« J’ai appris vendredi que j’étais mise en examen suite au fait que j’ai dénoncé la répression syndicale qui sévit à Tefal », a expliqué Sophie Binet, lundi sur France 2.
Cela fait suite « à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal contre les propos de Sophie Binet : “la CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente” tenus lors d’un débat à la Fête de l’Humanité en septembre 2025 », a précisé la CGT dans un communiqué. Si la mise en examen est quasi-automatique en cas de plainte pour diffamation, les poursuites engagées par l’entreprise témoignent de la criminalisation des actions syndicales en France. Sollicité par l’AFP, Tefal a confirmé « avoir engagé une procédure judiciaire contre Madame Binet et ses co-auteurs » à savoir le directeur du journal l’Humanité et sénateur communiste Fabien Gay, lui aussi mis en examen. « Cette procédure concerne des accusations publiques graves et erronées visant l’entreprise, que Tefal conteste fermement », indique l’entreprise, en précisant que la mise en examen « lui a été notifiée le 12 mars ».
Sophie Binet a expliqué que « la CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des PFAS, un composant chimique qui est utilisé pour les poêles de Tefal ». La coordinatrice CGT du groupe SEB (détenant la marque Tefal) et membre de la direction confédérale de la CGT a été sanctionnée en interne par le groupe pour avoir demandé des précisions sur ces composants, une sanction qu’elle contestera le 4 juin aux prud’hommes, selon la CGT. Pour Sophie Binet, Tefal « essaie de bâillonner les syndicalistes qui s’expriment sur les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions ». Les propos de Sophie Binet tenus lors d’un débat au Forum social, samedi 13 septembre 2025 lors de la Fête de l’Humanité, sont les suivants : « Les luttes environnementales sont maintenant parmi les plus réprimées, avec le plus de violence. À Tefal, je suis très fière que la CGT ait eu la force de dénoncer les PFAS et d’expliquer qu’il ne fallait pas céder au chantage à l’emploi mais qu’il fallait transformer le modèle productif de l’entreprise pour défendre l’emploi à moyen et long terme ». Sophie Binet ajoutait : « J’étais à Tefal la semaine dernière avec mes camarades pour soutenir la CGT, qui fait face à une répression patronale violente, puisque notre camarade Ouria Belaziz, coordonnatrice de la CGT Tefal, a été sanctionnée par la direction. » Tefal de son côté affirme qu’« il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté syndicale, le droit de critique ou le débat public » mais estime que « la liberté d’expression ne permet pas d’imputer à une entreprise des faits inexacts ». « Tefal réfute toute accusation de répression syndicale », ajoute l’entreprise.
la liberté d’expression »
La CGT, estimant « anodins » les propos pour lesquels Sophie Binet est poursuivie, affirme, elle, que « sur cette base, la quasi-totalité des syndicalistes du pays pourraient être poursuivis ». La leader de la CGT a appelé les parlementaires et le gouvernement « à enfin mettre sur le tapis une loi pour protéger la liberté d’expression et la liberté syndicale qui aujourd’hui est en danger ». Sophie Binet avait déjà été mise en examen en décembre pour « injure publique » après avoir qualifié en janvier à la radio les patrons de « rats qui quittent le navire » dont « le seul objectif, est l’appât du gain ». Selon l’Humanité, « depuis le 1er avril 2023, la CGT dénombre plus de 1 000 militants et cadres inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires ».


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