La Marseillaise : Israélienne, femme rabbin pour la paix, comment vivez-vous la période en Israël ?
Nava Hefetz : C’est dur. On est souvent menacés. On est parfois bannis de notre famille qui ne pense pas comme nous. Surtout depuis le 7 octobre, des amis ont coupé les liens. Mais ce n’est pas important au regard de l’enjeu.
Le gouvernement israélien réprime son opposition parlementaire et commet ce que les institutions appellent un génocide. Israël est-il encore une démocratie ?
N.H. : On est en train de perdre notre démocratie. Elle est formelle mais ne correspond plus aux valeurs démocratiques. On sent la répression, la répression est violente. Le clivage qui a lieu en Israël aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un clivage droite- gauche mais un clivage messianiques-démocrates. Tant qu’il n’y a pas d’élection, on ne peut pas mesurer l’état du rapport de force mais sur le terrain nous sentons la pression des messianiques. D’ailleurs, le gouvernement Netanyahu ne tient que par les dirigeants des colons Smotrich et Ben Gvir. Donc Netanyahu laisse faire les violences notamment en Cisjordanie.
Depuis cette nouvelle guerre, on assiste à une flambée d’antisémitisme. Comment l’analysez-vous ?
N.H. : L’antisémitisme est un phénomène ancien. Il était latent et n’attendait qu’une étincelle. C’est très facile de mettre tous les Israéliens dans le même paquet, tous les juifs dans le même paquet comme si on était tous pro-Netanyahu. Ça fait cinq ans qu’Israël connaît des manifestations massives. D’abord pour la réforme judiciaire, puis on a enchaîné avec le 7 octobre et rien ne bouge. Les manifestations ne suffisent plus. Il faut être beaucoup plus incisif, il faut carrément stopper le pays si on veut changer.
Croyez-vous aux sanctions économiques ?
N.H. : C’est une chose qui n’a pas été essayée parce que les économies occidentales sont très liées à celle d’Israël. Moi, je crois que des mesures, par exemple sur les visas, pourraient créer un électrochoc.
Que pensez-vous de l’initiative française pour la reconnaissance de l’État palestinien ?
N.H. : C’est très tard mais mieux vaut tard que jamais. Il faut voir ce qui se passe à Gaza mais aussi en Cisjordanie. La politique des colons est d’étendre leurs emprises en multipliant les avant-postes. Il y a 900 barrages routiers qui enferment les villages palestiniens. Il y a une stratégie délibérée de rendre l’existence d’une Palestine souveraine impossible. 4 000 habitations sont en construction près de Jérusalem-Est dans ce but. Il y a aussi un harcèlement des populations palestiniennes proches d’Ébron où chaque nuit des jeunes colons délinquants viennent mettre le feu, vandalisent les commerces palestiniens, les voitures pendant que l’attention est à juste titre sur Gaza. Que fait la France contre ça ?
Quel est, selon vous, le chemin de paix à emprunter ?
N.H. : Il n’y aura pas d’autres plans que d’évacuer les colonies et de créer un État palestinien. On est ensemble, israéliens, palestiniens, militants. On ne lâche pas, on ne lâchera pas.






