Tag: Bouches-du-Rhône

  • Des œuvres d’art à découvrir dans les jardins à Aix

    Des œuvres d’art à découvrir dans les jardins à Aix

    Le temps d’un week-end, le jardin Mérindol, le jardin des Guerriers et celui des Étuves, au cœur d’Aix, se transforment en galeries à ciel ouvert.

    « Mon souhait, depuis 20 ans, est d’offrir l’art gratuitement », se réjouit Andréa Ferréol, créatrice de l’événement. L’actrice de La grande bouffe est aussi une passionnée d’art. Chaque année, elle part à la rencontre des artistes pour proposer un festival hétéroclite, tant dans les médiums que dans les styles. Les artistes seront présents durant la journée pour échanger avec le public.

    Une programmation variée

    Dans le jardin Mérindol, la sculpture est à l’honneur avec le travail organique de Bernard Fugueroa et les créations en clous anciens de l’artiste belge Fabrice Magnée. La dessinatrice Marie-Laure Manceaux réalisera des portraits des visiteurs qu’ils pourront emporter avec eux. Une lecture et un concert de clarinettistes sont prévus en soirée.

    Dans le jardin des Étuves, la jeune garde de la peinture est bien représentée : César Malfi, mêlant art brut et style Renaissance, Philippe d’Orléans et sa série de trônes, mais aussi les dessins hyperréalistes de Mathieu Dutemps, impressionnant de technicité. Le célèbre street-artiste M. Chat, la peintre Corrine Pradier et la céramiste Noémy Meney y seront également exposés.

    Le jardin des Étuves se transformera en un véritable théâtre à ciel ouvert, avec des concerts, des lectures, ainsi qu’un spectacle d’humour de la fantasque Zize Dupanier, dimanche 21 juin à 17h.

    Enfin, le jardin des Guerriers accueillera les sculptures en fil de fer tout en finesse de Myriam Louvel, et celles en toiles d’araignée colorées de l’artiste Quiberon. En journée, une lecture musicale et un spectacle pour enfants sont prévus. Le samedi à 17h, un spectacle du G.U.I.D aura lieu.

    Les Flâneries, les 20 et 21 juin, à Aix. Entrée libre et gratuite. Programmation sur www.aix-en-oeuvres.com/flaneries

  • Vers une direction collégiale à la tête du PS 13

    Vers une direction collégiale à la tête du PS 13

    C’est une page que s’apprête à tourner la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, la deuxième dans le pays pour le parti à la rose. À sa tête depuis 2021 après la démission de Nora Mebarek et la transition houleuse qui s’en était suivie, l’adjoint marseillais à la vie associative Yannick Ohanessian devrait, selon des informations concordantes, céder dans les semaines à venir son siège de premier secrétaire fédéral au profit d’une direction collective transitoire.

    Une information que conteste le principal intéressé, indiquant conserver à ce jour ses fonctions. Même si celui qui ne pointait qu’à la 33e place de la liste du Printemps marseillais lors des dernières municipales avait déjà ouvertement par le passé déploré les attaques internes. « Pour l’année 2024, je n’ai pas toujours été épargné », déplorait-il ainsi lors des vœux de la fédération PS en 2025, en appelant à la « camaraderie ».

    « Nous avions une fédération un peu à l’arrêt depuis la fin de l’année dernière, des militants nous demandaient ce qu’il se passait, il n’y avait plus de réunion », explique l’adjointe à l’urbanisme Audrey Gatian, sollicitée par La Marseillaise. « Nous avons besoin d’un parti qui travaille, dise les choses, les porte localement », défend-elle en distinguant la situation des mélodrames nationaux qui traversent le parti. Une direction collégiale de six membres a ainsi été présentée à la direction nationale, représentative du poids des différents textes d’orientation dans le département, avec l’espoir de la voir installée « dans les semaines qui viennent ». En espérant une transition « la plus courte possible ».

  • [Entretien] Ammar Yassir : « J’aimerais que les gens s’informent sur le Soudan »

    [Entretien] Ammar Yassir : « J’aimerais que les gens s’informent sur le Soudan »

    Ammar Yassir n’a pas encore 21 ans et, pourtant, il a déjà exposé ses photos au Prix Bayeux Calvados des reporters de guerre, et dans d’autres villes européennes. Aujourd’hui, le jeune photojournaliste expose ses photos à Marseille, aux côtés de cinq autres photojournalistes soudanais. Une exposition organisée par les journalistes Eliott Brachet et Arthur Larie à la librairie Maupetit, sur la Canebière. À travers ses photos, il raconte son parcours d’exilé et un bout de la guerre au Soudan.

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous raconter l’histoire derrière les photographies sélectionnées pour cette exposition ?

    Ammar Yassir : Ces photos font partie d’un projet que j’ai appelé « I will never find home ». Le cœur du projet est l’exploration de soi et de son entourage. J’ai documenté les lieux traversés sur plusieurs mois, dans les camps de réfugiés, en Ouganda et dans diverses villes du Soudan, dont celle de mon père, attaquée par les forces paramilitaires. Je questionne, dans cette série, ce qui fait que l’on se sent chez soi, le sentiment d’appartenance à travers les lieux que l’on habite. L’autoportrait, intitulé « Conflicted », représente mes conflits intérieurs au sein du « grand conflit », celui de la guerre au Soudan lorsque j’habitais à Djouba, une période très difficile.

    Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour cette série ?

    A.Y. : En fait, la plupart de mes cartes SD et mon téléphone avaient été volés lors d’une manifestation de la Gen Z au Kenya. La majorité des photos étaient en couleur. J’ai donc dû trouver un lien entre les autres photos, et ce lien a été le noir et blanc. Des lieux sont représentés à travers des archives, des photos prises avec mon téléphone ou avec mon Canon, et à travers eux, je tente de répondre à mes questionnements sur le sentiment d’appartenance. À gauche de mon autoportrait, on voit une photo de tente. Elle renvoie à une période très difficile, nous étions à 9 dans une tente avec ma famille, dans un camp de réfugiés au Sud. Et, bizarrement, j’y ai de bons souvenirs car nous étions tous ensemble.

    Quel est le lieu que vous pouvez appeler « maison » ?

    A.Y. : Je pense que je peux dire que « chez moi », c’est la ville d’Omdurman, où je suis né. Je pense surtout à la maison de mon grand-père maternel, c’est ce lieu que j’espère retrouver. Je vis actuellement à Hambourg, en Allemagne, dans une résidence d’artistes qui se termine bientôt. J’essaye de ne pas penser à la suite, mais j’hésite à retourner au Soudan et je ne sais honnêtement pas dans quel état je vais retrouver cette maison.

    Que souhaitez-vous transmettre à travers la photographie ?

    A.Y. : À travers la photographie, j’ai l’opportunité de partager les récits de ceux qui ne peuvent pas raconter leur histoire et notamment les réfugiés soudanais. J’ai eu la chance de pouvoir raconter la mienne, c’est désormais à mon tour de raconter la leur. Enfin, j’aimerais sensibiliser au fait qu’il est nécessaire de s’informer sur la guerre au Soudan, sur son histoire, sur la complexité de la situation et l’importance de nommer ce que cette guerre est réellement : une guerre par procuration, pas une « guerre civile ».

    Les photos d’Ammar Yassir et des cinq autres photographes soudanais sont à retrouver jusqu’au 20 juin à la Librairie Maupetit, 142 La Canebière.

  • Dans « les Théâtres », une saison marquée par des héroïnes

    Dans « les Théâtres », une saison marquée par des héroïnes

    « Le Gymnase entre dans sa dernière ligne droite avant réouverture », annonce Dominique Bluzet. Le chantier du théâtre le plus ancien de Marseille, fermé depuis près de six ans, « avance normalement », assure le directeur des « Théâtres », qui comporte également en son sein la scène des Bernardines, à Marseille, ainsi que les salles aixoises du Grand Théâtre de Provence (GTP) et du Jeu de Paume. « On espère que le Gymnase nous sera rendu à l’été ou à l’automne 2027. De toute façon, la saison qui arrive sera la dernière que l’on fera hors les murs », promet l’entrepreneur culturel.

    Pour sa saison 2026-2027, le Gymnase continuera de déployer son programme à La Criée, l’Odéon, au Théâtre Joliette et à la Friche Belle de Mai. Au menu, une cinquantaine de représentations de 12 spectacles, parmi lesquels les Trahisons d’Harold Pinter, triangle amoureux dépoussiéré par Tatiana Vialle, un Don Juan, signé Philippe Car et incarné par Valérie Bournet, qui passe de la stature du « séducteur flamboyant » à celui de « prédateur », ou encore La chair est triste hélas, texte d’Ovidie porté par la verve d’Anna Mouglalis.

    Rois et héroïnes

    Dans Il Risveglio – L’éveil, le metteur en scène et acteur italien Pippo Delbono évoquera, lui, « la perte de l’amour de sa vie et comment s’en relever. Un choix entre sombrer et revivre, par la musique », campe Dominique Bluzet. À noter aussi, toujours dans le cadre de la saison hors les murs du Gymnase, Le Roi Lear revisité par l’homme de théâtre congolais Dieudonné Niangouna, ainsi que Ménopause, écrite par Alex Goude et Alexandra Cismondi. Une comédie musicale prenant pour point de départ « quatre femmes qui se battent pour un soutien-gorge dans un grand magasin » et qui « découvrent, malgré leurs différences, un point commun auquel elles ne peuvent pas échapper ».

    Le programme des « Théâtres » sera jalonné par 97 spectacles et 265 représentations, se félicite Dominique Bluzet. Du côté des Bernardines, charge à Barbara (par Barbara) d’ouvrir la saison. La Marseillaise Marie-Sophie Ferdane dans le rôle-titre, une plongée dans la vie et les paroles de la chanteuse de L’aigle noir. L’auteur et metteuse en scène Louise Vignaud réécrira quant à elle le mythe de Médée/s, interprétée par Rachida Brakni. Selon cette dernière, « une figure féminine qui a été écrite plusieurs fois, mais toujours sous le regard d’un homme. On en parle souvent comme d’une sorcière pour mieux la tenir à distance ».

    Preljocaj, Nordey…

    À Aix, le Grand Théâtre de Provence entrera dans une nouvelle ère. Doté de sa nouvelle délégation de service public pour cinq ans, le GTP voit l’arrivée de deux directrices générales, Johanna Flores et Anne-Sophie Dorion. « ADN toujours inchangé et programmation pluridisciplinaire » renouvelée, un projet qui permettra la « création d’une salle de 500m² » pour accueillir des propositions axées autour « des enfants, des jeunes talents et du cabaret ». Et, au programme de la salle-mère, des spectacles qui s’annoncent majestueux, à l’instar de la première mondiale de Soulèvement, du Ballet Preljocaj. « Cette pièce n’est pas un brûlot politique mais va parler de la manière dont les corps se soulèvent pour revendiquer ou corriger des injustices », résume le chorégraphe Angelin Preljocaj.

    Quant au Jeu de Paume, il sera cette saison le théâtre de belles curiosités comme Résurrection, relecture du roman de Tolstoï par Leïla Slimani et Simon Delétang, assurée « pour partie » par la troupe de la Comédie française, ou encore Madame de Sade, pièce écrite en 1965 par Yukio Mishima, que Stanislas Nordey met en scène avec un casting 6 étoiles, comme autant de comédiennes (Anne Brochet, Mélanie Thierry…) portant un regard sur le marquis libertin.

  • Adrien Vescovi : la Charité dans des draperies couleurs d’aube et de désert

    Adrien Vescovi : la Charité dans des draperies couleurs d’aube et de désert

    La transformation douce que l’on découvrait en soirée ce samedi, lors de l’inauguration, est le résultat d’un long processus. Six mois d’expérimentations sans relâche furent requis. Une jeune équipe – cinq ou six assistants – s’est mobilisée au milieu des pigments, des cuves, des machines à coudre et des tables de repassage d’un atelier de la Belle de Mai. Pour les chorégraphies des coursives et des arcades des trois niveaux du bâtiment, 106 assemblages de 648 draps ont été reteintés et séchés au terme de plusieurs cuissons.

    Dans la chapelle, pour les plis verticaux, l’ordonnancement et les nuances des rideaux qu’il fallait imaginer au-dessous de cette étrange coupole ovale qui s’étire en longueur, le chef d’orchestre des ellipses de cette composition a obtenu d’un mécène avisé, la Supima, l’arrivée de 800 m2 de grands lés de coton des Indes. Dans ce sanctuaire de plan complexe -avec des déambulations, des espaces secondaires, des niches et des points de repos – il fallait éprouver simultanément les rebonds d’un architecte hors normes et le chant incessant d’une lumière dont les transparences et les modifications sont multiples.

    Utiliser sans mièvrerie ni complaisance des effets de miroir, des gradations de couleurs pastel, des violines, des verts, des oranges et des roses implique une capacité d’anticipation sans faille.

    Drames et sublimations

    L’auteur de cette transformation à la fois énorme et provisoire, Adrien Vescovi, a 44 ans. Cet « ancien jeune homme », ce doux rêveur de haute taille, est un esprit remarquablement organisé, à la fois intuitif, utopiste et méticuleux. Pour que les palettes de ses draps soient en harmonie par rapport au calcaire des vieilles pierres, il fallait oublier les musées, le CIPM et l’Ecole des Hautes Études, appréhender les intuitions d’un immense architecte (Puget décède en 1694, la chapelle est achevée par son fils François, six ans plus tard) et plus de trois siècles de dégradations : le sauvetage et la réhabilitation de la Charité s’effectuèrent tardivement, entre 1970 et 1986.

    Jusqu’en 1796, mal nommée, la Charité fut un lieu de souffrances : les indésirables, des mendiants sans domiciles fixes, des malades et des vieillards s’y trouvaient enfermés. Au XIXe siècle c’est une caserne. En 1922, elle devient un lieu municipal insalubre qui accueille des personnes délogées pendant la démolition du quartier de la Bourse. En 1945 et jusqu’en 1962, des pêcheurs ou des manœuvres rescapés de la destruction du Vieux Port, 146 familles se partagent l’espace. Du linge et des draps qui sèchent sont suspendus n’importe où. Pendant la nuit, on allume de grands braseros pour se chauffer, s’éclairer et cuisiner.

    On l’aura compris : pour faire muer son évocation de l’histoire de la Charité sans que les drames supplantent la vie quotidienne, Adrien Vescovi a sublimé des gammes de couleurs infiniment douces. Ses blancs et ses bleus sont proches des aubes des fresques de Piero dell Francesca. Ses ocres relancent les nuances qu’il apercevait depuis son train, dans les déserts qui s’étendent entre Saragosse et Madrid, lorsqu’il était pensionnaire de la Casa Vélasquez.

  • À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    « L’histoire est à nous », dans le sens populaire du terme. C’est en tout cas ce que l’adjoint Pierre Dharréville (PCF) défend à l’heure d’annoncer la troisième édition du festival d’histoire populaire de Martigues, baptisé Pop’Histoire, lors d’une conférence de presse, lundi, au cinéma La Cascade.

    Un festival qui « manifeste une volonté d’appropriation collective de l’histoire, cette science qui permet de comprendre les mouvements du monde et de la société », poursuit l’élu, en la mettant à disposition sur l’espace public. C’est sur cet aspect public qu’insiste l’adjoint (PCF) Florian Salazar-Martin : « On a la chance, à Martigues, que les espaces soient ouverts, lorsqu’ailleurs, beaucoup d’espaces libres se rétrécissent. » « Pop’Histoire est imaginé comme un printemps populaire de l’histoire, un moment de fête pour réfléchir et s’amuser », complète Jean-François Szymanski, de la librairie l’Alinéa, également co-organisateur de la manifestation.

    Cette troisième édition passe un cap partenarial, notamment avec Aix-Marseille université (AMU), dont le président, Éric Berton, signe l’édito du programme avec le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux et dont plusieurs chercheurs participent à l’initiative. Mais aussi avec l’Éducation nationale, à travers plusieurs rendez-vous dédiés aux collégiens et lycéens martégaux.

    De 1936 à 2026,

    une histoire de luttes

    « Le va-et-vient entre le présent et l’histoire est essentiel quand les repères se perdent avec le déroulement permanent de l’actualité », présente Florian Salazar-Martin. C’est ce qui caractérise cette troisième édition qui, d’un côté, consacre l’essentiel de sa programmation à l’étude du Front populaire et des conquêtes sociales de 1936, avec parfois un angle féministe et, de l’autre côté, répond – indirectement – à l’actualité brûlante du contrôle des médias et de la culture par des personnalités d’extrême droite.

    Particulièrement à l’heure de la censure annoncée par Canal+, piloté par Vincent Bolloré, à l’encontre des artistes signataires d’une tribune dénonçant l’influence du milliardaire dans le cinéma. « On ne peut pas accepter de mainmise sur les artistes et les idées pour faire triompher un agenda antiféministe, raciste », tranche Florian Salazar-Martin. Pierre Dharréville souligne à cet effet le rôle de Jean Renoir, « figure du Front populaire à sa manière ». « Ce qui se passe avec le cinéma s’est passé récemment avec le livre, avec Bolloré et les éditions Grasset », rappelle Jean-François Szymanski, renvoyant à l’historien « Yohann Chapoutot, qui a pointé cette volonté des oligarques de disposer des outils qui façonnent l’opinion publique ».

    Pop’Histoire promet une riposte à sa manière. « Une réponse en actes, une résistance avec ses contradictions, une alerte importante », conclut le libraire. « Le Front populaire s’est construit dans l’adversité face au fascisme depuis les émeutes de 1934 jusqu’aux grandes conquêtes sociales », développe Pierre Dharréville, qui n’oublie pas de souligner la place des femmes dans cette histoire, également au cœur du programme. Comme pour rappeler la nécessaire convergence de ces luttes.

    La conférence d’ouverture de Pop’Histoire, dédiée à la lutte des femmes pour leur liberté, aura lieu jeudi 28 mai à 18h, au cinéma La Cascade.

  • Les femmes revendiquent leur place dans les métiers de la Mer

    Les femmes revendiquent leur place dans les métiers de la Mer

    « On ne naît pas marin, on le devient », affirme François Lambert, directeur de l’École nationale supérieure maritime (ENSM) de Marseille. En ce lundi 18 mai, la Journée internationale des femmes dans le secteur maritime a été l’occasion d’une table ronde à l’ENSM. Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, s’est rendue sur place pour promouvoir le recrutement des femmes dans l’économie bleue. Encore largement sous-représentées, elles constituent 30% des actifs des métiers de la mer, avec une faible augmentation de 2% en six ans, selon l’Observatoire du Conseil maritime de façade. Certains secteurs sont plus inégalitaires, comme le transport maritime et la pêche. Dans le public, les étudiantes de l’ENSM ne représentent que 15% des effectifs.

    Isabelle Renaud, ambassadrice d’Armateurs de France, a fréquenté ces bancs. Ses douze années passées en mer lui ont appris à s’affirmer. « On m’a répété de nombreuses fois que c’était un métier d’homme. Il fallait en faire plus pour montrer sa valeur », raconte-t-elle, avant de poursuivre : « Les femmes ont toute leur légitimité dans le secteur. » L’autocensure, les stéréotypes et le manque d’information restent des freins à cette féminisation.

    « On a besoin de gage

    de sécurité »

    Le secteur entend aussi lutter contre les violences sexistes et sexuelles. « Une femme sur quatre [dans le milieu maritime] a été en situation d’insécurité, face à des hommes français ou étrangers, tous types de grades confondus », rappelle Emma, responsable de la cellule d’écoute et présidente du bureau des étudiants de l’ENSM. Elle dépeint la réalité d’une femme en mer : « De vous-même, vous n’iriez pas vous enfermer dans un appartement clos avec une trentaine d’hommes, parfois pendant des mois. Encore moins lorsque ces hommes exercent une autorité sur vous. » Si elles acceptent de se mettre dans ces situations, « en contrepartie, [elles ont] besoin de gages de sécurité ».

    La ministre Catherine Chabaud, première femme à avoir terminé le Vendée Globe en 1997, se dit toutefois témoin d’une amélioration de la condition féminine dans ce secteur : « Dans les années 80, une femme embarquée portait malheur. » Pour accélérer cette féminisation d’ici 2030, elle lance la rédaction d’un livre blanc, en lien avec les objectifs de l’ONU. Un appel à contribution national est lancé.

    Marie Moreau

  • Incinérateur : Suez peine à convaincre lors de la réunion

    Incinérateur : Suez peine à convaincre lors de la réunion

    Quelles seraient les conséquences d’un incinérateur pour la qualité de l’air ? Pour la nappe phréatique de la Crau ? Quel impact ce projet pourrait-il avoir sur le cadre de vie des Istréens, que ce soit au niveau du trafic routier ou des nuisances olfactives ?

    Les questions et inquiétudes qui entourent le projet « Istres recyclage et énergie » (IREN) de Suez sont nombreuses. Ce lundi soir, une deuxième réunion publique a été organisée au sein de l’auditorium de l’hôtel de ville pour que les habitants puissent obtenir des réponses du porteur de projet, installé sur le site de la Grande Groupède, dans la zone de l’Écopôle du Tubé Ouest, depuis 2013.

    Guillaume Le Goff, directeur territorial de la multinationale, rappelle : « On a une loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte qui nous contraint à réduire les capacités de stockage par enfouissement de 50% entre 2010 et 2025. » Dans la région, plusieurs installations vont fermer d’ici 2035, à l’instar de Septèmes-les-Vallons, les Pennes-Mirabeau ou Gardanne, supprimant environ 350 000 tonnes de capacité. « On va se retrouver face à un mur de valorisation des déchets de 362 000 tonnes, affirme Guillaume Le Goff. Si on ne fait pas émerger un projet comme celui d’Istres, on va être dans une situation compliquée. »

    Ce projet à 250 millions d’euros consisterait à ajouter une chaufferie pour combustibles solides de récupération, fabriqués à partir de déchets non dangereux et non recyclables, et une unité de méthanisation pour produire de l’électricité, du biométhane et des intrants agricoles. 80% des déchets admis en valorisation énergétique proviendraient de la région avec une distance moyenne de transport de 80km.

    « On est saturés »

    Dans la salle, l’enjeu est bien intégré. « C’est un bon projet pour éviter l’enfouissement, mais pas ici », pose Gilbert Dalcol, membre de plusieurs associations locales de défense de l’environnement. « Là où le bât blesse, c’est qu’on va avoir de nouveaux camions sur les routes sachant que le port va se développer d’ici quelques années, il parle de créer 10 000 nouveaux emplois. (…) Toute nouvelle industrie apporte une pollution. On est déjà saturés. »

    Concernant le trafic, Caroline Verdier, en charge des autorisations administratives du projet IREN précise : « Nos activités futures vont entraîner un trafic de 230 camions jour. Si on le compare au trafic journalier de la RN569, c’est moins de 2%. »

    Pour le volet émissions, sa collègue Sandrine Person, directrice du projet, présente les modélisations en matière de particules ultra-fines (PM10) : « Les études montrent qu’il n’y a pas d’impact significatif au niveau des poussières émises par nos installations. Idem pour l’ensemble des polluants. » Entre des filtres à manche, un contrôle de la température de la combustion, une neutralisation des acides, une captation des métaux et dioxines et des catalyseurs, Suez compte sur une batterie de technologies pour maîtriser ses rejets et opérer un suivi transparent auprès des pouvoirs publics.

    Malgré ce, dans la population, la pilule ne passe pas. La faute, peut-être, à la méthode ? « Tout a été fait dans le secret », déplore l’adjoint au maire délégué à l’environnement Luc Brezia, qui répète la position de la Ville : « Nous ferons tout pour l’incinérateur ne soit pas à Istres. »

  • Une journée sans écran avec des activités pour les enfants

    Une journée sans écran avec des activités pour les enfants

    Les enfants d’une quinzaine d’écoles, réunis dans le jardin de Guy-Azaïs, s’amusent sur des structures gonflables et jouent entre eux. La journée des alternatives propose un parcours de diverses activités et un temps de réflexion autour des écrans.

    Pour Mohamed (*), 10 ans, ce rendez-vous est important : « D’habitude, au lieu de passer du temps ensemble, on est sur nos téléphones. Là, on joue tous ensemble comme on le faisait avant. Avant que le téléphone n’existe », explique-t-il, en reprenant les termes de son père. Pour Lola, 11 ans, se défaire de son téléphone est difficile malgré le fait qu’elle en connaisse les dangers : « Je passe 4h par jour dessus parce que ça m’amuse beaucoup. On a appris beaucoup de choses aujourd’hui, je vais peut-être diminuer, c’est vrai que je suis moins fatiguée quand je suis moins dessus. »

    L’association En parenthèse propose des ateliers manuels dédiés aux enfants. Pour Frédéric Berry, membre de l’association, il faut simplement les initier : « Ils passent beaucoup de temps sur les écrans. Les journées comme ça, ça permet de voir ce qu’on peut faire comme activité loin des écrans et ça, c’est une très très bonne initiative. »

    Sensibiliser les parents

    Mathiot Yann, enseignant qui les accompagne, constate une grande différence avec les années 90 : « J’enseigne depuis 28 ans, donc avant les années 2000, où il n’y avait pas d’écran. En tant qu’enseignant, on voit très bien l’agitation, le manque de concentration, c’est très caractéristique de ceux qui passent beaucoup de temps sur les écrans. »

    Au fil des éditions, le nombre d’écoles qui participent à cette journée est passé de 1 à 15. Pour Manon Millet, directrice du centre social de la Capelette, il y a un enjeu parental : « On aimerait toucher les jeunes parents. C’est difficile parce qu’ils ne veulent pas du tout qu’on leur dise de diminuer les écrans. On est inquiets parce qu’il y a une vraie méconnaissance des parents, qui pensent éduquer leurs enfants en les mettant devant des vidéos. Sauf que l’enfant absorbe sans rien retenir. C’est une habitude à déconstruire. »

    Pour Youssef, papa de Leïla, âgée de 8 ans, le discours est à nuancer : « Il y a écran et écran, ça peut être éducatif parfois. Après, c’est sûr que je ne suis pas un bon exemple, pour moi, c’est un vrai combat personnel de diminuer le temps d’écran. »

    Le ministère de la Santé préconise une exposition inférieure à 2h par jour pour les 5- 17 ans, mais les données du site Vie Publique indiquent que « 55% des enfants de 9-11 ans passent en moyenne plus de 2h par jour devant les écrans ».

    Du 19 au 28 mai, 18 centres sociaux des Bouches-du-Rhône participent au défi déconnexion.

    (*) Les prénoms ont été modifiés

  • [Trafic de stupéfiants] La fable du jeune transporteur de grosses liasses de billets

    [Trafic de stupéfiants] La fable du jeune transporteur de grosses liasses de billets

    Chamsedine (*) 21 ans, comparait pour la troisième fois. Le 9 juin dernier, la Bac Nord l’a contrôlé à 21h au volant d’une Opel qui n’était pas la sienne, immobilisée moteur tournant, à côté de la cité Félix Pyat, sur un parking considéré comme un point de deal. À leur vue, le conducteur a vite éteint ses deux portables et agité ses jambes. Sous le siège, un sachet contenant 21 000 euros conditionnés en liasses de billets de 50, 20 et 10 euros. « Ce sont mes économies et des jeux d’argent » avait-il narré en garde à vue réfutant qu’il fut la petite main collectrice d’un réseau de stupéfiants.

    « La bonne version »

    « J’ai pas donné la bonne version aux policiers car j’étais stressé », s’élance le prévenu très hâbleur dans un récit qu’on est prié de croire. « En réalité, c’est l’argent de mon père que j’ai pris sans autorisation dans son coffre pour louer une grosse voiture. C’était 1 000 euros la location et 20 000 la caution. Mais j’ai pas envie de donner d’éléments sur le loueur pour ne pas le mettre à l’envers. » De narrer que son père gardait tout cet argent car « il fait souvent des retraits pour préparer un voyage en famille aux Comores ». De remettre une liasse de documents bancaires parentaux pour donner corps à la fable.

    Pas dupe, la présidente ironise : « Vous nous dites avoir eu accès au code du coffre de votre père qui est poseur de portes blindées. Les cordonniers sont décidément les plus mal chaussés. » De lui rappeler ses récentes condamnations : en novembre 2023 pour trafic de stupéfiants à 10 mois de prison aménagé en détention à domicile avec interdiction de séjour dans les 15e et 16e arrondissements ; en mars 2024 pour violation d’interdiction de séjour et refus de donner le code de son portable à 6 mois de prison ferme convertis par le juge des libertés et de la détention en 210 heures de travaux d’intérêt général toujours pas effectuées car il n’a pas daigné récupérer le courrier judiciaire… « Ce sont des œuvres de jeunesse, c’est du passé. Il faut regarder devant », jure l’oiseau qui a déjà grillé son permis de conduire probatoire.

    « Vous naviguez en eaux troubles ! »

    « Il nous raconte une histoire enjolivée avec aujourd’hui, deus ex machina, des relevés bancaires des parents pour faire tenir une histoire ridicule, ce qui n’est pas encourageant pour l’avenir de ce jeune », se cabre la procureure qui qualifie son positionnement de « particulièrement éhonté et inquiétant ». Elle lui lance : « Que faites-vous à 21h près de Félix Pyat dans une voiture qui n’est pas à vous avec deux téléphones en main et 21 000 euros à vos pieds ?! Le décor est déjà posé ! Vous naviguez en eaux troubles ! » De requérir un an de prison dont 6 mois avec sursis probatoire de deux ans avec l’obligation de travailler. Pour les six mois ferme, un bracelet à domicile.

    Du coup, la défense se retrouve à devoir justifier les retraits mirifiques de modestes parents. « Sur les 30 000 euros retirés en 3 ans, il y a une indemnité de 15 000 euros reçus des parents pour leur logement qui a été jugé insalubre. »

    Au regard de cette « détention d’argent fortement suspecte », de « déclarations contradictoires » et « des éléments produits insuffisants pour rapporter une origine légale des fonds », le tribunal l’a reconnu coupable et condamné à la peine requise avec confiscation de l’argent saisi.

    * Son prénom a été modifié