le prix de l’austérité et de la dette. Il y a aussi un enjeu autour des budgets des collectivités territoriales et du bâti scolaire. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est que ces jeunes ont passé des examens sous canicule, l’an passé. Des élèves qui font leur rentrée dans des salles à plus de 30-35 degrés, des journées de cours épuisantes… Toute une réflexion est à mener sur l’adaptation au changement climatique et les budgets qui devaient y être consacrés ne sont pas à la hauteur ou ont été supprimés.

    D’aucuns tournent la mobilisation lycéenne en dérision, s’offusquent des débordements… Comment voyez-vous la suite ?

    M.C. : Je pense que les élèves ont comme perspective de tenir au moins jusqu’aux vacances. Nous, on annonce déjà une nouvelle date à la rentrée, le 5 novembre, avec l’intersyndicale de la fonction publique, sur les salaires, conditions de travail, etc. La consultation inventée par Sébastien Lecornu est aussi une manière d’étouffer ce mouvement. On a vu comment les gouvernements Macron ont fonctionné avec les Gilets jaunes, les cahiers de doléances qui n’aboutissent à rien. Les jeunes l’ont bien compris. Sur la prise en considération, je fais le lien avec les débats sur la loi intégrale, tout ce travail fait par les associations féministes et enfantistes. Cela dit, vu comment notre société regarde les enfants et les jeunes, se méfie d’eux, considère qu’ils n’ont pas droit à la parole… Ils font la démonstration que la jeunesse, c’est autre chose que de rester collé sur son téléphone et qu’il va falloir compter avec eux. Le monde qu’on est en train de construire, c’est le leur. Ils ont droit au chapitre.

  • Nourrir encore plus, avec toujours moins

    Nourrir encore plus, avec toujours moins

    Comme tous les mardis et jeudis soir, une file d’une vingtaine de personnes se forme spontanément sur la place de la Joliette, à Marseille. Il n’est que 18h30. « L’association Vendredi 13 n’arrive qu’à 19h, indique un homme. Je viens plus tôt parce que je n’ai rien avalé depuis deux jours et qu’il n’y a plus grand-chose si on arrive trop tard. »

    À 19h, les deux camions de Vendredi 13 sont en position. Dans un ballet bien orchestré par Monique Blanc, cofondatrice de l’association, dix-sept bénévoles en sortent des dizaines de cagettes et de cartons de denrées, déploient tables et barrières, séparant trois files derrière lesquelles se pressent hommes, femmes et personnes handicapées. Ils seront ainsi « 326 » à venir à la distribution alimentaire de l’association, précisera une heure plus tard Yohan, un compteur à la main. « Une petite soirée. On est plutôt sur 450 d’habitude », précise le jeune homme. « Il y a ceux qu’on voit régulièrement, depuis longtemps, et 60% de nouveaux, jauge Ada. Et le samedi matin, à l’entrepôt du boulevard de Plombières, on a une distribution spécifique, sur carte, pour les étudiants. Ils sont près de 200. »

    Vendredi 13 a développé ces deux rendez-vous hebdomadaires à la Joliette « en 2015, avec une autorisation de la nouvelle municipalité pour stationner, en complément des maraudes où l’on touche plus le public de la rue, explique Monique. Ici, on est sur de l’accueil inconditionnel ouvert à ceux qui ont un logement, mais un frigo vide ». Le fromage, le pain, les fruits, les yaourts, les barquettes individuelles de plats préparés, de boulgour, d’épinards, de poisson, de rôti ou encore de cuisses de poulet, que l’association récupère auprès « du Vélodrome, de l’AP-HM, des écoles de la Ville », et se procure par l’intermédiaire des associations solidaires Andes ou Pain et Partage, répondent à l’urgence. « En général, tout disparaît », témoigne Karine, salariée à la SNCF, que « cette hausse de la misère » a convaincu de s’engager il y a plus d’un an. Des « besoins tellement grands qu’on n’arrive plus à prendre le temps de discuter. »

    Son sachet à la main, Jamila, 78 ans, repart souriante en remerciant l’équipe. « Sans eux, je ne pourrais pas me nourrir, explique cette veuve du 8e arrondissement. Avec 600 euros de pension et un loyer que le propriétaire m’a abaissé à 500 euros, sinon j’étais à la rue, ce n’est plus possible. » « Cet hiver encore, je ne vais pas me chauffer », prévoit-elle.

    Situation similaire pour Nabila, qui avance appuyée sur sa canne. Elle apprécie : « Il y a du frais, du cuisiné, ça fait une économie de gaz. Je complète avec les conserves des Restos du cœur. » Sans se plaindre, elle confie : « Je fais un repas par jour, parfois pas. Mais j’ose me faire plaisir à la Noël… avec des chocolats. »

    Dans la file s’engage une mère sans emploi, accompagnée de ses trois enfants, dont le dernier est handicapé. Ils vivent depuis trois ans « placés par le 115 à l’hôtel, où on ne peut pas faire à manger ». Les deux plus grands prient de ne pas citer le nom de leur collège, « sinon, les autres, ils vont savoir ». Plus loin, deux mineurs et un jeune de 19 ans, « élèves en technique au lycée Nord », accueillis « en foyer, où on mange mal et on a la dalle », repartent ravis avec leurs sachets jaunes « pleins de plats et de donuts ». S’avouant un peu « gênés » aussi, ils les fourrent au fond d’un sac à dos, « plus discret », avant de sauter dans le tram.

    Abonnés aux « rayons

    du bas » des discounts

    Des travailleurs, en suspend, sont aussi là. Pape, arrivé en France en « 1995, avec sport-études, pour le ballon, mais sans réussir à passer pro », s’est « toujours débrouillé seul », mais sa reconversion en cuisinier s’est brutalement interrompue il y a quatre mois : « J’ai été négligent sur mes renouvellements de titre de séjour et il y a eu des retards administratifs à la préfecture. Alors, mon dernier employeur, qui me logeait dans un studio, n’a pas renouvelé non plus mon contrat. Tout a basculé. » Le quadragénaire multiplie les démarches pour retrouver un emploi : « La plupart des SDF sont résignés. Moi, j’apprends à tenir. Je ne peux pas me projeter à la rue. »

    Au bout de la file, un jeune « Algérien sans-papiers », qui vit « en coloc dans le 14e ». « Je suis dans le BTP, mais là, je n’ai plus de contrat, hausse-t-il les épaules. Depuis 2022 que j’étais pas revenu. On fait les courses dans les discounts, on prend dans les rayons du bas, des boîtes. Mais bon, ça augmente, on dirait qu’ils changent les étiquettes tous les jours. Pour les habits, c’est moins compliqué, il faut juste pas être difficile. »

    Une inflation à laquelle l’association est aussi confrontée. « La palette de bouteilles d’eau a pris 150 euros de plus. Le prix de l’essence grève aussi le budget. La Banque alimentaire n’a plus de poisson, on a acheté une palette de boîtes de sardines, elle a été liquidée en moins trois semaines », déplore Ada, en remballant. Un jeune s’approche, dépité d’avoir raté le coche. Ada lui récupère un sandwich avant de fermer les portes du camion. Il est 20h30, la place s’est vidée. Loin des réverbères, la misère se fait à nouveau discrète. éric, 35 ans, « grille » le bus pour filer dormir dans sa voiture, « si elle n’est pas à la fourrière. Parce que, sans essence, ni assurance, elle ne bouge plus depuis huit mois ».

    REPÈRES

    13%

    des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage OpinionWay commandé par Action contre la faim, soit environ 7 millions d’adultes en France métropolitaine. Cette proportion atteint 25% chez les 18-24 ans (un jeune sur quatre).

    26%

    des 873 076 habitants de Marseille vivent sous le seuil de pauvreté. Ville la plus pauvre de France parmi les grandes métropoles, Marseille compte également 5 839 personnes vivant dans des squats, selon l’étude ISSimars, signe d’une crise sociale et du logement prégnante.

    3,2 millions

    de personnes bénéficiaient de l’aide alimentaire en nature des associations, en France, en 2021 (Insee).

    En 2023, au moins la moitié des personnes en situation de précarité alimentaire ne sollicitaient pas ou ne bénéficiaient pas de cette aide (Crédoc).

    46 ans

    que le droit à l’alimentation est reconnu par la France au niveau international. Il ne figure pourtant pas dans le droit français.

    Action contre la faim appelle aujourd’hui à une mobilisation nationale pour lui donner une valeur constitutionnelle.

    86%

    des personnes interrogées par OpinionWay jugent importante ou primordiale l’adoption d’une loi garantissant l’accès à une alimentation suffisante, saine, durable et choisie. 73% estiment que le droit à l’alimentation n’est pas réellement garanti en France.

  • Un échec collectif

    Un échec collectif

    Dans un pays qui n’a jamais produit autant de richesses, voir la faim gagner du terrain constitue un échec collectif.

    Aujourd’hui, 13% des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage OpinionWay pour Action contre la faim. Chez les 18-24 ans, ils sont un sur quatre. Plus de 3,2 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon l’Insee et le Crédoc.

    Ces chiffres révèlent quelque chose de plus profond qu’une simple difficulté passagère. Depuis plusieurs décennies, le recul des services publics, la fragilisation du salariat, l’explosion des dépenses contraintes et l’effritement de l’accompagnement social ont placé une part croissante de la population dans la précarité. Désormais, les files de l’aide alimentaire accueillent retraités, étudiants, travailleurs pauvres et familles entières. La faim devient un phénomène social de masse.

    Leviers

    Face à cette réalité, les associations accomplissent un travail indispensable. Mais elles ne peuvent devenir le dernier rempart permanent contre la pauvreté. La solidarité associative ne peut pas remplacer la solidarité nationale.

    Car la question est d’abord politique. Lorsque des millions de personnes peinent à se nourrir alors que les fortunes les plus élevées continuent de prospérer, c’est bien celle du partage des richesses qui est posée. Revalorisation des salaires et des pensions, renforcement des protections sociales, régulation des prix essentiels, accès effectif à une alimentation de qualité : l’État dispose de leviers. Encore faut-il les actionner.