Tag: Lycéens

  • À Marseille, la défense de l’école et le refus de la répression

    À Marseille, la défense de l’école et le refus de la répression

    Jean-Yves n’est pas descendu. Les appels de la foule massée devant la Direction des services de l’éducation nationale à l’arrivée de la manifestation, ne l’ont pas convaincu. Jean-Yves Bessol, le directeur académique, a refusé de venir rencontrer les lycéens. Une contre-proposition validée par un vote à main levée au départ de la manifestation, après que l’interlycéenne se soit vue proposer d’être reçue en délégation dans les locaux de la DSDEN.

    Jean-Yves Bessol, qui a fait photographier l’an dernier des lycéens mobilisés contre la réforme des lycées pour leur mettre un coup de pression, aurait pourtant pu faire de belles images. Ils étaient plusieurs milliers, 30 000 selon les organisateurs, 4 800 selon la police (sic), à réclamer des moyens pour l’éducation. Dans le calme et la bonne humeur, avec de l’enthousiasme et une ferme détermination, malgré la répression policière opérée dans le pays.

    Cette violence était sur beaucoup de pancartes. « 1 prof pour 35 élèves, 5 CRS pour 1 élève », peut-on lire sur ce carton tenu par une élève. « On ne sait plus si on est en manif ou dans GTA », affiche sa voisine. « Gazez les violeurs pas les mineurs » ou « Trop jeunes pour se faire écouter, assez grands pour se faire violenter », lit-on encore là. Cette « génération 67 » (lire six/seven), disposée à refaire mai 68 avant un 69 (« La nuit c’est pour baiser, pas pour travailler »), a été exemplaire ce mardi matin.

    La foule massive s’est élancée à 10h des Réformés. Un rendez-vous bien travaillé la veille, lors d’une réunion à la Bourse du travail avec les organisations syndicales. Dans le cortège, encadré par le service d’ordre de la CGT, des lycéens, des étudiants, des parents, des professeurs. Autocollant du Snes-FSU sur l’épaule, Séverine partage « des revendications qu’elle porte depuis des années ». « Le non-remplacement des personnels se retrouve partout dans le second degré », justifie cette enseignante du collège Malraux (13e). Là-bas, plus d’assistante sociale, ni de secrétaire général. « C’est émouvant de voir cette jeunesse qui s’engage pour défendre ses conditions d’études et son avenir. »

    « Des années que nos profs manifestent »

    Soline et Anaïs sont venues du lycée Nelson Mandela (11e) avec d’autres camarades et des professeurs. « Dans notre lycée, les toilettes n’ont jamais été réparées et quand il pleut, l’eau coule sur les panneaux électriques. On est souvent dans des classes à 35, sans chauffage ni clim, avec des ventilateurs qu’on doit éteindre parce qu’ils sont trop bruyants », explique la première. « ça fait des années que nos profs manifestent sans être entendus, c’est dommage qu’on ne parle de nos problèmes que parce qu’il y a une violence… qu’on condamne. »

    Amandine et Lili, scolarisées en première à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac (2e), sont venues en soutien des autres lycées. Le leur, ouvert en septembre 2024, est en bon état, mais le sujet du non-remplacement des profs est le même qu’ailleurs. Depuis la rentrée, leurs cours d’histoire en anglais ne sont pas dispensés. « L’Éducation nationale ne veut pas investir, on manque de budget ici aussi, les photocopieuses et les ventilateurs ne fonctionnent plus », ajoute son amie.

    Plus loin dans le cortège, Thomas marche avec d’autres camarades de Marseilleveyre (8e), « un lycée de bourges assez privilégié », mais qui « manque d’enseignants aussi ». « J’ai en tête une prof de spécialité SVT qui ne sera pas là une bonne partie de l’année », note le jeune. « Puis on est là en soutien des lycéens des quartiers populaires qui se font beaucoup réprimer. »

    à Thiers (1er), Ysé, élève en terminale, déplore le manque de personnel de vie scolaire, AED et psychologues. « On est dans les années bac et on a des profs de SES, SVT ou philosophie qui ne sont pas remplacés sur des mois », glisse-t-elle encore avant de pointer des locaux de plus en plus délabrés. Milo étudie à Montgrand (6e). 100 heures de demi-groupe et d’options y ont été supprimées au printemps, rappelle le garçon qui a vu son option provençale amputée d’une heure par semaine : « C’est quand même coefficient quatre au bac… »

    Jules, 19 ans, est étudiant en droit. « Lycéens, étudiants, on est tous ensemble, nos galères sont les leurs et vice versa. On demande juste à étudier dignement », explique le jeune homme. Lui a fait sa scolarité à Muret, du côté de Toulouse. « J’ai des collègues en terminale STMG qui n’ont pas eu de prof dans leur matière principale sur tout le second semestre. C’est récurrent dans tous les lycées de France. Le budget 2027 prévoit 1 500 suppressions de professeurs, il y a un trop grand écart entre ce qu’on vit et ce que les politiques veulent faire pour nous. »

  • Mention très bien

    Mention très bien

    Une déferlante lycéenne a submergé les rues de notre région et du reste du pays, ce mardi.

    Des manifestations massives, joyeuses et revendicatives, entourées par des militants syndicaux et politiques, mais aussi par des élus et des parents d’élèves. Elles se sont déroulées sans incident majeur dans nos départements et ont démontré la détermination de toute une jeunesse à se faire entendre.

    Face à cette colère qui se structure dans un mouvement appelé à se poursuivre, le gouvernement apparaît dépassé. Les faits de répression violente qui ont choqué l’opinion et la fermeture de très nombreux établissement n’ont pas suffi à décourager les lycéens de battre le pavé.

    Cet élan collectif est un fait nouveau pour une génération dont les observateurs ont beaucoup dit qu’elle était rongée par l’individualisme ou lobotomisée par les écrans.

    Changement profond

    Contrairement à d’autres moments de l’histoire où la jeunesse s’était soulevée contre une réforme, comme le projet de loi Devaquet dans les années 1980 ou le Contrat première embauche dans les années 2000, le gouvernement Lecornu ne peut pas sacrifier un texte pour trouver l’apaisement : ce mouvement réclame un changement de politique profond.

    Alors, que peut l’exécutif pour montrer qu’il entend la colère qui s’exprime ? Il peut d’abord supprimer Parcoursup, ce système injuste qui confie l’avenir de nos jeunes à un algorithme opaque. Il peut aussi abroger la réforme Blanquer du bac et annoncer des recrutements de professeurs au lieu des 1 588 postes supprimés dans le projet de budget. Il peut rendre des moyens aux Régions pour qu’elles entretiennent les lycées. Il peut enfin stopper la fuite en avant répressive.

    Le fera-t-il ? Pour le moment, c’est mention très bien pour les lycéens et zéro pointé pour le gouvernement.

  • Mobilisations à Montpellier et à Alès

    Mobilisations à Montpellier et à Alès

    À Ales

    Ce matin l’intersyndicale s’est joint au mouvement lycéen. À la demande de la sous-préfète d’Ales Lucie Roesch, une délégation a été reçue en sous-préfecture à 11h. Pendant ce temps, le millier de personnes présent a convergé vers le lycée Jean-Baptiste Dumas, lieu de rassemblement lycéens à Ales. Les jeunes ont alors multiplié les prises de parole pour saluer le soutien de la CGT, réaffirmer leurs revendications pour une éducation digne, s’opposer aux violences policières et redire leur hostilité aux idées d’extrême droite.

    A Montpellier

    Un énorme cortège descend le Jeu de Paume en entonnant « la jeunesse emmerde le Front national ! »
    Un énorme cortège défile à Montpellier derrière la banderole lycéenne, les jeunes étant rejoints par les étudiants, les salariés, les chômeurs et les retraités. La dénonciation des violences policières est au cœur des slogans entonnés par la jeunesse.

    Arrivés en bas du Jeu de Paume, le cortège montpelliérain entame une Marseillaise.

    «Aux armes, citoyens !» «Étudier est un droit, pas un privilège !» «Jeunesse, études, dignité», sont les mots d’ordre scandés par le cortège montpelliérain.

    «La police fait son travail… Ça crève les yeux !» Les violences policières sont ciblées dans tout le cortège montpelliérain.

    La tête du cortège est arrivé sur la Comédie, le temps de mobiliser les Trois Grâces avant de poursuivre vers la préfecture.

    Environ 10 000 personnes (8 000 selon la police), dans leur immense majorité des jeunes, défilent à Montpellier en soutien au mouvement lycéen.

    «Trop jeune pour être écouté, assez grand pour se faire gazer»…

  • Les militants du collectif écologiste Vaï font leur rentrée

    Les militants du collectif écologiste Vaï font leur rentrée

    Après un « été électrochoc suite aux canicules et aux mégafeux », l’heure est à une « écologie populaire et citoyenne de rupture face à un bloc réactionnaire ».Tels sont les mots de Sébastien Barles, fondateur du collectif Vaï et ex-adjoint au maire de Marseille. Né il y a un an et demi, Vaï affirme porter un projet radical, renonçant « au modèle des petits pas ».

    Lors de cette rencontre, les membres ont rappelé leurs objectifs : « Nous portons quatre grandes exigences : la gratuité des transports métropolitains, une politique de rénovation thermique des bâtiments, l’autonomie alimentaire et énergétique et un plan de désimperméabilisation de la ville », énumère Sébastien Barles.

    Les militants ont apporté leur « soutien total aux mobilisations lycéennes », tout en condamnant les auteurs de violences, de la part des civils comme des policiers. Ils ont aussi rappelé les actions réalisées par le groupe, comme des banquets citoyens, en réponse aux banquets polémiques organisés par le Canon Français.

  • Martigues : reportée au 14 octobre, la journée des aidants garde le cap

    Martigues : reportée au 14 octobre, la journée des aidants garde le cap

    « La santé est un enjeu transversal que nous avons l’ambition de porter pour ce mandat », pose Gwladys Saucerotte, conseillère municipale déléguée à la santé et aux droits des personnes handicapées et de leurs familles. Jusqu’en décembre, la Ville et le Centre intercommunal d’action sociale (Cias) déroulent tout un programme à destination des aidants, des personnes handicapées et en faveur de la santé mentale.

    Les deux prochaines semaines concentrent les initiatives sur ce dernier axe dans le cadre de la semaine d’information pour la santé mentale. Jeudi, à Port-de-Bouc, « la psychiatrie fait du bruit », littéralement, avec une déambulation de batucada au départ de l’hôpital de jour. Un ciné-débat aura également lieu à La Cascade le mardi 13 octobre à 18h30 autour du film Sous le ciel d’Augérias, en présence de la réalisatrice Nathalie Vannereau et du psychologue Marc Krawczyk.

    Bien que la santé soit une compétence de l’État, il s’agit d’« un enjeu de territoire et d’une préoccupation de chaque instant », selon Gwladys Saucerotte.

    « Tout est relié par la lutte »

    Comme le répètent les professionnels de santé, l’élue reprend l’idée que « la santé mentale est le parent pauvre » du système de santé français. Au-delà du territoire, « les enjeux sont énormes, notamment chez les jeunes. Il y a une prise de conscience progressive de cette question et la collectivité a un rôle à jouer », estime-t-elle. Selon Santé publique France et l’enquête EnCLASS 2026, 20% des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois et 15% auraient déjà fait une tentative de suicide.

    C’est aussi pour cela que la prise en compte de la santé dans l’action municipale est, selon Gwladys Saucerotte, « systématique », qu’il s’agisse « de santé mentale, cardiovasculaire, de santé-environnement, d’urbanisme, de culture ou de sport ». Au fond, « tout est relié par la lutte, pour des services publics et un hôpital dignes, pour les droits, la dignité et le bien-être », que ce soit pour les aidants, les familles ou les personnes psychiatrisées ou handicapées elles-mêmes.

    La participation de la Ville à la journée nationale des aidants, initialement prévue ce mercredi 7 octobre, est reportée au 14 octobre, en raison de mauvaises conditions climatiques, toujours de 13h30 à 17h, au parc Julien-Olive. À noter également qu’un nouveau festival dédié à la culture sourde est organisé par la Ville et la MJC, début novembre 2026. Toutes les initiatives sont détaillées sur le site internet de la Ville.

  • Des revendications lycéennes identiques à celles de la FSU

    Des revendications lycéennes identiques à celles de la FSU

    La FSU, la CGT et Solidaires appellent, ce mardi, à manifester en soutien aux lycéens mobilisés à Manosque et à Digne-les-Bains. « On appelle à rejoindre cette mobilisation des lycéens le plus massivement possible, parce qu’au fond, les revendications des lycéens sont les mêmes que celles de tous les syndicats de salariés depuis des années, c’est-à-dire en finir avec une politique dramatique à tous les points de vue, et qui n’a comme seule réponse que la répression et le passage en force à chaque fois », explique Gweltaz Broudic, cosecrétaire de la FSU 04.

    « On a une réponse qui est délirante, aussi bien d’un point de vue policier qu’à l’éducation nationale. Vendredi, on avait la police dans le lycée des Iscles, à Manosque. Aujourd’hui, il y avait les gendarmes dans le collège de Château-Arnoux », regrette le cosecrétaire de la FSU.

    Des revendications noyées

    par les images de feux de poubelle

    Le syndicat continue à demander le désarmement des forces de l’ordre pendant ces manifestations lycéennes « plus que jamais, puisqu’on a encore un lycéen qui a été blessé ce lundi par une grenade de désencerclement ». La FSU espère aider à faire entendre les revendications des lycéens « qui sont noyées par les images de feux de poubelle qui tournent en boucle ».

  • [Entretien] Bastien Bonnargent, secrétaire général des Jeunes communistes : « Les revendications des lycéens font consensus dans la société »

    [Entretien] Bastien Bonnargent, secrétaire général des Jeunes communistes : « Les revendications des lycéens font consensus dans la société »

    La Marseillaise : Les syndicats appellent à se mobiliser auprès des lycéens ce mardi. Comment abordez-vous cette journée ?

    Bastien Bonnargent : Beaucoup de blocus nous sont déjà remontés, des assemblées générales sont organisées. Cela va être une date importante de mobilisation parce qu’elle est attendue depuis quelques jours. C’est l’occasion de faire la démonstration que, effectivement, les lycéens ont beaucoup de revendications dans cette mobilisation, contrairement à ce que laissent croire le traitement médiatique.

    Ce traitement médiatique
    est marqué par les images
    de violences. Comment expliquez-vous les débordements
     ?

    B.B. : La première des responsabilités, c’est qu’il y a une doctrine de maintien de l’ordre qui est déployée par le gouvernement qui est extrêmement dangereuse, notamment pour des lycéens. Il y a eu beaucoup de cas d’élèves blessés, de mises en danger. C’est une stratégie consciente du gouvernement pour éviter de parler du fond et des revendications qui font très largement consensus dans la société.

    On a vu les images d’un lycéen mutilé à Lens ce lundi. Ne craignez-vous pas que cela dissuade certains de se mobiliser ?

    B.B. : Il y a ce lycéen qui a perdu sa main, on a vu aussi un lycéen qui a perdu un œil, un autre édenté… Même chez les Jeunes communistes, nous avons des adhérents, mineurs, qui ont été placés en garde à vue alors qu’ils ne faisaient que revendiquer plus de moyens pour l’éducation, sans être violents, ni dégrader quoi que ce soit. Nous sommes atterrés face à cette doctrine de maintien de l’ordre. Mais ce n’est pas ce qui va éteindre la mobilisation, parce qu’on fait face à une mobilisation d’ampleur. Si le gouvernement souhaite en finir, qu’il apporte des réponses politiques aux problèmes qui sont soulevés, la dégradation très forte du bâti scolaire, le manque flagrant de professeurs, la sélection sociale organisée par Parcoursup. Tant que le gouvernement n’en parlera pas, la mobilisation s’étendra.

    Comment porter les revendications des lycéens ?

    B.B. : Nous avons mis en place une grande opération de cahiers de doléances. Partout où nous avons des militants, nous les faisons remplir pour que les lycéens témoignent de la situation dans leur établissement, qu’ils nous fassent part de leurs revendications. Nous en avons fait remplir des centaines depuis la semaine dernière. Il faut se rendre compte de l’état dans lequel les deux mandats d’Emmanuel Macron ont laissé les conditions d’éducation…

    Parmi les remontées du terrain, y a-t-il des témoignages qui vous ont marqué ?

    B.B. : Nous avons des lycéens qui nous racontent que cela fait un an qu’ils ont des cours dans des préfabriqués, qu’ils n’ont pas de porte dans les toilettes. Une lycéenne à Vitry nous indique que le jour même où elle est arrivée en seconde professionnelle, une enseignante lui a dit que si elle souhaitait continuer ses études, il lui faudrait au minimum 15 de moyenne. Nous avons aussi des témoignages sur des stages catastrophiques, parce qu’ils ne sont pas encadrés. Des élèves qui nous disent, comme au lycée Mozart au Blanc-Mesnil, qu’ils sont 39 par classe et qu’ils n’ont ni professeur de français, ni professeur de maths. Cela les met en difficulté pour leur avenir.

    Ce mouvement a été très spontané, comment peut-il s’organiser ?

    B.B. : Ce que nous proposons avec les cahiers de doléances est déjà une façon de s’organiser, parce que cela permet d’inscrire matériellement les revendications des lycéens. Il y a aussi un lien qui se construit avec la mobilisation intersyndicale. Il y a un intérêt convergent entre les professeurs, les agents de l’État mobilisés le 29 septembre et les lycéens, qui demandent aussi la fin des budgets d’austérité. Nous mettons aussi, avec le Mouvement des jeunes communistes de France, un outil à disposition, que l’on a appelé Mouvement lycéen, et que nous avons lancé depuis une semaine. Il a pour objectif d’être utilisé par tous les lycéens aujourd’hui mobilisés pour avoir des débouchés concrets, avec du matériel mis à disposition, pour pouvoir organiser leur colère.

    Ce mardi, Fabien Roussel présente son plan d’urgence pour la jeunesse. Comment l’avez-vous travaillé ?

    B.B. : Depuis longtemps, les communistes font des propositions pour une école qui soit publique, égalitaire, pour avoir plus de moyens… Nous présentons des solutions d’urgence, mais nous alertons depuis des années. Le manque d’enseignants, de moyens, ce n’est pas une nouveauté. Je milite depuis plus de dix ans, nous alertons sur Parcoursup et sur ses effets de sélection sociale depuis sa création !

  • « Soutenir et protéger, oui. Contrôler, non » : la consigne de la jeunesse

    « Soutenir et protéger, oui. Contrôler, non » : la consigne de la jeunesse

    Les lycéens essayent de transformer l’essai. Après une semaine de blocus dans les établissements de France, les organisations syndicales rejoignent le mouvement, ce mardi ,pour une « journée noire ». À Martigues, la veille, les enseignants de Jean-Lurçat ont proposé aux élèves, aux parents, à la communauté éducative et au monde du travail de se retrouver à la Maison des jeunes et de la culture pour penser aux suites de ce mouvement social inédit.

    Et il y en aura une. Les lycéens ne sont pas près de lâcher l’affaire. « Il ne faut pas que ça s’atténue, plaide l’une d’entre eux dans l’audience. Le gouvernement prépare son budget et a encore proposé de couper 1 500 postes d’enseignants, dont 1 200 dans le public. Ils mettent de l’huile sur le feu et en même temps ils essayent de l’éteindre de manière forcée, sauf que ça ne marchera pas. »

    Ce mardi, trois rassemblements sont d’ores et déjà prévus sur le territoire. À Martigues, une marche partira de la place Jean-Jaurès pour arriver devant l’hôtel de ville, où le maire recevra une délégation d’élèves. À Istres, rendez-vous est donné devant l’établissement Arthur-Rimbaud à 7h puis à 8h15 devant la sous-préfecture. À Salon-de-Provence, l’action a lieu à 10h devant Adam-de-Craponne.

    Le monde du travail

    à disposition des lycéens

    Pour la suite, les lycéens plaident pour l’unité et la transversalité. Avec un mot d’ordre : l’organisation. La communication se met en place, à travers la création de groupes sur des messageries sécurisées. Daniel Bretonès, secrétaire syndical de l’Union locale, propose : « On peut vous imprimer des tracts, vous prêter des locaux pour des assemblées générales, vous acheter des bombes de peinture ou des draps pour faire des banderoles. N’hésitez pas, sollicitez-nous et tenez-nous au courant pour qu’on puisse être là pendant les blocages, pas pour faire à votre place, mais être là pour vous protéger en cas de débordements ».

    La communauté éducative se met aussi à disposition de ses élèves, qui pointent du doigt « ce dont on se plaint depuis des années en menant des mouvements bien sages qui sont pas entendus », salue Amélie Barbet, enseignante de français, qui interroge : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider ? »

    Pour Victoria, élève de terminale à Paul-Langevin, la réponse est claire : « Il faut qu’on soit accompagnés, aidés et soutenus par les professeurs et tous les corps de métiers pour que notre message soit porté plus haut, plus loin et plus fort. Cependant, il ne faut pas que les adultes s’approprient cette lutte qui est la nôtre. » Et de résumer : « Soutenir et protéger oui, mais en aucun cas contrôler ou s’approprier nos revendications ».

  • La convergence vers le mouvement lycéen

    La convergence vers le mouvement lycéen

    En tête du cortège, une pancarte ironise : « Vous voulez des élèves motivés, voilà notre motivation ! » Ce lundi après-midi une nouvelle fois, plusieurs centaines de lycéens (230 selon la préfecture de police) ont défilé dans les rues de Marseille pour continuer à dénoncer leurs conditions d’éducation et réclamer davantage de moyens pour leurs établissements. À la veille d’une journée de mobilisation lycéenne soutenue par toutes les grandes centrales syndicales à l’échelle nationale, les étudiants marseillais ont commencé à se joindre au mouvement, comme c’était le cas plus tôt dans la matinée, à Aix-en-Provence (lire par ailleurs).

    Lock-out éducatif

    « Partout en France, il y a des appels à la mobilisation pour essayer de faire converger nos luttes et d’arriver encore plus forts pour mettre encore plus de pression sur le gouvernement dans les journées à venir », se réjouissait Luc, élève au lycée Saint-Charles (1er arr.) et militant au Mouvement national lycéen (MNL). Les revendications restent les mêmes, de la fin de Parcoursup à la restitution des moyens supprimés au sein de l’éducation nationale, mais déjà s’ajoutent celles des étudiants face notamment à l’annonce du gel, en 2027, des aides personnalisés au logement (APL). « Nous, on sera là dehors le temps qu’il le faudra, le temps que le gouvernement nous entende », complète Emré, membre de l’Union étudiante et en première année de licence de droit à Marseille.

    Dans la matinée, la préfecture de police comptabilisait dans les Bouches-du-Rhône quelque 300 participants à des actions de blocage devant treize établissements. Cela malgré la fermeture d’une soixantaine de lycées dans l’académie (70 dans l’après-midi), tandis que l’université fermait aussi la plupart de ses sites et que la RTM déviait ses lignes pour ne pas desservir certains lycées. La préfecture de police, de son côté, a reconduit jusqu’à ce mardi ses arrêtés d’interdiction de manifestations non déclarées et de surveillance des environs des établissements du secondaire par drone. Un lock-out inédit des autorités, qui devrait se poursuivre demain, même si le rectorat refuse toute communication à ce sujet. « Ça ne marche pas, nous nous mobilisons encore, sourit May Lan, élève au lycée Montgrand (6e arr.). Nous boycottons les cours en distanciel, parce que ce n’est pas comme ça qu’on répond à nos revendications. Mais nous ne sommes pas seuls, des professeurs aussi les boycottent. »

    Huit personnes ont été interpellées, lundi matin dans les Bouches-du-Rhône, qui rejoignent les 5 060 personnes placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 87% de mineurs, selon le décompte du ministère de la Justice. Des chiffres inédits depuis les Gilets jaunes. Parmi eux, 1 802 personnes font l’objet de poursuites, 14 ont été écroués. Mais ce lundi, c’est la mutilation d’un lycéen à Lens, dont la main a été arrachée par une grenade de désencerclement, qui a suscité une vive émotion. « Cette surenchère de la violence est irresponsable », a réagi le sénateur PCF des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi, appelant à écouter les revendications de la jeunesse.

    LES RENDEZ-VOUS

    Marseille, 10h. 7h devant les lycées et manifestation depuis les Réformés.

    Aix, 11h. La Rotonde.

    Arles, 10h. Kiosque à musique.

    Toulon, 7h30. Lycée Bonaparte.

    Draguignan, 8h. Lycée Jean-Moulin.

    Saint-Raphaël, 10h30. Rond-point Kennedy.

    Avignon, 14h30. Université d’Avignon.

    Manosque, 8h. Lycée Félix Esclangon.

    Digne-les-Bains, 8h. Lycées Beau de Rochas et David Néel.

    Gap, 8h30. Lycée Aristide-Briand.

  • Entourer les jeunes

    Entourer les jeunes

    Un lycéen mobilisé de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement à Lens. L’onde de choc produite par cette terrible nouvelle secoue les consciences, alors qu’une journée de manifestations s’annonce particulièrement suivie ce mardi.

    Elle appelle un profond changement de doctrine en matière de maintien de l’ordre. Après les Gilets jaunes éborgnés, les militants syndicaux « nassés », il n’est pas supportable de voir des jeunes manifestants mutilés.

    Il est plus que jamais nécessaire d’entourer les jeunes pour les protéger et leur permettre d’exprimer leurs revendications légitimes dans le calme et la sécurité.

    Les organisations de salariés et les partis politiques progressistes qui appellent leurs militants, mais aussi les élus, à descendre dans la rue aux côtés des lycéens ont une réaction salutaire.

    Questions d’avenir

    La présence d’adultes responsables autour des cortèges est la meilleure manière d’empêcher les débordements, les méfaits des casseurs, mais aussi la répression violente.

    Entourer les jeunes, ce n’est pas les déposséder de leur mouvement, c’est au contraire garantir la pleine expression des revendications portant sur le manque de moyens, de personnels, l’état des locaux ou encore le système Parcoursup.

    C’est le rôle de toutes celles et de tous ceux qui accordent de l’attention et du crédit à l’avenir de la jeunesse : parents, professeurs, responsables syndicaux et politiques, élus de la République…

    Mais pour dire, entourer les jeunes, ce devrait être le rôle de la société tout entière.