Tag: Bouches-du-Rhône

  • Les traqueurs de fuites de gaz plaident pour leur résorption

    Les traqueurs de fuites de gaz plaident pour leur résorption

    Tout semble normal dans la zone de Lavéra, vendredi 24 avril dernier. À côté de la station d’épuration d’Ineos, une voiture s’arrête devant une plus petite installation du transporteur de gaz NaTran. Trois personnes en sortent, dont l’une caméra au poing. Mais ce n’est pas de tourisme industriel dont il s’agit au regard des images produites. Braquée sur les tuyaux de gaz, cette caméra infrarouge révèle une sorte de panache de fumée invisible à l’œil nu, s’échappant d’un caisson rouillé.

    « Cette boîte rouillée est un indicateur de fuite de méthane » montre Théophile Humann-Guilleminot, de l’ONG Clean air task force, ou force opérationnelle pour l’air pur. Autant scientifique que politique, le militant affiche un objectif clair : « Montrer le côté systémique des fuites » sur le réseau de distribution, à la fois pour le signaler aux entreprises, mais aussi pour inciter à légiférer. Cette fuite, selon le militant, « n’est pas impressionnante. Mais sur 20 sites visités dans le cadre de la campagne, on a trouvé des fuites sur 14 d’entre eux. C’est un échec technique de la part de l’exploitant, mais ce n’est pas un scandale, c’est systémique, et il faut souligner que NaTran fait des efforts » nuance-t-il.

    « Réparer est rentable »

    La campagne de détection fut menée avec l’ONG Les amis de la Terre du 20 au 30 avril entre la Nouvelle-Aquitaine et les Bouches-du-Rhône, en passant par l’Occitanie. Anna-Lena Rebaud, chargée de campagne gaz fossile et transition juste pour Les amis de la Terre, explique que « ces fuites ont un impact puissant sur la hausse des températures, à court terme : le méthane est 80 fois plus réchauffant que le CO2 sur 20 ans ».

    Régler le problème serait pourtant vertueux. « Réparer les fuites est rentable : 70% d’entre elles auraient un coût négatif » selon la militante. L’agence internationale de l’énergie affirme que « presque toutes les mesures de réduction des émissions de méthane du secteur de l’énergie seraient rentables à mettre en œuvre ». C’est aussi une question de gaspillage. « Si l’on avait des mesures prescriptives des fuites et des mises à l’évent [ou torchage, Ndlr] à l’échelle mondiale, la moitié de la consommation européenne de gaz, soit 200 milliards de mètres cubes, serait économisée » insiste Théophile Humann-Guilleminot. La logique est connue : « Produire vite sans résoudre les fuites permet un plus rapide retour sur investissement », complète-t-il. La commission européenne a entériné l’obligation de rapporter ces émissions aux autorités administratives depuis 2025, notamment pour compenser la sous-estimation chronique du problème. « Le régime de sanctions est en attente de vote depuis août 2025 » depuis le droit européen, rapporte Anna-Lena Rebaud. Un sujet éminemment politique dans ce territoire, à l’heure des inquiétudes pour l’emploi et la décarbonation.

  • [Entretien] Arnaud Clément : « C’était fabuleux de voir le court central plein »

    [Entretien] Arnaud Clément : « C’était fabuleux de voir le court central plein »

    La Marseillaise : Plus de 30 000 personnes ont sillonné les allées du Country Club tout au long de la semaine. Êtes-vous satisfait de cette 13e édition de l’Open d’Aix Provence Crédit Agricole?

    Arnaud Clément : On a eu vraiment une grande qualité de spectacle pendant toute la semaine. Donc c’était assez génial de voir autant de monde venir chaque jour. Dès le lundi, lundi c’est les qualifications, il y avait déjà pas mal de monde. Et puis ça n’a fait que monter en puissance pendant toute la semaine. Donc c’était assez fabuleux de voir aussi, sur les trois derniers jours, le court central plein.

    Avec quatre joueurs membres du top 50 qui ont participé au tournoi, est-ce qu’on peut affirmer que l’Open d’Aix est devenu une vraie préparation pour Roland-Garros ?

    A.C. : Tous les joueurs qui participent au tournoi seront à Roland-Garros dans quelques semaines. Pour la majorité, ça sera dans le tableau final. Et pour les autres, ça sera dans les qualifications. Donc on est vraiment au cœur de la saison sur terre battue. C’est ça qui est super intéressant aussi pour nous. C’est qu’on a des joueurs qui sont déjà très bien rodés sur terre battue, qui maîtrisent la surface. Et c’est pour ça qu’on a cette qualité de spectacle.

    Un mot sur Alejandro Tabilo,
    le vainqueur de cette 13
    e édition ?

    A.C. : Il a surmonté toute cette semaine grâce à son expérience, sa connaissance et sa maîtrise de la surface. On voit qu’il a été bousculé par moments, mais il est resté calme. Il ne s’est pas précipité, il a continué aussi, parce qu’il a un jeu qui est très agressif, mais il sait profiter aussi des failles de son adversaire pour faire jouer le coup supplémentaire. On sent qu’il est en confiance, et quand les choses se mettent bien en place, même quand il est bousculé, il ne panique pas.

  • Football américain : les Blue Stars se sont pris une leçon par les Cannois

    Football américain : les Blue Stars se sont pris une leçon par les Cannois

    Les protégés de Bavuong Souphanthavong conservent tout de même leur deuxième place du groupe.

  • Alejandro Tabilo, encore

    Alejandro Tabilo, encore

    Il devient le premier vainqueur à inscrire son nom à deux reprises au palmarès de l’Open Aix Provence Crédit Agricole. Déjà titré en 2024, le Chilien Alejandro Tabilo (28 ans, 43e mondial), tête de série n°2 de cette 13e édition, a triomphé en finale (6-4, 4-6, 6-3), dimanche, du Belge Zizou Bergs (26 ans, 44e mondial), tête de série n°3 du tournoi. « C’était un match très dur », confie le lauréat d’un septième titre sur le circuit Challenger. « Mon adversaire jouait de manière très solide, et je pense que le match a changé quand je suis devenu plus agressif. J’ai fait face à un très bon serveur, et j’ai dû rester très solide mentalement. Je suis très heureux d’avoir réussi à gagner le match », poursuit le natif de Toronto, au Canada.

    Objectif tête de série

    Ce deuxième succès sur les courts aixois lui permet de grimper dès lundi à la 35e place mondiale au classement ATP. Il n’est plus qu’à trois longueurs de figurer parmi les têtes de séries pour Roland-Garros. « Depuis que nous avons commencé à jouer bien l’année, avec l’ensemble de l’équipe, notre petit objectif est d’atteindre ce but. Nous en sommes très proches, j’espère que nous pourrons le faire. Il y a encore le Masters 1000 de Rome, donc j’espère que nous pourrons le faire. Et on verra ce qui se passera », souligne Tabilo. Ce dernier espère que sa belle semaine au Country Club aixois, un endroit où il « aime jouer » et où il se sent « confortable », lui permettra d’arriver sur le grand tournoi italien avec le plein de confiance. Comme il y a deux ans, le Chilien a connu une aventure exigeante avant de soulever le trophée. Mis à part face au Péruvien Ignacio Buse (22 ans, 61e), pourtant considéré comme un spécialiste en devenir de la terre battue, toutes ses rencontres se sont jouées en trois sets. « Le premier match de la semaine avec (Roberto) Batista Agut était le plus difficile », estime celui qui a pourtant bataillé contre l’Américain Ethan Quinn (22 ans, 48e), tête de série n°4, en demi-finale. Sans compter la finale face à un adversaire qu’il n’avait jamais battu auparavant. « C’est toujours dur d’affronter un vétéran comme lui, qui a tellement d’expérience. En plus, il était très énervé, il retenait tous les balles, et c’était très dur mentalement », raconte-t-il.

    Bergs prend confiance

    Défait par Tabilo en finale, Zizou Bergs n’a pas réussi à saisir les opportunités qui se sont présentées à lui. Notamment lorsqu’il a eu quatre occasions de faire le break dans le septième jeu de la première manche. « C’est dommage que je me sois braqué, parce que c’était un match de haut niveau », déplore le Belge, auteur d’une semaine « très correcte ». « C’est toujours bien d’être en finale, de gagner des matchs et de prendre confiance avant Rome et surtout Roland-Garros », ajoute-t-il, conscient que cette performance lui permet d’atteindre la 39e place au classement ATP. Il égale ainsi son meilleur classement en carrière. « Je cherche constamment à m’améliorer comme joueur. J’espère pouvoir montrer à Roland-Garros que j’ai progressé », glisse le deuxième « Zizou » préféré des Aixois.

  • [Parole de maire] Séverine Dellanegra (Saint-Martin-de-Crau) : « Permettre aux citoyens saint-martinois de s’exprimer »

    [Parole de maire] Séverine Dellanegra (Saint-Martin-de-Crau) : « Permettre aux citoyens saint-martinois de s’exprimer »

    Réélue en mars avec 64,88% des voix au premier tour, la maire de Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône), Séverine Dellanegra, a fait adopter un budget qu’elle qualifie de « prudent » mais « ambitieux ». La maire, qui s’était portée candidate à la présidence de la communauté d’agglo Arles-Crau-Camargue-Montagnette (ACCM) critique la gouvernance du président, le maire d’Arles Patrick de Carolis, et réclame un « pacte ».

    La Marseillaise : Le 7 avril,
    vous vous êtes présentée
    face à Patrick de Carolis à la présidence de la communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette (ACCM) et avait perdu d’une seule voix. Pourquoi cette candidature ?

    Séverine Dellanegra : J’ai été première vice-présidente de l’ACCM de décembre 2024 à avril 2026 sous son mandat précédent. Ce que j’ai pu constater durant ces 15 mois c’est que le fonctionnement de cette agglomération manquait pour moi de structuration en matière de gouvernance notamment politique. Mais aussi de transparence, de collaboration, au moment des réflexions mais surtout des décisions prises sur les projets pour notre agglomération et les six communes qui la structurent. Je ne me suis, par exemple, pas du tout sentie intégrée dans le processus de construction du budget 2026. J’en ai fait part à Patrick de Carolis, dès l’entre-deux-tours des élections municipales, en lui disant que j’aimerais que cela puisse changer notamment par l’élaboration d’un pacte de gouvernance. De la manière dont on voyait le paysage politique se dessiner au sein de notre agglomération, il me semblait nécessaire de pouvoir parler en amont de cette élection du président pour savoir comment on allait fonctionner avec des exécutifs municipaux aux différentes étiquettes politiques. Je me suis présentée pour défendre une vision et pas contre la personne de Patrick de Carolis. Je dois avouer que je ne pensais pas que la punition serait celle que nous avons vécue. La commune de Saint-Martin-de-Crau ne bénéficie d’aucune vice-présidence, on nous a sortis de l’exécutif communautaire et finalement on nous associe aujourd’hui à une opposition !

    Patrick de Carolis dit vous avoir proposé quatre vice-présidences…

    S.D. : Il est vrai mais, pour ma part, je ne pouvais pas les accepter. Avoir quatre vice-présidences si c’est pour travailler comme nous avions travaillé l’année et demie qui a précédé, ça ne servait à rien.

    Mardi 28 avril, sur 44 conseillers communautaires votants, 22 se sont abstenus, dont vous, lors
    du vote du budget de l’ACCM.
    Qu’est-ce que cela signifie
     ?

    S.D. : Nous avons envoyé un signal car nous aurions pu tout bloquer. Les délibérations précédentes concernaient le compte financier unique, donc les anciens comptes administratifs 2025. Comme le président ne vote pas à cette occasion, nos 22 voix auraient pu faire capoter le vote sans lequel les budgets 2026 n’auraient pu être présentés. Donc malgré tout, on n’a pas voulu bloquer ce budget même si nous souhaitons plus de transparence notamment sur les choix budgétaires en direction des différentes communes. On ne veut pas être mis de côté, nous, Saint-Martinois. Mais, attention : s’il n’y a pas clairement des améliorations sur la manière dont on travaille, on pourra demain, s’il le faut, s’opposer à certaines décisions si elles sont prises de manière unilatérale.

    Vous réclamez toujours ce pacte de gouvernance ?

    S.D. : Absolument, il doit être formalisé au plus tôt. Faire des grandes déclarations en disant qu’on va aller vers un apaisement, qu’on va construire tous ensemble, qu’il n’y aura pas de communes laissées-pour-compte, c’est très bien mais c’est encore mieux de l’écrire et de s’y tenir.

    Lors de la campagne municipale, vous disiez que la commune
    de Saint-Martin-de-Crau devait continuer à «
     investir pour améliorer ses services publics, son environnement, sa qualité
    de vie
     ». Comment le budget peut y parvenir ?

    S.D. : Ce budget 2026 est dans la droite ligne de ce que nous avions annoncé aux Saint-Martinois dès l’élection de 2024 et lors du vote du budget. Nous souhaitions que 2025 soit une année de transition, de sécurisation, de reconstruction. Ce à quoi nous sommes parvenus et nous en sommes ravis. Le vote du compte administratif le démontre. Nous avons pu dégager des excédents, une capacité d’autofinancement et ce budget 2026 nous permet déjà de relancer l’investissement sur la commune.

    Nous avons une grande richesse à Saint-Martin-de-Crau avec énormément d’infrastructures et de bâtiments communaux qui n’ont pas été clairement entretenus via des investissements réguliers au cours des dernières années. Il y a un vrai travail à mener et nous avons choisi de le faire dès cette année avec le grand plan école. Tous les groupes scolaires seront rénovés au niveau de l’isolation thermique et également pour certains, des menuiseries, des mises aux normes, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Il y aura de la climatisation dans des pièces qui n’en disposaient pas. C’est un investissement de plus de 5 millions d’euros. D’autres bâtiments sportifs et d’accueil du public bénéficieront également d’investissements.

    Tout cela est inscrit au sein d’un plan pluriannuel de trois ans, pour avoir une vraie vision et conduire Saint-Martin-de-Crau vers un avenir ambitieux avec l’assurance de pouvoir mener les projets à bien. Nous sommes, comme toute collectivité locale aujourd’hui, très prudents car nos marges de manœuvre pourraient se réduire notamment par une baisse des dotations de l’État.

    Les habitants vous sollicitent-ils sur certains dossiers depuis votre réélection ?

    S.D. : Il y a une notion qui nous tient particulièrement à cœur et qu’on n’a pas eu le temps de mettre en œuvre véritablement au cours du précédent mandat, c’est la participation citoyenne. Au sein de notre équipe nous avons la conviction d’avoir été élus avec un but simple : être au service des usagers, des administrés. C’est pour eux que nous prenons des décisions, pas pour nous. L’idée, c’est vraiment de déployer des instances, des actions qui vont permettre aux citoyens saint-martinois de s’exprimer, de choisir, en tout cas d’être une aide à la décision. La défense de notre identité saint-martinoise nous tient aussi à cœur Au-delà de la culture et des traditions provençales, nous avons une position très marquée sur ce qui pourrait venir abîmer l’identité de notre commune, son patrimoine, ses paysages, son monde rural. Je parle clairement des gros dossiers que sont la ligne aérienne très haute tension (THT) et le contournement autoroutier d’Arles. Nous sommes très vigilants sur ces sujets et sur la manière dont ils vont avancer.

    Entretien réalisé par Laureen Piddiu

  • L’enquête publique démarre sur le tramway des Catalans

    L’enquête publique démarre sur le tramway des Catalans

    Après une concertation préalable en 2023, place à l’enquête publique. Le tramway des Catalans revient sur le tapis avec son démarrage ce lundi 4 mai. Les citoyens ayant jusqu’au 10 juin pour se prononcer et demander des détails à la commissaire enquêtrice sur ces 2,1 km de rails supplémentaires entre la rue de Rome et la place du 4-Septembre, dans une dizaine de permanences ouvertes successivement.

    Le projet, mené par la métropole Aix Marseille Provence, entend améliorer la desserte « d’équipements majeurs en donnant lieu à la valorisation de l’espace public notamment la plage des Catalans », le tout avec des aménagements « favorables aux modes doux et actifs de déplacements », comme des pistes cyclables et de la place donnée aux piétons. Quatre nouvelles stations sont prévues pour une mise en service en 2028. Le tram devrait passer devant la préfecture vers le boulevard Peytral, traverser la rue Paradis puis attaquer le cours Pierre-Puget, au bas duquel est prévu un arrêt de correspondance avec la station de métro. Il redescendra ensuite vers le boulevard de la Corderie puis l’avenue de la Corse jusqu’à la place du 4-Septembre.

    Un financement hypothétique

    Pas moins de 41 900 habitants ont été recensés par la Métropole à 500 mètres du tracé pour 22 700 voyageurs attendus par jour en 2030. Cette dernière espère « réorganiser la circulation sur les boulevards, créer des lignes de transports en commun en site propre ». Après les terrassements préalables, la restructuration des réseaux, viendra la création de la plateforme proprement dite pour permettre le fonctionnement du tramway puis la création d’un parking souterrain de 220 places et de trois pôles d’échange place Estrangin, à Saint-Victor et place du 4-Septembre. Quelque 470 arbres seront plantés ou conservés le long de la ligne, assure la Métropole.

    Le projet, approuvé en 2021, s’inscrit dans les priorités du plan Marseille en grand, lancé alors par le gouvernement avec, à la clé, des financements. Il avait suscité des remous deux ans plus tard lors de la phase de concertation, une partie des habitants du 7e arrondissement dénonçant son coût, 76 millions d’euros. Pour la maire de secteur, Sophie Camard (GRS), aujourd’hui réélue, cette ligne n’était pas non plus une priorité. Le projet faisait également partie des propositions de la candidate de la droite et du centre à la mairie de Marseille et alors présidente de la Métropole, Martine Vassal (DVD).

    Mais la donne a changé. Les nouveaux élus métropolitains n’ont pas voté le budget de la collectivité, dénonçant la réduction des dotations de l’État. Au total, 123 millions d’euros manquent à l’appel. De quoi hypothéquer largement l’avenir du tram des Catalans…

  • Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    La Marseillaise : Pourquoi cette démarche à l’Unesco ?

    Alain Chouraqui : Quoi de plus important que de s’appuyer sur le patrimoine de souffrances et de courage de l’humanité pour contribuer à un avenir meilleur ? De construire un lien entre passé et présent qui soit utile, vivant, un repère collectif dans un monde où les repères se brouillent ? Nous souhaitons donc faire connaître le plus largement possible ce que l’histoire du Camp des Milles et de la Shoah apporte comme enseignements interdisciplinaires et intergénocidaires sur les mécanismes universels qui mènent au pire et aux résistances possibles. Cette approche est qualifiée de « percutante » par l’institution en charge de l’instruction des dossiers de candidature au patrimoine mondial de l’humanité. C’est la même raison qui nous avait fait obtenir avec AMU, la création d’une chaire de l’Unesco « Éducation à la citoyenneté, sciences de l’homme et convergence des mémoires ».

    Comment qualifieriez-vous l’originalité du site lui-même ?

    A.C. : Notre démarche éducative et nos ateliers ont été éprouvés auprès d’environ 700 000 jeunes très divers. Mais notre approche originale a d’abord la chance de s’appuyer sur le patrimoine exceptionnel que constitue le site lui-même, seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact et l’un des très rares en Europe. Il porte les traces d’un enchaînement de persécutions visant des étrangers supposés « suspects » venant de 41 pays, des opposants, des « indésirables » puis des personnes juives envoyées vers l’assassinat d’Auschwitz. Car ce camp a aussi l’intérêt pédagogique d’être une antichambre de la mort, une usine « ordinaire » dont des hommes « ordinaires » ont fait un lieu de départ vers l’extraordinaire d’un camp d’extermination. On y perçoit mieux comment s’installe autour de nous une situation qui permet le basculement brutal vers un crime de masse. Le Camp des Milles, ce sont des résistances diverses, 18 Justes qui risquent leur vie pour sauver des hommes, femmes et enfants juifs et de nombreux artistes -parmi les plus grands comme Max Ernst-, qui continuent de créer pour résister à la déshumanisation, qui ont laissé leurs œuvres sur les murs du camp.

    Qu’est-ce que cela apporterait au site
    si elle venait à être acceptée ?

    A.C. : Nous en espérons bien sûr une plus grande visibilité du site et de notre « modèle scientifique, pédagogique et citoyen » de décryptage des leçons du passé pour éclairer le présent. Certains mémoriaux reprennent déjà ce « modèle ». Nous souhaitons aussi, dans l’intérêt de tous, une meilleure diffusion de ces leçons face aux engrenages des intolérances et des extrémismes qui menacent la démocratie partout dans le monde. L’inscription du site au patrimoine mondial serait ainsi un ancrage fort de ces leçons de l’histoire dans le patrimoine de l’humanité.

    On vous a déjà indiqué que le Camp des Milles cochait les cases des conditions d’inscription. Vous êtes donc confiants que cette démarche aboutisse ?

    A.C. : L’institution internationale évoquée affirme en effet que « les critères, les attributs et l’authenticité » existent pour fonder une « valeur universelle exceptionnelle » (VUE) du Camp des Milles, condition d’une inscription au patrimoine mondial. Nous attachons du prix au fait qu’elle vise à la fois le patrimoine matériel du Camp des Milles mais aussi le patrimoine immatériel que représente aujourd’hui son approche pédagogique originale. Mais il ne s’agit que du début d’un processus qui peut être long. Les candidatures venant du monde entier, même solidement fondées, ne peuvent pas être toutes retenues par l’Unesco. Mais il est vrai que cet avis spécialisé très positif renforce notre espoir d’aboutir. De même que les premières réactions de partenaires importants, y compris venant d’Auschwitz qui fut la fin du chemin pour les déportés des Milles. Beaucoup dépendra aussi de l’accompagnement de l’État et des collectivités concernées par cette reconnaissance humaniste exceptionnelle.

    En ces temps de conflits, de montée des haines, comment continuer
    à transmettre le devoir de mémoire ? Promouvoir la démocratie collective
     ?

    A.C. : Cette situation nous impose un véritable courage de mémoire : celui d’appliquer aujourd’hui les leçons civiques de cette histoire, des anti valeurs à combattre et de la démocratie à préserver et approfondir. Alors transmettre c’est aussi se souvenir de l’engrenage mortifère qu’enclenche ou aggrave la brutalisation des mots qui engendre la violence des actes. L’histoire montre ainsi que jouer avec l’antisémitisme, le racisme ou la xénophobie c’est ouvrir une boîte de Pandore passionnelle, immaîtrisable qui finit par dévorer aussi ceux qui ont cru l’instrumentaliser, et surtout qui peut détruire la démocratie et la paix civile.

    En ces temps, comment accueillir mieux, les jeunes et en plus grand nombre ?

    A.C. : Tout est question de moyens. Nous devons déjà limiter certaines activités
    -comme beaucoup d’autres associations, malgré une situation qui engendre de plus en plus de demandes. Nous espérons que des mécénats sauront compléter notre autofinancement et nos subventions publiques pour toucher plus largement les jeunes. Nous constatons chaque jour leur curiosité pour cette histoire forte dont ils perçoivent très spontanément qu’elle peut protéger leur appétit de vivre libres, épargnés par les tragédies autoritaires du passé. Sachons utiliser tous les leviers pour nourrir d’enseignements utiles leurs belles aspirations, en même temps qu’être fidèles au souvenir de nos aînés qui ont payé cher ces leçons de vie.

    LE SOUTIEN DES ACTEURS DU TERRITOIRES

    « Nécessaire reconnaissance mondiale », Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille

    « Le Camp des Milles est un site de référence pour la mémoire de la déportation en France, il est nécessaire qu’il soit à présent mondialement reconnu. En ces temps où certains prônent la division et banalisent la haine, le devoir de mémoire doit être honoré, pour rendre hommage à ces hommes, ces femmes, ces enfants, victimes et héros de la Shoah. Pour que nul n’oublie jamais, il est nécessaire de préserver ces témoignages, de les valoriser et de les transmettre au plus grand nombre au travers de sites historiques tels que celui-ci. »

    Propos recueillis par Eva Janus

    « Le travail de mémoire est essentiel », Caroline Pozmentier, présidente du Fonds mémoire d’Auschwitz, élue Ren. à la Région

    C’est important que le camp des Milles figure sur cette liste du patrimoine mondial de l’Unesco parce que ce patrimoine a été réhabilité ici en France où se sont déroulées au XXe siècle les prémices et la collaboration active du génocide nazi.

    Ce patrimoine existe non seulement dans sa dimension patrimoniale historique mais aussi pour la conscience des génocides et des mécanismes qui entraînent à la haine et au génocide tel qu’il a pu se perpétrer pendant la Shoah.

    Les événements dramatiques qui se sont déroulés au Camp des Milles contribuent au travail de transmission de la mémoire de la Shoah et à son enseignement. Aujourd’hui, face aux controverses auxquelles l’enseignement de la Shoah fait parfois face, le travail de mémoire est essentiel. Ils constituent d’ailleurs l’un des piliers de notre politique culturelle à la Région. Notre collaboration et le partenariat avec la Fondation du Camp des Milles n’ont fait que se renforcer d’année en année, à la fois sur l’investissement et le fonctionnement. »

    E.J.

    « C’est une initiative honorable », Jérémy Bacchi, sénateur PCF des Bouches- du-Rhône

    C’est une initiative honorable qu’il faut à tout prix soutenir, que je soutiens pleinement parce qu’on est condamnés à bien connaître son histoire pour éviter que les choses se reproduisent de manière similaire ou différente.

    Surtout que l’on a coutume de dire : « Je ne comprends pas comment les gens ont pu accepter ce qu’il s’est passé il y a 80 ou 90 ans de cela. » Or les mécanismes qui étaient à l’œuvre il y a 90 ans sont aussi à l’œuvre aujourd’hui, et pour ça je veux saluer le travail remarquable du Mémorial du Camp des Milles qui invite à la réflexion et à décortiquer les mécanismes qui amènent au totalitarisme et à des épurations ethniques comme on a pu connaître. En plus de l’histoire du Camp, il y a aussi un volet réflexif sur l’ensemble des autres conflits qui ont eu lieu par la suite, comme le génocide au Rwanda. Je crois que connaître cette histoire-là, ces histoires-là, c’est aussi une manière de se prémunir de résurgence de phénomènes similaires. cela permet de regarder son histoire en face, cette période qui est à la fois douloureuse et honteuse pour notre nation. Ce qu’il s’est passé dans ce Camp a débuté bien avant la Seconde Guerre mondiale. »

    E.J.

    « Le Camp des Milles est un phare », Martine Vassal, présidente DVD du Département des Bouches-du-Rhône

    « En ces temps troublés partout dans le monde, le Camp des Milles est un phare, un appel à la vigilance contre toutes les formes de haine et d’exclusion. Il porte une mémoire essentielle, universelle et profondément ancrée dans l’histoire de la Provence et de la France. Nous devons en être les passeurs auprès des jeunes générations alors que les derniers témoins de cette époque s’effacent peu à peu. En soutenant sa candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, le Département des Bouches-du-Rhône lance un appel à la tolérance et à la paix entre les hommes et les peuples. » E.J.

    « Avoir une reconnaissance encore plus forte », Marc Pena, député PS des Bouches-du-Rhône

    C’est un processus logique. Je suis membre du conseil scientifique du Camp des Milles : on a commencé par demander une Chaire Unesco, on a créé une Fondation qui s’adossait à ce qui se faisait à l’Université en matière de recherche, l’étape supplémentaire, c’est d’avoir une reconnaissance encore plus forte, une reconnaissance internationale importante au moins à deux niveaux. D’abord, pour ce que représente le Camp des Milles, dans la mémoire collective que cette fondation a su créer : beaucoup de choses qui s’étaient perdues au fil du temps, beaucoup de personnes ne connaissaient pas l’histoire du Camp. Deuxième point -pour parler d’avenir- c’est quelque chose qui nous donnerait une reconnaissance et peut-être des moyens pour aller plus loin dans la pédagogie, la transmission, l’actualisation de ce qu’a signifié la déportation. On a une société aujourd’hui en tension extrême, sens dessus dessous, mais surtout une montée des rapports de force et des impérialismes. On rencontre des éléments communs avec ce qu’il s’est passé dans les années 1930, à commencer par une montée de l’antisémitisme…

    Le rôle du Camp des Milles est d’aller dans ce sens, tout en s’ouvrant. On a associé (à cette cause) les représentants, arméniens, les représentants des Roms, d’autres associations… Aussi, ceux qui sont de cette génération, qui parfois ont été déportés, nous quittent petit à petit : c’est un moment essentiel pour ne pas perdre notre mémoire, et nous sommes dans un moment où cette labellisation est d’autant plus importante. »

    Propos recueillis par Eva Bonnet-Gonnet

    « Une démarche en lien avec le wagon du souvenir », Jean-Marie Valencia, secrétaire CSE, Casi Cheminot

    Cette démarche va dans la continuité de la volonté de pérenniser ce site, entamée avec le wagon de la mémoire. Cela va permettre de continuer le devoir de mémoire, au-delà du territoire. C’est un devoir doublement important, par rapport au ferroviaire. La SNCF a été impliquée dans le fonctionnement du système du moins de ce camp et de la région. Il y a la nécessité de rappeler que la SNCF a servi d’outil, même si les cheminots ont résisté par rapport au fascisme. Mais par contre, par rapport au système, la SNCF a été participante. Et de manière générale, c’est important de connaître, partager et se souvenir de l’histoire pour ne pas la revivre. Et rappeler qu’il faut toujours être pour la paix et combattre le fascisme, le racisme et la xénophobie. »

    E.J.

    « Ce serait tout à fait justifié qu’il soit à l’Unesco », Hendrik Davi, député (l’Après) des Bouches-du-Rhône

    C’est une revendication assez ancienne du Camp des Milles, donc, ce serait bien qu’elle soit acceptée. Et c’est aussi important car c’est le seul camp accessible en France. Il a un rôle important en termes de devoir de mémoire. D’autant que le travail interdisciplinaire qu’il fait au Camp des Milles est assez exceptionnel.

    Surtout dans le contexte politique dans lequel on vit, avec l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans de nombreux pays et les menaces de l’extrême droite en France. D’autant qu’au Camp des Milles, il y a une particularité, c’est qu’il a été mis en œuvre avant l’arrivée de l’Allemagne nazie. Ce qui rappelle le passé fasciste français, car on oublie un peu souvent la place de Vichy dans la déportation des Juifs. C’est une initiative importante. Car au Camp des Milles, il y a eu d’abord des prisonniers politiques plus généraux avant 40. Ce qui montre la continuité de certaines politiques : quand on fait des mesures exceptionnelles et qu’on s’attaque aux opposants politiques, petit à petit on élargit les opposants, on élargit ceux qui subissent des répressions, et ça aboutit à l’horreur qu’on connaît. Il y a vraiment un rôle mémorial extrêmement important de ce camp des Milles, d’autant que c’est le dernier encore accessible en France et que le travail interdisciplinaire qu’il y est fait est assez exceptionnel. Pour toutes ces raisons, ce serait tout à fait justifié qu’il soit un patrimoine de l’Unesco. »

    E.J.

  • Des clichés de Mauthausen présentés à « La Marseillaise »

    Des clichés de Mauthausen présentés à « La Marseillaise »

    Présenter, à l’appui des images, la mémoire de l’horreur. C’est ce que propose l’exposition « La part visible des camps », composée de photographies du camp de concentration nazi de Mauthausen (1938-1945) et installée de lundi 4 au vendredi 8 mai dans les salles des rotatives de La Marseillaise (1er). L’exposition s’intéresse à « l’ensemble des fonds d’images existants » sur Mauthausen, où furent conduits plus de 200 000 hommes, et quelques milliers de femmes. On y retrouve des photos prises par des détenus libérés, par des libérateurs américains, mais aussi par les SS eux-mêmes. Car si les forces nazies ont détruit une grande partie de leurs archives durant les derniers mois de leur domination, certains originaux de Mauthausen ont été conservés. Des détenus espagnols, dans les rouages de l’administration du camp et au laboratoire photographique, les ont à l’époque dérobés, camouflés, sortis du camp puis confiés à une habitante du village. L’exposition, portée par les Amicales française et espagnole d’anciens déportés de Mauthausen, auxquelles se sont associées les autorités fédérales autrichiennes, compte quelque 500 clichés et circule en Europe depuis 2005.

    Les concepteurs de l’exposition insistent : « L’image n’est pas réalité objective. » « Il va de soi que l’œil du SS ne voit pas tout, que l’image qu’il fixe masque plus qu’elle ne montre, qu’elle est d’essence négationniste, lit-on dans le dossier de présentation. Le parcours de l’exposition est un travail, et l’appareil textuel accompagnant les photographies ne saurait être éludé. »

    17, cours d’Estienne d’Orves, entrée libre de lundi à vendredi, entre 10 et 18 heures.

  • Valeur universelle

    Valeur universelle

    La démarche engagée par le Camp des Milles, pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco mérite un large soutien des acteurs de notre territoire.

    Elle vise à faire reconnaître à la fois le site du Camp mais aussi l’approche de convergence des mémoires qu’y développe la Fondation présidée par Alain Chouraqui pour comprendre et prévenir les engrenages génocidaires.

    Cette tuilerie transformée en camp par la IIIe République pour enfermer les ressortissants du Reich -bien souvent des artistes antifascistes qui espéraient trouver refuge en France-, a ensuite été l’instrument du régime de Vichy pour y concentrer jusqu’à 3 500 « indésirables » avant de devenir un camp de déportation des juifs, hommes, femmes et enfants… Plus d’une centaine d’enfants et adolescents juifs furent déportés depuis le Camp des Milles. Le plus jeune avait un an.

    Résistance

    Dans un monde déchiré par les haines et les conflits, défiguré par l’antisémitisme et tous les racismes, ce lieu singulier est précieux.

    Le Camp des Milles porte en lui la mémoire de la Seconde Guerre mondiale mais pas seulement. Son existence est un acte de résistance à l’oubli, à l’indifférence et aux divisions meurtrières.

    La Marseillaise, journal fondé dans la Résistance au nazisme, soutient pleinement l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco comme elle avait soutenu le projet de site mémorial en son temps.

    Dans le même esprit, elle vous invite ce soir à 18h, à découvrir l’exposition « La part visible des camps » sur l’enfer de Mauthausen, dont Marcel Thomazeau, dirigeant historique de notre journal, est ressorti ne pesant plus que 34 kg.

    En outre, chaque week-end, nous publierons J’avais 16 ans à Pitchipoï le récit de Denise Toros-Marter, rescapée d’Auschwitz. Toujours vivante, elle fait partie des « grands anciens » du Camp des Milles.

    Comme l’écrivait Paul Éluard, « si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons ».