Tag: Cinéma

  • Le septième art corse tisse sa toile à Marseille

    Le septième art corse tisse sa toile à Marseille

    « Pour échanger loin des clichés », fait part l’organisation d’Arte Mare, Festivale di e u filmu mediterraneu di Bastia, ce « doyen des festivals corses », créé il y a près de 45 ans, élit à nouveau domicile au cinéma l’Alhambra samedi 31 janvier. Et ce, pour une escale « destinée aux Corses de la diaspora, aux amoureux de l’île de beauté et aux amateurs du 7e art ». Marseille, cette ville qui compterait autour de 150 000 âmes d’origine corse, accueille dans la belle salle obscure du quartier Saint-Henri deux séances d’avant-premières mettant en lumière les « femmes devant et derrière la caméra ».

    « La fabrique du nous »

    La première d’entre elles abordera les violences faites aux femmes avec La confrontation, court-métrage de fiction de Marie Abbenanti et Sandy Pujol-Latour dans le sillage d’une jeune adolescente « qui doit affronter sa plus grande peur » dans un commissariat : « se confronter à son parrain qui l’a violée étant enfant ». Puis, celles du documentaire de Julie Perreard, Tu n’es pas seule, autour de six colleuses féministes en Corse. Autant de projections accompagnées par la présence de leurs réalisatrices, tout comme pour Camera obscura, la fabrique du nous. Un documentaire de Yolaine Lacolonge qui se focalise sur trois réalisateurs corses, Thierry de Peretti, Julien Colonna et Frédéric Farrucci, mettant chacun en scène leur île d’aujourd’hui « avec des héroïnes féminines dans leur scénario ».

  • Du cinéma pour débattre du harcèlement scolaire à Aix

    Du cinéma pour débattre du harcèlement scolaire à Aix

    Les chiffres 2025 du baromètre E-enfance sur le harcèlement et le cyberharcèlement chez les jeunes sont affichés sur l’écran du cinéma Renoir. C’est sur ce thème, justement, que s’est ouverte la 9e édition du Festival du film judiciaire aixois, ce mercredi 28 janvier, dans les salles noires, jusqu’au mercredi 4 février.

    L’événement à destination des lycéens, conjointement organisé par la Ville d’Aix, le tribunal judiciaire, le conseil départemental de l’accès au droit, le rectorat, et les Cinémas Aixois, programme cette année le film TKT (Solange Cicurel, 2025). « Un film, qui montre la dynamique du harcèlement, la posture de chacun, la responsabilité de chacun dans ce type de situation », estime Christine Roux, responsable académique de la cellule Non au harcèlement pour le rectorat d’Aix-Marseille, qui le rappelle : « On a au moins quatre élèves sur dix qui sont concernés par ce phénomène de violence. »

    Pour cette première journée de festival, près de 200 lycéens ont inondé le cinéma pour assister à la projection mais, surtout, échanger en fin de séquence avec des personnalités du monde judiciaire, policier, scolaire…

    Dialoguer, responsabiliser

    « L’objectif est de favoriser la réflexion et le dialogue autour de thématiques importantes », rappelle Solène Trévidic, déléguée du Conseil local de sécurité et prévention de la délinquance (CLSPD). Parmi les intervenants présents pour démêler les interrogations, le commandant de police Grégory Omnes, ou Marie Kerbart, vice-présidente en charge des fonctions de juge des enfants. « Il y aura chaque jour un magistrat du tribunal judiciaire qui viendra répondre aux questions et réagir, rappelle la magistrate. On traite beaucoup la question du harcèlement côté victimes. Parmi les problématiques des enfants en danger, la situation du harcèlement revient régulièrement et peut être signalée par les établissements scolaires. »

    Pour Hélène Judes, présidente du tribunal judiciaire d’Aix, il faut « responsabiliser », les acteurs de ces situations de harcèlement, même jeunes : « Les harceleurs peuvent être condamnés et avoir, alors qu’ils sont mineurs, un casier judiciaire (…). C’est un début dans la vie qui est compliqué, explique-t-elle. Alors il y a cet aspect pénal, mais le message que je veux surtout faire passer, c’est qu’on sait que les harceleurs sont parfois eux-mêmes des victimes. Ce qu’il faut faire passer, comme message sociétal, c’est celui de briser la loi du silence (…) L’idée est de faire entendre qu’on peut les aider d’un côté comme de l’autre. Avant que ça n’aille trop loin. C’est avant qu’il faut agir. Cette responsabilité, leur appartient. Parce qu’ils savent. Nous les parents, on ne sait pas, eux savent. »

    Les projections pourraient donc avoir un impact hors salles de cinéma. « On espère que ces jeunes lycéens auront des petits frères et sœurs à qui parler [de ce sujet], espère Rémi Peyron, directeur des Cinémas Aixois. Et qui sait, cela suscitera peut-être des vocations. »

  • L’équipe de Gaby Charroux défend le bilan à Martigues

    L’équipe de Gaby Charroux défend le bilan à Martigues

    « Bonjour Madame, voilà le bilan de ce qui a été fait par l’équipe municipale sortante de Gaby Charroux ! » Ce mardi soir, à Paradis-Saint-Roch, ils sont une vingtaine, comme Marianne Bocca, à se répartir dans tout ce quartier de Martigues pour distribuer le bilan de la majorité du maire (PCF) Gaby Charroux et de son équipe.

    Les militants sont souriants, motivés. Sportifs même, parfois. Notre militante communiste fraîchement retraitée monte les escaliers d’un immeuble et sonne à deux portes. « Et si ça répond aux deux, eh bien, je discute avec les deux à la fois » répond-elle candidement. L’accueil des habitants est positif : « Les gens ouvrent, prennent le bilan, sont polis… Je suis même tombé sur des employés municipaux qui m’ont reconnu », confie Béatrice, une militante et ancienne agente.

    Thomas, doctorant trentenaire, est porté sur la discussion. Une habitante qui ouvre sa porte, Angèle Vellan, l’interpelle non pas sur le bilan qu’elle vient de recevoir, mais sur l’avenir. « Je trouve qu’on n’aide pas beaucoup les jeunes », estime-t-elle.

    « Le sport est gratuit avec les Centres d’initiation sportive, le conservatoire est gratuit, sinon parmi les moins chers selon l’âge », défend le militant. « Oui, j’y emmène ma petite-fille, reprend la septuagénaire, mais je parle surtout pour l’après-bac, ça peut angoisser d’aller à Aix ou Marseille pour les études », fait-elle remarquer.

    « Une ville universitaire »

    Le doctorant originaire de Carro est bien placé pour en parler. « Je suis d’accord avec vous, il y a besoin de faire revenir des études supérieures à Martigues, que nos jeunes ne partent pas tous à Aix ou Marseille. Et ça commence avec la licence pro industrielle que va ouvrir l’université d’Aix-Marseille bientôt », détaille Thomas. « Il y a aussi les formation aux métiers du cinéma », abonde-t-il. « C’est très bien » reconnaît Angèle Vellan sur ce point.

    Le militant, non encarté, estime en aparté qu’« il y a une dynamique, la mairie actuelle a pris en compte cette attente des gens d’avoir des études sur place, c’est un enjeu », estime-t-il. Lui qui a effectué ses études à Marseille considère que « la nouvelle licence entre dans ce cadre ». Et ce, aux côtés de l’Institut de soins infirmiers, entre autres.

  • Des stages cinéma dans la Halle Lumière de La Ciotat

    Des stages cinéma dans la Halle Lumière de La Ciotat

    « On nous a demandé de rebondir », amorce Delphine Camolli. Elle est déléguée générale de l’Arts, association créée en 2002 à Marseille et qui regroupe, aujourd’hui, plus de 1 000 techniciennes et techniciens dans les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse, les Alpes-Maritimes. Alors qu’une partie de la série Tout pour la lumière était justement tournée dans la Halle Lumière, place Evariste-Gras, « la Ville, à laquelle la Halle appartient, nous a sollicités pour récupérer une partie des décors. Et créer un plateau pédagogique avec un décor, des lumières, des glaces maquillage, des possibilités de prise de son », explique-t-elle.

    1ère session en février

    L’objectif, « c’est de poursuivre la belle dynamique enclenchée en 2025 avec la mission cinéma de la Ville et les jeunes. » Proposés pendant les vacances scolaires, l’an dernier, ces stages « ont permis à des jeunes de décrocher d’autres stages sur des tournages », souligne Delphine Camolli. La Ville a donc décidé de les poursuivre, pendant ces vacances de février, et à Pâques (du 20 au 24 avril). Du lundi 16 au vendredi 20 février*, cinq jours de stage sont proposés à dix jeunes de 15 à 25 ans selon la formule : « Un jour un métier ». À la fois au conservatoire et à la Halle Lumière. Le lundi 16 abordera « les métiers de la déco » avec Benjamin Moro, accessoiriste de plateau, le mardi 17 « l’écriture, acting » avec Bania Medjbar, réalisatrice, directrice de casting et coach, le mercredi 18, « le son » avec Maxime Gavaudan, chef-opérateur du son, jeudi 19, « la mise en scène » avec Véronique Laveissière, assistante réalisation et réalisatrice, et vendredi 20, « la lumière et l’image », avec Cedric Puchades, chef electro.

    * Infos : 04.42.83.85.57.
    Tarif
     : 50,50 euros.

  • Occitanie : deux docus pour célébrer l’amitié franco-allemande

    Occitanie : deux docus pour célébrer l’amitié franco-allemande

    Pour la troisième année consécutive, Doc Cévennes, réseau de diffusion de cinéma documentaire sur 4 départements (Gard, Hérault, Aveyron et Lozère) participe à la journée de l’amitié franco-allemande, en référence à la signature, le 22 janvier 1963 par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, du traité de l’Élysée scellant la réconciliation franco-allemande après des décennies de conflits. Le projet vise à « créer un dialogue culturel entre la France et l’Allemagne » à travers une circulation de films documentaires.

    2 films, 2 invitées, 6 projections

    Durant 5 jours, du 19 au 24 janvier, Doc Cévennes va donc diffuser, dans 4 départements occitans (le Gard, l’Hérault, l’Aveyron et la Haute-Garonne) deux films documentaires contemporains et indépendants sélectionnés en partenariat avec le Festival DOK Leipzig, « un des plus anciens et des plus prestigieux festivals allemands de documentaires », souligne Marion Blanchaud, co-présidente de l’association Champ Contrechamp et responsable du réseau DOC-Cévennes.

    Dans le premier film, Lichter der strasse (littéralement Les lumières de la rue), la réalisatrice Anna Friedrich suit quatre femmes nomades et s’interroge sur la façon dont la société perçoit leur mode de vie. Dans le second, Sedimente, la Laura Coppens nous plonge, à travers les conversations qu’elle entretient avec son grand-père, dans différentes époques de l’Histoire allemande. Un film sur la mémoire et la responsabilité individuelle en temps de dictature.

    Chaque documentaire fera l’objet de trois projections*, à l’issue desquelles interviendront, pour l’un, la réalisatrice Anna Friedrich et pour l’autre, la programmatrice du festival DOK Leipzig Jana Kraft.

    * Lichter der Strasse sera diffusé lundi 19 à 18h15 au Sémaphore de Nîmes (30) ; mardi 20 à 19h au Goethe Institut de Toulouse (31) ; et mercredi 21 janvier à 19h à Trèves (30), petit village sur le Causse.

    Sedimente quant à lui sera projeté jeudi 22 janvier à 19h à la salle Pelloutier à Montpellier (34), précédé d’un cocktail ; vendredi 23 janvier à 19h à Valleraugue (30) ; et samedi 24 janvier à 18h à Nant (12).

  • Le réalisateur Robert Guédiguian à l’Eden, à La Ciotat

    Le réalisateur Robert Guédiguian à l’Eden, à La Ciotat

    Alors que son prochain film Une femme aujourd’hui devrait sortir en salles au printemps ou à l’été prochain, Robert Guédiguian, cinéaste proche du monde ouvrier viendra à la rencontre du public samedi 17 janvier.

    Dans la plus ancienne salle de cinéma du monde, et ce n’est pas une exagération de langage, deux de ses films seront projetés.

    À 18h, La villa (2017), film en compétition à la Mostra de Venise fait se retrouver trois frères et sœur venus au chevet de leur père mal en point. L’intrigue se déroule dans une calanque, en hiver. Bientôt « la fratrie voit débarquer des militaires, à la recherche de migrants rescapés d’un naufrage… ». À 21h, Les neiges du Kilimandjaro (2011), film en compétition à Cannes en 2011, sélection Un certain regard, lauréat du Prix Lux 2011 du Parlement européen, sera diffusé. Le film met en scène Michel et Marie-Claire, couple heureux depuis trente ans, « fier de ses combats syndicaux et politiques. Ce bonheur vole en éclats avec leur porte-fenêtre devant deux jeunes hommes armés et masqués qui les frappent, les attachent, leur arrachent leurs alliances, et s’enfuient avec leurs cartes de crédit… ». Dans ces deux films, le réalisateur fait tourner ses acteurs fétiches : l’actrice (son épouse) Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. La soirée sera présentée par Isabelle Masson.

    Au cinéma L’Eden théâtre, boulevard Clemenceau. Pass soirée : 18 euros avec 2 films et une formule apéritive.

  • [Entretien] Anaïs Carpita : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens »

    [Entretien] Anaïs Carpita : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens »

    La Marseillaise : Quels sentiments vous habitent avec cette ressortie du film restauré en 4K ?

    Anaïs Carpita : Mon grand-père avait tourné des films, et notamment un, Le rendez-vous des quais, qui avait été censuré, perdu, disparu. Le film est ressorti une première fois en 1990. J’étais petite, mais cela m’avait beaucoup marqué car je l’avais vu au cinéma. Par la suite, j’ai découvert tous ses courts-métrages. Cela a bercé mon enfance et adolescence. Lors de la sortie de son deuxième long-métrage, Les sables mouvants, qu’il avait écrit a l’époque, mais n’est sorti qu’en 1996, j’étais adolescente. Pour Marche et rêve ! Les homards de l’utopie [2002], j’étais stagiaire assistante sur le tournage. J’avais 17 ans, je me préparais à la fac pour faire des études de cinéma. Je suis donc très émue. C’est beau d’avoir quelqu’un dans son entourage qui a essayé de vivre de son art : il a arrêté d’être instituteur pour se consacrer au cinéma. Savoir que c’est possible n’est pas étranger à ma vocation. Je garde toujours en tête ce que Ken Loach a dit, lors de la ressortie du Rendez-vous des quais en 1990 : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens. »

    La ressortie du film en 4K et
    la restauration d’une partie de
    son œuvre redonne à Paul Carpita
    sa place en tant que cinéaste…

    A.C. : Oui, car il y a aussi des courts-métrages très beaux. Les gens vont les redécouvrir magnifiquement restaurés. Et l’idée, c’est de poursuivre ce mouvement grâce au CNC. Paul Carpita a tourné trois longs-métrages, mais aussi un quatrième, Rencontre à Varsovie. Il va être bientôt restauré. On souhaite pouvoir le sortir en salles, en faire une édition DVD avec ses œuvres presque complètes et que cela soit disponible en vidéo à la demande.

    Quel est le principal caractère révolutionnaire du film, selon vous ?

    A.C. : À la ressortie du Rendez-vous des quais en 1990, on a beaucoup parlé de « chaînon manquant » entre le néoréalisme italien, qui filmait la classe ouvrière dans la rue, avec la Nouvelle vague, qui était un cinéma un peu plus bourgeois. Mais le réalisateur Pascal Tessaud, qui a signé un livre d’entretiens avec Paul Carpita en 2009, dit quelque chose de très juste : les réalisateurs du néoréalisme italien étaient des gens plutôt bien nés qui filmaient des histoires tragiques. Mais, dans Le rendez-vous des quais, mine de rien, même si deux frères se retrouvent chacun d’un côté de la barricade, on sait qu’ils vont se retrouver. La dernière phrase de dialogue du film, c’est : « Nos amis nous attendent. » Malgré la dureté de leur vie, il y a beaucoup de joie, d’optimisme et de solidarité.

    Si la méconnaissance de sa filmographie s’explique par la censure de 1955, pensez-vous qu’elle est aussi causée par un mépris de classe ?

    A.C. : Elle est multifactorielle. Ça vient du fait qu’il ne vienne pas du sérail du cinéma, qu’il tourne sans autorisation, qu’il n’ait pas fait d’école, qu’il vienne du sud… Dans ses différents entretiens, Paul Carpita évoque le montage du film à Paris. Il avait senti quelque chose d’assez méprisant sur les faux raccords. Au début, ils voulaient même couper la scène d’anniversaire de la petite à qui on offre un poupon. À Paris, ils ont trouvé ça naïf et risible. Idem pour la réplique de l’héroïne qui dit « oh ma permanente » quand elle va à l’eau. Pourtant, on n’a pas à être au-dessus de ses personnages. Ça reste une époque et des répliques vraies.

  • Cinéaste engagé

    Cinéaste engagé

    Censuré, perdu, retrouvé, restauré… L’histoire du Rendez-vous des quais est une épopée. Sorti des limbes, où la censure avait voulu le plomber, par la volonté d’une poignée de convaincus, dont Claude Martino, pilier des pages cinéma de La Marseillaise des années durant. Le chef-d’œuvre de Paul Carpita va vivre une nouvelle étape dans une version désormais numérisée.

    Un film où les héros sont un docker et une ouvrière, où on parle chômage, crise, répression, lutte syndicale et solidarité. Mais aussi de refus de la guerre, de la « sale guerre », la guerre d’Indochine. Une œuvre tournée avec des moyens dérisoires, des acteurs non professionnels, qui mêle images de fiction et archives. Ce qu’on ne voit pas à l’écran, c’est la censure dont cette œuvre a été la victime, accusée de porter atteinte à l’ordre public pour avoir osé s’opposer à la guerre et montrer des ouvriers qui refusaient d’obéir.

    Toujours d’actualité

    Ce qui crève l’écran est qu’un instituteur, issu de la classe ouvrière, militant communiste, a pris une caméra, avec une virtuosité désormais reconnue. Qu’il veut montrer « les petites gens » pour reprendre sa formule, leur vie quotidienne et leurs luttes, documenter les mouvements sociaux, le refus de la guerre. Ce qu’on ne montrait jamais, qu’on ne voulait pas voir.

    Forcément, on ne peut que penser à la récente action de la CGT des Dockers, qui ont refusé de charger sur un navire à destination d’Israël un conteneur rempli de composants militaires, refusant d’« être complices de massacres » qui se déroulaient à Gaza. Le Rendez-vous des quais à plus de 70 ans. Mais son sujet est d’une actualité brûlante.

  • Paul Carpita au rendez-vous de l’histoire

    Paul Carpita au rendez-vous de l’histoire

    « Une nouvelle page s’écrit », estiment, dans une émotion contenue, des membres de l’association Les camarades de Paul Carpita, en ce jeudi 8 janvier. Leur tour de force, celui de ressusciter en résolution d’image 4K un film exceptionnel, mais maudit, aurait pourtant mérité bien des effusions. L’objectif : montrer que Paul Carpita, cet instituteur, fils d’un docker et d’une poissonnière, entré par une effraction jubilatoire dans le monde du 7e art, « est un vrai cinéaste », affirme Claude Martino, une heure avant l’avant-première du Rendez-vous des quais, au cinéma La Baleine. « Sauf que ses films étaient en déshérence totale et improjetables », rappelle ce journaliste qui a noirci La Marseillaise de ses coups de plumes pendant 40 ans et fut l’ami de Carpita (1922-2009).

    Mais la ténacité des Camarades de Paul Carpita a eu raison de ces obstacles avec le Centre national du cinéma (CNC), qui a restauré numériquement son chef-d’œuvre, mais également certains de ses courts-métrages comme Marseille sans soleil, « peut-être le plus beau film jamais réalisé sur Marseille », affirme Bruno Jourdan, producteur et réalisateur, membre de l’association. Mais pour se rendre compte de leur tour de force, un flashback s’impose.

    Solidarité à toute épreuve

    « Le Rendez-vous des quais a été tourné dans un Marseille en proie à des tensions sociales. Après l’avoir présenté au cinéma Le Rex, nous décidons de montrer le film, le lendemain, aux dockers et à leurs familles. à ce moment, quelque chose d’extraordinaire et de dégoûtant se passe. Les camions de CRS investissent le quartier. La police fait irruption dans la salle de cinéma archi-comble et saisit les bobines du film dans la cabine de projection », se remémore Paul Carpita, en 1990, au moment de la ressortie d’un film qu’il croyait perdu.

    Ce drame non dénué d’humour, relatant le quotidien chiche, digne et solidaire d’un jeune couple d’ouvriers marseillais, sur fond de grande grève des dockers contre la guerre d’Indochine en 1949-1950, ressurgit à l’époque grâce à Jean Daniel, assistant de Carpita et ancien directeur de l’Alhambra. Il remet la main sur « deux copies saisies, encore sous scellés aux Archives de Bois d’Arcy ». Mais, à l’époque, « dans les articles de presse, tout le monde se raconte l’histoire de la censure, du film maudit », campe Claude Martino. Comme si sa légende tragique en avait occulté la qualité remarquable. Désormais, fini pareil silence, espère-t-il à propos de ce film tourné avec des comédiens non professionnels, « une caméra légère » et en extérieur. « Maintenant, on va parler des personnages, de la qualité des images, de ce qu’on n’avait pas pu véritablement sentir à l’époque. La malédiction était si puissante qu’on ne parlait que de ça », regrette à rebours cette bible sur pattes qui lui a consacré de nombreux écrits.

    Le rendez-vous des quais, ça fait l’effet d’une claque. Un taquet asséné façon Robert Fournier, docker étranglé par la raréfaction du travail sur le port de Marseille, à Jo, le « jaune », briseur de grève qui lui fait miroiter un appartement en échange de sa docilité avec le patronat, lorsqu’il découvre la manigance. Pour le grand capital, l’idée de tourner la tête du frère d’une figure syndicale CGT du port pour discréditer le mouvement était trop belle. L’une des scènes marquantes de ce film que Paul Carpita réalise entre 1950 et 1953, avec lignes de fuites et poésie lorgnant vers l’horizon ouvrier. Et des images d’un mouvement social et pacifiste qu’il capte alors dans la ville. Une histoire d’amour entre Robert et Marcelle, ouvrière dans une biscuiterie, face à leur entrée dans la vie maritale, freinés par le manque de moyens, alors que les dockers suivis par bien d’autres corporations, mènent une grève historique, les cercueils des appelés d’Indochine étant rapatriés à la pelle par bateaux. « En faisant ce film, je brûlais d’envie de témoigner de mon époque, de pousser un cri contre la guerre et de filmer les petites gens », a déclaré par le passé Paul Carpita.

    Un geste militant qui détonne dans le cinéma des années 1950, peu habitué à de tels héros. En 1989, le producteur Yves Rousset-Rouard qualifiera le film de « chaînon manquant » du cinéma français, rappelle Claude Martino. « Un film néoréaliste qui anticipe la Nouvelle vague ». « En tant que distributrice, confie malgré tout Cécile Farkas, dirigeante de la société Doriane films, un certain nombre de salles m’ont rétorqué que la réputation du film était illustre, mais que sa qualité était amateur. » Un mépris de classe dont les Camarades de Paul Carpita ont eu raison.

    Les séances programmées pour l’instant dans la région

    Jeudi 15 janvier. Au cinéma Le Royal à Toulon, en présence de Claude Martino en soirée.

    Vendredi 16 janvier. Au Ciné89 de Berre-l’Etang, à 19h, en présence d’Anaïs Carpita.

    Samedi 17 janvier. Dans la salle « Paul Carpita » du cinéma Le Clap, à Bollène, à 17h30, en présence d’Anaïs Carpita.

    Dimanche 18 janvier. Au cinéma La Baleine, à Marseille, à 16h, en présence d’Anaïs Carpita. La projection d’autres courts et moyens-métrages de Paul Carpita est également prévue.

    Du 21 au 27 janvier. À l’affiche du cinéma Le Royal, à Toulon.

    Mercredi 4 février. Au cinéma Olbia de Hyères, en présence de Claude Martino. Avec la projection d’autres courts-métrages.

    Les 6 et 7 février. Dans la salle marseillaise du Vidéodrome2. Projection d’autres courts-métrages tels que Marseille sans soleil ou Graines dans le vent.

  • Du cinéma pour débattre dans les établissements scolaires de la région

    Du cinéma pour débattre dans les établissements scolaires de la région

    Au programme, 13 films seront projetés dans les collèges et lycées d’Aix-en-Provence, Aubagne, Gardanne, Luynes, Marseille, Puyricard, Martigues et Salon-de-Provence. Des séances ciné-débats animés par deux animateurs du collectif les Rencontres cinématographiques des droits humains en Provence (RCDHP).

    Parmi les thèmes qui seront abordés : le militantisme, la liberté d’expression, les droits de la femme, les violences conjugales, le harcèlement, les menaces de l’intelligence artificielle, ou encore la guerre. Des problématiques connues des programmes scolaires, l’objectif est de proposer un autre format. « Les enseignants permettent de mettre en perspective ces thématiques, on souhaite faire davantage réfléchir les élèves », explique Sonia Velli, référente sur les séances scolaires.

    La place qu’occupe aujourd’hui l’intelligence artificielle est centrale, « les professeurs sont directement impactés par le développement de l’IA et l’utilisation de cet outil chez les étudiants questionne », souligne Sonia Velli.

    Faire questionner

    Depuis 2010, le collectif propose « des projections de films suivies de débats avec des spécialistes et des intervenants des associations, dans le but de sensibiliser le public à la problématique des droits humains », peut-on lire sur le communiqué. Pour Sonia Velli, « l’objectif est de susciter le débat et d’échanger sur des sujets sensibles, on attend des étudiants qu’ils aient tous un regard critique et qu’ils puissent l’exprimer », campe-t-elle.

    Le collectif RCDHP propose également des séances à destination du grand public à partir du 5 février. Jusqu’au 16 mars, sept projections sont prévues dans les villes de d’Aix-en-Provence, Châteaurenard, Gardanne, Istres, Marseille, ainsi qu’à la faculté d’Aix.

    Le programme : rcdhprovence.fr