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  • États-Unis : la Coupe du monde en zone de turbulences

    États-Unis : la Coupe du monde en zone de turbulences

    La prochaine Coupe du Monde de football est programmée du 11 juin au 19 juillet dans trois pays, Canada, Mexique et États-Unis. Mais, à quatre mois du coup d’envoi, plusieurs incidents viennent perturber les derniers préparatifs d’une compétition déjà mise à mal par le durcissement des conditions d’entrée aux États-Unis décrétées par l’administration de Donald Trump.

    Au Mexique, après la mort de Nemesio Oseguera, chef d’un puissant cartel, des émeutes ont semé le trouble dans la ville de Guadalajara, qui doit accueillir deux barrages et quatre matches de la Coupe du Monde. Néanmoins, selon la presse mexicaine, « des accords devraient être trouvés pour assurer le bon déroulé des rencontres » à Guadalajara, mais aussi à Mexico et Monterrey, autres villes hôtes.

    L’ICE de la discorde

    Si, du côté du Mexique, les autorités affichent une certaine confiance, au nord du Rio Grande, quatre sites, Miami, Kansas city, New Jersey et Foxborough, sont plus pessimistes. Les trois premiers, où sont prévues 21 rencontres, dont la finale de la Coupe du Monde, dénoncent le retard dans les aides à la sécurité promises par Donald Trump.

    D’après le Guardian, les représentants de ces sites ont déclaré « qu’ils attendaient toujours que les fonds fédéraux soient versés. Ils ont exprimé leur inquiétude quant au fait que ce retard pourrait nuire à la planification et à la préparation de la Coupe du monde ».

    Ces fonds, d’un montant de 625 millions de dollars, ont été promis en juillet dernier par le président des États-Unis. Ils sont destinés au financement de la sécurité des sites devant accueillir les rencontres et les fans zones. Mais, depuis une dizaine de jours, un shutdown provoqué par des dissensions entre Démocrates et Républicains, concernant les agences gouvernementales susceptibles d’assurer la sécurité, bloque tout. Notamment parce que la tristement célèbre ICE (agence anti-immigration) fait partie des structures susceptibles d’être mobilisées.

    Kansas city, New Jersey et Miami ne remettent pas en cause leur capacité à organiser les rencontres. En revanche, les trois sites menacent de ne pas ouvrir les fans zones si l’argent ne leur est pas rapidement versé.

    C’est du côté de Fowborough que la situation est plus tendue. La ville, située dans la banlieue de Boston, menace carrément de refuser d’accueillir les sept matches qui sont programmés dans l’antre des New England Patriots. D’après le quotidien L’équipe, les élus de la cité devaient recevoir 7,8 millions de dollars devant financer le coût de la sécurité dans et aux abords du stade. « Ce n’est pas la responsabilité de la ville », a déclaré Bill Yukna, président du conseil municipal de Foxborough, selon des propos relayés par Bloomberg. La ville ne compte que 18 000 habitants et a menacé, faute d’accord, de ne pas accorder à la FIFA la licence nécessaire pour la tenue d’un match de football professionnel.

    Parmi les sept matches programmés dans l’enceinte du Stade Gilette, il y a celui de l’équipe de France contre le Norvège, le 26 juin. Les Bleus doivent également y disputer un match de préparation.

  • De Minneapolis à Marseille, le rejet de la police de l’immigration

    De Minneapolis à Marseille, le rejet de la police de l’immigration

    Renée Good. Alex Pretti. Les noms des deux dernières victimes de l’ICE, la brutale agence fédérale américaine chargée de l’immigration, s’affichent sur les pancartes brandies sous l’ombrière. Deux rassemblements de soutien au peuple américain ont eu lieu en simultanée, sur le Vieux-Port à l’appel de la Digue, et à Paris à l’appel d’Invisible.

    Partout, des voix s’élèvent contre le bras armé de la politique raciste du président Donald Trump, qui vient de montrer son vrai visage aux yeux du monde. Les manifestations d’une population choquée à Minneapolis trouvent de forts échos. Aux États-Unis, des stars (Katy Perry, Natalie Portman…) prennent position contre les violences de l’ICE. à Paris ou Marseille, les ressortissants américains ne sont pas seuls à descendre dans la rue. La solidarité des forces progressistes les accompagne. Et c’est efficace.

    « L’administration Trump commence à reculer, encourage le journaliste Cole Stangler. Le chef de l’ICE a été retiré de ses fonctions, Trump lui-même commence à prendre ses distances avec ses conseillers… Il est en train de perdre la bataille de l’opinion ! » Jennifer, qui a passé sa vie à Saint-Paul et a encore sa famille aux États-Unis, témoigne en remerciant l’élan solidaire avec émotion : « Il est difficile de croire ce qu’on voit. Qu’on aille à l’école ou faire ses courses, on ne peut plus sortir sans croiser les ICE, cette police qui tue. » « Cette leçon américaine, on en a des prémices en France », souligne Hendrik Davi (L’Après), du réseau de députés qui ont créé « La Digue, contre le fascisme ».

  • [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencéà quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

    La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

    Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

    À Minneapolis, la population
    a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé
     ?

    C.S. : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

    Ce mouvement a-t-il réussi
    à faire reculer le président ?

    C.S. : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite (voir photo). Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

    Vous dites que la popularité
    de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

    C.S. : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

    Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

    C.S. : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs
    et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

    Rassemblement à Marseille ce mercredi

    Deux mobilisations de soutien au peuple américain sont organisées simultanément mercredi à 18h30, à Paris et à Marseille, sous l’ombrière du Vieux-Port, à l’appel du collectif la Digue et d’Indivisible Paris.

  • [Entretien] Neirlay Andrade : « La crainte de subir des arrestations arbitraires est devenue constante »

    [Entretien] Neirlay Andrade : « La crainte de subir des arrestations arbitraires est devenue constante »

    La Marseillaise : Quelle est la situation dans le pays depuis l’attaque américaine ?

    Neirlay Andrade : Le gouvernement a décrété l’état d’urgence, ce qui a généré un climat de peur profonde au sein de la population. Car il donne, dans la pratique, carte blanche aux forces de police et à l’armée pour arrêter toute personne accusée d’avoir encouragé ou soutenu l’opération militaire qui a abouti à l’arrestation illégale de Nicolás Maduro et Cilia Flores. La crainte de subir des arrestations arbitraires pour avoir exprimé des positions critiques, tant à l’égard de l’administration Maduro qu’à présent celle de Delcy Rodríguez, est devenue une constante quotidienne. Dans différentes villes, des barrages policiers et militaires ont été installés sur les routes et autoroutes. Les agents de sécurité exigent des citoyens qu’ils leur montrent le contenu de leurs téléphones portables, à la recherche de preuves supposées de sympathie envers l’agression américaine. Cela rappelle ce qui s’est passé en 2024, lorsque de nombreux citoyens ont été arrêtés pour avoir exprimé dans des groupes WhatsApp ou sur les réseaux sociaux leur mécontentement face à l’action du Conseil national électoral (CNE) et pour avoir exigé la publication des résultats officiels des élections présidentielles. À l’époque, des arrestations massives avaient eu lieu. Ce qui explique pourquoi aujourd’hui, beaucoup de gens choisissent de garder le silence et d’éviter de s’exprimer publiquement sur ce qui se passe dans le pays.

    Après l’attaque, vous avez écrit : « Ni tutelle impérialiste ni continuité autoritaire. » Quelle est la relation du parti avec le régime de Maduro ?

    N.A. : En 2023, l’administration Maduro a lancé une offensive judiciaire contre le Parti communiste vénézuélien (PCV), lui retirant sa personnalité juridique et ses cartes électorales, pour les remettre à un petit groupe d’opérateurs politiques du parti au pouvoir. Ces individus utilisent les symboles du Coq rouge pour faire croire à l’opinion publique que les militants communistes soutiennent la direction du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV, au pouvoir), alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. En 2024, après les élections présidentielles, le PCV a dénoncé le détournement des résultats électoraux. En janvier 2025, lorsque Nicolás Maduro a pris illégalement et inconstitutionnellement un nouveau mandat, le PCV a lancé un appel public aux forces révolutionnaires, populaires et véritablement démocratiques pour former une large alliance destinée à rétablir la pleine vigueur de la Constitution nationale et les droits sociaux, professionnels et politiques du peuple vénézuélien, puis présenté une feuille de route pour faire face à la crise politique.

    Vous dénoncez les politiques néolibérales.

    N.A. : Depuis août 2018, le Venezuela applique un ajustement économique néolibéral dans le cadre du Programme de relance économique, de croissance et de prospérité. Cette politique a réduit considérablement les dépenses publiques, libéralisé les prix et dollarisé de facto l’économie. Auparavant, le PSUV et ses alliés avaient déjà approuvé la loi sur les zones économiques spéciales. Les conventions collectives ont été démantelées et le salaire minimum est devenu le seul paramètre légal pour les indemnités et les prestations, excluant les primes et autres revenus. L’impact sur les travailleurs a été dévastateur : perte des prestations sociales et détérioration financière des syndicats. En 2022, un salaire minimum a été gelé à 130 bolivars, soit moins d’un dollar par mois aujourd’hui du fait de la dévaluation, tandis que les primes, qui constituent la majeure partie des revenus, ne sont pas prises en compte dans les avantages sociaux légaux. Cette politique permet aux employeurs publics et privés d’économiser des millions. Même dans les secteurs privés soumis à des conventions collectives, ces acquis sociaux sont menacés. Les dirigeants d’entreprise et le gouvernement de désormais Delcy Rodríguez ─ s’orientent vers un « nouveau modèle de rémunération », dans lequel le salaire traditionnel pourrait disparaître, consolidant ainsi la précarité des travailleurs vénézuéliens.

    Quelles sont les véritables intentions de Donald Trump ?

    N.A. : Le pétrole, le pétrole et encore le pétrole. Donald Trump cherche à garantir des réserves énergétiques stratégiques en cas de conflit majeur qui pourrait entraîner la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un quart du pétrole brut commercialisé dans le monde.

    Delcy Rodríguez a évoqué l’ouverture d’un « nouveau moment politique ». Qu’est-ce que ça signifie selon vous ?

    N.A. : En moins d’une semaine, Donald Trump a déclaré publiquement que ses relations avec Miraflores [palais présidentiel vénézuélien Ndlr] étaient désormais « fantastiques » et que Delcy Rodríguez « faisait tout ce qu’on lui demandait ». Ces déclarations révèlent la véritable nature de ce soi-disant « nouveau moment politique » et réduisent à néant la rhétorique anti-impérialiste avec laquelle le PSUV a tenté, pendant des années, de tromper certains secteurs de la gauche internationale.

    Il est également révélateur que l’un des principaux piliers du soutien à l’administration Maduro ces dernières années ait été le même groupe d’entreprises qui, il y a deux décennies, a mené le coup d’État contre le président Hugo Chávez. Tout cela confirme que ce « nouveau moment politique » n’est pas une rupture, mais l’approfondissement d’une alliance avec les secteurs entrepreneuriaux et l’impérialisme, en contradiction flagrante avec les intérêts du peuple vénézuélien.

  • Une boussole

    Une boussole

    Le débat obtenu par la gauche qui se déroule ce soir au Parlement est plus que bienvenu. Parce que la réponse d’Emmanuel Macron à l’attaque de Caracas par Donald Trump a été déplorable mais aussi parce que réfléchir au-delà du cas vénézuélien à ce que peut être « le rôle de la France dans la prévention et la résolution des conflits internationaux » est urgent. Bien sûr, les situations internationales n’ont jamais été manichéennes mais la fracturation du monde après ce premier quart du XXIe siècle rend plus difficile que jamais la compréhension d’enjeux où aucun des principaux acteurs ne permet une adhésion sans retenue. D’autant plus que l’institution centrale d’une sécurité humaine collective, l’ONU, est chaque jour un peu plus mise hors jeu, chacun piétinant et bafouant
    les principes qui permettaient de contrer la loi du plus fort et de la prédation des richesses.

    Pas d’amnésie

    À défaut de camps, il faut absolument garder une boussole. Celle qui garde le nord en mettant invariablement les peuples au centre, souverains. Celle qui ne vise qu’à trouver le chemin vers la paix.
    Et refuser l’amnésie.
    À quoi sert-il d’avoir commémoré la Libération et la capitulation des nazis
    si c’est pour oublier comment l’extrême droite arrive au pouvoir, oublier que « la guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas
    au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas
    »,
    oublier que ce n’est que l’expression de la loi du plus fort et des logiques de prédation des richesses. Que ce débat puisse donc permettre à la France de retrouver une boussole qui lui permette d’agir pour prévenir et résoudre
    les conflits.

  • Le PCF demande au gouvernement de condamner l’intervention américaine au Venezuela

    Le PCF demande au gouvernement de condamner l’intervention américaine au Venezuela

    Après avoir mobilisé 200 personnes lundi dernier pour protester contre l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, la fédération PCF du Var ne compte pas s’arrêter là. Samedi, ses cadres ont lancé un appel aux députés et sénateurs républicains du Var, le sénateur (DVG) André Guiol, membre de la commission des Affaires Étrangères, en tête, pour pousser le gouvernement à intervenir sur le sujet auprès des institutions internationales.

    « L’administration américaine continue son offensive, cette fois avec le Groenland. On lance un appel aux progressistes pour interpeller les parlementaires. Il va y avoir un vote à l’Assemblée nationale sur la question du Venezuela, porté par nos présidents de groupe à l’Assemblée et au Sénat. On attend une condamnation ferme de l’agression trumpiste, et la libération de Nicolás Maduro et de son épouse », martèle Pierre Daspre, secrétaire départemental du PCF varois, qui en appelle au droit international : « La charte des Nations Unies a été créée pour établir la paix. On voit qu’elle est remise en cause. »

    L’Otan en question

    Une situation qui traduit « une crise profonde du système capitaliste » selon Alain Bolla, responsable de la section de Cuers. « Les États-Unis donnent une réponse militaire. Les cibles incarnent des intérêts capitalistes. On est passé d’un capitalisme mondialisé à des relations bilatérales dans lesquelles Trump veut soumettre les autres pays à ses intérêts. Et ce sont les opinions publiques qui font reculer les impérialismes. » Car il ne s’agit pas de défendre Maduro, mais bien « la volonté des peuples », précise Pierre Daspre.

    Les communistes remettent aussi en question la participation française à l’Otan, « qui n’est pas utile ni bénéfique. Demain, notre flotte peut être subordonnée à un amiral américain, qui agirait contre nos intérêts », appuie Pierre Barbagelata, du PCF Var, qui en sa qualité d’enseignant, souligne que « cette intervention envoie un mauvais exemple aux jeunes et dit “si tu n’es pas content, tu frappes l’autre” ».

    « Trump n’est pas indéboulonnable. On voit que Macron a dû rétropédaler après les réactions populaires. Il y a un rejet y compris chez les Républicains de ce qu’a fait Trump, les élections de mi-mandat sont plutôt favorables aux démocrates. C’est l’affaire de tous, il faut s’appuyer sur ce qui bouge dans le monde », conclut Amaryllis Bolla du PCF de Cuers.

  • Des rassemblements pour soutenir le peuple vénézuélien

    Des rassemblements pour soutenir le peuple vénézuélien

    Après l’agression impérialiste des États-Unis envers le Venezuela – qui a conduit à l’enlèvement du couple Maduro et des dizaines de morts à la suite de bombardements – la scène internationale semble être revenue au siècle dernier, où dominaient l’usage de la force et les logiques guerrières. Face à cette régression, plusieurs organisations* appellent à des rassemblements** dans l’Hérault, le 10 janvier. « Nous condamnons fermement l’agression américaine. C’est une menace pour la paix au niveau mondial. Nous ne voulons pas d’une nouvelle guerre mondiale dont les conséquences seraient encore plus dévastatrices que celles que nous avons connues dans le passé du fait des arsenaux nucléaires des États », soutient Alban Desoutter, de la Libre Pensée 34.

    Les arguments mis en avant par Washington – présentant Maduro comme un narcotrafiquant – pour justifier son agression ne passent pas. « Le seul but de cette agression est une captation des richesses [le Venezuela dispose du plus grand stock de pétrole au monde, Ndlr]. Une fois de plus, ce sont les travailleurs et le peuple vénézuélien qui vont se retrouver au milieu d’une guerre qu’ils ne veulent absolument pas. Deux choses sont possibles pour la CGT : la paix et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », fait valoir Myriam Rivoire, secrétaire CGT de Montpellier. L’occasion également, lors de ces rassemblements, de réaffirmer la solidarité avec le peuple vénézuélien face à la volonté des États-Unis de mettre sous tutelle le Venezuela.

    Surtout, le comportement tyrannique de Donald Trump est dénoncé avec véhémence. « De quel droit les États-Unis se permettent de juger Maduro ? On considère Orban [le président de la Serbie] comme un dictateur. Pour autant, est-ce que ça nous donne le droit de l’enlever et de le juger sur le sol français ? », s’indigne Francis Viguié, de la Carmagnole. D’autant que Washington n’en est pas à son coup d’essai. « Si l’on compare la situation avec l’Irak en 2003, on est dans la même logique : l’invasion sans mandat des Nations unies – les États-Unis l’avaient au moins demandée – d’un pays pour s’accaparer ses ressources pétrolières. Depuis 2003, le Proche et Moyen-Orient sont profondément déstabilisés. On peut avoir les pires craintes sur l’Amérique du Sud », redoute Nicolas Cossange, secrétaire PCF de l’Hérault. Et au regard de ses dernières déclarations très atlantistes, ce n’est pas Emmanuel Macron qui fera bouger les lignes. La rue alors ?

    *Libre pensée, la Carmagnole, LDH, le Mrap, PCF, LFI, CGT, FSU, Révolution permanente, l’Après, Rencontres Marx, Jeunes communistes de France, NPA, FO, Gauche écosocialiste.

    ** à 15h à Montpellier (Place Albert-1er), à Béziers (rond point Gagarine), à Sète (place de la mairie), à Pézenas (Place de la République), à 11h à Bédarieux (devant la mairie).

  • La nouvelle offensive impériale américaine au Venezuela

    La nouvelle offensive impériale américaine au Venezuela

    Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir, lundi matin, à la demande du Venezuela, deux jours après l’opération militaire américaine brutale à Caracas, qui a évincé le président socialiste Nicolás Maduro. Ce raid belliqueux laisse le pays latino-américain dans l’incertitude et sa légalité a été mise en cause par de nombreuses capitales dans le monde.

    Nicolás Maduro, 63 ans, et son épouse Cilia Flores, 69 ans, ont été capturés dans la nuit de vendredi à samedi par les forces américaines après des frappes sur Caracas et ses environs, et des mois de pression militaire des états-Unis en mer des Caraïbes. Ni la Chambre des représentants et ni le Sénat américain n’ont été consultés. Pas plus que l’ONU. Une conception ou la force prime sur le droit.

    Cette agression impérialiste opérée par les états-Unis a été vivement condamnée par les alliés de Caracas (Chine, Russie, Iran ou Colombie) et les critiques ont également fusé de la part de l’ONU, l’Union Européenne et diverses capitales latino-américaines et européennes. Ces dernières dénoncent le recours à la force contre un état souverain et « une violation du droit international ». Seuls quelques gouvernements pro-Trump, tels l’Argentine ou Israël, ont applaudi. Emmanuel Macron, lui, « prend acte », sans condamner.

    Le président vénézuélien déchu a été incarcéré, dimanche, dans une prison de New York. Nicolás Maduro doit comparaître à une date indéterminée devant un juge pour répondre notamment de « narcoterrorisme » et importation de cocaïne aux états-Unis, qui veulent surtout exploiter les vastes réserves de pétrole du Venezuela.

    évoquant une opération préparée depuis des mois, Donald Trump avait assuré samedi que les états-Unis allaient « diriger » le pays de 30 millions d’habitants, ajoutant qu’il serait prêt à y dépêcher des troupes au sol et y lancer une « seconde vague » d’attaques. Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a tempéré, dimanche : « Nous sommes en guerre contre les organisations de trafic de drogue, pas contre le Venezuela ».

    Mais la véritable raison de la violation de souveraineté opérée par les Américains, derrière l’accusation bancale de « narcoterrorisme » (lire l’entretien), est liée aux ressources du pays. Le président américain a affirmé, samedi, qu’il autoriserait les compagnies pétrolières américaines à exploiter les ressources pétrolières du Venezuela, qui détient 17% des réserves de brut mondiales et vend 80% de son pétrole de mauvaise qualité vers la Chine.

    L’armée vénézuélienne a reconnu, dimanche, la vice-présidente Delcy Rodriguez comme présidente par intérim, a annoncé le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, qui a appelé ses compatriotes à reprendre une vie normale. Mais Trump, enfermé dans sa logique impériale, a déclaré dimanche au magazine The Atlantic que Delcy Rodriguez, « payera plus cher que Maduro » si elle « ne fait pas ce qu’il faut ».

    Réactions

    Emmanuel Marcon

    Président de la République

    « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. (…) »

    Fabien Roussel

    Secrétaire national du PCF

    « L’intervention américaine au Venezuela est un scandale absolu qui viole le droit international, menace la paix en Amérique latine. La seule motivation de Trump : le pétrole et ses minerais.(…) Il déclare la guerre à tous les peuples libres et aux nations souveraines (…). »

    Jean-Luc Mélenchon

    Chef de file de La France insoumise

    « Les USA de Trump s’emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d’un autre âge et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse. »

    Olivier Faure

    Premier secrétaire du PS

    « Quoi que l’on pense de Maduro, cet acte doit être unanimement condamné.

    la force ne peut remplacer le droit. C’est un pas de plus dans la délégitimation des institutions internationales (…). »

    Renaud Muselier

    Président (Ren.) de la Région Sud

    « Après avoir volé son élection présidentielle, Maduro a trouvé plus fort que lui : Trump, qui l’a carrément kidnappé dans son pays. L’équilibre mondial se transforme en loi du plus fort, c’est très loin de ma vision du monde et de la démocratie. »

    CGT

    Syndicat

    « Cette agression impérialiste et l’enlèvement d’un chef d’État constituent de graves précédents. »

    Les rendez-vous

    Martigues

    Un rassemblement de soutien au Venezuela est organisé à Martigues, ce lundi à 18h place Jean-Jaurès, à l’initiative du PCF, LFI, du collectif Palestine, de l’Union locale CGT et du Mouvement de la paix.

    Toulon

    La fédération du PCF var appelle à un rassemblement ce lundi à 18h Place de la Liberté.

    Elle propose à toutes les organisations progressistes de se joindre à cette initiative.

  • [Entretien] Thomas Posado : « Cet acte de guerre est une ingérence impérialiste sans précédent »

    [Entretien] Thomas Posado : « Cet acte de guerre est une ingérence impérialiste sans précédent »

    La Marseillaise : Quelle est la situation actuelle au Venezuela, à la lumière des derniers événements ?

    Thomas Posado : Il y a eu une série de bombardements sur des sites militaires vénézuéliens et Donald Trump qui a annoncé la capture Nicolás Maduro et de son épouse. Quand on parle de capture, c’est plus précisément une exfiltration avec la volonté de juger Nicolás Maduro. Une information d’une telle gravité est un acte de guerre, une ingérence impérialiste sans précédent depuis plusieurs décennies en Amérique Latine de la part des États-Unis au Venezuela.

    Le contexte autour de ce dossier est une accusation de narcotrafic par Donald Trump concernant Nicolás Maduro. Qu’en pensez-vous ?

    T.P. : Cette accusation de narcotrafic et difficilement lisible de la part de Donald Trump, sachant qu’il a gracié Juan Orlando Hernandez, l’ancien président du Honduras, qui a été condamné par la justice états-unienne à 45 ans de prison pour avoir introduit 400 tonnes de cocaïne aux états-Unis, il y a quelques semaines à peine. On voit bien que ce prétexte de trafic de drogue est instrumentalisé par les états-Unis pour punir les gens qu’il n’aime pas et absoudre ceux qu’il apprécie. Oui, il y a du narcotrafic au Venezuela comme dans beaucoup de pays du monde, mais le Venezuela est une route secondaire du transit du trafic de cocaïne, il n’a aucun rôle dans la production. C’est une instrumentalisation dans des objectifs géopolitiques de corollaire Trump à la doctrine Monroe*.

    Comment en est-on arrivé là ? Quel regard portez-vous sur la situation ?

    T.P. : On a un Trump qui, depuis le début de son mandat, fait preuve d’un interventionnisme extrêmement fort en Amérique latine. Dans les huit premiers mois, il a négocié avec Nicolás Maduro le maintien de l’assouplissement des sanctions imposées par Washington contre l’acceptation des déportations de migrants vénézuéliens. Depuis août, on est dans une escalade permanente, sachant que CNN dénombrait 17 menaces militaires avant les vacances de Noël, donc là, on doit dépasser la 26e. On a eu des bombardements de navires au large des côtes vénézuéliennes, voire colombiennes et mexicaines, qui ont coûté la vie à une centaine de personnes, il y a eu la fermeture de l’espace aérien où seules les compagnies locales pouvaient opérer, un nouveau blocus maritime pour les pétroliers en décembre avec l’interdiction d’accoster et de se charger en pétrole vénézuélien. Et puis, le dernier en date, cet acte de guerre qui est encore plus grave.

    Quelle pourrait être la suite ?

    T.P. : Ce n’est pas la même chose de capturer un chef d’état que d’avoir le contrôle territorial du pays. Pour l’instant, on ne voit pas de dissidence dans l’armée et le scénario constitutionnel, au Venezuela, serait que Delcy Rodriguez, vice-présidente et fidèle de Maduro, prête serment dans les prochaines heures comme nouvelle présidente. Mais après une intervention militaire de ce type, elle sera de fait sur la liste des cibles de Washington.

    Doctrine selon laquelle les États-Unis considèrent l’Amérique latine comme leur zone d’influence et s’opposent à toutes interventions étrangères

  • Un monde en miettes

    Un monde en miettes

    On ne mesure pas encore toutes les implications de l’agression du Venezuela décidée par Donald Trump. Elle nous fait entrer dans un monde où les principes des relations internationales hérités de la Seconde Guerre mondiale ont volé en éclats. Bien sûr, l’impérialisme états-unien ne date pas de l’hôte actuel de la Maison Blanche. Mais il prend désormais la forme d’une brutalité assumée.

    Finis les coups d’État fomentés par la CIA pour mettre en place des dictateurs fascistes comme au Chili ou les allégations mensongères justifiant des interventions contre un État prétendument doté d’armes de destruction massive comme en Irak. Cette fois, au-delà des accusations grotesques qualifiant Nicolás Maduro de chef d’un cartel de narcotrafiquants auxquelles mêmes les services américains ne croient pas, les mots sont dits avec clarté : les États-Unis ont décidé de prendre le contrôle des plus importantes réserves de pétrole au monde et d’imposer au Venezuela une forme de protectorat.

    Peuples en mouvement

    Face à cette violation inadmissible du droit international, la France d’Emmanuel Macron ne trouve rien à redire.

    Comment, désormais, continuer à considérer que l’agression de l’Ukraine est inacceptable ? Comment plaider pour une solution politique au Proche-Orient respectant le droit international ?

    Si la loi du plus fort s’impose sans rencontrer la moindre résistance d’États qui se prévalent des principes démocratiques comme le nôtre, c’est le début d’une nouvelle ère des empires qui s’ouvre.

    Seuls les peuples en mouvement pourront mettre un coup d’arrêt à ce monde en miettes.