Tag: France

  • [Primaire PS/Place Publique] Les « extrêmes » renvoyés dos-à-dos chez Glucksmann

    [Primaire PS/Place Publique] Les « extrêmes » renvoyés dos-à-dos chez Glucksmann

    Ils sont maires, conseillers départementaux ou plus souvent régionaux membres de la majorité Delga mais, assurent-ils, pas téléguidés par elle. « Ce n’est pas la présidente de Région qui nous a forcé la main. Nous ne sommes pas les pions de Carole Delga », insiste la vice-présidente Myriam Gairaud.

    À l’instar de la maire de Cabrières (Hérault), une vingtaine d’élus d’Occitanie prennent position la veille du premier tour de la primaire sociale démocrate (9-10 octobre). Non encartés dans un parti politique, si ces élus de la société civile ont décidé de travailler ensemble au-delà même de la primaire (un laboratoire d’idées sera peut-être créé), c’est parce qu’ils partagent un constat et deux convictions.

    Le constat, c’est que dans un contexte géopolitique mondial « fracturé », la France va mal et doit trouver une « voie raisonnable sociale-démocrate », estime Marie-Thérèse Mercier, élue régionale et ex-présidente du Medef Montpellier-Sète. « Nous sommes dans un moment très, très grave », s’inquiète Patrice Canayer à 6 mois de la présidentielle.

    Sans partager les mêmes idées sur tout, ces élus non encartés en ont. « Sans parti oui, mais apolitique certainement pas. On a des valeurs ! », recadre le maire de Clermont-l’Hérault, Gérard Bessière. Son homologue ariégeoise, Mélanie Tisné-Versailles de la génération Erasmus, est « attachée à l’Europe ». Le médecin Vincent Bounes à la « construction d’un plan Marshall de la santé ». Ou son collègue à la Région, Jalil Benabdillah, à « l’European buy act ».

    La peur d’un duel LFI-RN

    Autant de propositions portées par Raphaël Glucksmann qui leur fait dire qu’il est la meilleure option. « Il donne envie, de l’espoir, il réenchante la politique », estime l’élue biterroise d’opposition, Nadia Boulet. « Il est nouveau, lui non plus on ne l’a pas essayé ! », abonde le maire de Castanet-le-Haut, Max Alliès.

    Au-delà de Glucksmann, ces élus sont terrifiés à l’idée d’un duel Mélenchon-Le Pen que seul J. Benabdillah tranche sans hésiter. « Certains voteraient blanc, d’autres Mélenchon. Pour ma part, je ne mets pas sur le même plan l’extrême gauche et un parti fondé par des SS. » S’ils promettent qu’« aucune de leurs voix n’irait à Le Pen », ils renvoient dos à dos « les extrêmes », autrement dit le RN et LFI.

    Et si Glucksmann perdait la primaire ? « Je ne soutiendrai aucun candidat qui s’alliera avec LFI », tranche P. Canayer. « L’arc républicain doit absolument être au 2e tour de la présidentielle », assure le maire de Gignac, Jean-François Soto. La plupart avouent qu’il leur serait plus facile de voter E. Philippe que J-L. Mélenchon face à Le Pen. Voilà qui en dit long sur l’état de la gauche.

  • [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    La Marseillaise : Pourquoi les ouvriers ont-ils eu besoin de Bourses du travail ?

    Sylvie Brunol : Au départ, ce sont des lieux faits pour accueillir les travailleurs, les informer, les aider et organiser la solidarité. On y trouve du placement, des bibliothèques, de l’entraide, et même autrefois des cours du soir, essentiels pour l’éducation ouvrière. Et au fond, cette fonction existe toujours : aujourd’hui encore, on y vient pour un conseil juridique, pour être accompagné lors d’un licenciement, pour rencontrer un syndicat. Ce ne sont donc jamais de simples bureaux.

    Ont-elles joué un rôle dans
    la construction du syndicalisme français
     ?

    S.B. : Un rôle majeur. À la fin du XIXe siècle, il y a d’un côté les fédérations de métiers, de l’autre les Bourses du travail, notamment animées par Fernand Pelloutier. La CGT naît en 1895, mais l’unification reste incomplète. Et Montpellier joue un rôle important : en 1902, Louis Niel, secrétaire de la Bourse du travail, travaille à rapprocher les deux structures. Le congrès de Montpellier marque cette unité entre fédérations de métiers et Bourses du travail. C’est une étape essentielle dans la construction de la CGT telle qu’on la connaît.

    Dès l’origine, ces lieux dépendent pourtant beaucoup des municipalités…

    S.B. : Oui, et c’est toute l’ambiguïté. Beaucoup ont été créées dans des villes radicales ou socialistes, avec des locaux fournis ou financés par les communes. Certains syndicalistes s’en méfiaient déjà : si le pouvoir municipal change, le syndicat peut se retrouver dépendant d’un élu hostile. C’est une fragilité qui traverse toute leur histoire. À Sète, par exemple, la mairie UDF a tenté dans les années 1980 de transférer la Bourse, puis a cessé de financer certaines dépenses. Il a fallu un comité de défense et des années de mobilisation pour la maintenir. Et cette tension est presque aussi vieille que les Bourses elles-mêmes. Toujours à Sète, dès 1901, le maire Honoré Euzet refuse de remettre les clés aux syndicats avec l’autonomie prévue par leurs statuts. Il faudra son départ et l’élection d’une municipalité ouvrière pour que la Bourse leur soit officiellement remise en 1902.

    L’histoire fournit aussi des exemples plus brutaux…

    S.B. : Le patronat et l’extrême droite ont toujours menacé les syndicats. Mais sous Vichy, on change clairement d’échelle. La CGT est dissoute en novembre 1940. À Béziers, en 1942, les locaux de la Bourse sont attribués à des organisations liées à la « Révolution nationale » pétainiste, tandis que des militants CGT entrent dans la clandestinité et la Résistance. Je ne dis pas qu’on peut plaquer mécaniquement cette histoire sur l’actualité, ce serait faux. Mais elle montre que quand un pouvoir veut contrôler ou affaiblir le syndicalisme, les lieux où les travailleurs s’organisent deviennent très vite une cible. Cela doit nous pousser à être vigilants.

    Êtes-vous inquiète des attaques actuelles contre les locaux syndicaux ?

    S.B. : Oui. Il y a toujours eu des conflits avec des municipalités de droite comme de gauche. Mais aujourd’hui, avec les mairies RN de Carcassonne ou Bagnols-sur-Cèze, on voit se multiplier les décisions concernant directement ces lieux : la mairie de Carcassonne a engagé une procédure pour faire quitter la Bourse du travail aux syndicats ; à Bagnols, elle a annoncé la fin de la mise à disposition des locaux du centre Mendès-France. Derrière la question immobilière, il y a la capacité de se réunir, d’accueillir les salariés, de construire une action collective. Je pense aussi à l’Italie : le siège de la CGIL a été saccagé en 2021 par des militants d’extrême droite. C’était avant l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, mais pour moi cet épisode reste un avertissement sur la fragilité des libertés syndicales.

    Pourquoi faut-il encore défendre ces lieux en 2026 ?

    S.B. : Parce qu’ils servent toujours. On y accompagne des salariés, des chômeurs, des précaires, parfois des travailleurs sans papiers. On y trouve des conseillers du salarié, de l’aide juridique, mais aussi un espace pour s’organiser collectivement. La liberté syndicale ne vit pas seulement dans les textes : elle a besoin de lieux. Le Préambule de 1946 reconnaît d’ailleurs le droit de chacun à défendre ses intérêts par l’action syndicale. Si je devais résumer, je dirais simplement : « les droits pour tout le monde ».

    Entretien réalisé par Axel Jolidon

    « Sans vouloir
    faire de parallèle mécanique avec les années 30, certains mécanismes historiques doivent nous pousser
    à rester vigilants. »

  • Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    « La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment » : les propos Sébastien Lecornu, mercredi soir, dans une allocution enregistrée et prononcée depuis Matignon. À la veille d’une nouvelle journée de manifestation lycéenne et au surlendemain d’une très importante mobilisation, le Premier ministre a voulu tenter l’apaisement. Sans aucune annonce cependant pour répondre à la colère des lycéens qui exigent des moyens pour étudier dans de bonnes conditions que ce soit en termes d’enseignants présents ou de bâtiments, ou la fin de parcoursup.

    Il n’a en effet que réaffirmé que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre » afin de répondre à la crise. Ou ressorti la carte du « temps de dialogue » dans les établissements en précisant que ceux-ci se poursuivraient « à partir de demain [jeudi], dans chaque lycée et jusqu’à la semaine prochaine ». Ou celle de la plateforme de dialogue ouverte par le ministère de l’Éducation se félicitant de voir qu’elle avait déjà recueilli plus de 40 000 contributions.

    Pas d’annonces supplémentaires non plus concernant la doctrine du maintien de l’ordre qui émeut le pays après 215 élèves et 89 personnels de l’Éducation blessés parmi les manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez ayant annoncé dès le matin, au lendemain de la réunion autour d’Emmanuel Macron, la décision de suspendre l’usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement, le Premier ministre s’est contenté de marteler que « les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».

    Des propos qui n’ont pas convaincu les lycéens et les étudiants qui appellent à un Acte IV de la mobilisation ce jeudi, soutenus par les syndicats de l’Éducation – le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud – qui ont appelé à une journée de grève. Les organisations de jeunesse ont demandé à être reçues par le Premier ministre. « Nous avons des propositions chiffrées que nous allons présenter et c’est pour ça que nous demandons dès la semaine prochaine un rendez-vous avec » le Premier ministre, a déclaré à la presse Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL) devant le ministère de l’Enseignement supérieur.

    Baisse de 12 à 18 centimes du litre à la pompe

    Craignant la convergence des colères, si celle de la jeunesse rencontre les mécontentements d’autres secteurs, Sébastien Lecornu a concentré sa réponse sur le ras-le-bol social en annonçant une baisse à venir des prix à la pompe pour les carburants. « Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse », a-t-il dit avant de décliner des mesures susceptibles d’alléger la pression sur les prix des carburants et de l’électricité qui entament le pouvoir d’achat, thème majeur de la présidentielle.

    Il a annoncé qu’il mettrait 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques, à la disposition des distributeurs en France « au prix de revient ». « Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et sera mis à disposition au prix de revient [et] permettra mécaniquement de baisser les prix à la pompe dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole », a-t-il affirmé. En ce sens, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il réunirait à Matignon les distributeurs « pour y travailler dans les tout prochains jours ».

    Le Premier ministre a aussi indiqué que « le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver », et « demande » à EDF « de mobiliser au maximum ses capacités de production », tout en précisant qu’il reviendra prochainement sur le sujet.

    Soutien italien à la jeunesse

    Refondation communiste et les jeunes communistes italiens ont tenu à apporter leur soutien à la mobilisation lycéenne dans un communiqué. Les jeunes « soulèvent une question majeure : Que deviendra notre avenir ? L’avenir d’une génération qui vit dans une Europe où, presque partout, on réduit les dépenses sociales pour financer des allègements fiscaux en faveur des riches et l’achat d’armes ; une Europe où les jeunes sont souvent prisonniers de vies précaires et risquent désormais, en outre, de servir de chair à canon », écrivent-ils notamment. « Ils demandent des choses simples », ajoutent-ils, avant de conclure : « Leur lutte est la nôtre. »

  • À côté de la plaque

    À côté de la plaque

    Face au mouvement lycéen, le gouvernement joue la montre. Sébastien Lecornu n’a apporté, mercredi soir, aucune mesure concrète pour répondre à la colère de la jeunesse. Le Premier ministre renvoie à la fin du mois d’octobre l’annonce de « premières décisions » et au 12 novembre, premier jour du débat à l’Assemblée nationale du budget de l’éducation nationale.

    Classes surchargées, bâti, Parcourup, budget… Aucun signal n’est venu du locataire de Matignon pouvant décider les lycéens à mettre un terme à leurs mobilisations. Ils devraient donc être nombreux ce jeudi, dans tout le pays, à manifester.

    Macroniste de la première heure, le chef du gouvernement reste droit dans ses bottes. Une sorte de pompier pyromane qui fait le pari du pourrissement. Son déni des violences policières, « qui n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens » a-t-il tenu à préciser, est à ce titre symptomatique d’un pouvoir aux abois.

    Des choix libéraux

    En matière budgétaire, le projet de budget de l’éducation nationale, qu’il a défendu, ne tient même pas compte de l’inflation. Rien qui ne permette de placer l’école au cœur de la société. Cela, les lycéens l’ont bien compris. L’appel « au patriotisme », lancé par Lecornu aux parlementaires, pour l’adoption du budget 2027, sonne comme une provocation. Le patriotisme commanderait en effet de répondre aux immenses besoins sociaux du pays. Quant à ses annonces sur le déblocage de 10 millions de barils de gasoil pour faire baisser le prix du carburant, elles reflètent des choix libéraux, ceux de faire jouer le marché de l’offre et de la demande. À côté de la plaque là encore.

  • L’extrême droite fait son entrée dans les instances du Sénat

    L’extrême droite fait son entrée dans les instances du Sénat

    Avec 15 sénateurs, le RN et ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR) obtiennent en effet un poste de vice-président de la Haute assemblée, qu’ils occuperont à tour de rôle avec deux autres groupes lors des trois prochaines années, selon la composition du Bureau ratifiée mardi. Le sénateur RN du Pas-de-Calais Christopher Szczurek, désigné par son groupe, pourra donc diriger des séances dans l’hémicycle à partir du 1er octobre 2028, en tant que vice-président. En attendant, il occupera pendant deux années le poste de secrétaire du Bureau, selon les accords noués lors d’une réunion des présidents de groupe mardi midi.

    Le règlement du Sénat prévoit une représentation proportionnelle des différents groupes parlementaires au sein du Bureau. Arrivé ex æquo avec le groupe des Indépendants et le groupe écologiste avec 15 membres, le groupe d’extrême droite doit donc partager ce poste clé avec ces deux autres formations. Les six autres groupes du Sénat obtiennent une vice-présidence. Le groupe Les Républicains, de loin la première force de l’hémicycle avec 124 sénateurs, en aura deux, occupés par le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi et la sénatrice de Loire-Atlantique Laurence Garnier, une proche de Bruno Retailleau. Le sénateur communiste Pierre Barros figurera également parmi les élus à cette vice-présidence. Le groupe CRCE (Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky) devient le quatrième du palais du Luxembourg avec 18 élus.

    Le Bureau est présidé par le président du Sénat Gérard Larcher (LR), réélu confortablement jeudi pour la sixième fois.

    « Séparation étanche » avec le groupe RN-UDR

    Les trois questeurs du Sénat, chargés notamment de la direction administrative et financière de l’institution, ont été reconduits. Il s’agit du LR Antoine Lefèvre, du centriste Olivier Cigolotti et de la socialiste marseillaise Marie-Arlette Carlotti. À noter également la désignation par le groupe écologiste du sénateur Place publique Bernard Jomier comme vice-président du Sénat. Cet élu, soutien de Raphaël Glucksmann, vient de quitter le groupe socialiste pour siéger au groupe écologiste, une décision qui a suscité le mécontentement de sa formation politique, celle-ci affirmant ne pas avoir validé ce choix.

    Parmi les secrétaires, figure la sénatrice communiste du Pas-de-Calais Cathy Apourceau-Poly qui occupera cette fonction jusqu’au 1er avril 2028 avant d’être remplacée par le sénateur du parti radical de gauche des Alpes-de-Haute-Provence Jean-Yves Roux. Le sénateur centriste des Hautes-Alpes Jean-Michel Arnaud a vu sa présence au bureau du Sénat renouvelée.

    Face à l’arrivée historique d’un groupe RN-UDR, la présidente du groupe écologiste Mélanie Vogel a écrit mardi aux autres présidents de groupe pour appeler à l’instauration d’un « cordon sanitaire » vis-à-vis de l’extrême droite. Elle les invite notamment à « ne pas collaborer avec ce groupe, ne cosigner aucun texte ni aucun amendement avec ses membres, ne voter aucune de leurs initiatives », selon ce texte dont l’AFP a eu copie.

    La sénatrice regrette aussi le « règlement corseté » du Sénat, qui empêche selon elle toute opposition à l’arrivée du RN au sein du Bureau. À l’Assemblée nationale en revanche, un vote est possible si les chefs de groupe ne s’accordent pas sur la composition du Bureau. Le RN compte actuellement deux vice-présidents au Palais Bourbon.

    Le président du groupe socialiste écologiste et républicain Patrick Kanner a aussi regretté l’application « automatique » de ces dispositions, dans un courrier à Gérard Larcher publié sur les réseaux sociaux. M. Kanner appelle à « dresser une séparation étanche » avec le groupe RN-UDR. « Le Sénat ne saurait être le lieu où s’émoussent les convictions ou se fissurent les digues. Il doit au contraire s’affirmer comme le rempart le plus solide, le gardien le plus inflexible de notre héritage républicain », a-t-il encore écrit.

  • Mention très bien

    Mention très bien

    Une déferlante lycéenne a submergé les rues de notre région et du reste du pays, ce mardi.

    Des manifestations massives, joyeuses et revendicatives, entourées par des militants syndicaux et politiques, mais aussi par des élus et des parents d’élèves. Elles se sont déroulées sans incident majeur dans nos départements et ont démontré la détermination de toute une jeunesse à se faire entendre.

    Face à cette colère qui se structure dans un mouvement appelé à se poursuivre, le gouvernement apparaît dépassé. Les faits de répression violente qui ont choqué l’opinion et la fermeture de très nombreux établissement n’ont pas suffi à décourager les lycéens de battre le pavé.

    Cet élan collectif est un fait nouveau pour une génération dont les observateurs ont beaucoup dit qu’elle était rongée par l’individualisme ou lobotomisée par les écrans.

    Changement profond

    Contrairement à d’autres moments de l’histoire où la jeunesse s’était soulevée contre une réforme, comme le projet de loi Devaquet dans les années 1980 ou le Contrat première embauche dans les années 2000, le gouvernement Lecornu ne peut pas sacrifier un texte pour trouver l’apaisement : ce mouvement réclame un changement de politique profond.

    Alors, que peut l’exécutif pour montrer qu’il entend la colère qui s’exprime ? Il peut d’abord supprimer Parcoursup, ce système injuste qui confie l’avenir de nos jeunes à un algorithme opaque. Il peut aussi abroger la réforme Blanquer du bac et annoncer des recrutements de professeurs au lieu des 1 588 postes supprimés dans le projet de budget. Il peut rendre des moyens aux Régions pour qu’elles entretiennent les lycées. Il peut enfin stopper la fuite en avant répressive.

    Le fera-t-il ? Pour le moment, c’est mention très bien pour les lycéens et zéro pointé pour le gouvernement.

  • [Entretien] Bastien Bonnargent, secrétaire général des Jeunes communistes : « Les revendications des lycéens font consensus dans la société »

    [Entretien] Bastien Bonnargent, secrétaire général des Jeunes communistes : « Les revendications des lycéens font consensus dans la société »

    La Marseillaise : Les syndicats appellent à se mobiliser auprès des lycéens ce mardi. Comment abordez-vous cette journée ?

    Bastien Bonnargent : Beaucoup de blocus nous sont déjà remontés, des assemblées générales sont organisées. Cela va être une date importante de mobilisation parce qu’elle est attendue depuis quelques jours. C’est l’occasion de faire la démonstration que, effectivement, les lycéens ont beaucoup de revendications dans cette mobilisation, contrairement à ce que laissent croire le traitement médiatique.

    Ce traitement médiatique
    est marqué par les images
    de violences. Comment expliquez-vous les débordements
     ?

    B.B. : La première des responsabilités, c’est qu’il y a une doctrine de maintien de l’ordre qui est déployée par le gouvernement qui est extrêmement dangereuse, notamment pour des lycéens. Il y a eu beaucoup de cas d’élèves blessés, de mises en danger. C’est une stratégie consciente du gouvernement pour éviter de parler du fond et des revendications qui font très largement consensus dans la société.

    On a vu les images d’un lycéen mutilé à Lens ce lundi. Ne craignez-vous pas que cela dissuade certains de se mobiliser ?

    B.B. : Il y a ce lycéen qui a perdu sa main, on a vu aussi un lycéen qui a perdu un œil, un autre édenté… Même chez les Jeunes communistes, nous avons des adhérents, mineurs, qui ont été placés en garde à vue alors qu’ils ne faisaient que revendiquer plus de moyens pour l’éducation, sans être violents, ni dégrader quoi que ce soit. Nous sommes atterrés face à cette doctrine de maintien de l’ordre. Mais ce n’est pas ce qui va éteindre la mobilisation, parce qu’on fait face à une mobilisation d’ampleur. Si le gouvernement souhaite en finir, qu’il apporte des réponses politiques aux problèmes qui sont soulevés, la dégradation très forte du bâti scolaire, le manque flagrant de professeurs, la sélection sociale organisée par Parcoursup. Tant que le gouvernement n’en parlera pas, la mobilisation s’étendra.

    Comment porter les revendications des lycéens ?

    B.B. : Nous avons mis en place une grande opération de cahiers de doléances. Partout où nous avons des militants, nous les faisons remplir pour que les lycéens témoignent de la situation dans leur établissement, qu’ils nous fassent part de leurs revendications. Nous en avons fait remplir des centaines depuis la semaine dernière. Il faut se rendre compte de l’état dans lequel les deux mandats d’Emmanuel Macron ont laissé les conditions d’éducation…

    Parmi les remontées du terrain, y a-t-il des témoignages qui vous ont marqué ?

    B.B. : Nous avons des lycéens qui nous racontent que cela fait un an qu’ils ont des cours dans des préfabriqués, qu’ils n’ont pas de porte dans les toilettes. Une lycéenne à Vitry nous indique que le jour même où elle est arrivée en seconde professionnelle, une enseignante lui a dit que si elle souhaitait continuer ses études, il lui faudrait au minimum 15 de moyenne. Nous avons aussi des témoignages sur des stages catastrophiques, parce qu’ils ne sont pas encadrés. Des élèves qui nous disent, comme au lycée Mozart au Blanc-Mesnil, qu’ils sont 39 par classe et qu’ils n’ont ni professeur de français, ni professeur de maths. Cela les met en difficulté pour leur avenir.

    Ce mouvement a été très spontané, comment peut-il s’organiser ?

    B.B. : Ce que nous proposons avec les cahiers de doléances est déjà une façon de s’organiser, parce que cela permet d’inscrire matériellement les revendications des lycéens. Il y a aussi un lien qui se construit avec la mobilisation intersyndicale. Il y a un intérêt convergent entre les professeurs, les agents de l’État mobilisés le 29 septembre et les lycéens, qui demandent aussi la fin des budgets d’austérité. Nous mettons aussi, avec le Mouvement des jeunes communistes de France, un outil à disposition, que l’on a appelé Mouvement lycéen, et que nous avons lancé depuis une semaine. Il a pour objectif d’être utilisé par tous les lycéens aujourd’hui mobilisés pour avoir des débouchés concrets, avec du matériel mis à disposition, pour pouvoir organiser leur colère.

    Ce mardi, Fabien Roussel présente son plan d’urgence pour la jeunesse. Comment l’avez-vous travaillé ?

    B.B. : Depuis longtemps, les communistes font des propositions pour une école qui soit publique, égalitaire, pour avoir plus de moyens… Nous présentons des solutions d’urgence, mais nous alertons depuis des années. Le manque d’enseignants, de moyens, ce n’est pas une nouveauté. Je milite depuis plus de dix ans, nous alertons sur Parcoursup et sur ses effets de sélection sociale depuis sa création !

  • Le temps n’est pas aux demi-mesures

    Le temps n’est pas aux demi-mesures

    Déjà frappées par la baisse des subventions publiques, essentiellement provoquées par l’austérité budgétaire, les associations sportives, culturelles et caritatives redoutent désormais de devoir réduire leurs actions à cause de la flambée du prix des carburants.

    Si la situation perdure, c’est toute la société et ses capacités à maintenir des liens sociaux, à éduquer, secourir, émanciper qui seront encore plus fragilisées.

    Première à réagir – mais ce geste sera-t-il suffisant ? – la Fédération française de football a décidé de soutenir les clubs amateurs, maillons indispensables à la vie sportive dans les communes. Pour l’heure, seul un million d’euros serait mis à disposition des structures sous forme de bons d’achat.

    Agir sur deux leviers

    Si la mesure est tout à fait louable, elle ne change pas le fond du problème. Car sans décision politique radicale, les prix à la pompe vont continuer de grimper. La guerre s’est encore intensifiée ce week-end au Moyen Orient et la dépendance aux énergies fossiles empêche, pour l’heure, de se détourner complètement de ces ressources. Cela, les multinationales du gaz et du pétrole l’ont parfaitement compris, Total en tête. Il est scandaleux de les laisser plus longtemps engranger des marges et de redistribuer ces profits de la honte aux actionnaires.

    Le gouvernement et le chef de l’État peuvent agir sur deux leviers : plafonner les prix et nationaliser Total.

    Quand les piliers de la société vacillent faute de pouvoir agir – et les associations sont des piliers de notre République –, le temps n’est pas aux demi-mesures. Mais à l’action.

  • [#DisMoiPourquoi] Si on arrose une graine avec du Coca, est-ce qu’elle pousse ?

    [#DisMoiPourquoi] Si on arrose une graine avec du Coca, est-ce qu’elle pousse ?

    Question de Ninon, 7ans, école Paul-Martin à Digne (04)

    Une graine a besoin d’eau pour germer. Il y a beaucoup d’eau dans les sodas (Coca, Pepsi, autres). Une graine arrosée avec du soda pourrait peut-être commencer à germer… Mais elle risque de ne pas aller très loin ! D’abord, le Coca est très acide. Cette acidité peut perturber le fonctionnement de la graine et surtout abîmer les jeunes racines. Mais le principal problème vient de la grande quantité de sucre contenu dans les sodas. Dans le sol, ce sucre peut favoriser le développement de micro-organismes, rendre le milieu collant. Le sucre va aussi gêner les mouvements de l’eau dans le sol et empêcher son entrée dans la graine. Or, pour germer, celle-ci doit absorber beaucoup d’eau avant même que la jeune racine ne s’allonge. Donc, même si le Coca contient de l’eau, ce n’est vraiment pas la meilleure boisson pour une plante. Pour faire pousser une graine, rien ne vaut un verre d’eau, sans sucre et sans bulles.

  • Les députés poursuivent l’examen de la loi intégrale

    Les députés poursuivent l’examen de la loi intégrale

    Cent neuf. C’est le nombre de féminicides perpétrés depuis le début de l’année 2026 en France, selon le collectif NousToutes. Le 27 septembre dernier, au Havre, une femme de 70 ans a été tuée par son conjoint à coups d’haltères. Ce dernier a appelé lui-même la police. Sa victime avait déjà porté plainte contre lui 14 ans plus tôt.

    C’est dans ce contexte, mais aussi celui de l’onde de choc provoquée par le viol et le meurtre de la petite Lyhanna, la soumission chimique et les viols répétés subit par Gisèle Pélicot perpétrés par son mari et des dizaines d’hommes, l’affaire Le Scouarnec, ancien chirurgien reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur 299 victimes, que l’Assemblée nationale a débuté, jeudi dans l’hémicycle, l’examen de la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes, soutenue par plus de 240 députés issus de huit groupes politiques différents.

    Violences économiques

    et administratives

    Composé de 70 articles, son objectif est de s’attaquer à la chaîne des violences. La rapporteure socialiste Cécile Thiébaud-Martinez en est la rapporteure. Sur l’article premier qui vise à définir les violences sexistes et sexuelles et intrafamiliales, les députés ont voté, vendredi, contre l’avis du gouvernement, pour l’ajout de la notion de violences économiques, parmi lesquelles le non-versement de la pension alimentaire, des cas de vol ou d’extorsion. « Une vraie violence pour les femmes », commente la députée socialiste Colette Capdevielle, rappelant qu’« en France, une pension alimentaire sur trois n’est pas payée ». Cette définition a donc été élargie, et vu l’ajout d’une mention aux thérapies de conversion.

    La députée communiste Elsa Faucillon a retiré son amendement sur les « violences administratives » qu’elle entend proposer plus tard dans la discussion : « On le voit à la fois pour les femmes étrangères, mais pas seulement ; le fait de confisquer des papiers, comme des titres de séjours, sont des violences administratives qui peuvent s’inscrire à la fois dans le cadre d’un contrôle coercitif, mais également comme un espace d’emprise de cumulation de violences ».

    Création d’une haute autorité indépendante

    Puis, dans un hémicycle clairsemé, les députés ont adopté dans l’après-midi l’article 2, qui entérine la création d’une instance indépendante chargée d’évaluer l’application et l’efficacité des mesures de lutte contre les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales. Cette haute autorité sera composée « de parlementaires, de magistrats, d’experts, de chercheurs, de représentants d’associations et des collectivités territoriales », et publiera annuellement un rapport sur le nombre de féminicides en France, et celui des infanticides, mais aussi des décès de mineurs « consécutifs à des violences ». C’est l’une des 140 recommandations portées par la coalition féministe et enfantiste, qui regroupe plus de 300 associations.

    La députée du groupe écologiste et social, Clémentine Autain, interroge le gouvernement sur le budget alloué à cette haute autorité et son indépendance. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, agacée par les nombreuses interpellations en ce sens, assure : « J’ai déjà précisé qu’à partir du moment où la loi serait votée à l’Assemblée nationale, toute l’étude d’impact serait livrée avec l’évaluation budgétaire associée. » Dont acte.