Tag: Lycéens

  • À Aix, les étudiants toujours en renfort des élèves

    À Aix, les étudiants toujours en renfort des élèves

    La contestation ne faiblit pas et s’élargit. Une nouvelle mobilisation a été annoncée sur les réseaux sociaux, au départ de la Rotonde, ce jeudi à 11h. Dans le cortège, les organisations de jeunesse et les syndicats étudiants seront aux côtés des lycéens et poursuivront leur soutien à leurs revendications.

    Cette solidarité s’est déjà manifestée mardi à travers différentes actions sur les campus. Sur le parvis de Sciences Po Aix, d’abord, dont l’entrée a été bloquée avant 7h. Selon les étudiants, environ 150 personnes ont participé à cette mobilisation, chantant des slogans et portant leurs revendications, malgré les trombes d’eau et l’orage. « Cette mobilisation, c’est d’abord celle des lycéens que l’on continue de soutenir », rappelait Zélie, étudiante. Quelques heures après, la direction annonçait passer ses cours en distanciel. Les étudiants de l’IEP portent aussi leurs revendications propres, notamment une prise de position nationale vis-à-vis des « répressions policières » survenues ces derniers jours et demandent à ce que les cours ne soient « pas obligatoires en distanciel, pour que les gens puissent se mobiliser auprès des lycéens et étudiants ». Contactée, la direction de Sciences Po nous confirme avoir rencontré les étudiants et avoir poursuivi « le dialogue engagé depuis le début de la semaine ». Elle indique également avoir réuni « l’ensemble des enseignants-chercheurs afin de partager les demandes exprimées et d’échanger sur la situation ». Décision a été prise de « maintenir la fermeture de Sciences Po Aix jusqu’à la fin de la semaine ».

    En parallèle, alors que le campus Schuman (Université Aix-Marseille) rouvrait juste ses portes, les étudiants en lettres et en droit se sont mobilisés en occupant un amphithéâtre. Ils ont ensuite été « plus de 500 » à se réunir en assemblée générale, rejoint par leurs enseignants et plusieurs lycéens. « Les étudiants essaient de s’organiser pour qu’un maximum de personnes puissent se mobiliser », rapporte, à l’issue de l’assemblée, Younès Dufresne, pour l’Union étudiante. Avant de préciser : « La suite du mouvement est de continuer à se mobiliser partout. » Et d’assurer que les étudiants, comme les lycéens « restent déterminés. On a jamais eu autant de monde en assemblée générale ».

  • Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    « La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment » : les propos Sébastien Lecornu, mercredi soir, dans une allocution enregistrée et prononcée depuis Matignon. À la veille d’une nouvelle journée de manifestation lycéenne et au surlendemain d’une très importante mobilisation, le Premier ministre a voulu tenter l’apaisement. Sans aucune annonce cependant pour répondre à la colère des lycéens qui exigent des moyens pour étudier dans de bonnes conditions que ce soit en termes d’enseignants présents ou de bâtiments, ou la fin de parcoursup.

    Il n’a en effet que réaffirmé que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre » afin de répondre à la crise. Ou ressorti la carte du « temps de dialogue » dans les établissements en précisant que ceux-ci se poursuivraient « à partir de demain [jeudi], dans chaque lycée et jusqu’à la semaine prochaine ». Ou celle de la plateforme de dialogue ouverte par le ministère de l’Éducation se félicitant de voir qu’elle avait déjà recueilli plus de 40 000 contributions.

    Pas d’annonces supplémentaires non plus concernant la doctrine du maintien de l’ordre qui émeut le pays après 215 élèves et 89 personnels de l’Éducation blessés parmi les manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez ayant annoncé dès le matin, au lendemain de la réunion autour d’Emmanuel Macron, la décision de suspendre l’usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement, le Premier ministre s’est contenté de marteler que « les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».

    Des propos qui n’ont pas convaincu les lycéens et les étudiants qui appellent à un Acte IV de la mobilisation ce jeudi, soutenus par les syndicats de l’Éducation – le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud – qui ont appelé à une journée de grève. Les organisations de jeunesse ont demandé à être reçues par le Premier ministre. « Nous avons des propositions chiffrées que nous allons présenter et c’est pour ça que nous demandons dès la semaine prochaine un rendez-vous avec » le Premier ministre, a déclaré à la presse Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL) devant le ministère de l’Enseignement supérieur.

    Baisse de 12 à 18 centimes du litre à la pompe

    Craignant la convergence des colères, si celle de la jeunesse rencontre les mécontentements d’autres secteurs, Sébastien Lecornu a concentré sa réponse sur le ras-le-bol social en annonçant une baisse à venir des prix à la pompe pour les carburants. « Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse », a-t-il dit avant de décliner des mesures susceptibles d’alléger la pression sur les prix des carburants et de l’électricité qui entament le pouvoir d’achat, thème majeur de la présidentielle.

    Il a annoncé qu’il mettrait 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques, à la disposition des distributeurs en France « au prix de revient ». « Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et sera mis à disposition au prix de revient [et] permettra mécaniquement de baisser les prix à la pompe dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole », a-t-il affirmé. En ce sens, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il réunirait à Matignon les distributeurs « pour y travailler dans les tout prochains jours ».

    Le Premier ministre a aussi indiqué que « le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver », et « demande » à EDF « de mobiliser au maximum ses capacités de production », tout en précisant qu’il reviendra prochainement sur le sujet.

    Soutien italien à la jeunesse

    Refondation communiste et les jeunes communistes italiens ont tenu à apporter leur soutien à la mobilisation lycéenne dans un communiqué. Les jeunes « soulèvent une question majeure : Que deviendra notre avenir ? L’avenir d’une génération qui vit dans une Europe où, presque partout, on réduit les dépenses sociales pour financer des allègements fiscaux en faveur des riches et l’achat d’armes ; une Europe où les jeunes sont souvent prisonniers de vies précaires et risquent désormais, en outre, de servir de chair à canon », écrivent-ils notamment. « Ils demandent des choses simples », ajoutent-ils, avant de conclure : « Leur lutte est la nôtre. »

  • À côté de la plaque

    À côté de la plaque

    Face au mouvement lycéen, le gouvernement joue la montre. Sébastien Lecornu n’a apporté, mercredi soir, aucune mesure concrète pour répondre à la colère de la jeunesse. Le Premier ministre renvoie à la fin du mois d’octobre l’annonce de « premières décisions » et au 12 novembre, premier jour du débat à l’Assemblée nationale du budget de l’éducation nationale.

    Classes surchargées, bâti, Parcourup, budget… Aucun signal n’est venu du locataire de Matignon pouvant décider les lycéens à mettre un terme à leurs mobilisations. Ils devraient donc être nombreux ce jeudi, dans tout le pays, à manifester.

    Macroniste de la première heure, le chef du gouvernement reste droit dans ses bottes. Une sorte de pompier pyromane qui fait le pari du pourrissement. Son déni des violences policières, « qui n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens » a-t-il tenu à préciser, est à ce titre symptomatique d’un pouvoir aux abois.

    Des choix libéraux

    En matière budgétaire, le projet de budget de l’éducation nationale, qu’il a défendu, ne tient même pas compte de l’inflation. Rien qui ne permette de placer l’école au cœur de la société. Cela, les lycéens l’ont bien compris. L’appel « au patriotisme », lancé par Lecornu aux parlementaires, pour l’adoption du budget 2027, sonne comme une provocation. Le patriotisme commanderait en effet de répondre aux immenses besoins sociaux du pays. Quant à ses annonces sur le déblocage de 10 millions de barils de gasoil pour faire baisser le prix du carburant, elles reflètent des choix libéraux, ceux de faire jouer le marché de l’offre et de la demande. À côté de la plaque là encore.

  • À Marseille, un lycéen blessé au crâne après une charge de CRS

    À Marseille, un lycéen blessé au crâne après une charge de CRS

    «On a entendu un énorme boom», raconte encore sonné Samuel Tracol, professeur d’histoire au lycée Marie Curie. Ce mercredi matin à 8 h, une partie des enseignants de l’établissement s’est jointe à la mobilisation de leurs élèves qui bloquaient le lycée. Malgré le caractère «totalement pacifique de l’action», insiste le prof d’histoire syndiqué à la CGT Éduc’action, une cinquantaine de CRS sont intervenus et ont sommé les manifestants de quitter les lieux. «On a alors formé une chaîne humaine devant les lycéens pour les protéger», explique-t-il avant d’ajouter : «Ils ont chargé, un enseignant a reçu un coup de matraque et j’ai été bousculé.» Émy, une élève de terminale impliquée dans la mobilisation, renchérit sur la brutalité : «On s’est fait marcher dessus alors qu’on faisait un sit-in non violent et ils nous ont insultés.»

    Dans la charge, un jeune de 17 ans a été blessé à la tête dans des circonstances qui restent encore inconnues. Il a été pris en charge à 9h50 par une unité des marins-pompiers qui l’a transféré à l’hôpital de la Timone. De son côté, la préfecture de police affirme que les CRS sont intervenus pour «permettre aux autres élèves d’entrer dans le lycée ainsi que libérer la voie publique» et qu’un «lycéen auteur des tirs de mortiers [d’artifice, ndlr] a été interpellé». Elle précise que «les CRS ont utilisé du gaz lacrymogène afin de créer une dispersion», que «aucune grenade d’une autre nature n’a été utilisée» et que «quatre CRS ont été blessés» lors de l’intervention.

    «Il y a 23 000 euros qui ont été investis pour installer des caméras de surveillance dans le lycée alors qu’il y a des plaques de la toiture qui tombent et qu’on manque de tout», s’énerve Émy. Une partie du personnel du lycée Marie-Curie et les lycéens appellent à une mobilisation massive jeudi devant l’établissement.

  • [Entretien] Murielle Pilorge, FCPE du Var : « Cette génération de lycéens peut être un moteur pour toute la société »

    [Entretien] Murielle Pilorge, FCPE du Var : « Cette génération de lycéens peut être un moteur pour toute la société »

    La Marseillaise : Pourquoi faut-il se tenir aux côtés des lycéens dans leurs mobilisations ?

    Murielle Pilorge : Parce que leurs revendications sont légitimes. Ça fait des années qu’il y a de moins en moins de moyens pour l’éducation et ils le vivent au quotidien. Cette génération a la capacité d’être un moteur pour toute la société. Ce n’est pas leur rôle, ils se retrouvent avec des responsabilités trop importantes pour les enjeux qu’ils ont à côté, c’est-à-dire tout simplement de pouvoir réussir leur vie. Mais ils y sont obligés parce que nous, parents, n’avons pas su le faire.

    En tant que parent, quel regard portez-vous sur la dégradation des conditions d’enseignement ?

    M.P. : Les effectifs sont de plus en plus importants. Ils sont plus de 35 par classe au lycée. C’est beaucoup trop. Ils ont à peine assez de tables et de chaises. Cette année, ils ont eu des correspondants. Ils ne pouvaient pas les recevoir dans la classe tous en même temps par manque de chaises. C’est une génération qui est rentrée à la maternelle avec le plan Vigipirate. Ils avaient 5 ans, on leur a appris à se cacher dans l’école. Après, ils ont eu le Covid, le confinement. Ils ont un rapport à l’école vraiment différent des autres, cela n’a jamais été un endroit préservé pour eux. Ils ont été impactés par la société en permanence.

    Comment cette situation affecte-t-elle les activités de la FCPE ?

    M.P. : Dans l’établissement où j’ai été représentante des parents d’élèves, on a toujours été écoutés et on a toujours participé aux administrations. Aujourd’hui, on peut parler, mais il n’y a pas de réponse. C’est la même chose pour les élèves. Il n’y a pas d’espace pour avoir vraiment un dialogue. Lorsque le ministère reçoit les enseignants ou les fédérations des parents d’élèves, il n’y a pas d’acte concret. C’est toujours reporté. On va créer une plateforme, on va créer un lieu d’écoute, etc. Mais les moyens sont toujours en diminution.

  • Les lycéens et travailleurs d’Arles manifestent ensemble

    Les lycéens et travailleurs d’Arles manifestent ensemble

    « On a exactement les mêmes revendications qu’eux ». C’est donc tout naturellement que Lucile Venet, professeure de biologie au lycée Pasquet et syndicaliste FSU, est venue soutenir la mobilisation lycéenne arlésienne, ce mardi. Il y avait déjà du monde au départ, à 10h, devant la Bourse du travail d’Arles. Le cortège a rejoint la sous-préfecture, où une délégation de lycéens et de syndicalistes enseignants a été reçue. Au plus fort de la mobilisation, les organisateurs ont compté 1 100 participants, contre 530 selon la police.

    Le cortège mêlant lycéens, professeurs, syndicalistes et parents était accompagné par un fort dispositif de service d’ordre de la CGT, les chasubles rouges de l’hôpital d’Arles et des dockers ouvrant et fermant la marche. « Notre présence dans leur manif, c’est pour que tout se passe bien, ces jeunes veulent être écoutés et la violence est tout ce qu’ils trouvent à la fin », explique Magali Raffin, professeure en lycée pro et militante de la CGT Éduc’action.

    Tout part de la Bourse du travail

    Tout est parti d’une rencontre. « Des élèves du lycée Pasquet sont venus nous rencontrer à la Bourse du travail pour nous demander de l’aide et du soutien. On leur a proposé d’organiser une AG et cette manif », détaille Magali Raffin. « C’est un symbole énorme » pour cette dirigeante de l’Union locale CGT en lutte pour garder son local à la Bourse du travail.

    Ce soutien est bienvenu pour les lycéens. Amaury Stantina rappelle que la semaine dernière, lors du blocage du lycée Pasquet, « la police était des deux côtés de la rue, ne laissant aucune fuite possible, et gazait sans sommations ». Il estime qu’« il est nécessaire que les syndicats de travailleurs et de lycéens se retrouvent pour demander un changement de politique » face à « la violence systémique et le manque d’argent partout ». Et illustre : « Ça fait une semaine qu’on est dans la rue et là, on voit 500 millions d’euros en moins pour l’éducation nationale » dans le projet de budget du gouvernement. « Un foutage de gueule » assène-t-il.

    Pour la Bourse du travail, comme pour les profs et les élèves, il s’agit d’un « rendez-vous de convergence des luttes ». Une convergence dont Lucile Venet et Amaury Stantina espèrent qu’elle sera victorieuse.

  • À Toulon, lycéens et syndicats dénoncent le dédain de la préfecture

    À Toulon, lycéens et syndicats dénoncent le dédain de la préfecture

    Pas de grasse matinée pour les lycéens toulonnais. Dès 7h, nombre d’entre eux, en provenance de plusieurs établissements de la ville, se sont réunis devant le lycée Bonaparte, bloqué pendant une partie de la matinée. Entourés de militants syndicaux (CGT, FSU, FO, Solidaires), ainsi que de nombreux parents et enseignants venus les soutenir et les protéger, ils se sont ensuite mis en marche aux alentours de 9h.

    « Sarcastiques et dédaigneux »

    En tête de cortège, Denis Sincu, élève en terminale au lycée Bonaparte, leader de la mobilisation, haranguait une foule d’environ 2 000 personnes, déterminée, mais respectueuse du cadre de la manifestation, autour d’une revendication : être entendue. Une délégation composée de représentants syndicaux, de professeurs, de lycéens et d’étudiants, dont il faisait partie, a été reçue en fin de matinée par le préfet et le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen). « On veut demander au préfet qu’il nous ouvre une porte de dialogue avec les institutions », clamait-il avant ce rendez-vous. Derrière cette demande, des revendications précises : la fin de Parcoursup, des bâtiments rénovés, des outils numériques fonctionnels, du personnel enseignant en nombre suffisant et des emplois du temps cohérents.

    Mais à l’issue d’une réunion qui a duré un peu plus d’une heure, c’est la colère qui dominait parmi les principaux concernés. « Ils ont été sarcastiques et dédaigneux. C’est un manque de respect envers la jeunesse, qui a le droit de s’exprimer », s’indigne Camille, membre du conseil de la vie lycéenne du lycée Bonaparte. « Ils parlent de dialogue social, parce qu’ils ont reçu une délégation d’étudiants et de syndicats, mais il n’y a pas de réponse, c’est de l’enfumage. Ils se renvoient la balle sur les responsabilités », dénoncent les syndicats, qui se disent prêts à soutenir la prochaine mobilisation, annoncée pour le 15 octobre.

  • À Martigues, les lycéens font remonter leurs demandes auprès du maire

    À Martigues, les lycéens font remonter leurs demandes auprès du maire

    En tête de cortège, Lou est intransigeante : « On n’est pas pour les violences. Ça a permis de mettre la lumière sur notre mouvement, mais maintenant, il faut qu’on s’organise pour être écoutés. » Depuis une semaine, cette élève de terminale au lycée Paul-Langevin participe aux blocus pour demander de meilleures conditions d’apprentissage. Elle déplore les incidents qui ont émaillé ces journées de mobilisations, tant du côté de la jeunesse que des forces de l’ordre. Derrière elle, dans la marche organisée de la place Jean-Jaurès jusqu’à l’hôtel de ville de Martigues qui a réuni plus de 300 personnes (chiffre des syndicats), l’une de ses amies tient une pancarte sur laquelle on peut lire : « On veut le bac, pas la BAC. »

    « Exactement », réagit le maire (PCF) Gaby Charroux, sorti accueillir les lycéens. « Nous partageons ces préoccupations : protéger notre jeunesse, faire qu’elle soit dans les meilleures conditions pour s’épanouir et réussir sa vie. » L’élu affirme : « Ce mouvement appartient aux lycéens. Notre rôle est de les entendre dans leurs demandes, de les accompagner sur ce sujet. »

    Concert revendicatif

    Et de joindre les actes aux paroles. Quelques minutes plus tard, une quinzaine d’élèves s’installent en mairie pour discuter des suites qu’ils imaginent avec la municipalité. Loris et Clément, 17 ans, aimeraient organiser un « concert revendicatif avec des groupes de musique lycéens, des stands et des prises de parole pour faire entendre notre message par le biais de la culture ». Les services envisagent de leur prêter la salle du Grès (300 places) d’ici la fin de la semaine.

    Mais les jeunes veulent aller plus loin et être entendus au plus haut niveau. « On n’a aucun contact avec l’Éducation nationale, ce serait bien de faire remonter nos doléances », plaide Lou. Pour que « ces revendications soient véhiculées partout, par vous avec vos propres canaux, mais aussi par nous, au préfet ou au ministre », Gaby Charroux conseille aux élèves de se structurer sous forme de collectifs afin de mieux se coordonner et donner plus de « poids » à leurs voix.

    Le maire rassure : « L’État essaye de discréditer votre mouvement (…). Mais la réalité, c’est qu’il reçoit vos revendications. Comme elles sont relayées par les organisations syndicales et politiques et les enseignants, ça finit par peser et ça peut faire avancer un peu les choses. » Son adjoint à la jeunesse et aux services publics, Pierre Dharréville (PCF), ajoute : « Vous remettez en cause des choix de politiques publiques, c’est ce qui explique la réaction à laquelle vous êtes confrontés. Ça demande effectivement un peu d’organisation pour vous faire entendre. »

  • À Aix, la jeunesse veut « humaniser » l’après lycée

    À Aix, la jeunesse veut « humaniser » l’après lycée

    De la colère dans les rangs de la jeunesse. Une colère aux multiples sources, qui a conduit entre 1 300 manifestants, selon la police, et « à peu près 2 000 », selon la CGT, à s’élancer depuis La Rotonde. Parents, associations, enseignants et représentants de l’intersyndicale étaient également présents pour encadrer et accompagner un cortège particulièrement dense.

    Parmi les revendications scandées tout au long du parcours, qui est passé par le campus Schuman fermé, le rectorat et le tribunal judiciaire, sans incident ni débordement, figurait l’abrogation de Parcoursup. « L’abrogation direct, si vous voulez mon avis ! C’est une source d’angoisse constante, toute la suite de notre avenir est basée sur des algorithmes, on n’a aucune opportunité de se vendre », scande un élève de terminale.

    Un peu plus loin, Nina, Emeline et Lucie, étudiantes en deuxième et troisième année, partagent ce constat. « C’est un système fait d’inégalité des chances. J’ai des amies qui voulaient la même licence que moi, avec des profils bien plus intéressants et qui ont été refusées dans la licence où j’ai été prise. La preuve que c’est du hasard », estime Emeline. « On a un système similaire pour les masters à la fac : je me retrouve à vouloir aller dans un master où il n’y a que 15 places ouvertes, (en sortant d’un) parcours ou l’on est 100 . En plus, c’est pour être enseignant. J’ai envie de dire : peut-être qu’il faut élargir les places, non ? », ajoute Nina. Pour Lucie, « il faut recréer du lien humain, aller à la fac pour poser son dossier, avoir un entretien oral, pour décrire tes engagements, ce que tu veux faire dans la vie. Ça pourrait recréer du lien et humaniser cette chose qui décide de notre avenir ».

    En direction de la préfecture, un groupe de lycéens du lycée Cézanne se montre également vent debout contre Parcoursup. Une revendication qui fait écho à de nombreuses prises de parole dans le cortège, aux côtés d’autres critiques portant sur des emplois du temps désorganisés ou des classes « décrépies »… « On ne regarde pas du tout nos mérites, on est mis dans une file d’attente, on ne sait pas où l’on va, ou seulement à la dernière minute », résume Giovanna. À côté d’elle, Aurore s’indigne aussi : « On nous fait croire à une égalité des chances grâce à Parcoursup, mais ce qu’ils regardent, ce sont nos écoles. Si l’on vient d’une école défavorisée, on a peu de chances comparé à quelqu’un d’une école privée. Et ça, on le dénonce ». Thomas, du même groupe, préconise : « On veut retourner à la recherche d’études supérieures par nous-même, ne plus être classés par nos origines financières, être tous égaux face à nos études ».

    Du côté des enseignants, le constat est partagé. « Ça introduit une compétition entre lycéens qui est insupportable au quotidien pour eux. Avec des effets sur leur santé mentale catastrophiques, estime Cécile Cristofari, enseignante au lycée Duby, également élue d’opposition de gauche à Aix. On voit des élèves en larmes parce qu’ils n’ont pas eu 15 au contrôle, alors qu’il leur faut cette note pour Parcoursup. Au quotidien, ça leur pourrit la vie, et ça nous pourrit la vie par ricochet. »

  • À Manosque, élèves et profs main dans la main

    À Manosque, élèves et profs main dans la main

    Plus de 400 lycéens ont à nouveau manifesté, mardi, devant trois lycées de Manosque, bloquant les routes en se déplaçant entre les établissements. Ils déploraient notamment leurs emplois du temps chargés qui leur laissent très peu de temps libre, particulièrement dans ce département rural, où ils doivent souvent faire beaucoup de route pour se rendre à l’école, et où l’offre de transports est limitée.

    « Ceux qui habitent loin, on doit se lever à 5h du matin pour prendre le bus, et on n’est pas chez nous avant 20h30, car il n’y a pas beaucoup de bus. Les emplois du temps sont beaucoup trop chargés avec des heures de trou. On a pas de vie, on vit au lycée », regrette Océane, élève en classe de première au lycée Martin Bret. « C’est une catastrophe. On se lève à 6h et on rentre à 19h. On est obligés d’aller dans un autre lycée pour nos spécialités artistiques, donc on arrive toujours en retard et on perd 30 minutes de notre cours. 17 ans de souffrance ! », déplorent Jeanne et Odelya, élèves en terminale au lycée des Iscles. « On ne peut pas rester concentrés de 8h à 18h à 15 ou 18 ans », regrettent Khelya et Shaina, 16 ans, élèves en première au lycée Martin-Bret, déplorant le non-remplacement des professeurs absents. « On n’arrive jamais à être concentrés toute la journée, même si on aimerait », abonde Clémence, élève au lycée Esclangon.

    Les lycéens se réjouissaient de voir cette fois de nombreux adultes, enseignants, parents d’élèves, syndicalistes et représentants politiques à leurs côtés, avec des pancartes « touche pas à mon gosse » ou encore « lycéens en colère, profs solidaires ». « Cela fait plaisir. Cela montre qu’on n’est pas tous seuls dans notre lutte. On est tous solidaires, tous là pour se soutenir les uns les autres », saluait Lucie, élève au lycée Esclangon. « Il y a les profs et tout, c’est trop bien ! », s’exclamaient des jeunes devant le lycée des Iscles.

    Les lycéens déploraient, mardi, la réponse à leur mobilisation, aussi bien au niveau national que local. À Manosque, le maire a annoncé l’annulation d’une soirée rap pour punir les lycéens et les dégradations commises jeudi. « Ils répondent avec encore plus de restrictions ! », a regretté Océane.

    « On veut des classes, pas des boîtes de sardines », « l’argent pour les lycées, pas pour l’armée », « nos rêves ne rentrent pas dans une case Parcoursup », « trop jeunes pour être écoutés, mais assez grands pour être gazés ? », « 35 degrés, 35 par classe, mais le problème, c’est le voile », pouvait-on lire sur les pancartes.

    Après avoir fait le tour des trois lycées, les manifestants se sont assis sur les bancs de l’amphithéâtre du parc de Drouille et ont pris la parole chacun leur tour « pour montrer qu’on a des choses à dire et qu’on n’est pas là pour s’énerver ».