Tag: Marseille

  • L’Algernon, course phocéenne où chacun trouve sa place

    L’Algernon, course phocéenne où chacun trouve sa place

    Course emblématique du paysage marseillais, l’Algernon a célébré dimanche matin sa 42e édition, au départ du palais du Pharo. Au total, 8 400 participants ont pris le départ, dont près de la moitié en situation de handicap, de vulnérabilité ou avancés en âge. « C’est vraiment un événement qui permet aux personnes de se rencontrer, de vivre une expérience ensemble et de franchir la ligne d’arrivée tous ensemble », souligne Arnaud Chikli, directeur de course, conscient qu’un tel rendez-vous repose sur une organisation rodée.

    Plus de 1 000 bénévoles se sont mobilisés, tout au long du week-end, pour faire de cette édition une réussite. « C’est une course qui évolue dans tous les secteurs », observe le directeur sportif de l’association. « On voit que des entreprises se servent de la course pour créer de la cohésion, rassembler leurs collaborateurs et réunir les familles. On constate aussi que nous recevons de plus en plus de sollicitations d’établissements scolaires qui souhaitent sensibiliser leurs élèves au handicap, avec pour objectif final de les faire participer à la course », poursuit-il.

    Cette évolution témoigne de la portée inclusive de l’événement, où les générations se côtoient et les différences s’effacent le temps d’une course. Parmi les participants, le doyen de cette 42e édition, âgé de 103 ans, a ainsi pu croiser le regard de nombreux minots, illustrant à lui seul l’esprit de partage qui anime l’Algernon. « Il y a la question de la personne avant la question du handicap, de penser l’autre surtout », insiste Arnaud Chikli.

    Le directeur de course se réjouit également d’avoir attiré l’attention sur ces enjeux à près de 150 lycéens, mobilisés tout au long du parcours pour assurer les différents ravitaillements. « C’est notre ADN et on ne pas le changer », assure le coordinateur de ce deuxième rendez-vous du mois de l’inclusion.

  • Raphaël Glucksmann élu candidat social-démocrate

    Raphaël Glucksmann élu candidat social-démocrate

    C’est la première fois de son histoire que le PS n’aura pas un candidat issu de ses rangs pour le représenter dans une élection présidentielle.

    Avec plus de 66% des suffrages (79 613 voix), l’eurodéputé de 46 ans a réussi son pari de l’emporter dès le premier tour, mais va devoir désormais rassembler une famille politique divisée sur la question des alliances avec LFI, qu’il refuse.

    « La démocratie a parlé et le résultat est sans appel (…), je suis le candidat de la gauche démocratique » qui « pourra battre l’extrême droite », a-t-il affirmé lors d’une allocution devant la presse. Il s’est désigné également comme le candidat « de la rupture avec le macronisme » et « de la rupture avec l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche ».

    Auparavant sur X, il avait jugé que ce résultat disait « quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner ». Mais « nous ne sommes pas là pour gagner une querelle à gauche. Nous sommes là pour gagner l’élection présidentielle », a-t-il ajouté.

    Le patron du PS Olivier Faure encaisse lui une sévère défaite, avec 14% des voix (17 398 voix). Celui qui faisait figure de challenger dans cette élection comptait sur le patriotisme de parti pour l’emporter, malgré des sondages qui ne lui donnaient que de 3 à 5% des voix, loin des intentions de vote de Raphaël Glucksmann, qui naviguait entre 10 et 12%. « Une majorité très claire s’est dégagée, tu as su convaincre une majorité de votants », a-t-il dit à l’attention de Raphaël Glucksmann, affirmant en respecter le résultat.

    « Choix du repli »

    Olivier Faure qui avait considéré qu’une victoire de Raphaël Glucksmann signifierait l’effacement du PS à la présidentielle, va désormais devoir le soutenir, comme s’y sont engagés tous les candidats.

    L’ex-candidate à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, qui n’avait pas caché son rejet de Raphaël Glucksmann pendant la campagne, n’a obtenu que 7,62% des voix. Elle s’est dite « déçue » du résultat, sans rien regretter.

    Les députés Jérôme Guedj (PS) et Emmanuel Maurel (Gauche républicaine et socialiste) ont recueilli chacun un peu moins de 6% des voix. Ils faisaient figure d’outsiders. « La primaire, désormais, est derrière nous. Le vote est clair », s’est félicité Jérôme Guedj, proche de la ligne de l’eurodéputé. « On est partis sur de bons rails », a estimé aussi Emmanuel Maurel.

    Au total, quelque 120 787 votants se sont exprimés sur les 134 456 inscrits en capacité de voter. Le scrutin, uniquement électronique, a été perturbé par une cyberattaque, lancée vendredi matin à l’ouverture du scrutin, qui a ralenti les connexions sur la plateforme dédiée et obligé les organisateurs à prolonger le vote jusqu’à dimanche soir.

    Très identifié sur l’international et l’Europe, Raphaël Glucksmann voit dans cette primaire le début d’une « refondation de la gauche », avec une rupture claire avec La France insoumise (LFI) et son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce fut d’ailleurs son principal sujet de discorde avec Olivier Faure et Ségolène Royal, lors des débats télévisés.

    Raphaël Glucksmann, qui considère que Jean-Luc Mélenchon joue avec les codes de l’antisémitisme, avait accusé le patron du PS de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme il l’a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024). La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, proche d’Olivier Faure, a dit dimanche soir regretter que le vainqueur soit « celui qui fait le choix du repli ».

    Premières réactions à Marseille

    Pascaline Lécorché, déléguée nationale de Place publique et adjointe au maire de Marseille, soutien de Raphaël Glucksmann, a réagi, dimanche soir : « Cette victoire marque une étape politique majeure. Elle confirme la dynamique engagée lors des deux dernières élections européennes et consacre le retour d’une gauche démocratique, sociale, écologiste et profondément républicaine, capable de porter une alternative crédible pour notre pays. »

    Yannick Ohanessian (PS), adjoint au maire de Marseille et porte-parole d’Olivier Faure pour la primaire, a indiqué : « Les électeurs de la primaire ont tranché, et ils l’ont fait clairement. Je félicite Raphaël Glucksmann pour sa victoire nette, qui lui donne une légitimité incontestable pour porter nos couleurs en 2027. (…) Je serai au rendez-vous de ce rassemblement. (…) Marseille sait ce que veut dire se battre ensemble. » S.D.

  • À Gèze, un nouveau campus de l’IA à l’horizon 2029

    À Gèze, un nouveau campus de l’IA à l’horizon 2029

    Aujourd’hui, à l’angle du boulevard du Capitaine-Gèze et de l’avenue des Aygalades, le site n’est encore qu’une friche. Mais d’ici au troisième trimestre 2029, un mégacampus dédié à l’intelligence artificielle (IA) doit voir le jour sur ce terrain de deux hectares.

    Tel est le projet porté par Unitel Group et son président, l’entrepreneur Kevin Polizzi. Baptisé Théodora, ce « village de l’IA appliquée », implanté au cœur des quartiers nord, accueillera plusieurs bâtiments dédiés aux entreprises et à la formation, ainsi que plus de 4 600m² d’hébergements.

    Avec plus de 110 millions d’euros d’investissements privés, dont 7% consacrés à la recherche et développement, le projet se veut davantage tourné vers l’innovation que vers l’immobilier. Unitel finalise d’ailleurs l’acquisition d’autres parcelles et prévoit de publier la méthode de construction du campus dans un livret en « open source ». « On ne fait pas de l’immobilier, l’objectif est de construire un kit pour permettre à un territoire de se transformer et rester dans la course », confie Kevin Polizzi.

    Pour justifier son ambition, le chef d’entreprise rappelle que « d’ici 2030, les projections indiquent que le marché de l’IA représentera plus de 1 800 milliards de dollars de chiffre d’affaires à l’échelle mondiale ». Des travaux doivent également être réalisés afin de relier le campus aux câbles sous-marins qui arrivent à Marseille, faisant de la cité phocéenne le sixième hub numérique mondial. Une situation stratégique encore largement sous-exploitée, selon l’entrepreneur.

    « Il faut réinventer

    le lieu de travail »

    Avec ce projet, Kevin Polizzi entend également « réinventer le lieu de travail » à travers plusieurs axes. Évidemment, l’IA occupera une place centrale, autant en ce qui concerne la formation proposée sur le campus que les emplois et entreprises qui y seront implantés. « Théodora » mise aussi sur l’accessibilité sans voiture, avec la proximité du tramway, du métro et de plusieurs lignes de bus. « Les transports ne doivent pas être une contrainte, mais un accompagnement pour les étudiants », souligne Samia Ghali, présidente de la RTM, lors de son discours. La forte modularité des bâtiments doit également permettre de « faire face à n’importe quelle crise sans avoir à repartir de zéro avec un nouveau projet », complète le président d’Unitel.

    Le projet « Théodora » s’articule autour de quatre pôles : les bâtiments A, B et C, qui regrouperont près de 20 000m² de bureaux ; le bâtiment D, dédié « à l’incubation et à la formation autour de l’IA » sur 5 500m² ; la Tour Signal, qui concentrera 4 600m² de logements et différents services ; enfin, un pavillon central accueillera des espaces dédiés à la recherche, au développement et à l’événementiel, au cœur d’un parc de 6 000m². Au total, le campus représentera 35 000m² de surface de plancher.

    Un projet salué par les élus

    Pour Samia Ghali, représentante de la Métropole et présidente de la RTM, « ce projet dispose d’une situation géographique idéale dans les quartiers nord, au sein d’un pôle de transports multimodale important ». Un sentiment partagé par Julien Harounyan, adjoint au maire chargé de l’attractivité économique et du tourisme durable : « C’est un moment symbolique qui dit quelque chose de la confiance que l’on place dans ce territoire. »

    Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence, s’est quant à lui réjoui de « voir l’offre de formation s’étoffer de manière immédiate et concrète à Marseille. C’est une étape importante pour la ville et pour sa jeunesse, surtout celle des quartiers nord ». Isabelle Campagnola-Savon, présidente d’Euroméditerranée, s’est pour sa part intéressée à « ce qu’on va pouvoir construire autour de ce projet », en affirmant que « c’est à Gèze que se joue une partie de l’avenir de la ville ».

    Un projet largement salué par les élus locaux, mais qui ne fait pas pour autant disparaître les interrogations liées à l’impact environnemental de l’intelligence artificielle et des data centers nécessaires à son fonctionnement, à l’image du méga data center envisagé sur l’ancienne friche industrielle Saint-Louis Sucre, dans le 15e arrondissement.

  • [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    Dans les salles des professeurs comme dans les classes, le malaise était palpable depuis longtemps. Tous dénoncent une dégradation du système éducatif. Alors qu’une nouvelle mobilisation est annoncée pour le mardi 13 octobre, Marion Chopinet revient sur les ressorts d’un ras-le-bol parti pour durer.

    La Marseillaise : Ce mouvement lycéen s’annonce durable, avec un nouveau rendez-vous le 13 octobre, porté par une intersyndicale lycéenne, étudiante et enseignante, ainsi qu’un appel interprofessionnel de la CGT. Est-ce quelque chose à quoi vous vous attendiez ?

    Marion Chopinet : À la fois, on ne l’a pas vu venir et en même temps, ce n’est pas étonnant du tout. Il y a eu le démarrage en région parisienne et des mouvements ponctuels déjà, avant la rentrée, dans les outre-mer. Cette colère lycéenne gronde depuis pas mal de temps. Elle s’est étendue à toutes les académies après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Dans l’académie d’Aix-Marseille, les mobilisations lycéennes commencent autour de cette date, qui a marqué le début des premiers blocus de lycées ici.

    En tant que syndicat enseignant, comment accompagnez-vous les lycéens ? Peut-on parler de convergence des luttes ?

    M.C. : D’une certaine manière oui, car leurs revendications rejoignent les nôtres. Quand on se mobilise, nous, contre les réformes, le choc des savoirs, la réforme Blanquer en fait à l’origine de tout le bazar dans les lycées aujourd’hui, on se mobilise pour nous. Mais nos conditions de travail, ce sont les conditions d’études des élèves. Là, c’est le mouvement lycéen qui a pris le plus d’ampleur et qui continue à grandir et on se rejoint complètement. Après, c’est un équilibre assez difficile à tenir. Car si on a des revendications communes, en dehors des moments où on a nos casquettes syndicales, on est aussi leurs profs. Il ne s’agit pas de confondre les deux et de se servir d’une manière ou d’une autre de l’« autorité » qu’on peut avoir sur eux pour influer sur le mouvement. Cela doit rester le leur, ils doivent pouvoir s’organiser et décider. À nous, éventuellement, de répondre plutôt à leurs sollicitations et à leurs besoins pour avoir un service d’ordre, du matériel pour faire des pancartes, l’accès à un local… Toutes ces manifestations qui associent depuis plusieurs jours personnels de l’Éducation nationale, lycéens, étudiants, d’autres corps de métier et les parents marchent très bien et font la démonstration que le cœur du sujet, ce sont les revendications des lycéens et pas les violences.

    Du côté des enseignants, vous alertez depuis longtemps sur une véritable souffrance…

    M.C. : Nous avons effectivement des enseignants qui sont submergés de tâches annexes, dont les salaires n’ont pas été revalorisés depuis extrêmement longtemps. Ce qui participe aussi de la crise de recrutement et du manque d’enseignants, au-delà des suppressions de postes. Les jeunes ont compris aussi que s’ils veulent avoir plus de profs et plus de candidats au concours, il faut revaloriser le métier. Les revendications autour du statut de la fonction publique pour les AESH sont aussi un enjeu pour nous et les élèves d’avoir des accompagnants pour ceux en situation de handicap. Des personnes recrutées par concours, formées, rémunérées correctement et qui soient présentes dans les établissements pour eux.

    La répression du mouvement lycéen est-elle, selon vous,
    une manière de l’étouffer
     ?

    M.C. : Oui, il y a forcément des consignes pour faire peur le plus possible aux élèves et aux parents. Ces violences policières sont complètement disproportionnées, absolument délirantes. Nous les avons dénoncées dans de nombreux communiqués.

    La réponse apportée par le gouvernement, entre les annonces du Premier ministre sur les prix à la pompe et le déblocage de 3 000 postes d’enseignants, est-elle à la hauteur ?

    M.C. : Ça ne correspond pas du tout à ce qu’on demande, même si pour les enseignants aussi, la question du prix de l’essence et de ce que coûtent les trajets pour se rendre sur leur lieu de travail, ça compte. Pour les 3 000 postes qui seraient débloqués, on attend de voir la réalité. Nous réclamons surtout des postes au concours, une revalorisation, une réflexion aussi sur le bâti scolaire. Rien n’est dit du tout sur ce qui est essentiel pour les élèves : Parcoursup. Et au-delà, la réforme Blanquer, mise en place en 2018, qui touche au lycée et au bac sans laquelle Parcoursup ne peut fonctionner. C’est elle qui permet cette sélection terrible dans l’accès au supérieur et qui accompagne de façon extrêmement efficace les suppressions postes. Après, il y a eu le « choc des savoirs » avec Gabriel Attal. Tout ça, c’est la déclinaison de la même chose : dire que ça coûte trop cher et qu’il faut trier les élèves le plus tôt possible. Ce qui va à l’encontre du projet du Snes et de la FSU entre autres, qui avait cours depuis les années 80, de démocratisation scolaire, de faire en sorte que la majorité des jeunes arrivent jusqu’à un niveau bac.

    Nous sommes aussi dans un contexte d’austérité budgétaire…

    M.C. : C’est catastrophique, pour l’Éducation nationale comme l’ensemble des services publics. C’est à eux que l’on fait payer le prix de l’austérité et de la dette. Il y a aussi un enjeu autour des budgets des collectivités territoriales et du bâti scolaire. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est que ces jeunes ont passé des examens sous canicule, l’an passé. Des élèves qui font leur rentrée dans des salles à plus de 30-35 degrés, des journées de cours épuisantes… Toute une réflexion est à mener sur l’adaptation au changement climatique et les budgets qui devaient y être consacrés ne sont pas à la hauteur ou ont été supprimés.

    D’aucuns tournent la mobilisation lycéenne en dérision, s’offusquent des débordements… Comment voyez-vous la suite ?

    M.C. : Je pense que les élèves ont comme perspective de tenir au moins jusqu’aux vacances. Nous, on annonce déjà une nouvelle date à la rentrée, le 5 novembre, avec l’intersyndicale de la fonction publique, sur les salaires, conditions de travail, etc. La consultation inventée par Sébastien Lecornu est aussi une manière d’étouffer ce mouvement. On a vu comment les gouvernements Macron ont fonctionné avec les Gilets jaunes, les cahiers de doléances qui n’aboutissent à rien. Les jeunes l’ont bien compris. Sur la prise en considération, je fais le lien avec les débats sur la loi intégrale, tout ce travail fait par les associations féministes et enfantistes. Cela dit, vu comment notre société regarde les enfants et les jeunes, se méfie d’eux, considère qu’ils n’ont pas droit à la parole… Ils font la démonstration que la jeunesse, c’est autre chose que de rester collé sur son téléphone et qu’il va falloir compter avec eux. Le monde qu’on est en train de construire, c’est le leur. Ils ont droit au chapitre.

  • Nourrir encore plus, avec toujours moins

    Nourrir encore plus, avec toujours moins

    Comme tous les mardis et jeudis soir, une file d’une vingtaine de personnes se forme spontanément sur la place de la Joliette, à Marseille. Il n’est que 18h30. « L’association Vendredi 13 n’arrive qu’à 19h, indique un homme. Je viens plus tôt parce que je n’ai rien avalé depuis deux jours et qu’il n’y a plus grand-chose si on arrive trop tard. »

    À 19h, les deux camions de Vendredi 13 sont en position. Dans un ballet bien orchestré par Monique Blanc, cofondatrice de l’association, dix-sept bénévoles en sortent des dizaines de cagettes et de cartons de denrées, déploient tables et barrières, séparant trois files derrière lesquelles se pressent hommes, femmes et personnes handicapées. Ils seront ainsi « 326 » à venir à la distribution alimentaire de l’association, précisera une heure plus tard Yohan, un compteur à la main. « Une petite soirée. On est plutôt sur 450 d’habitude », précise le jeune homme. « Il y a ceux qu’on voit régulièrement, depuis longtemps, et 60% de nouveaux, jauge Ada. Et le samedi matin, à l’entrepôt du boulevard de Plombières, on a une distribution spécifique, sur carte, pour les étudiants. Ils sont près de 200. »

    Vendredi 13 a développé ces deux rendez-vous hebdomadaires à la Joliette « en 2015, avec une autorisation de la nouvelle municipalité pour stationner, en complément des maraudes où l’on touche plus le public de la rue, explique Monique. Ici, on est sur de l’accueil inconditionnel ouvert à ceux qui ont un logement, mais un frigo vide ». Le fromage, le pain, les fruits, les yaourts, les barquettes individuelles de plats préparés, de boulgour, d’épinards, de poisson, de rôti ou encore de cuisses de poulet, que l’association récupère auprès « du Vélodrome, de l’AP-HM, des écoles de la Ville », et se procure par l’intermédiaire des associations solidaires Andes ou Pain et Partage, répondent à l’urgence. « En général, tout disparaît », témoigne Karine, salariée à la SNCF, que « cette hausse de la misère » a convaincu de s’engager il y a plus d’un an. Des « besoins tellement grands qu’on n’arrive plus à prendre le temps de discuter. »

    Son sachet à la main, Jamila, 78 ans, repart souriante en remerciant l’équipe. « Sans eux, je ne pourrais pas me nourrir, explique cette veuve du 8e arrondissement. Avec 600 euros de pension et un loyer que le propriétaire m’a abaissé à 500 euros, sinon j’étais à la rue, ce n’est plus possible. » « Cet hiver encore, je ne vais pas me chauffer », prévoit-elle.

    Situation similaire pour Nabila, qui avance appuyée sur sa canne. Elle apprécie : « Il y a du frais, du cuisiné, ça fait une économie de gaz. Je complète avec les conserves des Restos du cœur. » Sans se plaindre, elle confie : « Je fais un repas par jour, parfois pas. Mais j’ose me faire plaisir à la Noël… avec des chocolats. »

    Dans la file s’engage une mère sans emploi, accompagnée de ses trois enfants, dont le dernier est handicapé. Ils vivent depuis trois ans « placés par le 115 à l’hôtel, où on ne peut pas faire à manger ». Les deux plus grands prient de ne pas citer le nom de leur collège, « sinon, les autres, ils vont savoir ». Plus loin, deux mineurs et un jeune de 19 ans, « élèves en technique au lycée Nord », accueillis « en foyer, où on mange mal et on a la dalle », repartent ravis avec leurs sachets jaunes « pleins de plats et de donuts ». S’avouant un peu « gênés » aussi, ils les fourrent au fond d’un sac à dos, « plus discret », avant de sauter dans le tram.

    Abonnés aux « rayons

    du bas » des discounts

    Des travailleurs, en suspend, sont aussi là. Pape, arrivé en France en « 1995, avec sport-études, pour le ballon, mais sans réussir à passer pro », s’est « toujours débrouillé seul », mais sa reconversion en cuisinier s’est brutalement interrompue il y a quatre mois : « J’ai été négligent sur mes renouvellements de titre de séjour et il y a eu des retards administratifs à la préfecture. Alors, mon dernier employeur, qui me logeait dans un studio, n’a pas renouvelé non plus mon contrat. Tout a basculé. » Le quadragénaire multiplie les démarches pour retrouver un emploi : « La plupart des SDF sont résignés. Moi, j’apprends à tenir. Je ne peux pas me projeter à la rue. »

    Au bout de la file, un jeune « Algérien sans-papiers », qui vit « en coloc dans le 14e ». « Je suis dans le BTP, mais là, je n’ai plus de contrat, hausse-t-il les épaules. Depuis 2022 que j’étais pas revenu. On fait les courses dans les discounts, on prend dans les rayons du bas, des boîtes. Mais bon, ça augmente, on dirait qu’ils changent les étiquettes tous les jours. Pour les habits, c’est moins compliqué, il faut juste pas être difficile. »

    Une inflation à laquelle l’association est aussi confrontée. « La palette de bouteilles d’eau a pris 150 euros de plus. Le prix de l’essence grève aussi le budget. La Banque alimentaire n’a plus de poisson, on a acheté une palette de boîtes de sardines, elle a été liquidée en moins trois semaines », déplore Ada, en remballant. Un jeune s’approche, dépité d’avoir raté le coche. Ada lui récupère un sandwich avant de fermer les portes du camion. Il est 20h30, la place s’est vidée. Loin des réverbères, la misère se fait à nouveau discrète. éric, 35 ans, « grille » le bus pour filer dormir dans sa voiture, « si elle n’est pas à la fourrière. Parce que, sans essence, ni assurance, elle ne bouge plus depuis huit mois ».

    REPÈRES

    13%

    des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage OpinionWay commandé par Action contre la faim, soit environ 7 millions d’adultes en France métropolitaine. Cette proportion atteint 25% chez les 18-24 ans (un jeune sur quatre).

    26%

    des 873 076 habitants de Marseille vivent sous le seuil de pauvreté. Ville la plus pauvre de France parmi les grandes métropoles, Marseille compte également 5 839 personnes vivant dans des squats, selon l’étude ISSimars, signe d’une crise sociale et du logement prégnante.

    3,2 millions

    de personnes bénéficiaient de l’aide alimentaire en nature des associations, en France, en 2021 (Insee).

    En 2023, au moins la moitié des personnes en situation de précarité alimentaire ne sollicitaient pas ou ne bénéficiaient pas de cette aide (Crédoc).

    46 ans

    que le droit à l’alimentation est reconnu par la France au niveau international. Il ne figure pourtant pas dans le droit français.

    Action contre la faim appelle aujourd’hui à une mobilisation nationale pour lui donner une valeur constitutionnelle.

    86%

    des personnes interrogées par OpinionWay jugent importante ou primordiale l’adoption d’une loi garantissant l’accès à une alimentation suffisante, saine, durable et choisie. 73% estiment que le droit à l’alimentation n’est pas réellement garanti en France.

  • Un échec collectif

    Un échec collectif

    Dans un pays qui n’a jamais produit autant de richesses, voir la faim gagner du terrain constitue un échec collectif.

    Aujourd’hui, 13% des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage OpinionWay pour Action contre la faim. Chez les 18-24 ans, ils sont un sur quatre. Plus de 3,2 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon l’Insee et le Crédoc.

    Ces chiffres révèlent quelque chose de plus profond qu’une simple difficulté passagère. Depuis plusieurs décennies, le recul des services publics, la fragilisation du salariat, l’explosion des dépenses contraintes et l’effritement de l’accompagnement social ont placé une part croissante de la population dans la précarité. Désormais, les files de l’aide alimentaire accueillent retraités, étudiants, travailleurs pauvres et familles entières. La faim devient un phénomène social de masse.

    Leviers

    Face à cette réalité, les associations accomplissent un travail indispensable. Mais elles ne peuvent devenir le dernier rempart permanent contre la pauvreté. La solidarité associative ne peut pas remplacer la solidarité nationale.

    Car la question est d’abord politique. Lorsque des millions de personnes peinent à se nourrir alors que les fortunes les plus élevées continuent de prospérer, c’est bien celle du partage des richesses qui est posée. Revalorisation des salaires et des pensions, renforcement des protections sociales, régulation des prix essentiels, accès effectif à une alimentation de qualité : l’État dispose de leviers. Encore faut-il les actionner.

  • La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    De beaux moments festifs

    Entre spectacles, initiations, concerts ou encore moments de découvertes, cette journée promet d’être riche en émotions pour tous les âges. « Parmi les temps forts ce dimanche il y aura un spectacle comédie musicale qui s’appelle 1936 : Les jours heureux ! et qui a été rendu possible grâce à notre partenariat avec la mutuelle Solimut. Cette comédie musicale retrace l’histoire du Front populaire, des congés payés et des acquis sociaux à l’occasion de ce 90e anniversaire. Il est également question de tous les acquis sociaux », continue-t-elle. « C’est véritablement un événement dans l’événement et il nous tient tout particulièrement à cœur surtout dans cette période. »

    Autre moment à ne pas manquer, le grand couscous solidaire qui lui sera accessible dès l’ouverture des portes et qui sera là aussi gratuit et accessible au plus grand nombre « dans le but de favoriser et de promouvoir l’insertion et la valorisation des femmes dans les quartiers Nord de la ville ». Sans oublier aussi de nombreux ateliers, animations participatives, un jeu de l’oie géant ou encore des ateliers culinaires pour apprendre par exemple à manger mieux aux côtés notamment du collectif Baga, une association qui propose de l’upcycling de bâches d’événements pour une mode engagée et durable.

    Un événement mené
    aux côtés d’associations

    Ce qu’il faut également retenir de cette journée, c’est qu’elle est organisée en collaboration avec les structures associatives, culturelles et institutionnelles du territoire, dont la Cité de la musique et les élèves de la récente classe de rap et beatbox qui monteront sur scène pour partager leur énergie au cours des battles hip-hop Flashlight des Ben Brothers. « C’est l’un des moments incontournables de cette Fiesta puisque les jeunes proposeront un showcase et il ne faut pas oublier que notre ADN depuis 4 ans c’est aussi de révéler de jeunes talents, là c’est une occasion parfaite ! », sourit Marion Bergé-Lefranc. « Nous accueillerons aussi pour la quatrième année consécutive la Cité des minots. La grande scène sera à eux pour rendre compte d’une rencontre avec des artistes donnant naissance à une création émouvante et foisonnante avec plus de 250 enfants sur scène. »

    Et de poursuivre : « Cette autre facette de la Fiesta nous permet aussi de faire venir un public qui n’oserait pas en temps normal, le tout dans la bienveillance. »

    Pour réserver : fiestadessuds.com

  • [Recette] Le tataki de thon et sa sauce leche de tigre

    [Recette] Le tataki de thon et sa sauce leche de tigre

    Il vous faudra :

    – Un pavé de thon

    – Une brique de lait de coco

    – De la coriandre, de la ciboulette et une échalote émincées

    – Le jus d’un demi-citron, du paprika en poudre

    – Des verts de poireaux, de l’huile neutre

    – Du vinaigre, du sucre en poudre, un oignon rouge

    – Un radis, de la fleur de sel

    De belles saveurs et de belles couleurs vous attendent dans l’assiette pour profiter encore un peu de la saison estivale.

    Pour commencer, émincez l’oignon rouge et réservez. Pendant ce temps faites bouillir trois volumes d’eau dans lesquels vous ajoutez deux volumes de vinaigre et un volume de sucre. Renversez le liquide sur les oignons et laissez reposer une bonne dizaine de minutes.

    Préparez maintenant l’huile de poireaux. Faites réchauffer de l’huile neutre à 70°, ajoutez les verts coupés très finement. Mixez, passez au chinois et laissez reposer.

    Enfin, coupez un radis en fines lamelles et plongez-les dans l’eau. Réservez.

    Un thon nacré et des condiments savoureux

    Pour la recette en elle-même, versez dans un cul-de-poule ou un bol votre brique de lait de coco. Ajoutez une belle pincée de coriandre ciselée, puis la même quantité d’échalote ciselée et le jus du citron jaune. Enfin un peu de paprika en poudre pour la couleur. Laissez la sauce de côté.

    Faites chauffer une poêle avec de l’huile neutre. Une fois qu’elle est chaude déposez le pavé de thon et snackez toutes les faces du poisson en laissant environ 45 secondes de chaque côté.

    Votre thon est ainsi cuit à l’extérieur et encore cru à l’intérieur avec de beaux reflets nacrés. Coupez le pavé en tranches assez épaisses pour avoir de la mâche en bouche. Déposez-les dans votre assiette pour le dressage. Recouvrez le tout de sauce leche de tigre au lait de coco, soyez généreux sans noyer le poisson. Saupoudrez la fleur de sel sur le tout pour le croquant de la recette. Ajoutez ensuite vos pickles d’oignon maison, les lamelles de radis dont l’amertume aura été atténuée par l’eau, une pincée de ciboulette ciselée et un beau filet d’huile de poireaux.

    Vous pouvez déguster. Bon appétit !

  • [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    Mayya Sanbar : Non, mais c’est peut-être ce qu’il en ressort, car ses poèmes racontent son histoire et sa situation politique et, malheureusement, ils sont encore d’actualité. L’idée de départ était de raconter nos liens à la Palestine à travers ses poèmes.

    Elias Sanbar : Nous voulons avant tout introduire un univers poétique, son monde. Ce qu’on montre au public, c’est l’universalité de l’œuvre. Souvent, on présente Mahmoud Darwich comme un poète palestinien. Mais ce n’est pas un poète palestinien. C’est un poète de Palestine. Car la nationalité poétique se rapporte à la langue et non au passeport. Prenez l’exemple d’Apollinaire, qui est présenté comme un grand poète français, ce qu’il est, mais il est Polonais. Mahmoud Darwich est donc un poète arabe de Palestine.

    Dans son poème « Je dis tant de choses », qui donne son nom à votre lecture, Darwich interroge : « Mesdames et messieurs aux cœurs bons, la terre des hommes est-elle, comme vous l’affirmez, à tous les hommes ? ». À l’heure de l’occupation et du génocide d’Israël dans le silence de la communauté internationale, qu’est-ce que leur lecture provoque chez vous aujourd’hui ?

    M.S. : Ce poème fait écho pour moi à l’hypocrisie du monde. Étant moi-même Palestinienne de France, j’ai l’impression que c’est une question qui se pose à nous depuis toujours. Et j’ai grandi dans une société où cette question se pose d’autant plus.

    E.S. : Cela pose la question de la revendication de reconnaissance. Une reconnaissance qui n’arrive pas, non pas depuis Gaza, mais depuis des décennies. Le poème Je dis tant de choses baigne dans une ironie triste. Il dit également à quel point ce conflit est interminable. La date de son démarrage n’a jamais cessé de reculer. Pendant longtemps, on nous a dit que c’était en 1967. Suite à des travaux d’historiens, on nous a dit après que cela avait commencé en 1948. Maintenant, avec le film Palestine 1936, on se rend compte qu’il y a eu, à l’époque, d’énormes maquis et luttes armées contre les Britanniques qui étaient alors la puissance coloniale. Et je pense même qu’on va bientôt faire remonter le début du conflit à 1917 avec la Déclaration Balfour. Et si on continue, on va arriver à 1897, l’année de la tenue du Congrès à Bâle, à la sortie duquel Herzl a dit « j’ai créé l’État juif ». Pendant ces 130 années, il n’y a pas eu une année calme.

    S’il est un poète de l’exil
    et de la lutte, Mahmoud Darwich est aussi celui
    de l’amour et de l’espoir. Dans «
     Un autre jour viendra », il finit sur une image de « colombes [qui] font la sieste dans un char abandonné »…

    M.S. : Cet espoir est dans l’ADN palestinien. On se le transmet dans la famille ou entre amis. C’est aussi un rappel constant dans les moments de doutes ou de désespoir. J’ai l’impression qu’il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui vient nous rappeler qu’un jour, on sera libre de toute occupation. Dans les poèmes d’amour de Mahmoud Darwich, il n’est jamais question d’amour sans entraves. L’occupation est toujours présente quelque part, mais l’espoir aussi.

    E.S. : Cela dit aussi que personne n’arrivera à nous sortir du paysage. C’est l’enjeu depuis 130 ans. Nous acceptons de devenir des absents absolus. Une absence imposée par des exils forcés, des expulsions et surtout l’effacement de notre nom. N’oublions pas que pendant des décennies, il y a eu cette phrase terrifiante : « Ils n’existent pas ». Lors des négociations de paix auxquelles j’ai participé pendant des années, les négociateurs israéliens étaient dans l’incapacité quasi-physique de prononcer le mot « Palestinien ». Pendant des décennies, ils nous ont appelés « réfugiés arabes de Cisjordanie, arabes de l’intérieur »… Et nous voilà aujourd’hui à lire Un autre jour viendra, alors que nous avons 40 000 enfants assassinés. Je ne sais pas si les gens réalisent. 40 000 cercueils de gosses. Cette semaine a eu lieu la commémoration du 7 Octobre 2023. Les jours d’après, j’avais écrit un article pour dire que c’était un crime de guerre. Mais je n’ai pas entendu un mot de compassion, sauf dans de petits cercles, pour les 40 000 enfants tués. Le gros problème, c’est que la reprise du dialogue va devenir terriblement compliquée. Moi, je continue à parler avec des gens de l’autre bord. Mais beaucoup me demandent : « Comment peux-tu leur parler encore ? » Netanyahou a réussi à créer un gouffre entre les deux peuples.

    Mahmoud Darwich exprime aussi son espoir vers quelque chose de « féminin ». Il a fait des émules chez les Palestiniens, notamment les femmes, avec de jeunes poétesses, comme Nour Elassy ou Asmaa Azaizeh. C’est aussi ça l’une de ses forces ?

    E.S. : Cette place des femmes, c’est surtout une force des Palestiniens. Nous n’avons jamais reçu autant de poèmes de poétesses. C’est extraordinaire.

    Allez-vous les lire à Marseille ?

    M.S. : On a choisi quatre poèmes de Gaza qu’on lit presque en ouverture de notre lecture. Avec le Théâtre Joliette, j’ai aussi enregistré, avec d’autres comédiennes palestiniennes qui vivent à Marseille, des poèmes écrits pendant le génocide à Gaza.

    E.S. : Ce qui est aussi intéressant, c’est que Darwich était à la fois un laïc très clair et porteur de cette terre particulière commune au judaïsme, au christianisme et l’islam. Il y a un personnage féminin qui traverse son œuvre : Marie. Et aussi un homme, le Christ. La société palestinienne est plurielle et unique au monde. On a presque un rapport de propriété avec les religions. Nous avons toujours fonctionné à partir du fait que tout ce qu’il s’y est passé nous appartient. Chez nous, la religion est par rapport à un lieu et pas à un dogme. Dans le bureau d’Arafat, il y avait une majorité de chrétiens palestiniens alors que cela ne représentait pas la démographie. Il y avait aussi des juifs, dont mon ami, le regretté Ilan Halevi, qui était notre représentant à l’Internationale socialiste. Les gens ne le réalisent pas, mais nous portons les trois religions car nous sommes les trois. La poésie de Darwich reflète très bien cela.

    Et quid du Darwich communiste ?

    E.S. : Jusque durant la période où il réside encore à Haïfa, jusqu’à son départ à Moscou où il rejoindra la résistance palestinienne au début des années 1970, le seul espace dans lequel les Palestiniens qui n’ont pas été expulsés en 1948 arrivent à s’exprimer, c’est celui des partis communistes qui étaient mixtes. Un parti où vous avez des juifs israéliens et des Palestiniens. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment il va, en partant toujours du particulier et de la quintessence palestinienne dans son œuvre, porter son peuple vers l’universel.

    Face à l’inertie des Nations, une des clefs de la résolution de cette guerre ?

    E.S. : Nous sommes à la croisée des chemins. Ou la barbarie absolue en train de se dessiner à l’échelle planétaire impose l’abandon du droit, ou bien l’obsession de justice et d’égalité va nous permettre une sortie par le haut et non par la folie. C’est pour cela qu’il faut continuer à chanter.

  • [#DisMoiPourquoi] Est-ce que le cerveau des filles et des garçons est différent ?

    [#DisMoiPourquoi] Est-ce que le cerveau des filles et des garçons est différent ?

    Nina, 11 ans au collège des Caillols à Marseille (13012)

    La Marseillaise relance en partenariat avec les Petits débrouillards son opération « Dis moi pourquoi ? ». Le principe : demander à un scientifique de répondre aux questions formulées par les enfants… Vous avez une question ? Donnez-nous le prénom de l’enfant, son âge, sa classe, son école et sa ville. Et envoyez à dismoipourquoi@lamarseillaise.fr

    Les garçons et les filles ont un corps différent, évidemment. C’est pour ça qu’on dit, à la naissance, qu’un bébé est un garçon ou une fille. Mais ces différences corporelles n’impliquent pas qu’il y aurait des cerveaux de garçons et des cerveaux de filles, avec des idées de garçon ou des idées de fille.

    Le cerveau, ce n’est pas l’intelligence non plus. En réalité, chaque personne, fille ou garçon, a un fonctionnement cérébral différent, et c’est important de se connaître soi-même, sans se laisser limiter par une étiquette, « fille » ou « garçon » ! Et en fait, tu poses là une bonne question, car certaines sociétés du passé, et encore aujourd’hui, ont du mal à reconnaître aux petites filles le droit de faire des études ou de la recherche scientifique. Tu peux te renseigner sur l’histoire de Marie Curie, tu verras ! »