Category: societe

  • « Dans l’espace, explorer de nouveaux mondes »

    « Dans l’espace, explorer de nouveaux mondes »

    Né en 1958 en Moselle, ingénieur général, il a été astronaute actif pendant trente-trois ans à partir de 1985. Surnommé Billy Boy, il vole trois fois en tant que spécialiste de mission à bord de la navette spatiale Atlantis en 1994 pour étudier l’atmosphère, en 1997 pour ravitailler la station russe MIR, et en 1999 à bord de Discovery pour réparer le télescope spatial Hubble.

    La Marseillaise : Le 11 septembre au cinéma l’Eden théâtre, vous animerez un débat sur « Les défis de l’astronaute ». Quels sont-ils ?

    Jean-François Clairvoy : Je vais d’abord parler de la différence entre l’astronome, qui étudie l’espace depuis la Terre, et l’astronaute, ingénieur en astronautique, qui invente les fusées, les satellites… L’astronaute va dans l’espace.

    En quoi consiste son métier ?

    J-F C : Un astronaute est un opérateur de machines complexes – vaisseau spatial, scaphandre, instruments scientifiques pour le compte de chercheurs depuis la Terre (…) -, en environnement extrême, et hostile. L’apesanteur induit des bouleversements dans le corps. En dehors du vaisseau spatial, les températures peuvent aller de -150 à +150 degrés Celsius, avec des risques d’exposition aux rayons cosmiques, qui augmentent les risques de cancer. L’astronaute est exposé à l’impact des débris et des micrométéorites. On estime à 1% le risque de mourir lors d’une mission spatiale. Les astronautes sont dans un environnement isolé, et confiné.

    Comment se préparer à une mission spatiale ?

    J-F C : On s’entraîne aux pannes et aux combinaisons de pannes. Dans une navette spatiale, on trouve plus de 1 000 interrupteurs. Il faut savoir les utiliser, et apprendre à gérer les pannes… Un autre défi est le travail en équipe. Savoir se faire confiance, adhérer à un même but. Le capitaine James Tiberius Kirk, personnage de fiction dans Star Trek, dans les années 1960, définissait la mission spatiale ainsi : « Explorer de nouveaux mondes étranges, rechercher de nouvelles formes de vie, avec audace, aller là où nous ne sommes jamais allés ». C’est pour moi tout à fait ça.

    Lumexplore est justement porté par la Société des explorateurs français, en partenariat avec Les lumières de l’Eden et la Ville de La Ciotat. Quel regard portez-vous sur ce festival ?

    J-F C : Lumexplore présente toujours des films fantastiques. Or aujourd’hui, la meilleure façon de transmettre ce qu’est l’exploration se fait par les images.

    Quelle vision vous a marquée depuis l’espace ?

    J-F C : Je vous répondrai par un extrait du chapitre « La Terre en héritage », que j’ai écrit dans le livre Mémoires poétiques d’explorateurs, paru en 2024. La vue de la Terre depuis l’espace a bouleversé mon appréciation du milieu dans lequel nous vivons. S’émerveiller devant la beauté de notre planète vivante et colorée flottant sur le noir absolu du cosmos est probablement l’expérience sensorielle et émotionnelle la plus intense vécue par les astronautes au cours de leur carrière, voire de leur vie.

    * Jeudi 11 septembre à 20h30 à l’Eden théâtre, diffusion du film « Destination astéroïdes », de Loyer et Bedel. Suivi d’un débat animé par
    J-F
     Clairvoy.

    ** 25 explorateurs y ont participé. Éd. Les Belles Lettres (2024).

  • La Ville prescrit une mutuelle pour plus d’accès aux soins

    La Ville prescrit une mutuelle pour plus d’accès aux soins

    Enfin. « Promesse de mandat », rappelle Cécile Helle (PS), la Ville vient d’acter l’instauration d’une mutuelle communale. Après un vote au conseil municipal de juin, la maire a signé, ce jeudi, une convention avec la Mutuelle familiale, complémentaire santé retenue parmi six candidatures. « Un partenariat gagnant-gagnant », résume la première magistrate qui n’engage pas la Ville financièrement mais assure la promotion et actions de communication de la Mutuelle familiale auprès des habitants. Cela commence d’ailleurs ce dimanche, où la complémentaire santé sera présente au forum des associations à la Barthelasse.

    Des réunions publiques devraient rapidement être organisées entre octobre et décembre. Le CCAS, les mairies annexes ainsi que les diverses ressources sociales, pour toucher ceux qui sont le plus éloignés des soins, ont été avisés de la mise en place de cette mutuelle communale. « En moyenne, 5% de la population n’est pas couverte par une complémentaire santé et 40% d’entre elles renonce ou diffère des soins pour des raisons financières », campe Cécile Mallah, responsable développement en Paca à la Mutuelle familiale, qui a son siège régional à Avignon et accompagne 1 400 communes en France, dont Carpentras ou Montpellier depuis le début de l’année, séduisant 3 000 nouveaux adhérents dans la préfecture de l’Hérault.

    « La mutuelle s’adresse à tous les Avignonnais mais aussi ceux qui y travaillent et les étudiants », précise Cécile Helle pour qui « la relation de proximité avec l’usager » a pesé dans la balance pour « restaurer le droit de l’accès aux soins à l’heure où des complémentaires santé augmentent leurs cotisations sans forcément augmenter les prestations ».

    Quatre offres « pour tous »

    La Mutuelle familiale se veut garante des valeurs de la sécurité sociale et de l’héritage de « son fondateur Ambroise Croizat », assure la présidente Sylvie Ben Jaber. « Nous n’avons pas d’actionnaire, nous voulons garantir l’accès à la protection sociale pour tous dans un esprit de solidarité », revendique-t-elle. Dans un secteur concurrentiel, où certains organismes refusent d’assurer des profils trop vieillissants, la Mutuelle familiale dit ne refuser personne et s’appuie sur le soutien de la Ville pour « rassurer et mettre en confiance » les usagers potentiels. « Ce n’est pas une solution low cost, nous avons 4 offres dont le premier niveau offre un reste à charge zéro pour les soins dentaires, optiques et auditifs », insiste Sylvie Ben Jaber. Les tarifs varient selon l’âge et les profils, allant par exemple de 53 à 101 euros par mois pour les plus de 65 ans ou de 25 à 52 euros pour un adhérent de 30 ans.

  • Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    C’est une petite région enfouie au cœur du cerveau : l’aire tegmentaire ventrale (ATV). Elle est connue depuis des décennies pour son rôle dans la motivation. Beaucoup de ses neurones produisent la fameuse dopamine, cette molécule messagère – un « neurotransmetteur » – impliquée dans le circuit de la récompense. Mais pas tous : d’autres neurones y produisent du glutamate – un autre neurotransmetteur – et sont importants pour réagir face au danger. Une étude parue dans Biological Psychiatry montre que ces neurones sont reliés à une autre région – l’amygdale – et que ce lien se renforce en cas d’exposition à un stress chronique, entraînant une hausse de l’anxiété. « Ce lien est devenu ma nouvelle cible pour tenter de mieux comprendre et traiter les troubles anxieux », confie Sebastian Fernandez, chercheur CNRS à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Valbonne et dernier auteur de l’étude.

    Le rôle de l’amygdale dans l’anxiété est une vieille histoire : il est connu que les personnes anxieuses ont une amygdale hyperactive. De même, le lien entre exposition au stress chronique et anxiété n’est pas un secret. « Une manière robuste d’étudier l’anxiété chez les animaux est de les exposer au stress, pointe Sebastian Fernandez. Ce qui nous manquait était le lien pour expliquer pourquoi l’exposition au stress entraîne une hyper-activation de l’amygdale ».

    Approche virale

    Les chercheurs ont découvert que l’exposition au stress augmente la quantité de récepteurs du glutamate au niveau des connexions entre l’ATV et l’amygdale. « Or ces récepteurs sont plus perméables au calcium, qui est clé pour l’activité de la cellule », souligne Sebastian Fernandez. L’effet excitateur du glutamate sur l’amygdale lorsqu’il arrive sur ces récepteurs – plus nombreux – est donc démultiplié.

    Que se passe-t-il quand on les bloque ? « Nous avons regardé et c’est la cerise sur le gâteau de notre étude », poursuit Sebastian Fernandez. Pour cela, les chercheurs ont utilisé une petite molécule – un peptide – apportée par un virus. Et cela fonctionne : cela prévient l’hyperactivité de l’amygdale et réduit les troubles de l’anxiété. Si ces résultats sont prometteurs chez la souris, il est encore difficile d’envisager ces expériences chez l’humain (voir interview).

    « Ce renforcement du lien ATV-amygdale est toutefois une des choses parmi d’autres qui se produisent dans le cerveau face à un stress chronique », nuance Sebastian Fernandez. Quant à savoir si ce lien est renforcé de manière permanente ou peut s’atténuer lorsque l’exposition au stress s’arrête, la question demeure. Le chercheur cite toutefois une autre étude ayant observé l’action d’une exposition au stress sur l’activité des neurones produisant la dopamine. « L’effet durait au moins trente jours, explique-t-il. Dans notre cas, nous pouvons donc penser que l’effet est aussi de longue durée. »