Tag: Bouches-du-Rhône

  • Un nouveau projet déminé dans le bunker de l’Escalette

    Un nouveau projet déminé dans le bunker de l’Escalette

    Le permis de construire mijote depuis six mois au service de l’urbanisme. Cette fois, c’est pour aménager des logements dans la « batterie basse de L’Escalette », chemin des Goudes, 8e. Après un refus d’autorisation d’un restaurant en 2018 puis d’un appart hôtel en 2024, Jean Levakis, le gérant de la SCI Calanques, a tenté une « rénovation extérieure avec changement destination en deux logements pour de la location saisonnière ». Saisie en avis conforme de ce dossier sensible, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) a mis un veto.

    M. Levakis caressait l’espoir d’être enfin entendu, à la faveur d’une sympathique modification du PLUI qui autorisait ce changement de destination rêvée avec le soutien de la mairie et de la métropole. Une révision qui n’est pas du tout du goût de l’État à en juger par le déféré préfectoral pour la faire annuler. Il faut dire que ce projet de meublés faisait peu cas de l’identité du bunker et ce d’autant qu’il prévoyait de redimensionner les ouvertures, de le recouvrir d’épais parements en pierre « pour atténuer l’impact paysager ». Pour rappel, ces trois blockhaus et le tobrouk (lire ci-contre) sont protégés au PLUI : « Les ouvrages ne devront pas être dénaturés. Ils devront conserver leur composition et leurs matériaux. Seuls sont autorisés des aménagements permettant la mise en valeur l’ouvrage. »

    « Un chef étoilé

    pour 40 couverts »

    Interrogé, Jean Levakis, 71 ans, prend acte du refus. « Mon projet s’arrête, je suis déçu. C’était deux habitations, ni plus ni moins. » Déterminé, il annonce « redemander des autorisations pour refaire un restaurant sous les conditions d’exploitation du parc des calanques puisque c’est la seule destination possible ». La batterie a abrité une discothèque dès 1956 puis un restaurant. « Il s’appelait “Le Schtroumpf” et il a fermé en 1997 un an avant qu’on achète », se souvient Jean Levakis qui dit avoir obtenu en 2010, en dépit des recours de trois associations, une autorisation d’ouverture reconduite jusqu’en 2018. « Elle n’a servi à rien car je n’ai pas trouvé d’investisseurs et ensuite j’ai eu un retrait d’autorisation de la Ville qui nous a demandé de faire de l’habitation. Là, on n’a pas le choix, on ne peut pas laisser le site comme ça. L’an dernier, on a eu une rave party avec 200 personnes et le tag se développe. » À présent, il dit consulter des « chefs médiatisés ». « Du fait qu’on est restreint en place de parking, pour que l’exploitation soit viable, il faut un chef étoilé pour 40 couverts. » Confiant, il se donne « a minima deux ans » pour ouvrir.

    Pas sûr que le Parc national des calanques (PNC) le suive sur un site habité d’espèces végétales à enjeu fort de protection dont la phrygane littorale en « dynamique de reconquête » sur la parcelle. La Ville, elle, voudrait « désengager ces espaces déjà anthropisés de la contrainte de la loi Littoral afin de permettre des évolutions compatibles avec le patrimoine ». D’où le toilettage du PLUI qui viole frontalement la loi Littoral. Toute construction, hors continuité d’urbanisation, est interdite dans la bande des 100 mètres, de surcroît en espace naturel classé, mais également tout changement de destination, et sans dérogation possible.

    « Tout projet est voué

    à l’échec »

    « Tout projet sur ce site somptueux est voué à l’échec. Rien ne se fera, tout sera contesté. Quand des noms apparaissent, tout le monde est frileux. À un moment donné, il faut savoir se faire oublier. Toute cette agitation aujourd’hui, c’est pour amuser la galerie. Mais leur objectif, c’est de vendre », sourit une source proche du dossier judiciaire. Car l’autre associé à 50% avec M. Levakis au sein de la SCI Calanques s’appelle Jean-Claude Pietrotti. Depuis juin 2010, ce promoteur de 67 ans est mis en examen pour extorsion du fabricant cannois de yachts de luxe et blanchiment en bande organisée aux côtés du gratin du milieu marseillais, les frères Michel et Gérald Campanella et Bernard Baresi. Depuis quinze ans, l’instruction est aux oubliettes, encapsulée dans un autre bunker, celui de la JIRS de Marseille.

  • L’État va-t-il condamner l’unique papetier français ?

    L’État va-t-il condamner l’unique papetier français ?

    L’heure est cruciale : le tribunal de commerce de Toulouse se prononce ce lundi après-midi sur l’avenir de Fibre Excellence. C’est l’audience de la dernière chance pour le groupe de pâte à papier placé en redressement judiciaire en avril dernier. Une seule offre de reprise, déposée mi-juin par l’entrepreneur Matthieu Pigasse, a reçu le soutien à la fois des salariés, des syndicats et des collectivités locales. Projet qui a fait renaître l’espoir au sein de toute la filière. C’était sans compter sur la fin de non-recevoir opposée par le gouvernement. Jusqu’à la dernière minute, la CGT a poussé l’exécutif à soutenir le projet : « Plus que jamais, l’État doit agir pour la préservation de ce fleuron industriel français. » Et pour cause : « Il dispose des leviers pour ce faire : au-delà des plus de 100 millions d’euros mobilisés depuis 2020 dans cette entreprise, il peut agir sur les tarifs de l’électricité [produite à partir des copeaux de bois et vendue à EDF], la régulation du marché du bois, les garanties financières… », écrit la CGT ce vendredi.

    Car sur les sites de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, et Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, l’inquiétude plane. Un sentiment alimenté par les propos de Roland Lescure, qui a jugé l’offre « pas au niveau » et accusé Matthieu Pigasse de faire « de la politique », estimant que le financier entraînerait les salariés vers un « cauchemar » économique : « Cette déclaration est indigne de la part du ministre, qui s’acharne à décrédibiliser cette offre par pur calcul politicien. Au contraire, un tel projet devrait recevoir le plein soutien du gouvernement compte tenu des enjeux qui le traversent », estime le syndicat.

    Les salariés qui ont annoncé placer les deux usines « sous protection », en les occupant à durée indéterminée, redoutent la liquidation judiciaire de Fibre Excellence. Si tel était le cas, les 660 salariés de Tarascon et Saint-Gaudens, les 228 de la Chapelle-Darblay, et les 10 000 emplois indirects s’ajouteront aux centaines de milliers détruits dans l’industrie par la macronie depuis son accession au pouvoir. Un bilan désastreux, loin de la réindustrialisation promise. « Si l’État ne suit pas, c’est lui seul qui condamne la filière et les milliers d’emplois qui en découlent », prévient la centrale de Montreuil.

  • Fos-sur-Mer : le navire Deliver condamné pour défaut de pavillon

    Fos-sur-Mer : le navire Deliver condamné pour défaut de pavillon

    L’armateur a été condamné par le tribunal judiciaire de Marseille à une peine pécuniaire de confiscation pour avoir omis de justifier de la nationalité du navire.

    Le Deliver battait pavillon camerounais, bien qu’il figurait sur une liste de « navires radiés du pavillon camerounais » établie le 29 mai par le ministère des Transports de ce pays.

    Il est également sur la liste des navires sous sanctions de l’Union européenne depuis février 2025, et est le cinquième pétrolier soupçonné de faire partie de la flotte fantôme russe arraisonné depuis septembre 2025 par la France.

  • [Week-end] Rencontres d’Arles : des mondes à relire

    [Week-end] Rencontres d’Arles : des mondes à relire

    L’exposition Modèle animal, 200 ans de photographie parcourt deux siècles d’histoire et rassemble le travail de nombreux artistes. Un panorama visuel d’une grande diversité qui invite à repenser les frontières entre l’humain et l’animal, entre le regard et l’image, entre le réel et sa représentation.

    Exposition à voir à La Mécanique Générale.

  • Marseille : annulation du concert «scène sur l’eau»

    Marseille : annulation du concert «scène sur l’eau»

    Ce samedi soir à partir de 20h30, les artistes Jungeli, Holly G & Shanika et Scorpio Qveen devaient se produire sur la scène sur l’eau de l’Été Marseillais. En raison des mauvaises conditions météorologiques et pour des raisons de sécurité, le concert est annulé, a informé cet après-midi la Ville de Marseille.

  • À La Ciotat, des détritus échangés contre des « créations uniques »

    À La Ciotat, des détritus échangés contre des « créations uniques »

    « Chaque sac de déchets ramassé sur la plage donne droit à une pièce de monnaie sauvage ». L’association Sauvage Méditerranée, engagée dans la revalorisation de déchets sauvages, a officialisé le lancement de leur nouveau dispositif à La Ciotat, ce 23 juillet. L’occasion de présenter les différentes boutiques partenaires du projet.

    Un engagement à l’année

    Depuis 2018, Sauvage Méditerranée recycle plastique, filets de pêche ou même voiles de bateau, en bijoux, sacs ou tableaux. Des « créations uniques et écoconçues », précise la structure dans un communiqué. Ces créations sont proposées sur une boutique en ligne. Les bénéfices sont en partie reversés à des associations de protection de l’environnement. Jusqu’au 9 août, les déchets ramassés sur la plage deviennent donc monnaie d’échange : chaque pièce de monnaie équivaut à un bon d’achat de 5 euros dans la boutique éphémère de l’association, baptisée Quel Pot !, à La Ciotat.

    Chez Sauvage, la « consommation responsable et éthique » ne s’estompe pas après l’été. Confectionnée à Aix-en-Provence à partir de déchets préalablement ramassés dans la nature, cette « monnaie sauvage » continuera d’être distribuée toute l’année aux bénévoles des associations Les Dynamos, Alternatiba et l’Atelier Bleu, afin de « découvrir d’autres associations qui œuvrent pour la transition écologique et sociale à La Ciotat ». À ce jour, plus de 50 commerces acceptent cette monnaie entre Marseille, La Ciotat et Toulon. « Une manière de revenir vers nos commerces de proximité », juge l’association.

    Andréa Goyard-de Castro

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    L’union jusqu’alors inédite de la SFIO, du PCF en 1934, rejoints par le Parti radical en 1935 va permettre grâce à la discipline républicaine du retrait pour le candidat le mieux placé au premier tour de donner une majorité conséquente au Front populaire.

    Pain, Paix, Liberté. » Ces trois mots résument le programme des trois partis qui ont signé l’accord de désistement réciproque qui donnera la victoire au Front Populaire lors des législatives du printemps 1936. La SFIO, le Parti radical et le PCF vont ainsi constituer une coalition de gauche qui va marquer durablement l’histoire du pays. Chacun des trois partis va présenter ses propres candidats dans les circonscriptions, mais tous s’engagent à se retirer au second tour en faveur du candidat le mieux placé.

    El là encore, les régions du sud de la France vont donner le la et serviront de modèle au reste du pays. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône c’est en juin 1934 qu’est signé le pacte départemental d’unité d’action entre la SFIO et le PCF, une signature qui intervient un mois avant la signature d’un même accord à l’échelon national le 27 juillet 1934, pacte qui sera ensuite rejoint par les radicaux en juin 1935.

    « La mutation opérée par le PCF n’aurait toutefois pas eu l’effet escompté si, au même moment, au sein de la SFIO, une minorité très active n’avait pas poussé à des actions communes avec la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, autre nom du PCF). La conjonction de ces efforts aboutit en juin 1934, un mois avant la ratification d’un accord similaire au niveau national, à la signature d’un pacte départemental d’unité d’action entre la SFIC, représentée par le tandem François Billoux-Jean Cristofol, et la SFIO emmenée par son secrétaire Rémi Roux et par Jean Calvelli », note l’historien Jean Domenichino, auteur de Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (Editions Les Fédérés), qui ajoute que « ce rapprochement ne tarde pas à porter ses fruits ». « Cette unité retrouvée permet un succès des partis de gauches aux élections municipales de 1935, en particulier à Marseille avec l’élection du socialiste Henri Tasso qui bat la liste Pierre-Ribot-Sabiani. En fait, les élections de 1935 préfigurent le succès électoral des partis du Front populaire de mai-juin 1936. »

    À Marseille, lors du VIIIe congrès national des Jeunesses communistes au cinéma de l’Alcazar du 19 au 22 mars 1936 en présence de Jacques Duclos, Raymond Guyot secrétaire de l’Internationale communiste des jeunes et de Victor Michaut secrétaire des Jeunesses communistes, le mouvement décide de tout mettre en œuvre pour l’unité de la jeunesse ouvrière en une seule fédération et de rassembler toutes les forces de la jeunesse antifasciste.

    À Marseille toujours, François Billoux comprend que la progression de l’influence communiste passe par un combat acharné contre Sabiani et son équipe. Aussi, tout en développant la politique générale du parti, il lance celui-ci dans une vaste campagne dénonçant la corruption et le gangstérisme qui rongent la cité phocéenne.

    Cette campagne ardente pour un « Marseille Propre » est au centre de toute l’action communiste lors des élections législatives. Le 20 avril à la place Marceau, François Billoux décide d’affronter Sabiani dans son propre fief. La reculade de ce dernier lors de la réunion contradictoire montre que le rapport de force s’est modifié. Billoux est élu député de la 3e circonscription, au second tour avec 7 285 suffrages contre 6 323 voix à Sabiani, en ayant bénéficié du désistement du candidat SFIO, Ferri-Pisani.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    La première question à l’ordre du jour était celle des salaires et de la préparation d’un mouvement revendicatif national. La résolution sur les salaires et les prix entraîna un premier incident.

    Une motion présentée par Cochinard s’opposa à la hausse générale des salaires réclamée par Pierre Lebrun.

    Le débat fut ouvert sur les manœuvres de scission que je dénonçai. Indigné, m’adressant aux diviseurs, je leur dis : « Camarades, après les interventions de nombreux camarades, celles de Benoît Frachon, Hernio de la fédération des cheminots que j’approuve entièrement, vous me permettrez de donner mon point de vue sur un aspect que je considère très sérieux dans la situation actuelle. Les trusts américains ne doivent plus intervenir ouvertement dans la vie politique et syndicale. L’indépendance économique et politique est menacée, l’obstacle majeur à l’intervention directe des trusts américains reste la Confédération générale du travail. C’est pour cela que nous assistons à une attaque concertée contre la CGT avec des complices de Truman qui, sous prétexte de défendre les syndicats contre une imaginaire emprise politique, développent leur campagne. »

    La résolution soulève le débat

    Je condamnai certaines interventions et en particulier celle de Bouzanquet, secrétaire confédéral : « J’ai en ma possession tes écrits où tu nous reproches de ne pas avoir condamné le pacte germano-soviétique et avec ce prétexte, tu portes de l’eau au moulin de la réaction qui se sert de ton autorité pour écrire dans ses journaux que la CGT est dirigée par des communistes. L’anticommunisme, voilà le véritable fléau, nous savons où cela nous a menés, de Munich à 1940. Bothereau a présenté une résolution qui approuve le plan Marshall et elle a été repoussée. Je demande au président de séance de présenter une résolution. »

    Il est intéressant de rappeler le débat que souleva ma résolution. Pour la défense de l’indépendance et de l’unité, la réaction la plus virulente fut celle de Capocci, secrétaire de la fédération des employés de commerce.

    Il essaya de justifier les actions qu’ils avaient menées pendant l’Occupation et déclara : « J’ai entendu Molino ressasser les vieilles histoires, j’en ai assez, nous en avons assez… On parle aussi de dollars que nous aurions touchés, je vous assure, camarades, que les dollars que nous avons pu toucher ne nous ont pas fait mal au ventre et qu’ils ne vous feraient pas mal au ventre si vous en mangiez autant que nous. »

    Et s’adressant à moi : « Tu as cité ma fédération ; permets-moi de te dire que s’il est une fédération qui peut parler d’indépendance, c’est bien la nôtre. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Portrait] Marina Lafon-Borelli : comment naviguer entre XVIIIe et XXIe siècles ?

    [Portrait] Marina Lafon-Borelli : comment naviguer entre XVIIIe et XXIe siècles ?

    Dans sa vie quotidienne, depuis les baies vitrées d’un appartement situé dans un immeuble de Fernand Pouillon qui prend vue sur le Vieux-Port et le flanc droit de l’hôtel de ville, Marina Lafon se sait chanceuse et privilégiée. Une mère infirmière qui l’orienta vers la médecine, un père italien avec un ancêtre qui vécut longtemps en Égypte, les deux branches de son arbre généalogique ont fait d’elle une héritière : la collection de faïences qu’elle rassemble depuis quatre décennies est surdéterminée par son entourage. Dans le discours de son introduction en 2020 à l’Académie de Marseille, Daniele Giraudy a raconté comment sa famille l’avait félicitée pour l’une de ses incartades. En 1977, après la soutenance de sa thèse de Médecine qui explore les Conditions de travail des égoutiers de Marseille, sa grand-mère lui offrait trois somptueuses assiettes, des jetées de fleurs et des insectes de la Veuve Perrin.

    Du côté de sa mère, ses ascendants, des Grecs de Constantinople établis à Marseille au début du XIXe siècle, étaient des banquiers polyglottes ou bien des entrepreneurs. Son arrière-grand-père, Polype Zafiropoulo fut le commissaire de la section peinture de l’Exposition coloniale de 1906. Il habitait jusqu’en 1943, près du cours Puget, au 13 rue Edouard-Delanglade, un hôtel particulier lourdement aménagé. On l’aperçoit derrière les grilles d’une cour pavée, Marina Lafon a décrit son intérieur dans le numéro 255 de la revue Marseille. Des photos de 1908 en sont témoins, on trouvait dans cet espace un curieux concentré de signes d’opulence et de distinction : des tapisseries de Flandres et d’Aubusson, des meubles de haute époque, des toiles de Monticelli et Gustave Ricard, des assiettes de Saint-Jean du Désert, un cache-pôt de Théodore Deck.

    Zafiropoulo avait pour ami l’Abbé Arnaud Daniel qui écrivit un livre de première importance à propos de Moustiers. De même, les meilleurs chercheurs de notre époque, Daniele Maternati-Baldouy et Régis Bertrand se sont associés à l’exposition de cet été, Faïence et Dévotion dont elle est la commissaire. En dépit de son confort, des flots de la lumière du Vieux-Port et de la simplicité de sa cuisine, son appartement n’est pas résolument moderne, « les choses changent pour que rien ne change ».

    En amont du Tricentenaire de l’Académie

    Sa profuse et remarquable collection ressemble à ce qu’on peut savoir, via des donations et le marché de l’art, à propos des prestigieuses collections provençales de la famille des banquiers Jourdan-Barry ou bien d’une spécialiste de la faïence comme Marguerite Desquelles. On y trouve plus de 200 pièces, des polychromies, des camaïeux verts et des liserés de manganèse, quatre vases bleus et blancs qui appartenaient à Jules Charles-Roux, des objets un brin insolites, des surtouts de table, des plats à barbe ou des chaufferettes. Souci de discrétion implique de ne pas détailler un article paru à propos de ces objets dans Connaissance des Arts en janvier 2024, par exemple le surgissement d’une cheminée d’usine sur une toile qui ponctue finement le bonheur qui se vivait à l’Estaque en 1918.

    Chacun sera libre de trouver luxueuse et désuète, ou bien savoureusement orientée cette collection. Par-delà ces clivages faiblement productifs, les propositions de Marina Lafon sont autrement intéressantes. L’un de ses plus vifs souhaits est de mieux faire percevoir du côté des faïences, un centre artistique majeur, l’écosystème d’un âge d’or qui forgea avant la Révolution un segment conséquent de la réputation multiculturelle du Vieux-Port : d’un côté, des artisans créatifs et des dirigeants de manufactures inventifs comme les Clerissy, Pierrette Candeloup et Joseph Fauchier, de l’autre des bourgeois et des aristocrates convaincus dans toute l’Europe de l’excellence des productions de Marseille et de Moustiers.

    Depuis qu’elle a quitté la Médecine du Travail, Marina Lafon mène une seconde vie pleine d’énergie, d’érudition, d’enthousiasme et de fantaisie. Au musée Borély elle dirige un Fonds de dotation qui coordonne les précieux achats d’une centaine de mécènes privés. En tant que présidente pendant deux ans de l’Académie de Marseille, ses capacités de dialogue et de diplomatie auront permis de déployer pour le Tricentenaire de cette institution les prémices d’une partition dont l’un des points forts est précisément la problématique de son exposition du musée Notre-Dame de la Garde.

    « Faïence et Dévotion », musée de la Basilique Notre-Dame de la Garde, jusqu’au 22 novembre, tous les jours de 9h à 17h.

  • [Week-end] Le camping Santa Gusta à La Ciotat, l’esprit camping, tous les étés

    [Week-end] Le camping Santa Gusta à La Ciotat, l’esprit camping, tous les étés

    Loin des polices minimalistes en vogue, l’enseigne du Santa Gusta porte les marques de son histoire. Installé sur la route de Toulon, reliant les communes de Saint-Cyr-sur-Mer et de La Ciotat, c’est dans un style cursif rétro que le camping vend son nom, vieux de plusieurs dizaines d’années. Nichés derrière une station-service abandonnée en bord de départementale, les lieux passent sans doute inaperçus aux yeux de nombreux passants qui, faute de s’être aventurés au-delà de la réception, ne découvriront jamais le splendide panorama qu’elle dissimule.

    Aux alentours de 13h30, le 14 juillet, la première esplanade du campement, construit en restanques, jouit de ce calme si propre à l’été provençal, bercé par l’assourdissant chant des cigales. Çà et là sont établies quelques caravanes, pour beaucoup portes closes, probables témoins d’une virée à la plage de leurs propriétaires. D’autres, peut-être influencés par les températures caniculaires, ont opté pour la sieste, tanqués sur leur transat placé sous les pins. Face à eux : une vue imprenable sur la baie de La Ciotat, aussi appelée Golfe d’Amour. Un peu plus bas, presque sur la plage, un couple déjeune sur son emplacement, observant les passants en balade sur la Corniche d’Arène-Cros.

    Port d’attache

    À quelques mètres, Roland s’affaire sur sa terrasse suréquipée : table en bois, chaise de salon de jardin, lavabo, transats en tout genre. Sa femme, qui n’a pas souhaité donner son prénom, est installée devant leur roulotte qui, dépourvue de roues, prend désormais des airs de mobil-home. « On vient ici depuis 1978 ! », s’exclame-t-il, comme une évidence. Lui et sa compagne sont en réalité des résidents de longue date. Originaires d’Aubagne, ils viennent chaque été passer leurs vacances en bord de mer. Autrefois présents de mai à octobre, ils séjournent désormais de juillet à la mi-septembre. « On est très attachés aux lieux. Notre fille a grandi ici, notre petit-fils vient aussi souvent nous rendre visite, s’émeut l’Aubagnais. C’est vrai que les choses ont quand même bien changé. Avant, c’était vraiment comme un quartier où tous les jeunes, et les vieux, se retrouvaient chaque été. Il y avait un esprit de bande. Aujourd’hui, il y a plus de touristes. Le campement est plus calme. Après, nous avons aussi évolué : on se couche moins tard, on fait moins la fête… »

    Pourtant, les allées du camping regorgent encore de quelques résidents permanents, ou au moins réguliers. En retrait du front d’eau, on trouve Jennyfer, attablée dans ce que l’on pourrait presque qualifier de petit jardin. « Bien sûr » qu’elle connaît Roland, « très bien même ». « Ça fait 32 ans que je le fréquente ! », ironise-t-elle. Installée à Marseille le reste de l’année, elle revient chaque été passer deux mois au Santa Gusta, ponctuellement accompagnée de ses enfants ou de ses amis. Ce qui lui plaît au camping : « Le calme, la tranquillité, la proximité avec la mer. » Mais aussi, bien sûr, « le fait d’avoir de bons voisins, car c’est ça, avant tout, l’esprit camping ».

    Un esprit également cher aux cœurs de Ginette, Simone et Marc, ce mardi-là postés ensemble sur la terrasse d‘un bungalow. « On profite du beau temps, de la plus belle baie du monde, mais aussi des amis qu’on s’est faits ici », s’enthousiasme Marc, originaire de Bordeaux, avant qu’un passant, Irek, lui venu des Ardennes, l’interrompe pour prendre de ses nouvelles, comme chaque année. L’an prochain encore, ils seront au rendez-vous.