Tag: Cinéma

  • À Arles, le court-métrage, « Phare » de la création

    À Arles, le court-métrage, « Phare » de la création

    Contempler à la fraîche, sous les étoiles ou bien en intérieur, et à travers de nombreuses projections, l’effusion créatrice à l’œuvre dans le monde du court-métrage. Tel est l’ADN de Ciné Phare, qui se tient jusqu’au vendredi 31 juillet à Arles.

    Après son ouverture lundi par la projection d’une série de courts-métrages taïwanais, à l’Eden cinéma de Fontvieille, le festival investira ce mardi le Muséon Arlaten pour un « ciné-débat » autour de l’humour dans le polar au cinéma. Une conférence assurée par l’agrégé de philosophie Robert Pujade.

    Le lendemain, direction le Théâtre antique d’Arles pour une soirée placée sous le signe de l’humour, dont l’épicentre coïncidera avec la projection d’Au bain des dames, couronné cette année du César du meilleur film de court-métrage documentaire. Réalisée par la Marseillaise Margaux Fournier, une plongée dans le quotidien d’un groupe de retraitées refaisant le monde sur cette petite plage du quartier de la Madrague de Montredon. Pour Joëlle, Régine, Magali, Carmen et leurs comparses, le prétexte pour évoquer librement la question des corps.

    Funérailles et fromage

    Polar et humour noir seront les thèmes de la soirée du jeudi 30 juillet, toujours au Théâtre antique. Au menu, certaines œuvres d’étudiants à la MoPa, l’école de cinéma et de film d’animation établie à Arles, mais aussi des bobines déjantées. Parmi ces dernières, Coffin Therapy, de la Khazakhstanaise Zéré Turlykhanova, dans les pas d’une « femme égocentrique » qui, « dans une quête désespérée de reconnaissance, met en scène ses propres funérailles dans le cadre d’une tendance thérapeutique radicale », indique son synopsis.

    Clap de fin de Ciné Phare prévu le 31 juillet, avec l’annonce et la projection des films primés, ainsi que le ciné-concert de Tout un fromage, drôle de road trip réalisé par Clément Doumic et Antoine Fabry.

    www.festival-phare.fr

  • [Lecture] Spectaculaire plongée dans les coulisses de Hollywood

    [Lecture] Spectaculaire plongée dans les coulisses de Hollywood

    Permettez-nous de vous rappeler ce qu’est un fait-divers. Qu’importe le dictionnaire, il est défini comme un incident du jour auquel la presse consacre une rubrique particulière. Jusque-là, rien de nouveau, puisque, depuis le XIXe, il fait la une des journaux, et des revues illustrées. Il fait aussi le bonheur des romanciers, pour ne nommer que Flaubert dont l’histoire de sa Bovary est un frappant exemple du passage d’un fait-divers à une œuvre littéraire, ou, plus près de chez nous, L’Adversaire d’Emmanuel Carrère consacré à l’Affaire Romand. Ce qui est nouveau, c’est que depuis des décennies, les « True crime stories » (titre du livre de Hervy) se plaisent dans le sordide, et se mettent volontiers sous les feux des projecteurs. Dix s’y sont placés, parmi lesquels L’Exorciste, Terreur sur la ville, Massacre à la tronçonneuse.

    Bonjour, l’angoisse !

    Si nous n’avons cité que ces « trois piliers du cinéma de genre inspirés d’une histoire vraie », tous ont droit à l’historique de leur mise en scénario, au fil à retordre qu’ils ont donné à l’équipe des techniciens, avant de déferler, nous signale l’auteure, sur les écrans, tel un raz-de-marée. Il faut bien préparer les spectateurs à l’horreur, à la tension, à la panique, au suspense, et à l’apparition d’éléments surnaturels. Mais, sous leur côté répugnant (les acteurs en ont bavé), se dissimulent parfois la critique du monde capitaliste et la faillite du rêve américain, car nombre d’entre eux sont sortis de la tête d’un réalisateur d’outre-Atlantique. Flippant et accompli. Impossible de mieux allier l’imagination et l’atroce réalité.

    Le Rocher, 19,90 euros.

    ET AUSSI

    Le trésor des livres

    Pour George R.R. Martin, un lecteur vit mille vies avant de mourir, celui qui ne lit pas n’en vit qu’une. Nous sommes d’accord, et Martin Boujol, prescripteur littéraire, l’est aussi. À 31 ans, il a déjà lu des centaines d’œuvres (liste en fin d’ouvrage) ; et, attendu son jeune âge, il aura lu mille milliards de livres avant d’ouvrir une bibliothèque céleste. Pour l’heure, il a une santé de fer, et délivre sur ordonnance réseau-sociale (n’oublions pas qu’il est prescripteur littéraire) le meilleur médicament qu’il soit au monde : la lecture. Chapeau bas !

    Grasset, 20, 90 euros.

    La Tombe du cheval

    L’illustration de couverture est de Georges Peignard. Normal, il est peintre. Il est aussi l’auteur du roman mettant en scène une archéologue, en fin de carrière, partie fouiller, entre les deux Corées, la sépulture d’un cheval, et suivre les traces de son cavalier. Elle est loin de se douter que l’amitié liée avec une perturbante inconnue va prendre son destin en main. Un roman, écrit dans une langue souple et directe, où chaque chapitre se présente sous la forme d’un franchissement de frontière, et d’un tableau, dont chaque description parle à nos yeux.

    Le Tripode, 17 euros.

    La Conspiration des Ténèbres

    Théoricien de la contre-culture, Theodore Roszak, né en 1933 dans l’Illinois et mort en 2011 en Californie, nous revient avec la réédition (traduite par Edith Ochs) de son best-seller le plus machiavélique, du fait de sa tournure métaphysiquement surnaturelle, et de sa mordante satire du cinéma hollywoodien. Un chef-d’œuvre où les mots s’enveniment, se graduent jusqu’au déchaînement d’une violence à la limite du soutenable. À placer dans votre bibliothèque entre le glaçant fantastique de Stephen King et l’horreur cosmique de H.P. Lovecraft.

    Cherche Midi, 26,90 euros.

    Inventer sa chambre à soi

    Depuis que Virginia Woolf a, plus ou moins malgré elle, institué l’idée d’autonomie, à savoir la possibilité de s’administrer librement dans un cadre donné, et d’afficher son indépendance de caractère et de conduite, l’écrivaine Colette, sa contemporaine, et la poétesse artiste-peintre, Patti Smith, son héritière spirituelle, ont mis leur vie à l’ancre, en un point fixe qui n’appartient qu’à elles. Le livre ne peut être qu’excellent puisqu’il est signé Chantal Thomas, dont le propre cheminement vers ce besoin de « conquête de soi » nous est révélé.

    Rivages, 7,70 euros.

  • [C’est l’été] Festival de la Lune à Carqueiranne

    [C’est l’été] Festival de la Lune à Carqueiranne

    Placée sous le thème « Smart & Glamour », cette nouvelle saison mêle avant-premières, grands succès populaires et cinéma d’auteur, dans trois lieux emblématiques du Var.
    Ce mardi, vous avez donc rendez-vous à Carqueiranne, cœur de la manifestation, et plus précisément au sein de l’auditorium de Clair-Val pour la projection du film d’animation Des Minions et des Monstres, actuellement en salle et qui raconte l’histoire turbulente, absurde et évidemment vraie des Minions, et la manière dont ils ont conquis Hollywood. La projection est à 21h30. Entre 5 et 8 euros la place.

  • Le rappeur El Mahdi Lyoubi emprisonné à Casablanca

    Le rappeur El Mahdi Lyoubi emprisonné à Casablanca

    El Mahdi Lyoubi alias Mehdi Black Wind a passé la nuit dans la prison d’Oukacha à Casablanca. Le cinéaste et rappeur marocain a été arrêté ce lundi à l’aéroport alors qu’il quittait la ville. Mercredi, dans la soirée, ses proches annoncent les charges retenues contre l’artiste : « atteinte à corps constitué (pour ses chansons) et incitation à commettre des délits », précisent-ils. Il s’est présenté seul, sans représentation devant la justice. Et pour cause : les avocats marocains sont engagés depuis cinq semaines dans un mouvement de grève illimité contre le projet de loi 66.23 qui régit l’exercice de leur fonction, « on craint qu’il n’ait pas accès à un procès équitable » prévu le 22 juillet, pointent ses proches, dont certains se sont réunis à Marseille, sa ville de résidence.

    D’après son comité de soutien, El Mahdi Lyoubi, qui était en repérage pour un documentaire pourrait être visé pour son soutien exprimé sur les réseaux sociaux envers le mouvement de contestation GenZ 212. Zineb Kharroubi, l’une des figures de ce collectif, a été condamnée en juin dernier à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ». Ces arrestations s’inscrivent dans une vague de répression visant les voix dissidentes dans le sillage du soulèvement populaire réunissant une partie de la jeunesse à l’automne 2025.

    Au total, ce sont près de 2 480 personnes qui ont été interpellées et des poursuites ont été lancées à l’encontre d’au moins 1 473 manifestants, tous placés en détention provisoire. Dimanche, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a lui aussi été arrêté dès son atterrissage à Tanger. Figure du journalisme indépendant, critique à l’égard des autorités, il a depuis été relâché. Une enquête sur des publications en ligne « comportant des propos diffamatoires et injurieux à l’encontre des personnes et des institutions, et outrageux à l’égard d’instances régies par la loi » est toujours en cours, selon l’agence de presse officielle MAP.

    « Ce sont des outils d’intimidation et de répression, tout cela contribue à créer un climat inquiétant », alerte le comité de soutien Free El Mahdi Lyoubi, qui réclame sa « libération immédiate ». Et attend, sans trop y croire le « soutien » de la France, pays où le cinéaste « habite depuis 2017, où il fait sa carrière, où il fait ses films ». Car au même moment, le Premier ministre français Sébastien Lecornu entame dans le royaume chérifien son premier voyage officiel depuis sa nomination. Accompagné d’une douzaine de ministres, il évoquera les coopérations économiques, sécuritaire, migratoire et de défense. La liberté d’expression n’est pas au programme.

  • [C’est l’été] Balade Marcel Pagnol à Aubagne

    [C’est l’été] Balade Marcel Pagnol à Aubagne

    Au cœur du Domaine de la Font de Mai, au pied du Garlaban un passionné vous guidera sur les lieux qui ont inspiré l’œuvre littéraire et cinématographique de Marcel Pagnol pour un moment suspendu à la croisée de la mémoire, de la nature et de la culture.

    Infos : tourisme-paysdaubagne.fr. 12 euros

  • [Passerelle interculturelle] « Dear You » : un film chinois sur la mémoire des familles d’outre-mer présenté en avant-première à Paris

    [Passerelle interculturelle] « Dear You » : un film chinois sur la mémoire des familles d’outre-mer présenté en avant-première à Paris

    Organisée conjointement par l’Amicale des Teochew de France et le distributeur Trinity CineAsia, cette projection a réuni près de 200 invités, dont des représentants de la communauté chinoise en France, des personnalités locales et de nombreux spectateurs venus découvrir une œuvre profondément ancrée dans la mémoire des Chinois d’outre-mer.

    Réalisé par Lan Hongchun, Dear You est un film familial tourné principalement en dialecte teochew. À travers l’histoire d’un jeune homme qui part en Thaïlande à la recherche de son grand-père disparu, le film fait remonter à la surface un passé longtemps enfoui : celui des familles originaires de Chaoshan, dans le sud de la Chine, séparées par l’émigration, le travail outre-mer et le silence des générations précédentes.

    Au cœur du récit se trouve le « qiaopi », une forme particulière de correspondance qui associait lettre familiale et envoi d’argent. Pendant des décennies, ces lettres ont relié les émigrés chinois installés en Asie du Sud-Est à leurs familles restées au pays. Dans le film, ces fragments de papier deviennent les témoins d’une histoire intime, mais aussi collective : celle de l’exil, de l’attente, du devoir familial et des sentiments rarement exprimés. Sans grands effets spectaculaires ni casting de vedettes, Dear You a rencontré un fort écho en Chine grâce à la sincérité de son récit, à l’usage du dialecte local et à la force émotionnelle de son sujet.

    Résonance particulière dans le 13e arrondissement de Paris

    La tenue de cette avant-première dans le 13e arrondissement de Paris revêt une signification particulière. Quartier emblématique de la présence asiatique dans la capitale française, il constitue un lieu de mémoire, de transmission et de rencontre entre les générations. Pour de nombreux spectateurs issus de la diaspora chinoise, le film ne raconte pas seulement une histoire venue de Chine : il fait écho à des trajectoires familiales, à des langues parfois transmises à voix basse, et à des souvenirs que le cinéma permet de rendre visibles. À travers cette projection, Dear You ouvre également une fenêtre sur la diversité du cinéma chinois contemporain. Il montre qu’une œuvre profondément locale, enracinée dans une langue régionale et une histoire familiale spécifique, peut toucher un public bien au-delà de son territoire d’origine. En France, où le film doit sortir en salles au début du mois de septembre 2026, cette première rencontre avec le public parisien marque une étape importante dans la circulation internationale d’un récit chinois à la fois intime, populaire et universel.

    Plus qu’un simple film familial, Dear You apparaît ainsi comme une lettre adressée aux générations passées, mais aussi aux descendants qui cherchent aujourd’hui à comprendre d’où ils viennent.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

    Il y a un petit coin dans l’immensité de la Méditerranée où terre et mer s’embrassent au nom de la beauté. C’est un bois – le bois de Zaro – dont l’ombre vient découper le bleu de la mer. Et c’est ici, sur l’île d’Ischia, à Forio, à quelques encablures de Naples, que la beauté a élu domicile. Il s’agit de La Colombaia, la demeure du grand cinéaste Luchino Visconti ; jusqu’au 30 août, elle accueille une magnifique exposition de photographies de Letizia Battaglia. L’artiste sicilienne retrace l’histoire à travers ses images, transmettant cette émotion que seul un détail peut susciter. Intitulée « Senza chiedere permesso » (Sans demander la permission), l’exposition réunit 35 photographies qui, telles un hymne à l’engagement citoyen, révèlent à la fois la violence de l’histoire et le courage de la vie. Parmi les visages présentés figurent ceux de Pasolini, Falcone et Mattarella. Des figures humaines dont l’histoire est racontée avec cette singularité propre au regard de Letizia Battaglia. « Quiconque possède un appareil photo, détient un moyen puissant et merveilleux d’exister, d’être, de vivre et de rencontrer le monde », écrit l’artiste.

    La Colombaia, à Forio d’Ischia, est un petit coin de Méditerranée où la présence du légendaire Luchino Visconti se fait sentir dans les moindres recoins de la villa. Le maestro est arrivé à Ischia en 1945 ; c’est ici que sont nés certains de ses chefs-d’œuvre, tels que Senso, Les Nuits blanches et Le Guépard. Durant les étés qu’il y passait, la villa fourmillait d’icônes du cinéma et de la culture du monde entier. Au milieu des allées de chênes verts et des pièces donnant sur la mer, on pouvait croiser Maria Callas, Alain Delon (qui était très lié avec le réalisateur), Romy Schneider et Helmut Berger, ainsi que des intellectuels de la trempe de Pasolini et Truman Capote. Véritable joyau architectural mêlant différents styles, la villa surplombe une mer qui semble libérer ses souvenirs ancestraux dans l’écho du ressac. J’ai découvert ce refuge magique alors qu’il était à l’abandon, ravagé par le pillage et le vandalisme. La Colombaia a connu deux renaissances : la première en 2001, pour le 25e anniversaire de la mort de Visconti, sous l’égide d’une fondation publique qui y a géré un musée et une école de cinéma jusqu’en 2015, une initiative qui a finalement échoué en raison de problèmes de gestion et de contraintes bureaucratiques. Puis, en 2023, grâce à des fonds alloués par le ministère de la Culture, la municipalité a obtenu les ressources nécessaires à d’importants travaux de restauration, rendant ainsi au lieu sa vocation artistique et sa beauté. « Ce fut une aventure », explique Anniria Punzo, directrice artistique de la villa, « qui a activement impliqué les habitants. Malheureusement, en raison des années d’abandon, beaucoup d’éléments ont été perdus. Aujourd’hui, toutefois, ce lieu a retrouvé la vie en hommage à Visconti et à son amour pour l’île. »

    Flâner à La Colombaia est une expérience véritablement unique. Le cinéma – et plus particulièrement le grand cinéma de Visconti – y perdure à travers des affiches d’époque et des livres miraculeusement retrouvés… Parallèlement, trente-cinq photographies de Letizia Battaglia rendent hommage à sa sensibilité artistique tout en s’inscrivant dans un récit unique : celui de la culture italienne qui, comme par enchantement, suscite l’espoir d’un avenir meilleur. « Dans les images exposées, Letizia Battaglia présente une archive à la fois intime et civique, personnelle et collective », explique la commissaire Chiara Arturo. « Ses photographies sont d’une grande qualité formelle, mais elles possèdent surtout une immense puissance éthique. Les regarder n’est pas un acte neutre. »

    Le maquis méditerranéen qui borde le vaste jardin entourant La Colombaia demeure le témoin silencieux de la vie du maestro Visconti ; ses cendres reposent au sein de cette nature sauvage. Un coin de Méditerranée qui, pour une fois, se fait hymne à la paix.

  • [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    La Marseillaise : Comment avez-vous eu l’idée de ce documentaire sur
    le maquis Vallier
     ?

    Christian Philibert : 10 ans plus tôt, pour le 70e anniversaire du débarquement de Provence, j’avais tourné un documentaire qui s’appelait Provence août 1944, l’autre débarquement, qui était le premier documentaire consacré au débarquement de Provence. Ce film a beaucoup tourné et a permis de populariser cette page d’histoire oubliée, enterrée par le débarquement de Normandie. Je voyais arriver le 80e anniversaire, et je m’étais donné comme mission de récidiver. Plusieurs amis m’ont conseillé de lire le Cahier Rouge du Maquis, le journal de bord du maquis du Haut-Var. Pendant six mois, il a été envoyé dans le maquis pour prendre en main des jeunes qui fuyaient le STO (Service du travail obligatoire), et lui, il devait en faire des soldats en vue du débarquement de Méditerranée qui devait arriver. À la demande de De Gaulle, il fallait que les Français participent à leur propre libération. C’était important qu’on ne soit pas juste assistés. Ce journal de bord est un document unique dans l’histoire des maquis français. Et moi, ça m’intéressait de changer le point de vue, de ne pas raconter l’histoire du débarquement, que j’avais déjà fait, et dans lequel la partie de la résistance n’avait pas été trop développée. À l’époque, quand j’avais fait ce film, j’avais trouvé ce sujet intéressant, des maquis totalement ignorés par le cinéma. Moi, je suis toujours le cinéaste des causes perdues, des choses que personne ne veut raconter. Et puis les maquis, ça s’est passé dans les collines de chez nous. Les collines, c’est des endroits où je me sens bien, où j’aime bien travailler. Et donc, très vite est venue l’idée d’adapter ce Cahier Rouge du maquis au cinéma. Je ne savais pas trop comment l’aborder, parce qu’il n’y avait plus d’images d’archives consacrées à ce maquis, et plus de gens à interviewer, de témoins, ils étaient tous morts. L’idée, c’était de chercher autre chose, une autre manière de raconter ça. À la lecture du Cahier Rouge, ce qui m’avait sauté aux yeux, c’était la jeunesse de ces maquisards, qui avaient entre 16 et 20 ans. Ils ne voulaient pas partir en Allemagne travailler pour les Allemands. Je suis très soucieux de la transmission de l’histoire, comment arriver à intéresser les jeunes à l’histoire. Et je me suis dit, vu que c’est une histoire de jeunes, quoi de plus logique que de le faire avec des jeunes pour des jeunes.

    Comment avez-vous eu le projet
    de mêler cinéma et théâtre
    pour ce documentaire ?

    C.P. : Je me suis dit qu’on allait réunir des jeunes passionnés d’histoire, et mener une enquête sur les traces des maquisards, marcher sur leurs pas, là où ils sont allés, là où ils se sont cachés, là où ils se sont battus, là où ils sont morts, aller voir des descendants de maquisards, des historiens, des musées. Et à travers cette enquête, raconter l’histoire. C’est là où intervient Philippe Chuyen, un ami de longue date qui s’intéresse depuis longtemps à ce cahier rouge, il voulait l’adapter. Cela lui a donné envie de relancer cette idée de pièce de théâtre. C’est devenu évident : ces jeunes, on n’allait pas simplement les engager dans une enquête historique, on allait surtout les engager pour monter une pièce de théâtre. Et dans le cadre de cette pièce, on allait mener l’enquête historique que je voulais faire, mise au profit de la création théâtrale.

    Donc l’idée, c’était de produire une pièce de théâtre mise en scène par Philippe Chuyen, dans laquelle, 80 ans plus tard, jour pour jour, on lui confie la responsabilité de monter une pièce de théâtre avec des jeunes qui ne sont pas des comédiens et d’en faire des comédiens. Donc les deux histoires de la création théâtrale et celle du maquis se racontent en parallèle. La création théâtrale devient même une sorte de métaphore du maquis. Le but, c’était que ces deux histoires se croisent le plus souvent possible. Elles n’ont fait que ça. C’est ça qui donne au film sa force, son originalité. La prise de risque qui a été prise, c’est qu’on a recruté des jeunes qui n’étaient pas des acteurs professionnels. Le pari, c’était, sur une période de six mois, de les engager dans cette création théâtrale et de les amener jusqu’à la scène devant le public. C’était loin d’être gagné d’avance. Le film raconte bien cette difficulté de tenir les jeunes et de les amener à porter cette histoire de la même façon qu’à l’époque, il fallait aussi tenir les jeunes dans le maquis.

    Où avez-vous trouvé ces jeunes ?

    C.P. : On a sollicité des missions locales. Cela donnait un côté social au projet. J’avais vraiment l’intention de trouver des jeunes sans formation, un peu comme dans un casting sauvage, d’essayer de trouver des gens qui pouvaient représenter des profils de maquisards qui pouvaient monter au maquis à l’époque. Au départ, Philippe avait rejeté cette idée très vite, il avait dit, « moi, c’est du théâtre, c’est pas du cinéma, c’est une chose sérieuse, il me faut des jeunes qui sont capables de porter le texte, de l’apprendre, d’être là tous les jours ».

    Comment avez-vous financé
    ce projet
     ?

    C.P. : Cela aurait pu capoter à cause des politiques qui nous avaient fait des promesses de financement et qui ne les tenaient pas. À un moment, on était au bord du gouffre, on a dit on arrête, on a failli arrêter. L’argent ne tombait pas. Comme je filmais tout, tous ces problèmes étaient enregistrés. Il valait mieux qu’ils tiennent leurs promesses.

  • À Gardanne, le cinéma inauguré après de longues années d’attente

    À Gardanne, le cinéma inauguré après de longues années d’attente

    Ce cinéma, c’était un peu l’Arlésienne de la ville. Après une première fermeture survenue en 2012, des travaux promis pour 2022 puis retardés, le cinéma, qui a rouvert le 12 mai à l’occasion du Festival de Cannes, vient d’être inauguré par les équipes municipales. Un parking s’étend désormais derrière le bâti principal du cinéma, et plus de 300 places sont installées dans les salles obscures. « Dans les années 1980, la Ville rachète les murs du cinéma et engage une première rénovation. Des balcons disparaissent, de nouvelles salles naissent à leur place et le complexe devient ce 3 Casino, confié à l’association Gardanne Cinéma » retrace le maire, Hervé Granier (LR), face à la petite foule dans l’assistance. Avant de dérouler sur les premiers signes d’âge en 2000, du premier projet de modernisation en 2001, abandonné. « Puis vient 2013, et c’est la rupture. » Une toiture menace de s’effondrer dans la salle 1, une salle sur trois est condamnée. « Les projets se succèdent ici, ou ailleurs, mais aucun n’aboutit. Quand nous arrivons en 2020, nous faisons un choix simple et clair : le cinéma est notre priorité », se targue Hervé Granier. Et de rappeler que le projet a connu quelques « mauvaises surprises », entre son départ, retardé, en 2025, et sa fin, en mars 2026. Pour ces travaux, l’État, la Région et le Département ont participé au financement. Désormais, entre les murs, l’association Gardanne Action Cinéma retrouve son élan. Laure Gonzalez, sa présidente, rappelle que l’association, est « composée de 12 membres et gère le cinéma fin 1998. Nous sommes classés Arts et Essais mais avons 40% de notre programmation qui reste généraliste (….) On propose désormais 60 séances par semaine ». L’association porte aussi le Little festival, ce mois de juillet et organisera le Festival d’automne en octobre. E.B.-G.

  • Le Week-end du cinéma belge déménage

    Le Week-end du cinéma belge déménage

    Les bénévoles de l’association la Brigade d’Intervention Cinéphile (la BIC) se surnomment entre eux « les biquets » et « les biquettes ». Depuis bientôt vingt ans, ils organisent ensemble chaque été à Frontignan un week-end pour découvrir le meilleur du cinéma belge. Pour la première fois cette année, c’est le cinéma Quai des Lumières, et non pas le Mistral, qui accueillera la manifestation et toutes les activités qui l’entourent, avec le soutien de la Ville de Frontignan.

    « Venez avec votre économe »

    Le premier rendez-vous de cette édition, le samedi 3 juillet à 14h, est destiné aux plus jeunes, avec l’avant-première du film d’animation Le Monde à l’envers, d’Arnaud Demuynck, Noé Garcia et Erwann Hette. À 15h10, le film On vous croit, de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, sera projeté. « C’est un long-métrage assez difficile mais nécessaire, qui met en scène une audience en temps réel au sein du tribunal de la jeunesse de Belgique », précise Monique Toutlemonde, membre de la BIC. Deux projections seront également organisées en présence des réalisateurs : Au bord du Monde, de Sophie Muselle (le samedi à 17h45) et Les baronnes, de Nabil Ben Yadir (le samedi à 21h15). Ce dernier sera de nouveau projeté le dimanche à 16h, juste avant la clôture du festival à 18h20 avec la rediffusion d’un film culte : La merditude des choses, de Félix Van Groeningen.

    Le but de l’opération étant avant tout de partager un moment convivial, une guinguette proposant des frites maisons, des moules et des bières sera ouverte dès 19h30. « Nous appelons à la pluche des patates le samedi à 9h. L’année dernière, nous avons réussi à peler 200 kg de patates en moins d’une heure », se réjouit Monique Toutlemonde. Les biquets et les biquettes recommandent donc d’amener son propre économe.

    * Renseignements :
    04.99.51.25.51