Tag: France

  • Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés

    Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés

    De quoi se nourrit l’intelligence artificielle (IA) dont les chabots (ChatGPT, Claude, etc.) font partie de notre quotidien ? De l’activité humaine. Deux chercheurs en sociologie de Télécoms Paris, Clément Le Ludec et Maxime Cornet, ont étudié la chaîne de travail de la donnée francophone. Leur démonstration est implacable : pour fonctionner, l’IA a besoin de données fiables et vérifiées en très grand nombre. Cela, seul l’être humain sait le faire. L’étiquetage des données devant être massif, il a été délocalisé dans le Sud global, notamment à Madagascar et sur le continent africain. Un travail à la tâche, peu payé et pas du tout valorisé ; Ces travailleurs invisibles sont la face cachée et très sombre de l’IA. Ce n’est pas la seule.

    Data centers partout, emploi nulle part

    Car la collecte de données et leur stockage dans de vastes data centers sont le nerf de la guerre des multinationales de l’IA qui n’ont qu’un but : amasser des profits. Ces sites, dont le président Emmanuel Macron a vanté l’implantation en France lors du sommet « Choose France » à Versailles, ont le terrible défaut de créer très peu d’emplois (gardiennage essentiellement).

    En plus de monopoliser cette nouvelle technologie, les multinationales de l’IA imposent un discours aux citoyens, celui d’une nouvelle révolution postindustrielle qui vise en fait à servir leurs intérêts financiers. Peut-on sérieusement leur laisser la main ? La réponse est évidemment non. La résistance s’impose pour construire une IA sous contrôle démocratique et au service de l’humain et non l’inverse.

  • [EQDD] Le temps de l’adaptation

    [EQDD] Le temps de l’adaptation

    Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure une priorité absolue dans la lutte contre le changement climatique, elle ne suffira pas à contenir l’inévitable : des phénomènes extrêmes plus intenses et plus fréquents. Inondations, cyclones, vagues de chaleur, fonte des glaciers, montée du niveau des mers, sécheresses… autant d’effets face auxquels il nous faut réduire notre vulnérabilité. Autrement dit, l’atténuation du changement climatique – qui consiste à agir sur ses causes – doit s’accompagner d’une démarche d’adaptation pour nous protéger de ses conséquences.

    Avec sa géographie contrastée, entre territoires métropolitains et ultramarins, la France est exposée à l’ensemble des risques climatiques. Des risques auxquels nous sommes, d’ores et déjà, toutes et tous vulnérables. Cet hiver encore, des crues exceptionnelles ont déclenché des alertes sur une vaste portion du territoire, tandis que le bilan climatique de 2025 classait l’année parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Et cet été, le retour attendu d’El Niño – phénomène périodique qui affecte les précipitations et les températures à l’échelle mondiale – fait craindre un nouvel épisode de chaleur.

    À l’heure où l’État se prépare à une hausse de +4°C sur le territoire par rapport à l’ère préindustrielle – synonyme de sécheresses en série, de températures pouvant atteindre 50 degrés, de dix fois plus de jours de vagues de chaleur ou encore d’un risque de feux de forêts généralisés – il n’a jamais été aussi important de montrer comment nos territoires s’adaptent, concrètement, à un climat qui change. Comment ils se protègent – déjà – face aux impacts. Comment nous transformons nos manières d’habiter, de produire et de travailler. Et, plus largement, comment nous apprenons à vivre avec ces bouleversements, en développant une nouvelle culture du risque.

    C’est précisément cette réalité que ce supplément propose d’explorer. À l’initiative de Sparknews, 55 titres de la presse quotidienne régionale se rassemblent pour donner à voir les initiatives de citoyens, d’associations, d’entreprises et de collectivités qui, partout en France, inventent déjà de nouvelles façons de s’adapter à cette nouvelle réalité climatique.

  • [EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités

    [EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités

    Inondations, sécheresses, retrait-gonflement des argiles… Le Nord et le Pas-de-Calais sont fortement exposés aux événements naturels. Et le changement climatique induit un risque supplémentaire par son amplification des phénomènes. À l’image des inondations dans le Pas-de-Calais à l’hiver 2023-2024, plus d’une fois et demie centennale. « Les dégâts causés par les catastrophes naturelles augmentent énormément comme les risques qui ne sont pas équitablement répartis entre tous les territoires, quand les Hauts-de-France sont très impactés », souligne Robin Ehl de l’ONG Oxfam France qui fait partie comme 36 autres organisations du Réseau Action Climat.

    Des déconvenues

    En 2025, le coût des événements naturels a atteint 5,2 milliards d’euros, soit la neuvième année la plus coûteuse pour les assureurs, selon les données de France Assureurs. Et selon son étude « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 », le coût des catastrophes naturelles pourrait doubler passant de 73,4 milliards d’euros sur la période 1989-2019 à 143 milliards entre 2020 et 2050.

    Assurer le risque va devenir un gouffre, avec un impact non négligeable sur les finances des collectivités territoriales, qui en paient déjà le prix. À Blendecques (Pas-de-Calais), commune la plus touchée par les inondations de 2023-2024, avec des dégâts sur les équipements publics estimés à quatre millions d’euros, le coût de l’assurance a été multiplié par trois, passant de 47 000 à 142 000 euros par an, et la franchise multipliée par cinq. Autre déconvenue, un courrier de résiliation lui avait été envoyé par son assureur un an après les crues. Si les choses ont fini par s’arranger à Blendecques, la résiliation demeure une menace pour les collectivités. Selon une mission d’information du Sénat, 20% des 713 communes répondantes à la consultation de la chambre des territoires, ont vu leur contrat résilié à la demande de leur assurance, « avec un préavis d’un à deux mois dans 11% des cas ».

    « Pas intéressant »

    « On a le sentiment, nous les maires, qu’on représente un petit marché qui n’est pas intéressant pour les assureurs, dénonce Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de l’Association des maires de France du Pas-de-Calais (AMF 62). Avec le dérèglement climatique et l’aggravation des risques, on subit une hausse des primes, jusqu’à 200% pour certaines communes, et une non-réponse à nos appels d’offres ». L’AMF 62 recense une vingtaine de communes ayant des soucis d’assurabilité dans le département. France Assureurs, qui dit suivre le sujet depuis plusieurs années, reconnaît « un marché en difficulté en raison de la montée des risques, mais qui reste stable, nous n’observons pas de résiliations massives des contrats en 2024 ».

    À Arques dans l’Audomarois, la ville avait signé juste avant les inondations, son contrat pour quatre ans, « mais à l’issue d’une longue procédure et avec un seul assureur qui avait répondu à notre appel d’offres, signale le maire Benoît Roussel. Quand nous avons été inondés, notre assureur nous a fait un avenant avec une hausse de 30% de la prime sur les bâtiments, passant ainsi de 100 000 à 130 000 euros par an », dans une ville qui présentait une facture de 850 000 euros de dégâts sur ses bâtiments publics.

    Des solutions

    Si les collectivités parviennent encore à s’en sortir, « la situation n’est pas durable, appuie Frédéric Leturque. Il faut un changement de braquet ». Il esquisse des solutions : « Il faut encourager le regroupement des communes pour faire des appels d’offres ; il faut que l’État soit pressant afin que les assureurs répondent aux appels d’offres ; et qu’il garantisse certaines assurances car tout ne peut pas être tenu par le marché privé, dit-il. On s’interroge aussi sur la création d’une co-assurabilité, les collectivités mettent au pot commun, à l’échelle communautaire par exemple, pour avoir une enveloppe de soutien ».

    Par Aïcha Noui La Voix du Nord

    CollectivAssur, un soutien pour les collectivités en difficulté

    Le sujet de l’assurabilité des collectivités territoriales a émergé en 2023 après les émeutes qui ont causé 189 M d’euros de dégâts aux collectivités. Depuis, les alertes, notamment de l’Association des maires, se sont multipliées sur les risques d’inassurabilité, notamment en raison des événements climatiques. Commission interministérielle, Roquelaure des collectivités locales sur l’assurabilité pour trouver des solutions, création d’un guide des marchés publics d’assurance, et, parmi les dispositifs aboutis, la cellule CollectivAssur, lancée en juillet 2025 par France Assureurs : elle permet d’accompagner et d’aider les collectivités en difficulté à trouver une assurance. En France, 132 collectivités territoriales, – dont 52% de communes et 35 collectivités réellement sans assurance -, auraient à ce jour saisi la cellule.

  • [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    Se préparer à un réchauffement de +4°C à la fin du siècle
    en France, est-ce un aveu d’échec ou un principe de réalisme
     ?

    C’est une forme de lucidité. L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement bien en dessous de +2°C, mais fin 2024, nous étions déjà à +1,36°C, principalement en raison des activités humaines. Si l’on suit les politiques actuelles, nous tendons vers un réchauffement global de +2,8°C à la fin du siècle, ce qui signifie environ +4°C sur le territoire français. Prendre ce chiffre ce n’est pas renoncer à l’atténuation (la réduction des émissions reste cruciale pour freiner la vitesse du changement), mais c’est reconnaître que nous devons protéger nos infrastructures critiques et nos aménagements de long terme face à ce futur plausible.

    Quels sont les risques
    climatiques que nous sous-estimons aujourd’hui
     ?

    On comprend mieux les vagues de chaleur, les sécheresses ou les inondations. En revanche, les événements combinés (chaleur et sécheresse, tempêtes à marée haute et pluies extrêmes à terre…) restent un peu dans l’angle mort… De même, les risques interconnectés sont encore peu pris en compte. En France, nous dépendons de chaînes d’approvisionnement mondiales qui peuvent être perturbées par des événements climatiques. Une sécheresse à Taïwan peut paralyser la production de puces électroniques, et des événements extrêmes dans les tropiques font déjà grimper les prix du café ou du cacao chez nous. On ne peut pas penser l’adaptation en France de manière isolée.

    On a l’impression que la santé devient un enjeu central
    de l’adaptation…

    Oui, clairement. La chaleur est une menace directe pour la santé. Malgré des progrès depuis 2003, il y a encore une surmortalité importante lors des épisodes de canicule. Cela révèle aussi des inégalités profondes : nous ne sommes pas tous égaux face aux fortes températures selon notre âge, notre métier ou notre lieu de vie. L’enjeu est aussi scolaire. Les épisodes de chaleur ne surviennent plus seulement au cœur de l’été, mais aussi pendant les périodes d’apprentissage. Adapter nos écoles est un impératif de santé et de bien-être.

    Au-delà de nos écoles, nos villes sont-elles adaptées aux chaleurs extrêmes ?

    Pas suffisamment. Mais il existe des solutions comme la végétalisation, la création d’îlots de fraîcheur, ou encore l’amélioration du confort thermique des bâtiments. Cela peut aussi aller de pair avec des villes plus respirables et plus vivables. Adapter nos villes, ce n’est pas seulement anticiper les risques, c’est aussi améliorer le quotidien et le bien-être des gens qui y habitent.

    Dans l’urgence, ne risque-t-on
    pas de prendre de mauvaises décisions, ce qu’on appelle parfois la «
     maladaptation » ?

    Le risque, c’est de vouloir maintenir coûte que coûte des pratiques qui ne tiendront pas sur la durée. Exemple : irriguer davantage des cultures très gourmandes en eau peut donner l’impression de gagner du temps. Mais si la ressource vient à manquer, tout s’écroule… L’enjeu, c’est de construire des transformations structurantes en examinant à la fois les bénéfices, mais aussi leurs effets indésirables potentiels sur la biodiversité ou les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation doit être pensée comme un chemin, pas comme un simple empilement de réponses dans l’urgence.

    Qui doit financer l’adaptation ?

    Nous payons déjà tous la « facture » via l’augmentation de nos primes assurances, mais l’action collective est la seule solution. L’État doit donner le cap, mais les territoires sont souvent en première ligne et manquent de moyens. Il faut mieux les accompagner, mais aussi faciliter leur endettement pour des projets résilients.

    Et renforcer la solidarité nationale pour accompagner, par exemple, le repli stratégique sur les littoraux, dans l’esprit du Fonds Barnier. Les assureurs ont sans doute aussi un rôle à jouer en orientant vers une reconstruction plus résiliente, plutôt qu’à l’identique…

    Quels sont les principaux leviers d’action ?

    Il faut passer d’une logique de réaction à une logique de prévention. Il y a un foisonnement d’initiatives inspirantes à l’échelle des territoires, mais cela reste encore trop hétérogène. Pour changer d’échelle, il faut sortir d’une organisation en « silos » pour adopter une approche horizontale et transverse. L’adaptation concerne à la fois les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de la santé, du travail ou des infrastructures. C’est d’autant plus réalisable qu’elle est souvent perçue comme un sujet non partisan par les élus, l’adaptation touchant directement à la qualité de vie et à la sécurité des biens et des personnes.

    Sommes-nous engagés dans
    une course contre la montre
     ?

    En tout cas, nous sommes dans une course de vitesse : nos systèmes ont été pensés pour un climat qui n’existe déjà plus… Il faut accélérer ! L’enjeu, c’est de changer d’échelle et d’agir collectivement. S’adapter ne doit pas être perçu comme une contrainte : c’est vraiment une manière de se protéger collectivement, tout en améliorant notre quotidien.

  • 54e congrès de la CGT : le rapport d’activité largement adopté et un bilan plébiscité

    54e congrès de la CGT : le rapport d’activité largement adopté et un bilan plébiscité

    Débats riches et de fond pour le vote du rapport d’activité, qui fait office de jauge du bilan de la direction sortante.

    Pour l’introduction aux débats, Nathalie Bazire, secrétaire confédérale, a vanté « trois années marquées par une forte amélioration de l’image de la CGT », de même que la réussite « de ne pas clôturer à la baisse de nos adhésions : le cap des 600 000 syndiqués a été franchi ». « L’analyse de la mobilisation contre la réforme des retraites nous a permis d’identifier les points d’appuis à préserver : l’unité et la proximité, mais aussi ce qui nous a manqué pour étendre la grève », a-t-elle développé. Avant de résumer : « Le cap était clair pour ce mandat, faire de la vie syndicale une priorité. »

    Un bilan largement salué par les interventions des délégués. Gaétan Lecocq, d’ArcelorMittal Dunkerque, comme Nicolas Bruel, de Fibre Excellence Saint-Gaudens, ont appuyé les orientations prises par la confédération dans le soutien aux industries. « La coordination entre la confédération, la fédération, les UD et les UL est déterminante. Nous croyons à l’avenir de nos sites », a résumé Nicolas Bruel. Même principe pour Jean-Michel Roccasalva, de la Centrale de Gardanne, louant le « retour de la confédération » dans la lutte à leurs côtés durant le mandat et rappelant que le développement d’un projet industriel par les salariés est « une victoire fruit de la convergence de lutte » et donc du processus enclenché à tous les niveaux de la CGT.

    Analyse tout autre pour Frédéric Alpozzo, pour la CGT des Marins de Marseille, qui a dénoncé « un problème de coordination des luttes entre fédérations pendant la réforme des retraites ! ». Avant d’appeler à « changer le fonctionnement de nos instances pour être au plus près des travailleurs en lutte ». Comme lui, seulement 18,64% des délégués ont voté contre ce bilan d’activité. Bien loin des 81,36% de voix favorables, qui représentent 414 347 voix sur les 543 855 délégués ayant participé au vote. Car les congressistes votaient « par mandat » pour ce scrutin, c’est-à-dire qu’un délégué vote pour plusieurs structures. Une majorité écrasante valide donc le bilan de Sophie Binet et de la direction sortante, à l’inverse du précédent et houleux congrès de Clermont-Ferrand, où le rapport d’activité avait été rejeté par les congressistes et avait donc fait office de désaveu pour la direction alors, sous la houlette de Philippe Martinez. « C’est la reconnaissance du travail effectué, cela fait très longtemps qu’on n’avait pas atteint des scores similaires. On revient à une culture du débat classique, on avait un mandat de rassemblement », se félicite Thomas Vacheron, secrétaire confédéral.

  • La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    À la tribune du 54e congrès de la CGT, pour cette deuxième journée de débats, on retrouve plus d’une douzaine de syndicalistes venus du monde entier : Amérique du Sud et du Nord, Asie, Afrique ou encore Europe. L’objectif est clair : « Nous construisons l’internationale du monde du travail face à l’internationale de la haine », comme le plaide Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

    Et que les syndicats s’enrichissent mutuellement de leurs expériences face au fascisme. Quand Maurizio Landini, pour le syndicat italien CGIL, juge que « toutes les dimensions de la mondialisation ont dégradé nos conditions de vies », son homologue espagnole, Christina Faciaben, pour la CCOO, abonde : « L’inégalité économique a été le terroir de l’extrême droite en Espagne. » Si le premier constate que « la concurrence entre les travailleurs se traduit par des divisions », la seconde note que l’extrême droite s’en nourrit et « polarise la société » pour mieux « défendre les élites ».

    De quoi faire écho à l’analyse de l’Amérique sous Trump par Nick Allen, pour l’organisation syndicale états-unienne SEUI : « Les digues sautent tous les jours : les milliardaires américains sont aux astres, l’état de droit perdure à peine. » Mais il n’est pas désabusé pour autant : « Un syndicat fort est la seule chose qui compte lorsque tout s’écroule. L’offensive, c’est garder le cap de la construction d’un syndicat capable d’imposer de la démocratie sociale. » Le cheminement est le même pour le militant brésilien Antonio Lisboa, de la CUT : « L’extrême droite est en recrudescence depuis 2008, cette crise structurelle du capitalisme. C’est la raison pour laquelle on a une alliance entre le monde financier et l’autoritarisme. Pour contrer le fascisme, il faut donc s’attaquer aux maux du capitalisme. »

    Une alliance mondiale

    Une chose est sûre, c’est que tous s’accordent pour un travail commun contre cette montée. « L’extrême droite est un défi mondial, il est essentiel de mettre l’accent sur les alliances des syndicats à l’international », réclame Christina Faciaben. Son homologue italien est d’ailleurs venu avec une série de propositions : « Le monde du travail doit réinventer une nouvelle vision à l’international. Le capitalisme a des approches radicales, nous devons l’être aussi. » Encore une fois, Nick Allen fait la synthèse : « L’antidote à ce poison est un programme de justice économique et sociale international. Ce congrès est un pas de plus dans la construction d’une internationale ouvrière. » Il s’appuie sans doute sur le constat réalisé par Magdalena Chojnowska, pour le syndicat polonais Opzz : « Un travailleur à Varsovie a plus de points communs avec un travailleur à Marseille qu’avec ceux qui cherchent à nous diviser. Il faut une coopération internationale plus forte. »

    Ce sont les représentants de deux pays du Sud qui résument l’envie partagée de ce meeting. « Les droites s’unissent par intérêt, ne nous divisons plus », tonne Roberto Baradel pour le syndicat argentin CTA-A, quand son camarade indien Gautham Modi, du NTUI, appelle à « construire une coalition syndicale à travers le monde ».

    La Palestine mise à l’honneur

    C’est toute la CGT qui a fait corps avec le peuple palestinien, ce mardi, à l’occasion de prises de paroles de Youssef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France. « Notre relation est historique, ancienne, ancrée dans la lutte du peuple palestinien pour ses droits. Nous avons des valeurs communes », a loué cette dernière.

    La délégation a été reçue avec la manière : applaudissements à tout rompre par l’ensemble des délégués debout.

  • Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    « Un congrès de la CGT, c’est 1 000 luttes en puissance. » C’est devant plus de 1 000 délégués et avec un discours enflammé que Sophie Binet a officiellement ouvert le 54e congrès de la CGT, ce lundi. Lequel se déroule « dans un contexte inédit ». « Les bruits des bottes s’amplifient. Jamais l’extrême droite n’a été au pouvoir dans autant de pays », s’inquiète-t-elle. Une situation qu’elle lie avec la crise du capitalisme. « Pour le capital, la démocratie est maintenant un problème, c’est la raison pour laquelle l’alliée indispensable du capital, c’est l’extrême droite », analyse Sophie Binet. Elle prend pour exemple concret « le Medef qui, pour la première fois depuis 1945, traite le RN comme un parti comme les autres ». Et martèle : « L’extrême droite est la pire ennemie du monde du travail. Face à elle, l’antidote c’est le syndicalisme CGT. »

    Des messages pas anodins puisqu’ils sont en lien avec les échéances électorales françaises à venir : « Nous allons nous mêler du débat présidentiel pour remettre les travailleurs et travailleuses au centre du jeu. » Elle s’adresse d’ailleurs à Fabien Roussel (PCF), Marine Tondelier (EELV), Manuel Bompard (LFI) et Olivier Faure (PS), tous présents ce jour : « Je note que la CGT fait l’unité, pourvu que ça dure ! ». Et de lancer un « appel de Tours » : « aucun candidat n’aura les voix de la CGT, des travailleurs, sans s’engager à abroger la réforme des retraites ».

    Mais ce discours est aussi, et surtout, le moment pour elle de faire le bilan de son mandat. « Faisons les comptes, depuis 2023, quatre Premiers ministres contraints à la démission, cinq réformes enterrées, deux budgets d’austérité en partie vidés de leur contenu », énumère-t-elle. La secrétaire générale revient sur l’exemple de la réforme des retraites. « Nous avons refusé de tourner la page, nous avons fait échouer le conclave et décalé l’application de la réforme des retraites », se félicite-t-elle. Elle réalise aussi un bilan plus critique : « Il y avait plus de manifestants que de grévistes. Nous n’avons pas réussi à étendre la grève le jour où l’intersyndicale avait appelé à mettre le pays à l’arrêt […] Tous les syndicats CGT n’ont pas appelé à la grève. »

    FSU et Ictam comme dossiers chauds

    Le lien est tout trouvé avec les propositions émises par la direction sortante : « Nous sommes rassemblés pour adopter notre plan de bataille pour les trois prochaines années. Pour cela, tirons les leçons de la mobilisation contre la réforme des retraites. » Outre les orientations générales sur lesquelles les congressistes doivent se prononcer comme « socialiser les richesses pour mieux protéger » ou tendre vers une « planification industrielle et écologique », Sophie Binet évoque sans détour les propositions qui peuvent provoquer le plus de remous. Comme le rapprochement avec la FSU : « Il ne s’agit ni d’une fusion, ni de la création d’une superstructure, mais d’un cadre de coopération permanent. » Ou le développement de la CGT auprès des Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise) : « La mission des Ictam n’est pas de mener les luttes à la place des ouvriers, c’est de développer les luttes chez les cadres et professions intermédiaires. »

    De quoi occuper les congressistes pour les prochains jours.

    AU PROGRAMME

    Mardi. Les congressistes entrent dans le dur des débats avec le vote du rapport d’activité, qui permet de juger l’appréciation du bilan de la direction sortante. Vient ensuite une initiative autour de la Palestine en présence d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France, de Yousef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et de Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI). Avant un meeting « international » contre l’extrême droite en présence de nombreux syndicalistes venus du monde entier.

  • Scop-Ti et 1336 en force pour abreuver d’idées les délégués

    Scop-Ti et 1336 en force pour abreuver d’idées les délégués

    Un stand a peut-être plus de saveurs que d’autres dans le parc des expositions de Tours. C’est celui des ouvriers de Scop-Ti, alias les Fralib, qui expose la myriade de produits de leur marque de thé 1336. « On est en résistance permanente, c’est la solidarité qui nous a permis de gagner et c’est la solidarité qui nous permet de continuer l’histoire », campe Cynthia Sanchez, chargée de promotion du modèle économique de la coopérative. Et Scop-Ti propose un vrai soutien aux congressistes : « Tous les congressistes ont un bon dans leur sacoche du congrès pour venir choisir une boîte de thé offerte par la confédération et sur les stands de la plénière, tous ont une boisson fraîche 1336 », explique Dominique Basset, retraité bénévole de Scop-Ti et ancien délégué CGT du site.

    Un cadeau bienvenu et qui implique toute une logistique : « On a fait livrer une palette à part la semaine dernière, et nous, on est venu de Gémenos vendredi avec le camion pour préparer le stand. » Cynthia Sanchez abonde : « L’objectif c’est de proposer à ceux qui veulent nous soutenir de populariser la marque au plus grand nombre. » Et de prendre pour exemple : « Créer des points de vente, ventes groupées, proposer des bons cadeaux, des remises à des comités d’entreprise… ». Plus que du thé de qualité, c’est aussi un message envoyé à leurs « camarades ». « Dans ce monde capitaliste, on montre qu’on peut faire autrement : sans hiérarchie, sans patrons », explique Gérard Cazorla, président de l’association Fraliberthé. Avant de conclure : « Ce congrès, c’est chez nous, tout comme l’usine appartient à toute la CGT. »

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Rave et rodéos : le Sénat veut couper le moteur de l’impunité

    Rave et rodéos : le Sénat veut couper le moteur de l’impunité

    Dans la nuit des campagnes comme sur le bitume des parkings, il y a des colères qui montent au même rythme que les basses ou les moteurs. Celles de riverains privés de sommeil, d’élus locaux démunis, d’éleveurs qui voient leurs bêtes stressées par le vacarme, de gîtes ruraux sommés de rembourser des séjours gâchés. C’est cette France des nuisances concrètes, souvent loin des grands discours sécuritaires, que le sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi dit avoir voulu faire entendre au Sénat.

    Avec Lauriane Josende, sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, et Isabelle Florennes, sénatrice centriste des Hauts-de-Seine, l’élu héraultais a présenté un rapport transpartisan sur les rave parties illégales et les rodéos motorisés. 28 recommandations, adoptées à l’unanimité en commission des lois, doivent nourrir le projet de loi Ripost, examiné depuis le 18 mai au Sénat. Objectif affiché : « mettre fin au sentiment d’impunité » et donner aux pouvoirs publics des outils jugés plus adaptés aux réalités de terrain.

    Des vies bousculées

    « Je ne voudrais pas qu’on résume cela uniquement à des nuisances sonores », insiste Hussein Bourgi. Dans l’Hérault comme ailleurs en Occitanie, les rave parties illégales prennent parfois des proportions massives : 337 ont été recensées en France en 2025, pour plus de 100 000 participants. Moins nombreuses, mais plus imposantes, elles attireraient aussi davantage de teufeurs venus d’Espagne ou d’Italie, où les règles se sont durcies.

    Dans les garrigues, le vacarme laisse des traces bien au-delà de la nuit blanche : bêtes stressées, production laitière en baisse, gîtes contraints de rembourser des vacanciers chassés par les basses. Et quand 600 à 700 gendarmes sont mobilisés un week-end entier près de Bourges pour encadrer 20 000 teufeurs, c’est une facture que le sénateur juge indécente : « Il n’est pas normal que ce soit le contribuable français qui finance ce genre de manifestations illégales. » Le rapport propose donc d’abaisser de 500 à 250 participants le seuil de déclaration obligatoire, de faire de l’organisation d’une rave illégale un délit avec confiscation possible du matériel sonore et des véhicules ayant servi au transport, et de permettre à l’État de réclamer le remboursement des frais engagés (gendarmes, secours, remise en état).

    Sur les rodéos motorisés, le constat est tout aussi alarmant. Le phénomène, longtemps associé aux grands ensembles urbains, gagne les communes rurales : parkings de supermarchés, abords de caves coopératives, routes départementales. Les sénateurs avancent 4 724 rodéos constatés en 2025 et 38 500 interventions des forces de l’ordre en 2024. « C’est en moyenne une intervention toutes les quinze minutes », souligne Lauriane Josende. Le rapport préconise de faciliter la saisie et la destruction des engins non déclarés, de durcir les peines en cas de rodéo commis en réunion et de mieux caractériser l’infraction.

    Fermeté, mais jusqu’où ?

    Reste le point le plus sensible : les moyens technologiques. Drones, infiltration de messageries cryptées, expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique. Pour Bourgi, le drone peut éviter les courses-poursuites dangereuses, susceptibles de blesser participants, policiers ou simples passants. Mais à gauche, le recours à l’intelligence artificielle et à la surveillance algorithmique suscite des réserves, que le groupe socialiste a tenu à faire annexer au rapport.

    C’est là que se joue l’équilibre politique du texte. Répondre aux habitants sans glisser vers une surveillance généralisée. Protéger les riverains et les participants eux-mêmes, sans criminaliser indistinctement toute jeunesse festive. Dans ce rapport, le Sénat choisit la fermeté. Reste au Parlement à prouver que l’ordre public peut se défendre sans jamais perdre de vue les libertés publiques.