Tag: CGT

  • Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Pour les salariés de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, ce lundi marque une entrée en résistance. Le tribunal de commerce de Toulouse a requis, lundi matin, la liquidation judiciaire de l’usine de pâte à papier occupée (lire ci-contre), depuis jeudi. Près de 270 emplois directs et plus d’une centaine d’intérimaires et de sous-traitants sont directement concernés par cette liquidation. Pour l’ensemble de la filière bois-papier, l’activité représente entre 8 000 et 10 000 emplois induits, du bûcheronnage au bobinage.

    Autant d’enjeux que les salariés du site de Tarascon sont allés porter à la sous-préfecture d’Arles, lundi matin, alors même que le sort de leur usine se décidait à 300 km de là. Après moins d’une heure de rendez-vous, c’est le point mort. « Nous n’avons pas eu de réponse. L’État attend une décision du tribunal, mais comme vous le savez, le tribunal attend une décision de l’État », ironise Florian Berthon, délégué FO de l’usine. L’accueil lui-même est dénoncé par René Sale, de l’Union départementale FO. « Ni la sous-préfète, ni sa secrétaire n’étaient là. Quand il y a le feu à Tarascon, on peut déplacer son agenda », tance-t-il à l’égard des représentants de l’État, auxquels il demande de « nationaliser de manière provisoire » Fibre Excellence, comme « issue immédiate à ce scandale d’État ».

    Jonathan Bastid, du syndicat Filpac-CGT de Tarascon, est revenu sur la possibilité de « prendre un arrêté pour rehausser le prix du mégawattheure d’électricité » produit par l’usine pour ses propres besoins et dont elle réinjecte l’excédent dans le réseau. Une mesure « comme pour la centrale de Gardanne » complète-t-il. « Si c’était fait, cela permettrait à notre usine de repartir. Il suffit de ça ! », martèle le syndicaliste. « Plus de 300 personnes vont se retrouver au Pôle emploi d’Arles sinon. Il faut que l’État prenne ses responsabilités. On était une entreprise indispensable pour sauver la France durant le Covid, mais aujourd’hui, on est abandonnés. »

    Sauver l’usine

    pour sauver des vies

    Sauver Fibre Excellence, c’est littéralement sauver des vies, à écouter les salariés rassemblés. « Des vies se sont construites autour de l’usine, quand on croise nos collègues, on a toujours un petit mot. Moi, j’ai mon surnom. On est des collègues, des amis », illustre Thierry Boldrinei, opérateur sur le parc à bois. « Mon père travaillait dans cette usine. Pour d’autres, c’est même la 4e génération qui y travaille. On connaît tous quelqu’un qui a connu nos pères et nos grands-pères », poursuit-il, les yeux humides.

    Une culture ouvrière marquée par l’attachement à l’outil de travail. « On est habitués à notre usine et à nos salaires, on a galéré pour y rentrer », rappelle Khaled El Hajjouji, « 25 ans de boîte » et opérateur process sur la ligne de fibres. « Des usines qui payent comme ça, il n’y en a plus dans le coin », considère-t-il. Son illustration du drame social qui pèse sur les salariés est singulière : « Quand j’emmène mon fils de 3 ans à la crèche, je suis obligé de passer à côté de l’usine. À chaque fois, il me dit : “ça fume !”. Mais depuis six mois, il me demande pourquoi ça ne fume plus ». Pire, « mes autres enfants me demandent si on va vendre la maison, peuchère. Je leur dis qu’on va redémarrer, je reste fort ».

    « Dès qu’on a su qu’on était en redressement, c’était l’angoisse. On avait toujours des solutions, mais là, c’est le coup de semonce », renchérit son collègue, Thierry Boldrinei. « On est que des salariés. Mais si on part en liquidation, on bloquera tout. On embarquera pas nos outils de production comme ça ! », assure Khaled El Hajjouji.

    L’impact d’une liquidation sur la filière et le territoire peut se mesurer à ce qui a déjà pu être observé par le passé. « C’est mon 2e licenciement en deux ans, après Smurfit Kappa au Pontet », peste Hubert Costa, manifestement en colère. L’ancien salarié de l’entreprise spécialisée dans l’emballage en carton et papier, aujourd’hui affecté au mélange de la pâte à papier, ne s’imagine pas « repartir à zéro avec trois enfants », après « des années d’intérim pour un CDI qui dure deux ans chez Smurfit, et deux ans à Fibre Excellence pour obtenir un nouveau CDI que j’ai signé qu’en janvier ». Une « double peine » qui se profile pour le travailleur. « Le chômage et plus de mutuelle. Comment je vais faire pour mes enfants si je perds l’emploi et le droit à la santé ? », s’inquiète-t-il.

    Cette colère promet d’être le moteur de la lutte sociale à venir. « Pour l’instant, les choses se sont passées calmement », observait René Sale (FO) à la sortie du rendez-vous en sous-préfecture. « Mais la violence de la décision politique du gouvernement de ne pas sauver la filière et les emplois met en danger les populations de Tarascon, Beaucaire et Arles », considère-t-il. La Filpac-CGT du site inscrit son occupation « dans la durée » depuis la « mise en sécurité » des installations, jeudi dernier.

  • Le site de Tarascon presque condamné, Saint-Gaudens en sursis

    Le site de Tarascon presque condamné, Saint-Gaudens en sursis

    Le tribunal de commerce de Toulouse a tranché lundi : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse pour l’entreprise de pâte à papier Fibre Excellence est rejetée. Un coup de massue pour les 670 salariés de l’enseigne, placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier. C’est le maintien des « conditions suspensives », qui rendent, d’après la juridiction, « l’offre irrecevable », a rapporté Christophe Clerc, avocat du Comité social et économique (CSE) de la société.

    La proposition de l’homme d’affaires était en effet subordonnée à plusieurs conditions adressées à l’État. Parmi elles : le rachat à meilleur prix de l’électricité produite par les turbines de l’entreprise et la réintégration du fabricant dans le système européen des quotas carbone. Des exigences que le gouvernement ne lui a pas accordé, comme le suggéraient les récentes déclarations de Roland Lescure, ministre de l’Économie, qui assurait, mardi dernier à l’Assemblée, que « l’offre [n’était] pas au niveau ». « L’offre demande une aide supplémentaire de l’État, sans doute de plus de 100 millions d’euros : donc au-delà des 100 millions que nous sommes déjà prêts à mettre et des 90 millions d’euros qui ont été apportés à cette entreprise, contre un investissement du repreneur [Matthieu Pigasse, Ndlr] de 5 misérables millions d’euros. (…) Aujourd’hui, le compte n’y est pas », avait souligné le ministre. « Cette déclaration est indigne de la part du ministre, qui s’acharne à décrédibiliser cette offre par pur calcul politicien », s’était alors indigné la CGT, dans un communiqué.

    Le tribunal a requis la liquidation du site de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, qui emploie environ 275 personnes. Le site de Saint-Gaudens a lui obtenu un sursis inespéré de deux jours, un nouvel industriel s’étant manifesté pour sa reprise.

    Une offre à « consolider »

    Le nouveau candidat, qui souhaite rester anonyme, doit désormais consolider son dossier avant la prochaine audience, mercredi 29 juillet. « Il y a un nouvel industriel qui a fait une lettre d’intention qui donne une caution de deux millions d’euros pour gagner du temps. Mais rien n’est fait », a souligné Sébastien Oustric, représentant CGT des salariés de Saint-Gaudens, à l’issue de l’audience, lundi matin. Sébastien Martin, ministre délégué en charge de l’Industrie, a confirmé l’existence dudit repreneur, qu’il assure avoir rencontré, ce week-end, aux côtés de Carole Delga, présidente (PS) du conseil régional d’Occitanie. « Mes services, en lien avec la Région, vont se mobiliser pour voir de quelle manière cette offre peut être consolidée », a-t-il ajouté.

    Dernière usine de pâte à papier française, Fibre Excellence représente, en plus de ses 675 salariés, près de 10 000 emplois indirects d’après la CGT. « Si l’État ne suit pas, c’est lui seul qui condamne la filière et les milliers d’emplois qui en découlent », concluait le syndicat dans un communiqué, la semaine dernière.

  • Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté ce lundi matin l’offre de reprise des deux usine de pâte à papier Fibre Excellence portée par le financier Matthieu Pigasse, dont « les conditions suspensives ne sont pas levées » d’après une source syndicale. Une offre de reprise du site de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a été déposée, tandis que le site de Tarascon et ses 270 emplois directs reste à ce stade menacé de liquidation judiciaire. Rassemblés devant la sous-préfecture d’Arles au même moment lundi matin, l’intersyndicale FO-CGT du site de Tarascon a renouvelé sa volonté de défendre les emplois et les outils industriels, notamment par l’occupation de l’usine depuis jeudi dernier.

  • Fibre Excellence doit être sauvé

    Fibre Excellence doit être sauvé

    À quoi joue le gouvernement de Sébastien Lecornu et, singulièrement, son ministre de l’Industrie Laurent Lescure à propos de l’offre de reprise du groupe de pâte à papier Fibre Excellence ? Rappelons que les trois quarts de la pâte à papier consommés en France sortent des usines de Tarascon (Bouches-du-Rhône) et de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Si des milliers d’emplois n’étaient pas en jeu, la mesquinerie de la macronie agonisante pourrait prêter à sourire. Car l’intérêt général doit primer dans ce dossier.

    « bronze-culs »

    Fibre Excellence « c’est 20% du bois d’industrie français » qui fait vivre « 10 000 emplois indirects » rappelle l’entrepreneur Mathieu Pigasse, pilote de l’offre de reprise. Le tribunal de commerce de Toulouse, dans la décision qu’il devrait rendre à l’issue d’une audience cruciale ce lundi, doit tenir compte de tous les enjeux.

    Fibre Excellence a été laissé dans une situation scandaleuse par son propriétaire, le milliardaire indonésien, Jackson Wijaya, à la tête de la multinationale Asia Pulp and Papier. Ce qui a conduit à sa mise en redressement judiciaire. Aujourd’hui, les deux usines peuvent échapper à la liquidation et être et revitalisées grâce à un projet industriel sur 10 ans. Les Régions Occitanie et Sud Paca, les syndicats CFDT, CGT et FO ont interpellé fortement le chef du gouvernement. Une offre de reprise, solide est là, encore sur la table.

    La destruction du tissu industriel dans le sud de la France n’est pas inéluctable. C’est une question de choix et de volonté politique. Nos territoires ne sont pas voués à être des « bronze-culs » pour reprendre l’expression iconique des ouvriers d’ici.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    La première question à l’ordre du jour était celle des salaires et de la préparation d’un mouvement revendicatif national. La résolution sur les salaires et les prix entraîna un premier incident.

    Une motion présentée par Cochinard s’opposa à la hausse générale des salaires réclamée par Pierre Lebrun.

    Le débat fut ouvert sur les manœuvres de scission que je dénonçai. Indigné, m’adressant aux diviseurs, je leur dis : « Camarades, après les interventions de nombreux camarades, celles de Benoît Frachon, Hernio de la fédération des cheminots que j’approuve entièrement, vous me permettrez de donner mon point de vue sur un aspect que je considère très sérieux dans la situation actuelle. Les trusts américains ne doivent plus intervenir ouvertement dans la vie politique et syndicale. L’indépendance économique et politique est menacée, l’obstacle majeur à l’intervention directe des trusts américains reste la Confédération générale du travail. C’est pour cela que nous assistons à une attaque concertée contre la CGT avec des complices de Truman qui, sous prétexte de défendre les syndicats contre une imaginaire emprise politique, développent leur campagne. »

    La résolution soulève le débat

    Je condamnai certaines interventions et en particulier celle de Bouzanquet, secrétaire confédéral : « J’ai en ma possession tes écrits où tu nous reproches de ne pas avoir condamné le pacte germano-soviétique et avec ce prétexte, tu portes de l’eau au moulin de la réaction qui se sert de ton autorité pour écrire dans ses journaux que la CGT est dirigée par des communistes. L’anticommunisme, voilà le véritable fléau, nous savons où cela nous a menés, de Munich à 1940. Bothereau a présenté une résolution qui approuve le plan Marshall et elle a été repoussée. Je demande au président de séance de présenter une résolution. »

    Il est intéressant de rappeler le débat que souleva ma résolution. Pour la défense de l’indépendance et de l’unité, la réaction la plus virulente fut celle de Capocci, secrétaire de la fédération des employés de commerce.

    Il essaya de justifier les actions qu’ils avaient menées pendant l’Occupation et déclara : « J’ai entendu Molino ressasser les vieilles histoires, j’en ai assez, nous en avons assez… On parle aussi de dollars que nous aurions touchés, je vous assure, camarades, que les dollars que nous avons pu toucher ne nous ont pas fait mal au ventre et qu’ils ne vous feraient pas mal au ventre si vous en mangiez autant que nous. »

    Et s’adressant à moi : « Tu as cité ma fédération ; permets-moi de te dire que s’il est une fédération qui peut parler d’indépendance, c’est bien la nôtre. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • La CGT des cheminots réclame une amélioration du service public ferroviaire

    La CGT des cheminots réclame une amélioration du service public ferroviaire

    Le 19 juillet, un TGV Paris-Nice a été immobilisé près de la gare de Carnoules après une déformation de la voie ferrée provoquée par les fortes chaleurs. Les passagers ont été évacués sous l’encadrement d’agents de la SNCF, de gendarmes et pompiers, puis dirigés vers la gare de Carnoules. L’incendie de Taradeau a perturbé le trafic, compliquant la prise en charge.

    Après cet incident, la CGT des cheminots Paca dénonce, dans un communiqué, la fermeture de gare de Carnoules : « Une fois arrivés sur le parvis de la gare fermée et déserte, les voyageurs sont restés dehors sans aide. » Le syndicat évoque aussi un manque d’entretien des pistes le long des rails, pas « adaptées ». Sans « aucun moyen matériel pour cela, les agents ont réussi à accompagner les gens les plus en difficulté ». Une situation jugée « inacceptable ».

    Un incident « révélateur »

    Pour le syndicat, cet incident serait « révélateur » de la situation des infrastructures ferroviaires en Paca, mais aussi symptomatique de la « politique court-termiste » et de la concurrence entre les acteurs et compagnies ferroviaires. La CGT des cheminots reproche aux « dirigeants » de maintenir ce système concurrentiel « pour améliorer la situation économique et financière et non pas pour une amélioration du système ». Elle réclame une « entreprise SNCF unique et intégrée », avec « des moyens humains, matériels et financiers pour améliorer et développer le service public ferroviaire ».

  • [Entretien] Ghislain Gauthier, CGT Spectacle : « Le gouvernement veut nous faire la peau »

    [Entretien] Ghislain Gauthier, CGT Spectacle : « Le gouvernement veut nous faire la peau »

    Entretien

    La Marseillaise : Quel bilan dressez-vous de ce 80e Festival d’Avignon ?

    Ghislain Gauthier : On sent bien que l’enjeu, pour nos secteurs, est de faire exister ce sujet pour la présidentielle, à un an de cette échéance. Dans les débats, la crise était sur les lèvres de tout le monde. Au niveau de la liberté de création, on sent que l’étau se resserre en ce moment, sans oublier la question des financements publics, qui sont en chute libre depuis deux ans.

    Pourquoi ces coupes budgétaires sont-elles sans précédent ?

    G.G. : Elles sont déjà inédites par leur ampleur, car on peut compter plusieurs millions d’euros qui manquent au secteur. L’état et certaines collectivités territoriales se sont désengagés conjointement des financements de la culture. Ce qui est inédit aussi, c’est que la culture est considérée comme une variable d’ajustement au nom de la résorption du déficit public. Il y a donc moins de projets qui se font. On est pourtant très nombreux à travailler : environ 250 000 personnes dans le spectacle vivant et le secteur audiovisuel. On a le sentiment que les politiques ont abandonné le champ culturel et ne le considèrent pas comme un enjeu pour le pays. Il y a deux sujets pour nous : on continue de se mobiliser pour un financement public de la culture à hauteur de 1 % du budget de l’État, mais aussi au niveau local pour ramener les collectivités autour de la table et regagner ces budgets, car la situation de l’emploi est catastrophique.

    La CGT parle d’une « catastrophe sociale » à venir…

    G.G. : Beaucoup de personnes n’arrivent pas à faire leurs heures en tant qu’intermittents. Il y a aussi une dégradation des conditions de travail. Tout ce qu’il se passe dans le Off d’Avignon est un scandale. On nous a indiqué, dans plusieurs endroits, qu’il n’y avait aucun jour de relâche pour les salariés. Ou encore des conventions de stages conclues, pour certains, afin de tenir la billetterie le matin et l’après-midi, puis ils ont un contrat de travail pour faire le bar, ont des horaires à rallonge avec un non-respect des 11h de repos minimum par jour. Sans compter le travail sous des chaleurs excessives et sous des préfabriqués… Les conditions d’accueil des compagnies sont aussi très difficiles.

    Qu’en est-il de la grève qui se profile en septembre pour les travailleurs
    du monde de la culture
     ?

    G.G. : Cela fait deux ans qu’on essaye de mobiliser notre secteur. Là, on a décidé de passer un cran. On annonce donc une semaine de mobilisation et de grève à partir du 21 septembre. On a le sentiment que le gouvernement veut nous faire la peau. Notre mouvement est essentiel par rapport au budget à venir et la présidentielle va être déterminante pour nos professions, avec l’extrême droite aux portes du pouvoir. Nous sommes déterminés à nous battre pour nos emplois et nos salaires. 95 % des personnes qui travaillent dans le spectacle sont des prolos. C’est insupportable d’entendre qu’on est dans l’entre-soi. On a du mal à payer nos loyers et à finir le mois. La colère est bien là. Ça devient une question de survie.

  • Les salariés de Fibre Excellence occupent l’usine

    Les salariés de Fibre Excellence occupent l’usine

    Ils ne lâcheront rien. Après Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, les salariés de Fibre Excellence de l’usine de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, ont débuté, jeudi, l’occupation de leur site « à durée indéterminée ». « Notre mobilisation se poursuivra aussi longtemps que la situation l’exigera, jusqu’à ce que de véritables réponses soient apportées », prévient la Filpac CGT Fibre Excellence Provence, dans un communiqué.

    Les travailleurs du groupe de pâte à papier placé en redressement judiciaire, en avril dernier, entendent ainsi maintenir la pression avant l’examen lundi, par le tribunal de commerce de Toulouse, de l’offre de reprise portée par le financier Matthieu Pigasse. Ce projet est le seul qui garantissait la reprise de la totalité des salariés, soit 660 personnes, auxquels s’ajoutent les 228 de la papeterie de la Chapelle-Darblay – dont Fibre Excellence est repreneur – et plus de 10 000 emplois indirects. Sur les banderoles déployées sur les sites, le ton est accusateur : « Macron va-t-il tuer 10 000 emplois ? », interrogent les protestataires.

    « Quels sont les engagements de l’État pour rééquilibrer le marché du bois et garantir la viabilité du projet de reprise ? », écrivent dans un courrier adressé au couple exécutif Carole Delga, présidente (PS) de la Région Occitanie, Renaud Muselier, président (Ren) de la Région Sud, et les numéros un de la CGT, Sophie Binet, de la CFDT, Marylise Léon, et de FO, Frédéric Souillot. Ces derniers se sont prononcés en faveur du projet du banquier d’affaires dit « de gauche » avec Combat Holding.

    Mais le gouvernement se montre très critique. Interrogé lors de l’ultime séance de questions au gouvernement, mardi, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, estime que « l’offre de reprise (…), à ce stade, n’est pas au niveau parce qu’elle demande une aide supplémentaire de l’État ». Si l’on suit les calculs du locataire de Bercy, l’État, qui a déjà engagé plus de 90 millions d’euros dans le sauvetage du groupe et se dit prêt à ajouter 100 millions d’euros supplémentaires, devrait mettre 100 millions d’euros de plus pour suivre le plan de Matthieu Pigasse. Tandis que ce dernier alignerait « cinq misérables millions d’euros », dixit le ministre, « ça me rappelle non pas Robin des bois, mais le shérif de Nottingham qui fait des actions avec l’argent des autres », tacle-t-il. Sur franceinfo ce jeudi matin, il accuse le patron auquel on prête des ambitions élyséennes de « faire de la politique sur le dos des salariés ».

    Le temps presse. L’État doit se positionner et vite. « S’il y a liquidation, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas sur la disparition de près de 80% de la capacité française de production de pâte marchande, de 660 emplois directs, de plusieurs milliers d’emplois indirects et d’un outil industriel stratégique qu’il sera pratiquement impossible de reconstruire », préviennent les syndicats et les collectivités.

  • Le fort signal d’alarme des combattants du feu

    Le fort signal d’alarme des combattants du feu

    Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez était attendu mercredi en Gironde pour rendre hommage aux deux soldats du feu qui ont péri en exerçant leur mission. la profession sonne l’alarme. Mardi, ces deux professionnels de 34 ans ont été piégés dans leur camion-citerne par un feu de pins « très virulent » aux abords de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, dans des circonstances qui restent à préciser.

    Avant le drame, lundi sur France Inter, le ministre de l’Intérieur avait assuré que le pays avait « suffisamment de moyens » pour lutter contre les incendies. Mais pour les syndicats de la profession, « dire que tout va bien n’est pas une réalité ». Selon un document de la Sécurité civile consulté par l’AFP, 8 des 12 Canadairs de la flotte étaient disponibles mardi soir, tout comme 7 Dash sur 8, 2 Beechcraft sur 3 et 4 hélicoptères bombardiers d’eau sur 5. Au sol, au 1er juillet, 541 nouveaux moteurs de secours avaient été livrés dans les Service départementaux d’incendie et de secours (Sdis), dont 365 camions-citernes feux de forêt, dans le cadre du renouvellement de la flotte engagée depuis les brasiers de l’été 2022 dans le Sud-Ouest. Mais « la perte de 1 000 moteurs entre 2004 et 2020 n’est pas compensée par la commande de 2022 », estime Sébastien Delavoux (CGT).

    Pour Guillaume Millet (CFDT), ce sont surtout les moyens humains qui manquent. « Quand on envoie une colonne de renfort d’une cinquantaine d’hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité. Mais aujourd’hui, on ne fait qu’avec 50, donc les gens sont épuisés. »

    Des agents « rincés »

    « La fatigue est un ennemi lors des feux de forêt, par l’intensité des missions et la durée des engagements », ajoute Sébastien Delavoux. Les agents, « rincés », peuvent connaître « des pertes de lucidité », avec des risques d’intoxication réels, insiste-t-il. David Saquet, président de l’Unsa Pompiers, explique aussi le « surengagement des personnels » par leur activité courante qui s’ajoute aux feux. Les récents épisodes caniculaires avaient déjà engendré une augmentation des interventions de secours. En France, le Secours et soins d’urgence aux personnes (Ssuap) représente 74 % à 80 % de l’activité opérationnelle totale des sapeurs-pompiers, soit plus de quatre millions de sorties dédiées aux détresses médicales et aux accidents de la vie quotidienne. « La ressource n’est pas intarissable et les corps sont mis à rude épreuve, il y a de la fatigue physique, mentale », souligne le syndicaliste. « On a des gardes de plusieurs jours, 24h sur 24, parce que les collègues sont en congés » et dans certains départements, des pompiers partis « en feu de forêt pendant plus d’une dizaine d’heures revenus pour être réinjectés dans ces gardes. C’est anormal », affirme-t-il. Même constat pour Bruno Ménard, porte-parole national du syndicat des pompiers volontaires, qui représentent 80 % des effectifs. Pour lui, « on arrive au bout d’un système qui va exploser ». « Certains sont lessivés, ils sont envoyés en renfort d’un département à l’autre, dormant sur des lits picots entre les camions dans un hangar. Voire, entre deux interventions, repartent travailler chez leur employeur », explique-t-il. Delphine Renaud, secrétaire générale CGT du Sdis de la Vienne, déplore un « manque d’anticipation » face à l’impact du changement climatique, alors que le risque de feu s’accumule par l’état de sécheresse de la végétation, conséquence des canicules répétées. Lors de la première quinzaine de juillet, 300 hectares ont brûlé dans le département voisin de la Haute-Vienne, où les pompiers sont intervenus à 115 reprises pour des incendies, du jamais-vu. « Ce qu’on vit, c’est juste le début de ce qui nous a été annoncé », s’inquiète le syndicaliste.

    Le 8 juillet, un sapeur-pompier volontaire de 22 ans avait déjà péri alors qu’il luttait contre un feu en Savoie. Selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, toutes interventions confondues, six pompiers sont morts en 2025 et huit, à ce jour, en 2026.

    Plus de 42 000 hectares ont brûlé en France entre janvier et mi-juillet, dépassant le précédent record de 2022, selon les données satellites du système européen Effis. Dans le Var, les sapeurs-pompiers luttaient mercredi contre un incendie qui a déjà parcouru plus de 2 500 hectares.

    Canicule : 5 764 morts en 16 jours

    La vague de chaleur qui a frappé la France du 17 juin au 2 juillet a entraîné une surmortalité record depuis 2003 selon un bilan provisoire. Ainsi, 5 764 décès excédentaires ont été enregistrés lors de cet épisode de chaleurs extrêmes, pour moitié en trois jours du 25 au 27 juin, a indiqué mercredi l’agence Santé publique France. Ce bond de la mortalité « toutes causes » – qu’on ne peut pas encore imputer avec certitude à la chaleur – a été constaté pour « toutes les classes d’âge à partir de 15 ans », avec une « augmentation marquée dès 45 ans », ce que les experts jugent « inédit ». Les bilans de mortalité alimentent une âpre bataille politique, le gouvernement est accusé d’impréparation aux conséquences du réchauffement climatique.

  • [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    Sophian est l’une des figures de la lutte des salariés de Solvay à Salindres. Ce délégué syndical CGT avait en effet été l’un des premiers à alerter dans l’entreprise sur la dangerosité du TFA, produit sur le site gardois, après avoir beaucoup échangé avec les associations écologistes. La Marseillaise lui avait ainsi déjà consacré un portrait en octobre 2024, quelques semaines après l’annonce de la direction de la fermeture de l’usine de production.

    Après le départ de l’entreprise, Sophian a traversé une période difficile. « Ça a laissé des traces, comme chez beaucoup d’autres salariés. J’ai pris 30 kilos que j’ai perdus depuis. J’ai arrêté de fumer en même temps, ça n’a pas dû aider. Et j’ai déclenché un psoriasis. Il y a eu trop de choses en même temps et ça a dû jouer sur ma petite tête », explique-t-il aujourd’hui.

    Si certains de ses collègues sont partis chez Orano, Sophian fait partie de ces salariés dégoûtés par l’aventure Solvay qui veulent désormais éviter tout emploi industriel. Au détour d’un forum, il a bien postulé chez Perrier mais n’a pas eu de retour. « Je pense que quand les responsables des ressources humaines tapent mon nom sur internet, ils voient que je suis à la CGT et que je me suis mobilisé chez Solvay, ils se tournent alors vers un autre profil », dit-il sans dépit. Après une période de congés de reclassement, Sophian est désormais au chômage depuis le mois de juin même s’il a effectué quelques extras dans le restaurant familial. Surtout, il aimerait maintenant se réorienter vers le social et changer complètement de branche. Ou trouver un poste pour continuer d’alerter sur la dangerosité des Pfas…

    « Les Pfas dans la tête »

    Car Sophian n’a pas abandonné son combat pour alerter la population, faire reconnaître les dangers encourut par les ouvriers en contact avec ces substances chimiques, et plus largement, lutter contre cette pollution : « J’avais une petite conscience qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur ces substances chimiques mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Je pensais qu’on était dans un pays où on était un peu protégé. Après 13 ans passés à Solvay, je connais l’odeur du TFA. Beaucoup de salariés sont en colère car ils se sont rendu compte a posteriori qu’ils ont été surcontaminés ».

    Toutes les semaines, Sophian participe à une réunion avec des associations écologistes. « Il n’y a pas une journée sans que j’aie les Pfas dans la tête », reconnaît-il. Il continue aussi de répondre aux journalistes et il est même apparu dans un documentaire diffusé sur Arte : « J’essaie de défendre les ouvriers en général et les anciens salariés parce que sinon j’aurais tout abandonné ».

    Ce travail a payé puisqu’il a réussi, avec d’autres associations, à faire intégrer 25 anciens salariés de Solvay à l’étude Opal : « C’est une étude d’imprégnation sur les salariés », explique-t-il. « Il y a l’étude Perle sur les riverains à Lyon et Opal concernait jusqu’ici une centaine de salariés d’Arkema Daikin. Nous avons désormais 25 salariés de Salindres qui font des prises de sang ». Les premiers résultats devraient être rendus publics dans les prochains mois avant la restitution complète en 2027. En attendant, Sophian continuera de se mobiliser.

    Tristan Arnaud