Sur l’archipel de Crozet, au sud de l’océan Indien, les manchots royaux vivent à l’état sauvage. Ils chassent pour se nourrir et survivent dans un environnement parfois hostile, en moyenne 13,5 ans. Dans les zoos de Zurich (Suisse) et de l’île de Tenerife (Espagne), leurs congénères en captivité sont logés et nourris. La vie est facile… et plus longue : près de 21 ans en moyenne. « La différence vient principalement des soins prodigués et de l’absence de prédateur », souligne Céline Le Bohec. Mais la chercheuse CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier et au Centre scientifique de Monaco montre dans un article paru dans Nature Communications que, s’ils vivent plus longtemps, les manchots en captivité vieillissent aussi plus vite. « Le lien entre style de vie et vieillissement ne concerne donc pas que l’humain », insiste Robin Cristofari, chercheur à l’Institut de biotechnologie de l’Université d’Helsinki (Finlande) et premier auteur de l’étude.
L’impact de la sédentarité sur le vieillissement est soupçonné chez l’humain, poursuit-il : « C’est difficile à établir car nous avons du mal à mesurer la sédentarité. » Car nos modes de vie varient en fonction des âges. Le manchot royal est un modèle plus simple. Et de choix, car il nous ressemble : il vit longtemps et a peu de descendants. De plus, il bouge beaucoup à l’état sauvage : « Il nage pour chasser et peut faire près de 1 000 kilomètres en une semaine », souligne Céline Le Bohec.
Miroir
Enfin, il peut jeûner pendant des semaines. Alors le contraste est fort avec ses congénères en captivité qui font peu d’exercice et ont un accès à la nourriture régulier et sans effort. Les comparer est donc idéal pour étudier l’impact de la sédentarité.
Les marqueurs du vieillissement observés sont dans l’épigénome. C’est-à-dire au niveau des molécules qui se greffent sur l’ADN à proximité de certains gènes pour les activer ou pas. « Des changements sur des gènes liés au vieillissement apparaissent plus tôt chez les individus en captivité », explique Robin Cristofari. Par exemple des gènes qui régulent la division cellulaire et la croissance de l’organisme. « Ils sont connus chez l’humain comme des “horloges épigénétiques”, permettant de déterminer l’âge d’un individu », ajoute-t-il.
Moyennant un petit peu d’activité physique et quelques périodes de jeûne, des manchots en captivité pourraient-ils vieillir moins vite et vivre tout aussi longtemps ? « J’en suis persuadé, estime Robin Cristofari. Nous essayons de le vérifier. » L’étude se poursuit au zoo de Zurich. Mais elle nous tend déjà un miroir : « Notre mode de vie Occidental résonne beaucoup avec celui des manchots en zoo », s’amuse le chercheur. Accès à la nourriture sans trop d’effort, peu d’activité physique… « Des étapes désagréables de la vie sont peut-être importantes pour garder la santé », conclut-il.

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