Category: societe

  • Un nouveau projet déminé dans le bunker de l’Escalette

    Un nouveau projet déminé dans le bunker de l’Escalette

    Le permis de construire mijote depuis six mois au service de l’urbanisme. Cette fois, c’est pour aménager des logements dans la « batterie basse de L’Escalette », chemin des Goudes, 8e. Après un refus d’autorisation d’un restaurant en 2018 puis d’un appart hôtel en 2024, Jean Levakis, le gérant de la SCI Calanques, a tenté une « rénovation extérieure avec changement destination en deux logements pour de la location saisonnière ». Saisie en avis conforme de ce dossier sensible, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) a mis un veto.

    M. Levakis caressait l’espoir d’être enfin entendu, à la faveur d’une sympathique modification du PLUI qui autorisait ce changement de destination rêvée avec le soutien de la mairie et de la métropole. Une révision qui n’est pas du tout du goût de l’État à en juger par le déféré préfectoral pour la faire annuler. Il faut dire que ce projet de meublés faisait peu cas de l’identité du bunker et ce d’autant qu’il prévoyait de redimensionner les ouvertures, de le recouvrir d’épais parements en pierre « pour atténuer l’impact paysager ». Pour rappel, ces trois blockhaus et le tobrouk (lire ci-contre) sont protégés au PLUI : « Les ouvrages ne devront pas être dénaturés. Ils devront conserver leur composition et leurs matériaux. Seuls sont autorisés des aménagements permettant la mise en valeur l’ouvrage. »

    « Un chef étoilé

    pour 40 couverts »

    Interrogé, Jean Levakis, 71 ans, prend acte du refus. « Mon projet s’arrête, je suis déçu. C’était deux habitations, ni plus ni moins. » Déterminé, il annonce « redemander des autorisations pour refaire un restaurant sous les conditions d’exploitation du parc des calanques puisque c’est la seule destination possible ». La batterie a abrité une discothèque dès 1956 puis un restaurant. « Il s’appelait “Le Schtroumpf” et il a fermé en 1997 un an avant qu’on achète », se souvient Jean Levakis qui dit avoir obtenu en 2010, en dépit des recours de trois associations, une autorisation d’ouverture reconduite jusqu’en 2018. « Elle n’a servi à rien car je n’ai pas trouvé d’investisseurs et ensuite j’ai eu un retrait d’autorisation de la Ville qui nous a demandé de faire de l’habitation. Là, on n’a pas le choix, on ne peut pas laisser le site comme ça. L’an dernier, on a eu une rave party avec 200 personnes et le tag se développe. » À présent, il dit consulter des « chefs médiatisés ». « Du fait qu’on est restreint en place de parking, pour que l’exploitation soit viable, il faut un chef étoilé pour 40 couverts. » Confiant, il se donne « a minima deux ans » pour ouvrir.

    Pas sûr que le Parc national des calanques (PNC) le suive sur un site habité d’espèces végétales à enjeu fort de protection dont la phrygane littorale en « dynamique de reconquête » sur la parcelle. La Ville, elle, voudrait « désengager ces espaces déjà anthropisés de la contrainte de la loi Littoral afin de permettre des évolutions compatibles avec le patrimoine ». D’où le toilettage du PLUI qui viole frontalement la loi Littoral. Toute construction, hors continuité d’urbanisation, est interdite dans la bande des 100 mètres, de surcroît en espace naturel classé, mais également tout changement de destination, et sans dérogation possible.

    « Tout projet est voué

    à l’échec »

    « Tout projet sur ce site somptueux est voué à l’échec. Rien ne se fera, tout sera contesté. Quand des noms apparaissent, tout le monde est frileux. À un moment donné, il faut savoir se faire oublier. Toute cette agitation aujourd’hui, c’est pour amuser la galerie. Mais leur objectif, c’est de vendre », sourit une source proche du dossier judiciaire. Car l’autre associé à 50% avec M. Levakis au sein de la SCI Calanques s’appelle Jean-Claude Pietrotti. Depuis juin 2010, ce promoteur de 67 ans est mis en examen pour extorsion du fabricant cannois de yachts de luxe et blanchiment en bande organisée aux côtés du gratin du milieu marseillais, les frères Michel et Gérald Campanella et Bernard Baresi. Depuis quinze ans, l’instruction est aux oubliettes, encapsulée dans un autre bunker, celui de la JIRS de Marseille.

  • [C’est l’été] Patrick Fustier, l’homme qui a refusé d’enterrer le Nîmes Olympique

    [C’est l’été] Patrick Fustier, l’homme qui a refusé d’enterrer le Nîmes Olympique

    Il y a un an, Patrick Fustier n’avait « pas le temps de stresser ». De la mi-juin à la mi-juillet 2025, le co-président du collectif « Sauvons le Nîmes olympique » enchaînait les réunions et les démarches pour empêcher le club gardois de sombrer. Menacé d’une rétrogradation jusqu’en Régionale 1, le NO avait finalement obtenu son maintien au quatrième échelon national devant la DNCG. « Franchement, nous y avons toujours cru. C’est l’ADN du collectif », assure-t-il aujourd’hui.

    Depuis, le club a repris des couleurs. Derrière une nouvelle direction constituée autour d’entrepreneurs locaux, les Crocos ont joué la montée jusqu’au bout, échouant à seulement un point de la première place. Dans les tribunes, le public est également revenu : près de 5 000 spectateurs de moyenne, selon Fustier, et jusqu’à 7 000 ou 8 000 personnes lors des dernières rencontres à enjeu. « Le bilan est vraiment positif quand on se retourne sur le chemin parcouru », estime-t-il. Avec, tout de même, « un petit goût d’inachevé ». Car pour celui qui considère que la place du NO demeure dans le football professionnel, la renaissance ne sera complète qu’avec une remontée sportive.

    Le modèle local constitue néanmoins une première victoire. Face à un football français où les clubs passent sous pavillon étranger et se fondent dans des systèmes de multipropriété, Patrick Fustier défend un autre chemin. « Nîmes est un club populaire, dans une ville populaire. Il s’est toujours bâti sur un ancrage local. »

    De supporters à garde-fous

    Créé en 2023 dans l’urgence, Sauvons le Nîmes olympique n’a pas disparu avec le danger. L’association revendique désormais 2 100 adhérents, dont environ 750 socios ayant participé financièrement au sauvetage. Elle est également entrée au capital du club et dispose d’une voix au conseil d’administration. « Il y a Bastia, Sochaux et nous. Quand on y réfléchit à tête reposée, c’est quand même pas mal », sourit Patrick Fustier. La proximité avec la direction ne doit pourtant pas faire taire les critiques. Le collectif entend servir de « courroie de transmission » entre les tribunes et les dirigeants, mais aussi de « garde-fou » en cas de nouvelle dérive, une possibilité inenvisageable du temps de Rani Assaf.

    Sa mission est donc loin d’être achevée. « Le club est encore en quatrième division et joue dans un stade provisoire. On pourra peut-être souffler quand il sera revenu en Ligue 2 et dans un stade des Costières de nouveau en usage. » Sur ce dossier, Patrick Fustier affiche son optimisme. Après avoir interpellé tous les candidats aux municipales, le collectif peut désormais compter sur plusieurs relais à la mairie : son ancien co-président Dimitri Pialat, délégué aux équipements sportifs, l’adjoint Bruno Ferrier et le maire Vincent Bouget, tous des amoureux du club. La visite organisée aux Costières à la fin du mois de juin a conforté ses espoirs.

    Pour le retour du football, Patrick Fustier vise l’été 2028. « Si, dans deux ans, nous étions de retour aux Costières, ce serait super. En termes d’émotion, je pense que cela déborderait dans le stade. » Peu importeraient alors l’adversaire ou le niveau : « Les gens reviendraient simplement pour dire que nous sommes de retour dans le vrai stade. » Car les Antonins n’ont jamais remplacé les Costières dans son cœur. « Au gré de ma vie, j’ai fréquenté les quatre tribunes. Je me suis quelque part approprié ce stade, je m’y sens un peu chez moi. »

    Il se souvient des derbies, de la demi-finale de Coupe de France face à Montpellier et des soirées européennes contre Budapest ou Stockholm. Autant de souvenirs qui lui rappellent que le destin d’un club n’est jamais écrit. Après avoir maintenu la flamme lorsque le NO vacillait, les supporters rêvent désormais de la rallumer aux Costières. « Impossible n’est pas Nîmois. »

  • À l’abri du soleil, le filon touristique des grottes

    À l’abri du soleil, le filon touristique des grottes

    À mesure que le thermomètre grimpe, les touristes descendent. Sous les causses, les Cévennes ou les gorges de l’Hérault, les grottes d’Occitanie offrent une échappée spectaculaire à la fournaise : 12 °C aux grottes de Presque, dans le Lot, 13 °C au gouffre de Padirac, 14 °C à Trabuc et à la Cocalière, dans le Gard, ou encore 15 °C à Clamouse, dans l’Hérault. Une climatisation naturelle, façonnée goutte après goutte depuis des millénaires.

    Dans le Lot, la fréquentation des grottes de Presque a bondi de 25 à 30 % avec les fortes chaleurs. Les visites se concentrent désormais l’après-midi, lorsque le mercure atteint son sommet. Même mouvement à Bédeilhac, en Ariège, où la fréquentation estivale aurait triplé en cinq ans. « Le public répond présent quand il pleut ou qu’il fait chaud, nous restons un bon plan B », constate Anne Imbert, directrice de la grotte de Trabuc.

    Un refuge qui se réinvente

    Mais les cavités ne veulent plus être seulement des salles de repli climatiques. À Trabuc, des visites nocturnes à la bougie métamorphosent cascades, lacs et cristaux. La Cocalière mise sur des ateliers consacrés à la biodiversité cévenole et sur un parcours de spéléologie accessible dès 12 ans, qui emprunte en sens inverse l’itinéraire suivi par les découvreurs de la grotte dans les années 1950. À Clamouse, tyroliennes, ponts de singe et escape game prolongent l’immersion souterraine. Des formules plus ludiques et sportives qui permettent aux sites de renouveler leur public, notamment familial, tout en transmettant des connaissances sur la géologie, l’eau et les écosystèmes souterrains.

    Cette fraîcheur n’est pourtant pas hors du monde. Enfoncée à une centaine de mètres sous la montagne, Trabuc ressent les dérèglements de la surface avec retard, mais ne peut « d’aucune manière » s’en isoler, prévient Anne Imbert. « Nous allons subir les effets du changement climatique, mais en décalage », résume-t-elle. Les réserves d’eau y tiennent encore, tandis que l’humidité et la roche préservent un air plus respirable. Une stabilité précieuse, mais pas éternelle : les variations de température et de pluviométrie pourraient, à terme, modifier l’équilibre hydrologique de ces écosystèmes fragiles et ralentir la formation des concrétions. Refuges temporaires face aux canicules, les grottes en racontent donc aussi la progression. Sous terre, les visiteurs retrouvent leur souffle ; à la remontée, la chaleur rappelle combien cette parenthèse demeure fragile.

  • Incendie dans le Var : 4000 hectares brûlés, reprises de feu en direction de plusieurs villages

    Incendie dans le Var : 4000 hectares brûlés, reprises de feu en direction de plusieurs villages

    Les espoirs de fixer l’incendie vendredi ou samedi ont été vains pour les sapeurs-pompiers mobilisés sur l’incendie qui s’est déclenché mardi midi dans un champ sur la commune de Pontevès, avant de gagner le massif du Gros Bessillon. Car chaque fois que la situation semble s’améliorer sur un secteur, c’est un autre qui s’embrase, sous l’effet d’un vent soutenu et imprévisible.

    Dans la nuit de vendredi à samedi, le feu a repris sur deux secteurs de la commune de Correns, dont l’un a menacé les habitations du nord ouest du village, et à Pontevès, faisant passer le bilan de 2700 à 3250 hectares parcourus. Aucune nouvelle habitation n’a cependant été touchée.

    La situation s’est gâtée en début d’après-midi, alors que le feu continuait de menacer Correns, avec une grosse reprise sur un secteur situé entre Barjols et Pontevès. Malgré les efforts des 1000 sapeurs pompiers mobilisés, équipés de 6 Hélicoptères Bombardiers d’Eau (dont 2 Pumas lourds), 3 avions Dash et 265 véhicules feux de forêts, les flammes se sont rapidement dirigées vers Brue-Auriac, et surtout Châteauvert et Barjols, qui se sont retrouvées directement menacées, et où de nombreuses évacuations (en plus de confinements dans certaines zones comme dans le centre de Barjols) ont eu lieu. En début de soirée, plus de 2000 personnes avaient dû fuir leur domicile sur l’ensemble des communes menacées par le feu, avec un nouveau bilan de 4000 hectares brûlés. 110 gendarmes ont été engagés pour la sécurisation des évacuations.

    Pluie espérée pour la nuit, inquiétude pour dimanche

    En début de soirée, la pluie, qui a copieusement arrosé le littoral pendant plusieurs dizaines de minutes, se faisait toujours attendre dans les terres, seuls quelques orages très localisés – et à double tranchant, puisque la foudre pouvait également faire craindre de nouveaux départs de feu – ayant apporté un peu d’humidité. Des précipitations étaient espérées pour la nuit.

    D’autant plus que la journée de dimanche s’annonce périlleuse, avec une réactivation du mistral attendue dans la matinée, qui pourrait entraîner avec elle de nouveaux départs de feux.

  • Fos-sur-Mer : le navire Deliver condamné pour défaut de pavillon

    Fos-sur-Mer : le navire Deliver condamné pour défaut de pavillon

    L’armateur a été condamné par le tribunal judiciaire de Marseille à une peine pécuniaire de confiscation pour avoir omis de justifier de la nationalité du navire.

    Le Deliver battait pavillon camerounais, bien qu’il figurait sur une liste de « navires radiés du pavillon camerounais » établie le 29 mai par le ministère des Transports de ce pays.

    Il est également sur la liste des navires sous sanctions de l’Union européenne depuis février 2025, et est le cinquième pétrolier soupçonné de faire partie de la flotte fantôme russe arraisonné depuis septembre 2025 par la France.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    L’union jusqu’alors inédite de la SFIO, du PCF en 1934, rejoints par le Parti radical en 1935 va permettre grâce à la discipline républicaine du retrait pour le candidat le mieux placé au premier tour de donner une majorité conséquente au Front populaire.

    Pain, Paix, Liberté. » Ces trois mots résument le programme des trois partis qui ont signé l’accord de désistement réciproque qui donnera la victoire au Front Populaire lors des législatives du printemps 1936. La SFIO, le Parti radical et le PCF vont ainsi constituer une coalition de gauche qui va marquer durablement l’histoire du pays. Chacun des trois partis va présenter ses propres candidats dans les circonscriptions, mais tous s’engagent à se retirer au second tour en faveur du candidat le mieux placé.

    El là encore, les régions du sud de la France vont donner le la et serviront de modèle au reste du pays. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône c’est en juin 1934 qu’est signé le pacte départemental d’unité d’action entre la SFIO et le PCF, une signature qui intervient un mois avant la signature d’un même accord à l’échelon national le 27 juillet 1934, pacte qui sera ensuite rejoint par les radicaux en juin 1935.

    « La mutation opérée par le PCF n’aurait toutefois pas eu l’effet escompté si, au même moment, au sein de la SFIO, une minorité très active n’avait pas poussé à des actions communes avec la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, autre nom du PCF). La conjonction de ces efforts aboutit en juin 1934, un mois avant la ratification d’un accord similaire au niveau national, à la signature d’un pacte départemental d’unité d’action entre la SFIC, représentée par le tandem François Billoux-Jean Cristofol, et la SFIO emmenée par son secrétaire Rémi Roux et par Jean Calvelli », note l’historien Jean Domenichino, auteur de Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (Editions Les Fédérés), qui ajoute que « ce rapprochement ne tarde pas à porter ses fruits ». « Cette unité retrouvée permet un succès des partis de gauches aux élections municipales de 1935, en particulier à Marseille avec l’élection du socialiste Henri Tasso qui bat la liste Pierre-Ribot-Sabiani. En fait, les élections de 1935 préfigurent le succès électoral des partis du Front populaire de mai-juin 1936. »

    À Marseille, lors du VIIIe congrès national des Jeunesses communistes au cinéma de l’Alcazar du 19 au 22 mars 1936 en présence de Jacques Duclos, Raymond Guyot secrétaire de l’Internationale communiste des jeunes et de Victor Michaut secrétaire des Jeunesses communistes, le mouvement décide de tout mettre en œuvre pour l’unité de la jeunesse ouvrière en une seule fédération et de rassembler toutes les forces de la jeunesse antifasciste.

    À Marseille toujours, François Billoux comprend que la progression de l’influence communiste passe par un combat acharné contre Sabiani et son équipe. Aussi, tout en développant la politique générale du parti, il lance celui-ci dans une vaste campagne dénonçant la corruption et le gangstérisme qui rongent la cité phocéenne.

    Cette campagne ardente pour un « Marseille Propre » est au centre de toute l’action communiste lors des élections législatives. Le 20 avril à la place Marceau, François Billoux décide d’affronter Sabiani dans son propre fief. La reculade de ce dernier lors de la réunion contradictoire montre que le rapport de force s’est modifié. Billoux est élu député de la 3e circonscription, au second tour avec 7 285 suffrages contre 6 323 voix à Sabiani, en ayant bénéficié du désistement du candidat SFIO, Ferri-Pisani.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    La première question à l’ordre du jour était celle des salaires et de la préparation d’un mouvement revendicatif national. La résolution sur les salaires et les prix entraîna un premier incident.

    Une motion présentée par Cochinard s’opposa à la hausse générale des salaires réclamée par Pierre Lebrun.

    Le débat fut ouvert sur les manœuvres de scission que je dénonçai. Indigné, m’adressant aux diviseurs, je leur dis : « Camarades, après les interventions de nombreux camarades, celles de Benoît Frachon, Hernio de la fédération des cheminots que j’approuve entièrement, vous me permettrez de donner mon point de vue sur un aspect que je considère très sérieux dans la situation actuelle. Les trusts américains ne doivent plus intervenir ouvertement dans la vie politique et syndicale. L’indépendance économique et politique est menacée, l’obstacle majeur à l’intervention directe des trusts américains reste la Confédération générale du travail. C’est pour cela que nous assistons à une attaque concertée contre la CGT avec des complices de Truman qui, sous prétexte de défendre les syndicats contre une imaginaire emprise politique, développent leur campagne. »

    La résolution soulève le débat

    Je condamnai certaines interventions et en particulier celle de Bouzanquet, secrétaire confédéral : « J’ai en ma possession tes écrits où tu nous reproches de ne pas avoir condamné le pacte germano-soviétique et avec ce prétexte, tu portes de l’eau au moulin de la réaction qui se sert de ton autorité pour écrire dans ses journaux que la CGT est dirigée par des communistes. L’anticommunisme, voilà le véritable fléau, nous savons où cela nous a menés, de Munich à 1940. Bothereau a présenté une résolution qui approuve le plan Marshall et elle a été repoussée. Je demande au président de séance de présenter une résolution. »

    Il est intéressant de rappeler le débat que souleva ma résolution. Pour la défense de l’indépendance et de l’unité, la réaction la plus virulente fut celle de Capocci, secrétaire de la fédération des employés de commerce.

    Il essaya de justifier les actions qu’ils avaient menées pendant l’Occupation et déclara : « J’ai entendu Molino ressasser les vieilles histoires, j’en ai assez, nous en avons assez… On parle aussi de dollars que nous aurions touchés, je vous assure, camarades, que les dollars que nous avons pu toucher ne nous ont pas fait mal au ventre et qu’ils ne vous feraient pas mal au ventre si vous en mangiez autant que nous. »

    Et s’adressant à moi : « Tu as cité ma fédération ; permets-moi de te dire que s’il est une fédération qui peut parler d’indépendance, c’est bien la nôtre. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Kallisté] La posidonie sur nos plages : pas de quoi bisquer !

    [Kallisté] La posidonie sur nos plages : pas de quoi bisquer !

    Chaque été, les feuilles brunes accumulées sur certaines plages corses provoquent les mêmes réactions. Elles sont parfois accusées de gâcher le paysage, de dégager une odeur désagréable ou de salir le sable. Pourtant, la posidonie n’est ni une algue ni un déchet, mais une véritable plante à fleurs qui pousse uniquement en Méditerranée.

    Sous la mer, elle forme de vastes herbiers, comparables à des forêts sous-marines. Ils oxygènent l’eau, stockent du carbone et offrent nourriture, abri et lieu de reproduction à de nombreuses espèces. Ils contribuent également à stabiliser les fonds marins.

    Comme les arbres perdent leurs feuilles, la posidonie renouvelle naturellement les siennes. Les feuilles mortes sont alors ramenées vers le rivage par les vagues et forment ce que l’on appelle des « banquettes ». En amortissant la houle et en retenant le sable, celles-ci constituent une protection naturelle contre l’érosion.

    Une espèce protégée qui protège les plages

    Leur présence est donc parfaitement normale et témoigne généralement de l’existence d’herbiers à proximité. Un rivage entièrement débarrassé de ses éléments naturels n’est pas forcément plus propre ni en meilleure santé.

    À Santa Giulia, près de Porto-Vecchio, deux opérations mécanisées ont récemment suscité des interrogations. Comme l’a indiqué Corse-Matin, elles avaient bien été autorisées. Cet épisode rappelle néanmoins que la posidonie est une espèce protégée, y compris lorsqu’elle est échouée, et que sa gestion doit rester strictement encadrée et adaptée à chaque site.

    Alors, si quelques feuilles brunes s’invitent au bord de votre serviette, inutile de bisquer : elles ne salissent pas le littoral. Elles racontent la vie de la Méditerranée et contribuent surtout à protéger nos plages.

  • [Chroniques méditerranéennes] Regard sur l’Espagne : de la communion nationale à l’indignité régionale

    [Chroniques méditerranéennes] Regard sur l’Espagne : de la communion nationale à l’indignité régionale

    La victoire de l’Espagne remportant la Coupe du Monde de football avec une équipe de jeunes, au jeu rigoureux et collectif, représentative d’une Espagne métissée, diverse, fraternelle, solidaire et cette victoire fêtée par tout un peuple heureux de communier, de se rassembler, laissant au vestiaire les différences, les animosités, l’individualisme, et sur la touche le racisme, donne de l’espoir à ceux qui désespèrent de l’être humain et déplorent la dérive vers un monde guerrier et fascisant.

    Ça, c’était en début de semaine. Mercredi, à peine trois jours plus tard, les tenants de la haine, les disciples de Trump, les propagateurs d’une idéologie nauséabonde, les champions de l’exclusion et du racisme qui jouent dans la même équipe que Marine le Pen et Jordan Bardella, se sont illustrés au parlement de la communauté autonome de Valencia en faisant voter, une première en Espagne depuis Franco, une loi régionale, indigne, de « Priorité nationale ».

    La droite (Parti Populaire) et l’extrême droite (Vox) votent donc la « priorité nationale » et les budgets qui vont avec dans cette communauté de 5,4 millions d’habitants. L’extrême droite dans toutes les régions où elle participe à l’exécutif essaye de faire adopter cette loi, alors qu’elle n’y parvient pas au niveau national. C’est donc par le biais des régions, que ce parti pro franquiste instille son poison raciste, et donc la communauté valencienne aura le triste privilège de mettre en place cette politique d’exclusion d’une partie de la population. Une région qui devient première au classement des champions de l’indignité régionale. Cette loi de « priorité nationale » défendue par Vox concerne notamment l’accès au logement et les aides sociales. Avec ces budgets votés ce mercredi c’est la troisième fois que votent ensemble la majorité constituée par le Parti Populaire et Vox depuis 2023. Voilà qui, après l’euphorie de cette belle fête autour de cette jeune et belle équipe d’Espagne, a de quoi rappeler la réalité politique du pays. D’une part une Espagne exemplaire en Europe, parce que progressiste et le démontrant en portant une politique volontariste, en faveur des migrants et des Palestiniens, une politique sociale dans le pays avec des avancées certes insuffisantes mais qui n’ont jamais été aussi loin, une Espagne qui refuse à Trump l’usage de ses bases pour bombarder les populations civiles en Iran, et d’autre part une droite et extrême droite qui mine le terrain de la démocratie, un PP qui jure qu’il ne s’alliera pas avec Vox pour gouverner au plan national, mais qui use de l’autonomie des régions pour expérimenter une alliance droite extrême droite déjà en place. Alors pour revenir à cet événement sportif, cette victoire, qui a enthousiasmé toute l’Espagne et bien au-delà, on se prend à rêver d’un monde sans guerres, humain et solidaire, je partage ce commentaire que j’ai relevé sur les réseaux sociaux après le match de la finale : « Ce soir, beaucoup de citoyens à travers le monde n’ont pas seulement vu onze joueurs en maillot rouge soulever une coupe : ils ont vu un symbole, une revanche, un petit moment où le récit du monde semblait pencher du côté des justes. » Mais aussi on a pu voir un grossier personnage, président des États-Unis déçu de la défaite de l’Argentine qui a voulu s’imposer sur la photo de l’équipe espagnole triomphante. Insupportable pour ce va-t’en guerre, obligé de remettre des médailles aux joueurs de l’équipe d’un pays qu’il ne supporte pas.

    Finalement, Trump fut « exfiltré » du champ des caméras, la fête a pu continuer pour les champions heureusement débarrassés de l’intrus. Encore une belle image porteuse d’espérance.

  • La Boîte à bijoux : nouvelle forme de soins au CHU de Montpellier

    La Boîte à bijoux : nouvelle forme de soins au CHU de Montpellier

    C’est la deuxième intervention au CHU de Montpellier pour la journaliste de Radio Clapas Laure Méravilles, qui s’est prise de passion pour le milieu hospitalier. « J’ai débuté en pédiatrie », explique celle qui a d’abord coordonné le projet sonore Portraits de doudous. Mêlant radio et photo, il donnait la parole aux enfants malades et à leurs doudous à travers une exposition et des podcasts. « Au moment du montage, je me suis questionnée sur ce que je devais faire des enregistrements de ceux qui n’étaient plus là. Je suis allée poser la question au service de soins palliatifs et c’est comme ça que s’est faite la rencontre », raconte-t-elle.

    Laure Meravilles s’est formée à la faculté de Médecine de Nîmes pour appréhender la relation avec les patients. « J’ai eu un coup de foudre pour la démarche et j’ai voulu décliner ce projet sonore et artistique chez les adultes », commente-t-elle. Inspirée par le récent modèle de biographie hospitalière, cette forme de thérapie où le professionnel et le patient construisent ensemble une biographie reliée remise à la famille après le décès, elle invente « l’audiographie » hospitalière. Durant plusieurs rendez-vous, Laure propose ainsi au patient de se livrer à propos d’un bijou qui lui appartient et d’évoquer un souvenir. Elle travaille ensuite avec Christelle Labrande pour construire le support photo de l’enregistrement qui sera remis à la famille du patient. « La voix enregistrée peut survivre à celui ou celle qui l’a portée », remarque Laure, qui veut faire de la voix radiophonique un lien entre le disparu et son entourage. « C’est une parole authentique, consentie et préparée par le patient lui-même. »

    Sylvie Galan, cadre de santé en oncologie à l’hôpital Saint-Éloi, a vu évoluer le projet. Très optimiste, elle le désigne comme un renforcement des soins de support, ces méthodes destinées à permettre une meilleure acceptation et prise en charge du patient et de sa pathologie. « C’est une thérapie, c’est un plus qui s’inscrit dans la globalité des soins proposés », affirme-t-elle. « C’est bénéfique pour les patients de parler à quelqu’un qui n’est pas du milieu médical, une relation de confiance se construit. Ils se sentent écoutés et valorisés », précise la cadre de santé.

    Humaniser les relations hospitalières

    Ce dispositif fait partie d’un large panel de soins narratifs proposés au CHU. Ces soins visent à placer le récit du patient et son écoute attentive au centre de la relation médicale, pour construire un lien plus humain et profondément empathique. « À mesure que le projet grandit, on élargit les sujets, les souvenirs à raconter et la conversation déborde », avoue Laure. Cette approche sur-mesure et très humaine est appréciée par les patients. « Je suis suffisamment à l’aise pour donner un bout de moi », confie Alexandra, patiente en oncologie. « Il y a le côté agréable de faire des rencontres et le côté agréable de se remémorer de jolis souvenirs » ajoute-t-elle. Lorsque Laure lui apporte son objet finalisé, elle est émue : elle l’offrira à sa fille.

    Le projet traduit l’alliance thérapeutique tissée entre les malades et les soignants dans le milieu hospitalier. C’est le cas de Jean-Luc, greffé du cœur en 2013 et aujourd’hui suivi en oncologie. Venu enregistrer sa photo sonore dans le studio de radio Clapas, il insiste sur sa reconnaissance envers le personnel qui a remplacé son cœur par un autre cette nuit du 31 décembre : « Je leur apporte un petit cadeau chaque année », assure-t-il. Jean-Luc est aujourd’hui engagé dans plusieurs associations et intervient dans les établissements scolaires pour parler de son expérience avec les professeurs des matières scientifiques. Il vient raconter ses tatouages et sa vie de greffé au micro : motard aguerri au look de rockeur, il porte une multitude de bagues sur lesquelles Laure le questionne. Cet enregistrement, il le fera pour raconter comment il a décidé de continuer à vivre, en explorant le monde sur sa moto.