Category: societe

  • Une marche blanche pour éveiller les consciences

    Une marche blanche pour éveiller les consciences

    J’aimerais que la mort de mon papa serve à quelque chose », lâche, les larmes aux yeux et la voix tremblante, Niha à la fin de la marche blanche en hommage à son père, Ahmed, Avignonnais de 79 ans fauché le 8 mai dernier par un motard alors qu’il traversait sur un passage piéton de la Rocade. Environ 300 personnes étaient présentes et sont venues se recueillir.

    En tête du cortège, photos du défunt en main, la famille et les amis d’Ahmed portaient également un message sur un grand drap blanc : « Les rodéos tuent. Agissons maintenant ! » Car le motard, arrêté après l’accident alors qu’il était en train de fuir après avoir échappé à un contrôle de police, qui a percuté le septuagénaire, était en roue arrière.

    « Le but n’est pas de faire le buzz ni d’appeler à la haine. On appelle à une prise de conscience de toutes et tous, à tous les niveaux. Il faut arrêter de banaliser ce genre de drame », abonde Niha devant l’endroit où son père a perdu la vie. « Il faut sécuriser ce passage piéton de l’enfer. On a attendu un drame pour enfin en parler », regrette Leïla Addabbani, habitante du quartier et organisatrice de la marche. « Ce n’est pas la première fois qu’il se passe quelque chose sur ce passage. Un gamin a été percuté il y a un mois et on n’en a entendu parler nulle part ni vu personne se déplacer », abonde, amer, Esteban, 20 ans, qui habite à une centaine de mètres et dont le père a été témoin de l’accident.

    Premières actions

    Sur place, quelques personnes ont fait tourner une pétition pour demander la rouverture d’un passage souterrain permettant de traverser la voie se trouvant quelques pas plus loin. « Ce tunnel permettait autrefois aux piétons de traverser cet axe en toute sécurité. Depuis sa fermeture, les habitants sont contraints de traverser directement une rocade très fréquentée. Ce drame bouleversant rappelle une nouvelle fois la dangerosité de ce passage », explique Aissa Mohamed, habitant porte le texte.

    En fin d’hommage et « à la demande de la famille », assure-t-il au micro, le maire d’Avignon, Olivier Galzi (DVD), a également tenu à glisser quelques mots. Il affirme avoir résolu les « problèmes immédiats » à proximité des lieux, comme l’éclairage au-dessus du passage, et pousse pour que « les réponses aux rodéos soient extrêmement sévères » car « ce sont des actes criminels, une mise en danger volontaire de l’autre ». Un peu plus loin se trouvait également le député de la circonscription Raphaël Arnault (LFI) qui, tout en confiant être présent « en tant que citoyen », appelle à « une prise de conscience de la jeunesse ». « Il faut faire son propre bilan et éviter de tomber dans les écueils », conclut-il. Les élus écologistes d’Avignon, Mouloud Rezouali et Samir Allel, étaient également présents. « Ce drame rappelle une réalité que nous ne pouvons plus ignorer : la première des injustices sociales, c’est l’insécurité », pointent-ils de leur côté dans un communiqué.

  • Un fossile illustre une étape clé de l’histoire des cétacés

    Un fossile illustre une étape clé de l’histoire des cétacés

    Fraîchement titulaire d’un doctorat en paléontologie, Mohd Waqas arrive à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (Isem) en 2023. Il vient faire un post-doctorat autour des organes sensoriels des cétacés. Dans ses bagages, il amène avec lui le fossile d’une mandibule qu’il a trouvé près de son village natal, en Inde. « Il ne m’en avait pas parlé », assure Maëva Orliac, chercheuse CNRS à l’Isem. Quand elle voit le fossile, elle n’en croit pas ses yeux. « C’était trop beau pour être vrai », se remémore-t-elle. C’est exactement la pièce d’un puzzle que les paléontologues cherchent à combler depuis longtemps. Un journal scientifique prestigieux auquel elle proposera la découverte croira même à une supercherie. « Ils pensaient que le fossile avait été fabriqué », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

    Les caractéristiques générales de la mandibule indiquent qu’elle est celle d’un cétacé primitif. Mais sa singularité réside dans une des molaires qui a la particularité d’avoir trois cuspides –c’est-à-dire trois bosses. « Cela signifie qu’il s’agit d’un témoin de la transition spectaculaire des cétacés de l’environnement terrestre au milieu aquatique », résume la chercheuse, dernière autrice d’un article finalement paru dans Nature Ecology & Evolution.

    Régime alimentaire

    Car les cétacés n’ont pas toujours été des animaux aquatiques comme ceux que nous connaissons aujourd’hui : orques, dauphins, baleines… Leurs ancêtres étaient des animaux terrestres et herbivores qui ont ensuite investi le milieu aquatique et sont devenus carnivores. C’est lors de cette transition que leurs molaires ont perdu deux bosses. Les herbivores en avaient quatre pour favoriser la mastication des végétaux. Les carnivores n’en avaient plus que deux pour faciliter le cisaillement de la viande. « Nous n’avions jamais trouvé un témoin de la transition entre les deux », souligne Maëva Orliac.

    C’est maintenant chose faite. Et ce témoin, qui a vécu il y a environ 48 millions d’années, s’appellera Kalakocetus aurorae. Cette espèce primitive de cétacé se nourrissait essentiellement de viande comme en témoignent les traces de micro-usure sur les dents. « Elles sont fines, parallèles et assez profondes, décrit Maëva Orliac. Cela témoigne d’un mouvement cisaillant de la mandibule typique des carnivores. »

    La mandibule est aujourd’hui retournée en Inde. Son post-doctorat terminé, Mohd Waqas est lui retourné à la recherche d’autres fossiles de Kalakocetus aurorae. Les paléontologues aimeraient trouver des éléments de sa denture supérieure. « Pourquoi pas un crâne », se prend à rêver Maëva Orliac. Les fouilles ont-elles déjà porté leurs fruits ? « Des fossiles ont été mis au jour mais les extraire de la roche prend du temps », glisse la chercheuse. Un peu de patience, donc, avant de savoir s’il s’agit bien de nouvelles traces de ce cétacé primitif et compléter son histoire.

  • Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Un souvenir qui ne s’oublie pas, raconté par Gérard Traquandi. Années 1990, cours Julien, le soir venu. Élégance et discrétion, trois silhouettes grandes et longilignes, un couple qui s’éloigne. En bout de laisse devant eux, un lévrier. Laurent Godin vient d’achever ses études aux Beaux-Arts de Lyon, il a 25 ans. La jeune femme qui l’accompagne est mannequin à Paris chez Yves Saint-Laurent. Elle s’appelle Violeta Sanchez. Les meilleurs photographes -entre autres, Helmut Newton, lors d’une image-culte du Moma- l’ont portraiturée. La seconde image-souvenir est moins intimidante. Château de Servières, boulevard Boisson, plusieurs participations au Salon Pareidolie, le stand de Laurent Godin : le savoir-vivre, les qualités d’un galeriste, principalement tenace, courtois et réservé, sont évidentes. L’an dernier, c’était la surprise d’un peintre-dessinateur issu de l’École de Photo d’Arles, Matt Frenot. Auparavant en 2019 ou 2024, on découvrait des binômes ou des accrochages collectifs, des noms à la fois branchés et confirmés de l’art d’aujourd’hui, Alain Séchas, Marc Couturier et Claude Clossky.

    Depuis ses apprentissages chez Roger Pailhas dont il fut l’assistant-régisseur à Marseille et Paris, Laurent Godin a gravi des échelons de première importance. Entre 2000 et 2005, place Bellecour à Lyon, pendant les mandats de Raymond Barre et Gérard Collomb, il dirige un centre d’art contemporain, « le Rectangle ». Parmi les moments fastes de cette institution,

    Marseille se souvient fortement d’une exposition majeure de Gérard Traquandi en janvier 2002. Les textes du catalogue étaient signés par Didier Semin et Frédéric Valabrègue, Laurent avait rédigé la préface.

    Deux alliés, Traquandi et Frédéric Pajak

    Après cette expérience menée dans le service public dont il aurait pu devenir un protagoniste confirmé, Laurent Godin fonde sa propre galerie. Une aventure longue à raconter, beaucoup plus risquée, à la fois heureuse et anxiogène, d’abord menée dans le Marais dans un espace autrefois occupé par Yvon Lambert, débute en 2005. Ensuite de 2015 à 2024, avec le handicap d’un grand éloignement par rapport au centre de Paris, ce natif de Bourg-en-Bresse dont le père issu de la CFDT fut député et maire, ouvre dans le XIIIe arrondissement un espace de 400 mètres carrés qui accueille des grands noms internationaux comme Wang Du, Ham Steinbach, Peter Buggenhout et Eugène Leroy. Cette entrée dans le marché de l’art de haut niveau aura conduit la galerie à la Fiac et chez Art- Basel, dans de grandes foires implantées à New York, Bruxelles, Genève, Monte-Carlo, Pékin et Miami.

    Voici deux étés, puisque ses résultats financiers ou bien symboliques se trouvaient confrontés avec toutes sortes de crises, Laurent Godin a transformé radicalement ses formats et ses modes d’intervention. La décroissance a de fortes vertus, son cube blanc du XIIIe arrondissement est définitivement fermé, la base de repliement qu’il partage avec son épouse Violeta se situe dans une bastide de la campagne d’Arles, ses participations à de grandes foires internationales se sont interrompues. Proche du pont de Trinquetaille, sa galerie permanente occupe à présent une superficie beaucoup plus modeste. Pour autant ses activités et son impact sont conséquents.

    En 2025 et 2026, le Festival du Dessin d’Arles accueillait des artistes souvent exposés dans sa galerie, Alain Vega et Gérard Traquandi. Mentionné plus haut chez Pareidolie, un artiste émergent, Matt Frérot vient de bénéficier d’une Résidence et du Prix de la Fondation des Oseraies, animée par Sylvie et Didier Grumbach. Laurent Godin le constate tous les jours, grâce au travail mené par des institutions anciennes ou bien récentes (le musée Réattu, les Rencontres de Photographies, l’Espace Méjan d’Actes-Sud, la Fondation Van Gogh, la Tour Luma de Maja Hoffman) Arles offre une densité de propositions rigoureusement unique : c’est à présent le meilleur endroit de nos provinces pour approfondir l’art d’aujourd’hui, les collectionneurs du monde entier qui surviennent prennent le temps de regarder et ne sont pas pressés de repartir.

    Pendant les prochaines semaines avant l’exposition d’été qui permettra de découvrir des récentes sculptures de Peter Buggenhout, une double présentation des aquarelles et dessins de Gérard Traquandi est programmée. Place de l’Hôtel de Ville, palais de l’Archevêché, Frédéric Pajak a sélectionné des moments d’affleurement, des arbres et des paysages. Près du pont de Trinquetaille, le choix s’élargit du côté de travaux et de sensations qui peuvent évoquer Cimabue et Giotto.

    Arles, Festival du Dessin jusqu’au 17 mai. Chez Laurent Godin, exposition Traquandi jusqu’au 26 juin.

  • Deuxième réunion publique à Istres sur l’incinérateur

    Deuxième réunion publique à Istres sur l’incinérateur

    La première réunion avait été un succès. Pas moins de 700 personnes s’étaient rendues l’auditorium André-Noël de la mairie le 29 avril pour en savoir plus sur le projet d’incinérateur, obligeant les services à ouvrir la salle des mariages. Devant cette affluence, la Ville organise un deuxième rendez-vous d’information ce lundi 18 mai, à 18h, au même endroit.

    2 680 contributions

    À Istres, le dossier fait réagir. Installé à la Grande Goupède (Tubé Nord) depuis près de 15 ans, Suez envisage de transformer son centre de tri en chaufferie, en y ajoutant une unité de méthanisation pour traiter 35 000 tonnes de matières organiques chaque année et produire du biométhane et du digestat à destination d’exploitations agricoles du territoire ; mais aussi une unité de valorisation énergétique d’une capacité de 236 000 tonnes de combustibles solides de récupération par an, faits à partir de déchets non recyclables, qui seraient donc traités par incinération.

    « Les deux posent problème », affirme le président de FNE 13 Richard Hardouin, qui avait envoyé un courrier au préfet pour lui demander de prolonger l’enquête publique de deux semaines, jusqu’au 2 juin. Chose faite. Le registre numérique dénombre pas moins de 2 680 contributions. La municipalité est elle-même montée au créneau, affichant une banderole « Non à l’incinérateur » sur l’hôtel de ville.

    « Dans les combats, ce qui est important, c’est la mobilisation, affirme Richard Hardouin. La mobilisation est certaine, et elle est forte. Cela étant Suez est propriétaire du terrain, est déjà en activité, il a le soutien de l’État. (…) Disons que le projet a du plomb dans l’aile, même si le porteur a le droit pour lui. » Pour les opposants à cet incinérateur, tout reste donc à faire.

  • Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Après les propos du procureur d’Alès le mois dernier, ouvrant la porte à un classement sans suite s’il manquait d’éléments, le pessimisme avait gagné les victimes de l’attaque du Prolé. Elles s’étaient d’ailleurs donné un an avant d’envisager de poursuivre directement les suspects identifiés par la justice et reconnus par les victimes lors d’une confrontation qui s’était déroulée fin février. Mais finalement, la nouvelle est intervenue par un message envoyé par le procureur aux trois avocats des victimes : les trois suspects passeront bien devant le tribunal correctionnel au cours d’une audience prévue le 6 octobre.

    « C’est une bonne nouvelle parce qu’on pouvait craindre un classement sans suite au regard de ce qu’annonçait le procureur de la République », explique Sophie Mazas, l’une des trois avocates qui souhaite désormais obtenir des condamnations à la hauteur de la gravité des faits : « Nous sommes sur une procédure à juge unique, ce qui est étonnant lorsqu’on a deux circonstances aggravantes que sont la préméditation et le motif politique. Cela veut dire que la victime a moins de 8 jours d’ITT. Nous, nous demandons une audience collégiale qui est plus solennelle, où il y a un temps d’évaluation des préjudices des victimes qui est plus long. Nous ferons tout pour obtenir une réponse pénale à la hauteur de la gravité des faits. »

    L’annonce du procès a également rassuré les représentants du Parti communiste français. « C’est une excellente nouvelle. Il a fallu du temps mais on se réjouit que le procureur poursuive les suspects car il y a un faisceau d’indices important. Cela aurait été incompréhensible que ce soit classé sans suite, d’autant plus que le Bloc montpelliérain a été interdit et dans l’arrêté ministériel qui le dissout, il y avait aussi comme justification l’attaque du Prolé. Cette dissolution était une première victoire, cette audience en est une seconde mais maintenant on attend la condamnation », explique Giovanni Di Francesco, secrétaire de la section communiste d’Alès, qui a porté plainte au nom du PCF.

    Sécurité renforcée pendant la feria

    Cette information est tombée quelques jours avant le début des festivités de la feria, qui a débuté le 13 mai. Pour éviter d’éventuelles représailles et surtout pour rassurer la population invitée à venir festoyer au Prolé pendant la feria, le bar alésien a prévu de renforcer sa sécurité. « La feria sera une victoire sur les violences de l’extrême droite. On est en pleine date anniversaire. Nous avons pris des mesures renforcées pour tranquilliser les gens. Ce sera donc un lieu de fête encore plus important que les années précédentes, où la fraternité et la solidarité vont s’exprimer encore plus fort », affirme Giovanni Di Francesco.

    En effet, des membres des sections communistes de tous les départements voisins ont prévu de venir au Prolé marquer leur soutien. « C’est important qu’il y ait une ambiance de fête au Prolé pour montrer que l’extrême droite ne peut pas nous empêcher de faire la fête ou de mener nos autres actions habituelles. Pour cela, nous pouvons compter sur le soutien de militants communistes qui ont l’habitude de sécuriser des événements comme la Fête de l’Huma par exemple », explique Cécile Alphon-Laire.

    Après la feria, le PCF a prévu d’organiser une conférence-débat début juin au Prolé sur l’extrême droite et à la rentrée, en septembre, un forum sur le même sujet devrait aussi se tenir. Un rassemblement est également déjà prévu le matin de l’audience, le 6 octobre, devant le tribunal d’Alès.

  • « Bonjour Nîmes », ce que la ville a sur le cœur

    « Bonjour Nîmes », ce que la ville a sur le cœur

    Il y a quelque chose d’un peu fou dans ce vieux lavoir du Puit Couchoux, ce mardi 12 mai au soir. Les chaises sont toutes prises depuis longtemps, les murs en pierre du quartier Garrigue Nord suent la chaleur de quatre cents corps, et la salle déborde encore. Des Nîmois sont debout dans les recoins, d’autres dans la cour, tendant l’oreille. On est venu de loin. Du Mas de Roulan, de la Tour Magne, de Gambetta, de Révolution.

    Certains avaient même été filmés quelques semaines plus tôt pour un court documentaire projeté en ouverture de la soirée : dix minutes de voix du quartier, portraits ordinaires d’une ville qui a envie de se parler. Une femme à l’écran parle de son escalier sans lumière depuis deux ans. Un homme évoque le carrefour où les voitures ne ralentissent jamais. La salle reconnaît. La salle hoche la tête.

    C’est la deuxième des sept rencontres que la nouvelle majorité municipale de Vincent Bouget a lancées sous le nom de « Bonjour Nîmes ». La première avait déjà fait le plein. Celle-ci confirme que quelque chose est en train de se passer à Nîmes. Pas un simple exercice de communication, pas une réunion publique de plus où les élus parlent et les habitants applaudissent poliment. Quelque chose de plus brut, de plus vivant. Une continuité assumée avec la campagne de Nîmes en commun, qui avait construit son projet à coups de réunions de quartier et d’écoute patiente, et qui arrive maintenant à l’épreuve du pouvoir.

    Et la parole se libère

    La modératrice circule dans l’allée centrale, micro tendu vers la salle. Les demandes arrivent en rafale : plus de transports en commun, et pourquoi pas gratuits comme à Montpellier ? Des vélos électriques dans les quartiers pour les personnes âgées. Des activités pour les enfants l’été, quand le bitume crame. Des cours d’école végétalisées : « Dans mes classes, ça monte à 30 degrés hors canicule », lâche une institutrice, et la salle frémit. Et puis, dans ce quartier aux identités multiples, une habitante évoque les contrôles policiers jugés trop fréquents et trop ciblés sur son fils. Une parole rare dans une salle municipale, reçue dans un silence attentif. Il y a aussi les sangliers qui descendent des garrigues, qui saccagent les jardins et mettent en danger les enfants. Un problème si pressant que la mairie avait tenu dès la veille une réunion avec la préfecture, les louvetiers et la société communale de chasse pour trouver des solutions concrètes.

    Une Nîmoise prend le micro, la voix posée mais ferme : « C’est la première fois qu’on nous donne la possibilité de nous exprimer librement et tous ensemble. » Quelques rangées plus loin, des jeunes du centre social Émile Jourdan, voix fermes, assument leur tour : « On a espoir d’être entendus. On est la génération future. » Le maire, lui, écoute. Assis derrière la table, Vincent Bouget prend des notes. Quand il reprend la parole en clôture, il cite la fierté – ce mot revenu plusieurs fois dans la salle – comme un levier plutôt qu’un ornement. « Vous êtes plus de 400, et je salue la qualité de nos échanges. On assiste à un bel exemple de démocratie participative. » Son conseiller Olivier Bénézet, lui, reconnaît volontiers être débordé : « Il y a beaucoup de doléances. Cela nous donne beaucoup d’énergie et de motivation. »

    La méthode est celle de la campagne, assumée et prolongée : écouter d’abord, décider ensuite. Mais ce soir dans le lavoir, on sent aussi que l’écoute n’est plus seulement une posture : c’est une exigence que les habitants ont intégrée et retournent vers leurs élus. Une Nîmoise le dit sans détour depuis l’assistance : « On peut être un bon maire, mais on peut aussi être un très bon maire. Il faut écouter tous les Nîmois. » Le défi, pour Bouget et sa majorité, sera de tenir ce cap quand les arbitrages budgétaires et les contraintes juridiques viendront tempérer les enthousiasmes. Cinq rencontres restent à venir d’ici au 2 juillet. Le vrai test viendra à l’automne, quand il faudra transformer l’écoute en décisions. Mais pour l’heure, dans ce lavoir qui déborde, Nîmes a repris goût à se parler.

  • Lucien Molino. Debouts face aux fascistes

    Lucien Molino. Debouts face aux fascistes

    Dans notre département, nous avions après la Libération 52 municipalités communistes et apparentées. Aux élections d’octobre, nous n‘en avions plus que 30 alors que la SFIO, liée au MRP et parfois au RPE, gagnait 30 mairies. C’était le résultat de modifications d’alliances que l’on peut considérer honteuses. À Marseille, le 27 octobre au premier tour, Cristofol obtenait 24 voix, Defferre : 9 voix, Chazaux MRP : 5 voix, Carlini RPF : 25 voix. Au deuxième tour, nous demandions à Defferre de reporter ses voix sur Cristofol pour battre la droite. Il refusa, maintenant sa candidature. C’est ainsi qu’au 3e tour Cristofol maintenait ses 24 voix, Defferre avec les voix du MRP obtenait 14 voix et Carlini 25 voix. Defferre avait livré Marseille à la réaction et aux ennemis de la République. Nouveau maire RPF, Carlini, avait été en 1938 et 1939 l’avocat de Gaillard Bourageas, directeur du Petit Marseillais, condamné par contumace à la Libération pour trahison et collaboration avec le fascisme.

    Nous n’avons pas réagi assez vigoureusement à cette trahison et la CGT apparaissait en définitive comme le seul rempart de la classe ouvrière. Cela était faux car le Parti communiste appelait tous les républicains à s’unir pour barrer la route au fascisme et l’Union départementale, par ma voix, rappelait les sacrifices consentis par le Parti et la CGT dans la résistance et le relèvement du pays.

    La non-épuration à Marseille et dans le pays permit l’émergence de ce que nous appelions le rassemblement de la pourriture fasciste (RPF) qui avait fait connaître ses objectifs, en particulier la « dissolution de l’Assemblée nationale » et la création d’un état fort pour réviser la constitution républicaine. Devant la menace, nous avons incité tous les travailleurs à réagir pour sauver la démocratie et nous les avons convoqués à la Bourse du travail, le lundi 3 novembre à 9 heures du matin. Nous avions aussi convoqué, à partir de 16 heures, une assemblée de cadres syndicaux de tout le département.

    J’avais invité aussi les secrétaires des unions départementales de la région et la salle Jaurès était comble.

    Ce fut l’occasion pour nous d’appeler à la réaction contre le RPF en rappelant les revendications de la CGT : la remise en ordre des salaires, le minimum vital hiérarchie des salaires, la baisse des prix, des acomptes provisionnels immédiats aux travailleurs, le sauvetage de notre économie par l’indépendance nationale menacée chaque jour, enfin et surtout la défense des libertés syndicales et politiques, la défense de la République…

    Je dénonçai la politique anti-ouvrière, anti-nationale du gouvernement Ramadier que j’accusai d’être aux ordres des Américains : « Il se cassera les dents sur sa volonté de dominer la classe ouvrière ce qu’Hitler n’avait pas réussi et nous nous défendrons encore pour nos libertés et notre droit à la vie. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • Le Grand J.T. des Territoires du 16 mai

    Le Grand J.T. des Territoires du 16 mai

    Conflit en Iran : les conséquences en France sont multiples. Outre le prix de l’essence qui a explosé, de nombreux secteurs d’activités sont touchés. Explications dans ce journal.

    Un robot viticulteur autonome ! Une prouesse technologique qui pourrait bien soulager le travail de l’Homme sur les terrains viticoles. Découverte de cet engin dans le Vaucluse.

    Avec l’arrivée de la belle saison, c’est l’heure de la transhumance des troupeaux de nos agriculteurs. Immersion dans les Vosges au cœur de cette tradition agricole.

  • Free party, ces jeunes qui défient le gouvernement

    Free party, ces jeunes qui défient le gouvernement

    Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Pour le premier week-end de mai, entre 20 000 et 30 000 personnes se sont rassemblées illégalement sur un ancien terrain militaire de Cornusse, près de Bourges, ville qui a vu naître Laurent Nunez. Car depuis sa prise de fonction, le ministre de l’Intérieur a dans le viseur ces rassemblements. Si début avril, une loi a été votée par l’Assemblée nationale qui durcit déjà la législation en la matière, Laurent Nunez veut faire passer un nouveau texte (s’attaquant aussi aux rodéos urbains et au protoxyde d’azote) qui va encore plus loin pour punir les organisateurs et les participants aux free party.

    Contre-culture

    Pour justifier ce nouvel arsenal juridique, le gouvernement avance toujours les mêmes arguments : impact environnemental, nuisances sonores, consommation de drogues, etc. Mais la gauche, qui a voté contre à l’Assemblée, y voit surtout la volonté de museler la jeunesse. Car pour les participants, ces free party dépassent le simple cadre de la fête. Dans le terme free, ce n’est pas seulement la gratuité qui est désignée mais aussi la liberté. À Cornusse, le rassemblement était appelé « Teknival de l’Indépendance » et beaucoup de participants y revendiquaient l’affirmation d’une contre-culture qui revêt un sens politique comme l’anticapitalisme, le rejet des boîtes de nuit payantes, des normes vestimentaires et de la marchandisation de la musique. Historiquement, ces free party sont d’ailleurs nées en Angleterre après les lois restrictives sur la vie nocturne de Margaret Thatcher et ont parfois eu lieu dans les entrepôts d’usines touchées par la désindustrialisation.

  • Reconnaissance d’un préjudice écologique causé par des mines en Occitanie

    Reconnaissance d’un préjudice écologique causé par des mines en Occitanie

    Par Elohane Durand, avocate fondatrice du cabinet Natur’avocat, membre de la commission environnement du SAF

    Contexte du recours : pollution dans la vallée de l’Orbiel.

    Cette décision s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte contre la pollution des anciens sites miniers de la vallée de l’Orbiel. L’activité minière de la région fut très conséquente depuis 1892. Suite à sa fermeture définitive en 2004, la vallée est qualifiée par CCFD-Terre solidaire de « véritable décharge chimique », avec « 3 000 000 de tonnes de produits toxiques purs, dont 800 000 tonnes d’arsenic » présents sur les bassins de l’Orbiel (1).

    Enfants testés positifs à une surexposition à l’arsenic

    La pollution devient un sujet de notoriété publique lors des inondations de 2018, lorsque de l’eau contaminée se déverse dans les terrains et villages avoisinants les anciens sites miniers pollués. L’année suivante, une trentaine d’enfants seront testés positifs à une surexposition à l’arsenic selon Le Monde (2).

    Décision de la juridiction : reconnaissance d’un préjudice écologique. L’association Terres d’Orbiel, une des requérantes du recours devant le TA de Montpellier, a demandé la reconnaissance et la réparation du préjudice écologique. Elle souligne la carence fautive de l’État dans l’exercice de son pouvoir de police des mines, notamment pour les raisons suivantes :

    Les mesures prises après la fermeture des mines furent insuffisantes, de même pour la gestion des zones contaminées et des zones de stockages.

    L’État n’a pas exigé une diminution significative des polluants.

    Un manquement aux devoirs de vigilance et de prévention en matière de droit de l’environnement.

    Dans sa décision rendue le 22 juillet 2025, le juge enjoint le préfet de l’Aude de prendre, dans un délai d’un an, « toutes les mesures utiles de nature à réparer le préjudice écologique constaté et de prévenir l’aggravation des dommages […] afin de limiter effectivement la concentration en arsenic des eaux superficielles de la vallée de l’Orbiel, et en maintenant les outils de contrôle permettant un pilotage effectif des actions menées. »

    Cela étant, la préfecture de l’Aude exprime, lors d’un communiqué de presse du 24 juillet 2025, la difficulté d’une telle tâche en vue du niveau de pollution, en soulignant que « l’évacuation de l’ensemble des terres impactées sur les anciens sites miniers est à ce jour irréalisable ».

    1) ccfd-terresolidaire.org

    2) lemonde.fr

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