Category: societe

  • À Noailles, les habitants ne lâchent rien sur le logement

    À Noailles, les habitants ne lâchent rien sur le logement

    Faire en sorte que le logement soit un thème fort de la campagne… Halles Delacroix (1er), à Noailles, le collectif du 5-Novembre et l’Assemblée des délogés ont fait le point sur le sujet avec les habitants, ce dimanche 2 février. Charte du relogement, encadrement des loyers, logements sociaux… « On nous a promis plein de choses », rappelle Anissa, membre de l’Assemblée, estimant qu’aujourd’hui, « on fait culpabiliser les délogés au lieu de s’en prendre aux propriétaires. » Si « nous nous sommes constitués en association, ce n’est pas pour rien, c’est qu’à Marseille la crise du logement n’est pas ponctuelle », insiste-t-elle.

    Sans jeter totalement l’opprobre sur la mairie, « dont on sait qu’elle n’a pas beaucoup de poids » nuance Anissa, « on veut les entendre, il nous faut des [engagements] pour nous les Marseillais ». L’heure était donc aux propositions et aux témoignages pour essayer d’avancer.

    Sur le « lieu ressource », en lieu et place de la dent creuse, rue d’Aubagne, « nous avons été entendus » se félicite Laura Spica, de l’association d’habitants « Noailles debout ! », et de promettre de ne pas lâcher. « On a envoyé une lettre à la mairie de secteur, pour qu’on soit associés au projet. Notre volonté a été respectée maintenant, il va falloir créer un comité de pilotage », précise-t-elle.

    Le droit au retour

    Jehane El Meddeb, propriétaire occupante délogée, revient sur son parcours. Obligée de quitter son foyer le 20 janvier 2020, elle témoigne des difficultés toujours bien réelles à réaliser des travaux, dans un système où il faut lutter « contre des syndics voyous ». Elle met le focus sur la charte du relogement. « C’est un peu moins l’enfer que sous la municipalité Gaudin, mais il y a toujours des gens à la rue », déplore-t-elle.

    Dominique, qui a dû quitter son logement en péril, évoque, lui le « droit au retour », impossible quand l’immeuble disparaît comme dans son cas, ou s’il est rénové et devient inaccessible avec un loyer revu à la hausse. À ses côtés, Bernard appelle à la force du collectif pour agir sur le droit à avoir un toit. « C’est à nous de gueuler et de monter au créneau, encadrer les loyers on en parle depuis des années, là on n’a plus les moyens de se loger dans une ville en tension », lâche-t-il.

    Camille propose de s’inspirer de l’association bayonnaise Alda, qui dénonce les niveaux des loyers et la prolifération des locations saisonnières. « Ils font ce que l’on appelle du “shaming” au propriétaire, lui mettent la honte », explique-t-il, exhortant le public à continuer à mettre la pression, même en cas de victoire, « car les pouvoirs publics reprennent très vite leurs mauvaises habitudes… »

  • Maurice Pascal, l’adieu à un visionnaire de la culture

    Maurice Pascal, l’adieu à un visionnaire de la culture

    Maurice Pascal s’est éteint, dans la nuit de samedi à dimanche. Ce départ, c’est celui d’un homme qui a énormément donné de sa personne. En tant que militant syndical, au SNI, puis au SNUipp. En tant que militant politique au PCF. Mais, aussi, en tant que militant associatif. « Il m’a ouvert l’esprit et m’a fait découvrir le cinéma. Celui des émotions et de la réflexion », se souvient Jean-Marie Paoli.

    Les deux hommes ont milité ensemble au PCF. Le second a pris le relais du premier, en tant qu’adjoint à la culture. Poste que Maurice Pascal a occupé sous les mandats de Paul Lombard de 1971 à 1983. « Durant cette période, il a fait de Martigues une ville référence en matière culturelle », poursuit Jean-Marie Paoli.

    « Maurice est un peu le père de tout ce que notre ville compte en équipements culturels », souligne Gaby Charroux. Pour le maire (PCF) de Martigues, « il était une personne magnifique, qui a beaucoup donné pour sa ville. Une personne rare, un véritable bâtisseur. Un militant de l’accès au droit culturel, mais aussi à l’égalité ».

    Un précurseur

    Maurice Pascal, en tant que président de l’Office municipal socioculturel, est derrière tous les grands projets qui ont structuré l’offre culturelle de Martigues. Que ce soit la médiathèque, le cinéma arts et essai, le musée Ziem et jusqu’au théâtre des Salins, héritiers du Festival populaire, premier grand rendez-vous estival qui a marqué les mémoires et permis à la ville de devenir une vraie terre de festivals. C’est au Bout de la nuit, un de ces rendez-vous si particuliers, qu’un certain Johnny Clegg a fait son premier concert européen.

    « Il est le précurseur de nombreuses choses qui, aujourd’hui encore, rythment le quotidien des Martégaux », rappelle Gaby Charroux. « En tant qu’instituteur, il a œuvré à amener le plus grand nombre à la culture, en proposant des initiations à la musique, au cinéma ou à la lecture », détaille Jean-Marie Paoli.

    Maurice Pascal fut aussi conseiller régional, membre de la commission des affaires culturelles et de l’office régional de la culture de 1977 à 1983. La section PCF de Martigues salue « une grande culture, un humaniste dont la rigueur intellectuelle et la fraternité étaient appréciées de tous ».

    à son épouse, Gisèle, ses deux enfants et ses proches, « La Marseillaise » adresse ses condoléances.

  • La plaque en hommage à Nana inaugurée sur le Vieux-Port

    La plaque en hommage à Nana inaugurée sur le Vieux-Port

    Pupitre et micro, photo géante, la nièce de Nana a pris la première la parole, sur le quai de la Fraternité, pour évoquer Nana avant de laisser la place au maire de Marseille. Benoit Payan (DVG) a rendu un hommage empreint d’émotion à celle qu’il qualifie comme un «symbole de Marseille» devant sa famille, ses amis les pécheurs et de nombreux anonymes.

    Un discours ponctué d’anecdotes, d’échanges qu’il avait eu avec cette figure du Vieux-Port. Elle l’avait prévenu : «A ma mort, il faudrait qu’on me vende ou plutôt qu’on me donne un morceau du Vieux-Port».

    Le maire évoque «ces petits métiers qui tendent à se perdre mais qui fond partie de l’histoire de Marseille». Et de poursuivre : «Pour l’éternité, Nana , dans le marbre de cette ville, ton nom sera là. Nous sommes des milliers à avoir des histoires avec elle. Mais, c’est avant tout l’histoire des femmes, des femmes courageuses, cheffe de famille. Des femmes qui se bâtent, qui ne subissent pas.»

    Les derniers mots de l’édile vont à sa famille. « Elle est partie et elle est là . Elle va nous survivre, car elle est gravée dans le marbre de cette ville. Que ta gentillesse, ta beauté , ton intelligence vivent dans tout Marseille ».

    Les enfants, Marie-Lou et Francis, ont ensuite porté la gerbe à la mer.

    Revoir
  • Marseille : les policiers manifestent pour plus de moyens

    Marseille : les policiers manifestent pour plus de moyens

    Prise de plainte dans un préfabriqué, cafards, voitures à bout de souffle et gyrophare en panne, les policiers sont « au bout » a dénoncé Sébastien Greneron, secrétaire départemental Alliance 13.

    Partis de l’Ombrière, près de 400 de ses collègues ont marché jusqu’à la préfecture dans le cadre d’un appel national du syndicat à manifester. Ils réclament des moyens et le soutien de l’État, souhaitant un « choc d’autorité. »

    Dans le cortège, de nombreux élus de droite et d’extrême droite étaient venus en soutien. Parmi eux, des représentants de la majorité de la présidente de la Métropole et du Département, Martine Vassal (DVD), comme Catherine Pila (LR) ou Sabine Bernasconi (LR). Mais aussi des référents de sa campagne municipale comme Laure-Agnès Caradec (LR), Sylvain Souvestre (LR), maire des 11-12 ou Marion Bareille (LR), maire des 13-14. En première ligne également, le candidat RN, Franck Allisio ou Nora Preziosi, ancienne alliée de Martine Vassal, seconde sur la liste « citoyenne » d’Erwan Davoux.

  • Espaces « no kids » dans les trains : « Mauvaise idée ! »

    Espaces « no kids » dans les trains : « Mauvaise idée ! »

    La plupart du temps, les plus petits voyagent avec leur mère. Donc c’est encore sur les mères que cela retombe », déplore Anne-Marie Skora, présidente de l’association des usagers de la SNCF dans le Gard et dans les départements limitrophes.

    Depuis le 8 janvier, la SNCF a lancé deux nouvelles classes (Optimum et Optimum Plus) interdites à la réservation pour les enfants de moins de 12 ans. Circulant au départ de Paris, elles se destinent à une clientèle professionnelle à qui la SNCF promet une tranquillité… optimale. Mais depuis quelques jours, cette offre est sous le feu des critiques. Comme de nombreuses associations, celle qui regroupe les usagers du Gard a accueilli la nouvelle avec scepticisme. « Cela crée de la discrimination. Pourquoi vouloir faire des espaces réservés à certaines personnes et en exclure d’autres ? Je pense que c’est l’inverse de ce qu’il faut faire. Dans les trains, les gens se mélangent, et ceux qui sont gênés s’éloignent  », poursuit Anne-Marie Skora, qui juge cette proposition « extravagante  ». « Ces classes ouvrent la porte à tout et à n’importe quoi. Quelle sera la prochaine étape ?  », questionne encore la présidente.

    Si l’UFC-Que-Choisir n’a pas encore officiellement pris la parole, le responsable de l’antenne de Montpellier partage la critique générale. « Si la SNCF offre un service personnalisé à certains types de passagers qui veulent de la tranquillité, qu’elle offre aussi un service personnalisé aux jeunes enfants ! », propose Claude Gaubert. « Des solutions de ce type existent dans d’autres pays… Je pense que la SNCF, trop obnubilée par son chiffre d’affaires, aurait dû réfléchir autrement.  »

    Cette offre s’inscrit dans la tendance plus large du « No kids », qui voit de plus en plus d’espaces et de restaurants interdits aux enfants. Un mouvement qui suggère que le confort des adultes passe forcément par l’absence d’enfant, et que la haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïri a jugé « choquant » lors d’une intervention sur BFM…

    Via son compte X, la directrice des offres TGV de la SNCF a tenté de relativiser en précisant que ces offres ne représentent « que 8% des trains qui voyagent du lundi au vendredi  ». Mais pas sûr que ça suffise à convaincre l’opinion publique. Question de philosophie sans doute…

  • « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    Elle ne mâche pas ses mots.  
    « On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. » Ainsi débute la lettre ouverte à Emmanuel Macron adressée par la présidente de l’université de lettres et sciences humaines Paul-Valéry de Montpellier, publiée le 26 janvier par le journal Le Monde.

    Ce n’est pas la première fois qu’Anne Fraïsse tire la sonnette d’alarme sur la situation de son université, parmi les moins bien dotées de France. Mais cette fois, alors qu’ont commencé le 8 janvier les Assises du financement des universités, c’est le Président de la République lui-même qu’elle interpelle, dans un geste de colère et de désespoir.

    À l’automne dernier, au moment des débats budgétaires, le ministre de l’Éducation nationale avait voulu relativiser la crise budgétaire des universités lors de son audition devant la commission de la culture et de l’éducation au Sénat (alors que deux tiers des facs françaises ont fini en déficit en 2025, au détriment des étudiants et personnels) : « Ce n’est pas Zola non plus », avait-il estimé, suscitant un tollé dans la communauté universitaire.

    « La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le président  », rétorque Anne Fraïsse dans ce courrier. « En 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1 003 titulaires pour 23 000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables », dénonce la présidente de l’université montpelliéraine.

    « Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50%, voire 40% d’encadrement en enseignants titulaires) », assène-t-elle encore. « Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent », insiste-t-elle, dénonçant l’opacité du système : « Pour un étudiant de même discipline, une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ».

    « Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice », conclut Anne Fraïsse avant de saluer Emmanuel Macron « comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : “Morituri te salutant” ».

    « Depuis plus de 10 ans, nous sommes en surchauffe. »

  • Marie Rouanet, une vie pour la langue et la culture occitanes

    Marie Rouanet, une vie pour la langue et la culture occitanes

    Dans les années 70, cette jeune femme bien dans son temps est d’abord une chanteuse et compositrice occitane, aux côtés des Marti et autres Mans de Breish. Mais interpréter « Lous esclops »* ne suffira pas à celle qui, née d’une famille modeste – son père était mécanicien – est devenue professeure de lettres classiques. Quand elle s’engage en 1977 sur la liste du communiste Paul Balmigère, c’est aussi – surtout ? – pour défendre la culture occitane qui peu à peu s’éteint. Elle poursuivra son mandat de déléguée au patrimoine avec le maire socialiste Alain Barrau jusqu’en 1989, puis restera dans l’opposition.

    Marie Rouanet est de celles et ceux qui ont redonné ses lettres de noblesse à la langue occitane, qui, interdite dans les écoles au début du XXe siècle, risquait de disparaître. Une noblesse et un lieu fabuleux pour lequel, avec son mari, le grand écrivain occitan Yves Rouquette disparu en 2015, elle s’est battue bec et ongles : le Cido, centre international de documentation occitane (il a changé depuis son nom en Cirdoc).

    Une femme libre

    et combattante

    Marie Rouanet avait infiniment de tendresse pour les petites gens et la capacité d’écrire leur vie, comme on peint. Elle était une sorte d’ethnologue poétique. Du Béziers populaire qu’elle connaissait si bien à Camarès dans l’Aveyron, où le couple s’était installé il y a une trentaine d’années, elle a tiré de nombreux ouvrages. Sur la cuisine, notamment, pour celle qui raconte comme personne les goûts et les odeurs. C’est à Camarès qu’elle écrit La cuisine amoureuse, courtoise et occitane (Ed Loubatières), première version du Petit traité romanesque de la cuisine. La flore, la musique et la culture occitane sont au menu de ses œuvres. Elle écrira aussi sur ses compagnons de la « nova cançon » en les présentant comme des « chanteurs de la décolonisation » des pays occitans.

    Dans les années 90, Nous les filles (Payot) lui amène une reconnaissance nationale. Mais d’autres de ses ouvrages ont dressé un panorama fin et poétique du XXe siècle dans le Midi. Du côté des hommes (Albin Michel), par exemple, où elle s’interroge sur cette fraternité qui les unit, sans les femmes. Marie Rouanet avait une connaissance profonde de la vie et des idées des petites gens. Ici c’était Les enfants du bagne (Payot), qui montre sa profonde sollicitude pour ceux qui souffrent. Elle y raconte la vie des petits martyrisés d’Aniane, dans l’Hérault, en puisant dans les archives du pénitencier pour enfants. Là, c’était Apollonie, reine du monde » (Plon), qui rapporte avec pudeur le rôle des veuves de 14-18 à travers la vie d’un hameau de l’Aubrac à partir des souvenirs d’un petit-fils d’Apollonie, Henri Jurquet.

    Marie Rouanet laisse les Occitans orphelins d’une femme libre, progressiste et combattante, chanteuse engagée, écrivaine prolifique, éternelle amoureuse de la vie. Ses obsèques auront lieu vendredi 30 janvier à 10h30 en l’église de Camarès, puis au cimetière de ce village où elle sera inhumée aux côtés d’Yves son mari et de son fils cadet.

    À son fils Laurent Rouquette, à sa famille, à toutes les personnes que ce deuil afflige, La Marseillaise présente ses plus sincères condoléances.

    Annie Menras

    * Les sabots

  • Khadija Aoudia : « Que 2026 soit l’année du réveil des consciences »

    Khadija Aoudia : « Que 2026 soit l’année du réveil des consciences »

    La Marseillaise : Quels sont vos vœux pour l’année qui s’ouvre ?

    Khadija Aoudia : Je souhaite que 2026 soit l’année du réveil des consciences. Qu’elle nous pousse à regarder sans détour les rapports de force qui structurent le monde, à comprendre que les crises, les guerres et les inégalités ne sont pas des accidents de l’Histoire, mais les symptômes d’un ordre fondé sur une domination économique oligarchique. Un ordre qui, pour servir ses propres intérêts, fragmente les nations, attise les peurs, détourne les colères légitimes et les oriente vers des ennemis désignés… pendant que, dans l’ombre, les mêmes concentrent toujours davantage les richesses et creusent sans relâche les inégalités sociales. Jamais une poignée d’oligarques n’a autant accaparé de richesses à l’échelle transnationale. Je fais le vœu d’un renversement des valeurs, où la dignité humaine deviendrait hiérarchiquement supérieure à la richesse économique. Je fais le vœu que le droit international soit réellement au service des peuples.

    Vous êtes engagée de longue date dans la défense des droits des détenus dans une ville, Nîmes, dont la maison d’arrêt souffre d’une surpopulation chronique parmi les plus élevées de France (+ de 200%)… Où en est ce combat ?

    K.A. : Lorsque j’étais bâtonnier en exercice, j’ai visité l’ensemble des lieux de privation de liberté, à l’issue de quoi j’ai rédigé un rapport. J’ai constaté une atteinte à la dignité et aux conditions de détention ou de rétention tant au niveau de la maison d’arrêt que du commissariat et des geôles du tribunal judiciaire de Nîmes.

    S’agissant des conditions de détention à la maison d’arrêt, nous avons obtenu, le 30 janvier 2020, une condamnation par la CEDH (Cour européenne des droits de l’Homme), qui n’a débouché sur aucune mesure pour éradiquer cette surpopulation et les conditions de détention insalubres qui en découlent. Nous avons donc saisi le tribunal administratif (TA) pour faire constater la persévérance de ces conditions indignes, lequel a rejeté notre demande. Décision confirmée par le Conseil d’État. J’ai donc saisi à l’automne, avec l’accord du bâtonnier en exercice et sur mes propres deniers, la CEDH. Nous sommes dans l’attente de sa décision.

    Concernant les conditions de détention au commissariat de Nîmes, le TA a fait droit à nos revendications et condamné l’État, en juillet 2023, à réaliser les travaux nécessaires à hauteur de 150 000 euros. Les cellules étaient dans un état de délabrement inimaginable, avec odeur nauséabonde, absence de luminosité, absence d’aération… En outre les geôles n’étaient pas dimensionnées pour accueillir plus de 10 personnes en garde à vue.

    Il est question de construire
    un nouvel établissement pénitentiaire à Nîmes.
    Qu’en pensez-vous
     ?

    K.A. : Ça fait plus de 10 ans qu’on nous l’annonce… On peut construire des centaines de prisons : si on ne change pas radicalement la politique pénale, on va les remplir. Non seulement c’est une fuite en avant, mais ça a un coût considérable. La moitié du budget du ministère de la Justice est affectée à l’administration pénitentiaire… Des peines alternatives à la prison sont possibles, et moins coûteuses. Il faut que l’incarcération soit l’exception, pas la règle. À mon sens, le seul critère qui vaille, c’est la dangerosité de la personne. Et fort heureusement le nombre des détenus concernés est relativement limité.

    Où en est la plainte pour provocation à la haine et discrimination que vous avez déposée en août dernier contre Bruno Retailleau devant la Cour de justice de la République (CJR) ?

    K.A. : Comme je l’avais annoncé, seules 0,24% des plaintes sont transmises à la commission d’instruction de la CJR… Donc sans surprise la plainte a été classée sans aucune motivation, si ce n’est de dire que je ne justifiais pas d’un préjudice.

    Comment cette plainte était-elle motivée ?

    K.A. : En septembre 2024, Bruno Retailleau arrive au ministère de l’Intérieur. Très rapidement et de façon crescendo, il n’a eu de cesse de distiller de la provocation à la haine et de la discrimination à l’endroit de la communauté musulmane, des immigrés en général et des ressortissants franco-algériens en particulier. En 2025, on a assisté à une augmentation massive des actes islamophobes, +200%, sans qu’il y ait eu d’événement traumatique qui l’explique, comme en 2015 après les attentats terroristes à Paris, par exemple. Je l’ai donc rattaché directement à cette politique menée par Bruno Retailleau.

    L’extrême droite est particulièrement implantée
    dans le Gard…

    K.A. : En effet… Quand j’ai déposé plainte contre Bruno Retailleau, j’ai subi un déferlement de propos sexistes, avec notamment des appels au viol, mais aussi de propos fascistes liés à ma couleur de peau. Nous assistons à une radicalisation de la pensée. La crise sociale est contenue dans la division. On amène nos concitoyens à rejeter leurs frustrations sur l’étranger… hélas il n’y a rien de nouveau. Ça permet de lutter contre la fraternité et d’empêcher que les colères ne se fédèrent sur les inégalités liées à l’enrichissement toujours massif de quelques oligarques.

  • [Santé, repenser son rapport à l’alcool 3/3] Le buveur occasionnel, un mythe qui n’est pas sans risques

    [Santé, repenser son rapport à l’alcool 3/3] Le buveur occasionnel, un mythe qui n’est pas sans risques

    Que l’on consomme une grande quantité d’alcool pendant longtemps ou que l’on soit un buveur occasionnel qui consomme peu mais régulièrement, la toxicité est la même. « Il faut être clair sur le fait que l’alcool est un toxique. C’est un poison pour les cellules, principalement saines et sensibles qui se renouvellent rapidement », souligne le docteur. « Au-delà de l’aspect physiologique immédiat de type sensation ébrieuse, la phase suivante de l’organisme est la détoxification de l’alcool par le foie. Ce dernier transforme l’alcool en un composé que l’on appelle le formaldéhyde qui est toxique et cancérigène. »Sans compter que l’alcool peut également avoir un effet mutagène sur l’ADN à cause de la toxicité directe avec des organes comme le colon ou le sein. « Plusieurs cancers sont connus pour être liés à une association de d’alcool et de tabac. L’alcool favorisant la solubilité d’un certain nombre de toxiques externes dans les tissus dont la fumée de tabac, le goudron etc. », poursuit-il. « Boire et fumer est donc une catastrophe pouvant engendrer des cancers des voies ORL ou des cancers du poumon sans négliger les cancers de l’estomac, de l’œsophage ou encore du pancréas provoqués par l’alcool. »

    Bière, vin et champagne, une tradition en France
  • [Travailleur de demain] Capucine Cauchard, l’aéro dans la peau

    [Travailleur de demain] Capucine Cauchard, l’aéro dans la peau

    Après son bac, la Gardoise, qui s’imaginait pourtant faire des études de médecine, poursuit finalement dans la même voie. « J’avais peur de ne pas être suffisamment intelligente pour Paces et, dans le cadre de mon option au lycée, on était allés voir pas mal de métiers de l’armée, de la sécurité civile, tout ça s’était logé dans un coin de ma tête », explique-t-elle. Dès son premier cours de BTS aéronautique à Nîmes, elle sait qu’elle a pris la bonne décision. « C’est le coup de foudre, se rappelle-t-elle. C’est à ce moment-là que je sais que je serai mécanicienne. »

    Pourtant, rien ne prédestinait Capucine à ce métier. « Personne de ma famille ne travaille là-dedans et c’est vrai qu’il y a beaucoup de reproduction sociale, confie-t-elle. En classe, j’étais avec des gens qui connaissaient tous les termes techniques parce que leurs parents venaient de l’aéro. Ça m’a fait me poser des questions. » Passionnée, la jeune fille redouble d’efforts et excelle.

    Secret-défense

    Après une licence professionnelle, elle se lance en 2023 dans une mention complémentaire en apprentissage. C’est à ce moment-là qu’elle rejoint les rangs de Dassault Aviation, qu’elle n’a plus quitté depuis. Capucine explique : « Chaque site de la boîte a un peu sa spécialité. » Depuis 1950, l’établissement de Mérignac, à proximité de Bordeaux, réalise par exemple l’assemblage final et la mise en vol des avions d’affaires et militaires produits en série. Sur la base aérienne 125, les effectifs se concentrent sur le développement. « On est soumis au secret-défense, parce qu’on est sur la base militaire et qu’on travaille sur des technologies sensibles », révèle-t-elle.

    En deux mots, Capucine fait partie des équipes qui « testent les nouveautés, des choses qui vont être mises en place dans X années, lors d’essais en vol ». Elle, est spécialisée sur le Rafale. « J’aime les appareils qui ont une mission spécifique, explique-t-elle. Tous ceux qui font du transport de personnes, ça m’intéresse absolument pas. J’avais adoré travailler pour la sécurité civile, j’adore travailler pour l’armée, ça donne vraiment une autre dimension à ce que tu fais. »

    Travailler sur le même avion de combat n’a rien de rébarbatif. « Tu t’ennuies jamais, tu fais jamais deux fois la même chose et même pour les tâches qui sont récurrentes, tu peux la refaire 15 fois, ce sera jamais exactement pareil. T’es tout le temps en train d’apprendre. »

    Celle qui s’imaginait faire de grandes études se consacre désormais à sa licence PART 66, qu’elle obtiendra d’ici quelques années après avoir passé des examens écrits et accompli un certain nombre de tâches. « Après ça, j’aimerais aussi passer la qualification type de l’appareil sur lequel je travaille. Tout ça n’est pas obligatoire, mais je vois ça comme du plus, c’est pour avoir plus de compétences. » L’insatiabilité mène à l’excellence.