Category: societe

  • L’hommage de Marseille à Mehdi Kessaci

    L’hommage de Marseille à Mehdi Kessaci

    Vêtus de blanc, l’air grave, sans un mot, à peine ébranlés par le vent glacial qui s’abat sur Marseille, des femmes et des hommes se relaient pour déposer des fleurs blanches sur un bout de trottoir du rond-point Claudie-Darcy (4e). Sur un poteau, une affiche placardée et ces mots : « Justice pour Mehdi 20 ans mort pour rien ». C’est ici que Mehdi Kessaci a été assassiné le 13 novembre dernier par un commando à moto. C’est ici que ses proches ont donné rendez-vous à 15 heures ce samedi, pour lui rendre hommage. Plus de 6 200 personnes ont répondu à l’appel, des citoyens, militants associatifs et de nombreuses personnalités politiques. Une foule compacte, transgénérationnelle, unie derrière une même banderole : « pour la vie, pour Mehdi, pour la République, pour Marseille nous marchons ». Du cardinal marseillais Jean-Marc Aveline, au président de l’OM Pablo Longoria, en passant par le secrétaire général de l’UD CGT 13 Marc Pietrosino.

    « Mon frère Mehdi était innocent, il n’était coupable que d’être mon frère », déclare Amine Kessaci dans un message pré enregistré. La présence du militant écologiste, fondateur de l’association Conscience qui vient en aide aux familles endeuillées par le narcotrafic, n’était pas certaine. L’important dispositif policier qui l’encercle rappelle une réalité : sa vie est menacée. C’est le deuxième drame qui frappe les Kessaci, après l’assassinat du frère aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture fin 2020. Dès son arrivée, la famille est applaudie. La dignité dont elle fait preuve force l’admiration et le respect.

    « Un homme politique a proposé que je reçoive la Légion d’honneur, mais je ne cherche aucun honneur. Je cherche la justice pour mon frère Mehdi. Ce sont les mamans des quartiers qui méritent une décoration pour leur courage, leur dignité et leur combat de chaque jour. Ma mère s’est battue pour nous élever et nous protéger et aujourd’hui, elle a perdu deux fils. C’est elle pourtant qui me permet de tenir debout. Pour elle, je ne me tairai pas », clame Amine, qui au même moment enlace sa maman. Celle-ci porte un t-shirt à l’effigie de son défunt fils où il apparaît, souriant, apaisé. « Chacun des reculs des institutions a favorisé l’avancée du narcotrafic, le départ des services publics, la fin de la police de proximité, les moyens trop faibles des enquêteurs, les enseignants auxquels on demande tant, en leur donnant si peu. Voilà ce qui fait les affaires des trafiquants », insiste le militant du haut de ses 22 ans dans un discours poignant. Autour de lui, des responsables politiques de premier plan : de la présidente de l’Assemblée nationale au président de Région, pour ne citer qu’eux (lire ci-contre).

    « Entrez en résistance »

    Enfin, celui dont la vie est devenue malgré lui un combat, lance un ultime appel : « Mes frères sont morts. Mais vous tous vous êtes vivants. Nous sommes vivants. Je ne sais pas ce que ma vie sera maintenant, mais ce que je sais, c’est que j’ai besoin de vous, de votre engagement dans la durée. Entrez en résistance, lutter parce que lutter, c’est vivre ». Et, instantanément, les mains se sont dressées, les visages tournés vers le ciel. L’émotion est palpable. Le moment est solennel et fera date. Des voix s’élèvent et scandent : « Moins de criminalité, plus d’égalité ».

    Brisée, mais toujours debout, Ouassila Kessaci délivre un message qui prend aux tripes : « Mon cœur est déchiré. Je suis inconsolable. Aucune mère ne peut supporter de voir un enfant sorti de son ventre devenir un cadavre. Je l’ai vu par terre, ici », témoigne-t-elle la gorge nouée, avant de poursuivre : « Mon fils chéri, il me témoignait d’un amour infini à tel point qu’il priait dieu de partir avant moi. Jamais je n’aurais pensé que les choses se passeraient ici ». S’adressant aux auteurs du crime, elle demande : « On parle de vous comme de bêtes sauvages, sans cœur, pensez-vous un jour fonder un foyer ? Que direz-vous à vos enfants et à vos mères ? ». Son texte, entrecoupé par l’émotion, rythmé par les applaudissements sera finalement lu par Sabrina Agresti-Roubache. Après une minute de silence, les proches de Mehdi et des anonymes déposent des gerbes, des bougies, se recueillent. Ils ont bravé le froid, la douleur et la peur. Unis, fiers et dignes, ils se sont dressés face à ceux qui tentent de semer la terreur.

  • Vague de froid : le gymnase Vallier devient un refuge

    Vague de froid : le gymnase Vallier devient un refuge

    Alignés les uns aux autres, des lits de camp kaki recouvrent le lino du gymnase Vallier. Samedi, en fin d’après-midi, environ la moitié de la literie est déjà occupée par des hommes isolés vivant à la rue. Face à l’épisode de froid qui sévit actuellement, « la Ville de Marseille a proposé aux services de l’État d’ouvrir un équipement municipal pour les accueillir », explique Audrey Garino, adjointe au maire de Marseille déléguée aux affaires sociales, à la solidarité, et à la lutte contre la pauvreté (PCF).

    « On a un accord avec la préfecture : on met à l’abri les hommes, avec des associations qui assurent la gestion du gymnase notamment le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO), l’Accueil de jour et nuit (ADJ) et la Croix Rouge, et l’État ouvre des places d’hôtel pour les femmes et les familles. » Après une première nuit, du 21 au 22, quasiment complète avec 46 personnes accueillies sur les 50 places disponibles, la Ville a ajouté 40 lits pour les prochains jours, puisque le dispositif s’étendra au moins jusqu’au mardi 25 novembre.

    Pas de sortie sèche

    Pour Thiago, sans domicile depuis 15 jours, cette mesure est un soulagement. Lui a choisi de quitter son appartement par peur de s’endetter auprès de son propriétaire après avoir été arnaqué par son employeur qui lui doit deux mois de salaire. « Quand les températures ont baissé, on a essayé de s’abriter dans un parking du Vieux-Port mais il faisait tellement froid qu’on n’a pas réussi à dormir, même avec des couvertures », raconte-t-il. La faute, aussi, à une hypervigilance qu’il a développée depuis qu’on lui a volé ses papiers alors qu’il s’était assoupi.

    Au gymnase, il est « rassuré » et se sent entouré de « personnes accueillantes et bienveillantes ». « Venir ici m’a aussi permis d’avoir accès au SIAO, qui va essayer de me trouver un logement, poursuit Thiago. Ils doivent me donner la réponse lundi ! »

    Sabine Fabiani, directrice adjointe en charge du pôle « aller vers » de l’ADJ, explique : « Le but, c’est qu’à la sortie, on leur propose quelque chose. En janvier dernier, sur 90 personnes, au moins 70 ont été orientées vers des foyers d’urgence, des Maisons relais, des pensions de famille ou des Centres d’hébergement et de réinsertion sociale. »

    Environ 7 000 places d’hébergement d’urgence sont ouvertes à Marseille, dont 500 créées par la Ville depuis le début du mandat de Benoît Payan. « On a capté 13 bâtiments municipaux pour le faire et on a un objectif de 500 places supplémentaires », précise Audrey Garino, qui détaille : « Une halte de nuit devrait sortir dans les premières semaines en prévision de l’hiver pour les personnes les plus exclues. »

  • Retour en images sur la Marche blanche en mémoire de Mehdi

    Retour en images sur la Marche blanche en mémoire de Mehdi

    Une foule de Marseillais, soutenus par une kyrielle de politiques, a rendu un hommage poignant à Mehdi Kessaci samedi, sa famille appelant à « prendre la mesure » de « ce monstre » du narcotrafic « qui s’est infiltré partout » et leur a enlevé un 2e fils. Un reportage photo signé Mohammed El Hamzaoui et Yves Souben.

  • « Le cancer de la prostate est le plus fréquent, pas le plus mortel »

    « Le cancer de la prostate est le plus fréquent, pas le plus mortel »

    Médecin spécialisé en urologie depuis 2005, le docteur Jochen Walz traite les cancers du rein, de la vessie, de la prostate ou encore du testicule. « Au sein de l’Institut Paoli-Calmettes, nous faisons un travail multidisciplinaire. C’est-à-dire que chaque médecin apporte sa spécialité dans le traitement d’un cancer, nous travaillons en équipe et c’est quelque chose de très important selon moi », explique-t-il. « Il y a une véritable synergie ce qui est un avantage notable pour la prise en charge mais aussi pour le patient. »

    Le cancer de la prostate, à l’instar du cancer du sein est le plus répandu chez l’homme à partir de 50 ans. pour autant, il n’est pas le plus mortel. « Pour ce cancer-là, il y a une discordance entre la fréquence de la maladie et le risque que ça représente pour le patient. Quand un cancer de la prostate est agressif, il y a une nécessité à le traiter mais dans la majorité des cas, environ 50% il est plutôt gentil alors, il n’est pas nécessaire de le traiter voir même de le diagnostiquer », précise le docteur Walz.

    De par son évolution lente, le cancer de la prostate est davantage comparé à une maladie chronique qu’à un cancer à proprement dit. « Si on prend l’exemple du cancer du poumon, la maladie évolue assez rapidement une fois le diagnostic établi et 2/3 des hommes touchés meurent de cette maladie. A contrario, seulement 10% des hommes meurent du cancer de la prostate mais au bout de 10 à 15 ans après diagnostic », souligne-t-il. « Notre challenge est donc de trouver un cancer qui représente un risque tout en ayant en tête l’espérance de vie si un homme est très âgé ou qu’il y a beaucoup de comorbidité, il n’y a aucun intérêt à effectuer un diagnostic parce que ce cancer n’aura pas forcément d’incidence sur son espérance de vie. »

    Un dispositif de soin adapté

    Pour autant, il est important pour le docteur de rappeler que le cancer de la prostate est une maladie asymptomatique, le dépistage est donc primordial. « Il se fait d’abord avec une prise de sang ce qui donne une probabilité de déceler, le cas échéant un cancer. S’en suit si suspicion il y a, une IRM, ce qui n’existait pas il y a encore quelques années », ajoute Jochen Walz. « Si besoin on déclenche ensuite une biopsie et ce n’est qu’elle qui nous donne le diagnostic définitif. » Suivra un dispositif de soin adapté en fonction de l’agressivité de la maladie allant de la simple surveillance à l’opération si besoin.

    Et de continuer : « Il est bon de préciser que désormais, le toucher rectal ne fait plus parti du dépistage, on évite maintenant de lier les deux car c’est un facteur bloquant pour les hommes. Ce n’est qu’une fois que le cancer est avéré qu’il intervient dans le processus de soin. Et, il est bon de le mentionner car malheureusement, beaucoup d’hommes préfèrent ne pas se faire dépister du tout que de passer par cette étape. »

  • [#Direct] La marche blanche en hommage à Mehdi Kessaci

    [#Direct] La marche blanche en hommage à Mehdi Kessaci

    Amine Kessaci, son frère, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic espère « des milliers de personnes ». De nombreuses personnalités politiques de tous bords sont attendus pour cette marche blanche placée sous le mot d’ordre : « Justice pour Mehdi, 20 ans, mort pour rien » et d’autres initiatives sont annoncées dans plusieurs villes françaises.

  • Au Vigan, la psychiatrie de jour rouvre enfin ses portes

    Au Vigan, la psychiatrie de jour rouvre enfin ses portes

    Fermé en septembre 2023 faute de médecins, le service de psychiatrie de jour du Vigan ne fonctionnait plus qu’en mode dégradé, absorbant uniquement les situations les plus critiques. Jeudi 6 novembre, il a enfin retrouvé une activité complète, au sein de l’hôpital local. Une respiration pour tout un territoire confronté à une dégradation alarmante de la santé mentale des plus jeunes. « On ne prenait en charge que les situations les plus graves, pour ne pas laisser les parents dans la détresse », rappelle Jean-Luc Sauvaire, directeur du Mas Cavaillac, qui a porté le dossier. Grâce à une « belle rencontre » avec Christian Cataldo, directeur de l’hôpital d’Alès, puis au feu vert de l’ARS, la réouverture a pu être lancée. L’Agence a confirmé un financement « à 99,9% ».

    Le CMPEA accueillera désormais des enfants et adolescents jusqu’à 18 ans, souffrant de troubles du comportement ou de pathologies psychiatriques. Une nouvelle équipe a été réunie : un psychiatre à temps plein sur le Vigan, un médecin rattaché à Alès, deux infirmières en pratique avancée, des infirmières et une psychologue du développement. Jusqu’ici, environ 500 jeunes étaient suivis. « La réouverture va être un tsunami : on pourrait atteindre 800 à 900 jeunes. Ça va être délicat », prévient Jean-Luc Sauvaire.

    Un territoire à la demande « exponentielle »

    Les deux partenaires ont établi une répartition géographique : l’AEMC couvrira le bassin Ganges–Le Vigan, tandis que l’hôpital d’Alès renforcera Saint-Hippolyte-du-Fort, Sauve et Quissac. « La solution va renforcer les deux zones », assure Christian Cataldo.

    Les prises en charge seront limitées à douze séances, avec un axe fort : accompagner les parents et orienter vers les professionnels adaptés. Dans un territoire où les besoins sont « exponentiels », cette réouverture apparaît comme un soulagement attendu.

  • « Il faut continuer à porter ce message d’égalité à tout endroit »

    « Il faut continuer à porter ce message d’égalité à tout endroit »

    La Marseillaise : Quelles sont les missions de l’Observatoire ?

    Stéphanie Canovas : Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une persistance des phénomènes de violences faites aux femmes. En 2019, on a été le troisième département le plus touché par les féminicides. Par contraste avec ces chiffres, il y avait une mobilisation du secteur associatif et institutionnel très forte. Ces acteurs avaient envie d’agir à l’échelle intradépartementale, de fluidifier les parcours des femmes victimes, de mieux travailler ensemble. On s’est donc dit qu’il nous manquait un lieu d’observation des phénomènes et de compréhension des différentes modalités de leur expression. L’idée était de comprendre pour mieux agir. Observer, comprendre, agir, c’est le triptyque de l’Observatoire. Piloté par le Département, l’État, la CAF et l’université Paul-Valéry, sa spécificité est de croiser des regards. À la fois ceux des premières concernées, le regard des professionnels de première ligne et celui d’universitaires, d’enseignants-chercheurs qui travaillent sur la sociologie de ces phénomènes pour nous aider à produire de l’action.

    L’Observatoire mène des travaux envers les jeunes, notamment. Ces violences commencent dès le plus jeune âge ?

    S.C. : Oui. Par exemple, un groupe de travail a documenté le fait que les jeunes sont peu captifs de nos campagnes de communication habituelles. Quand on parle de violences conjugales, on l’a vu aussi en les interviewant, ils ne sentent pas concernés, ce sont des choses pour les adultes. Par contre, quand on leur demande s’ils ont déjà géolocalisé leur copain ou copine pour savoir ce qu’il ou elle faisait, la majorité du groupe l’a fait. Les jeunes ne sont pas plus violents qu’avant, mais en regardant de plus près, on voit qu’il y a de la « romantisation de la jalousie ». Par exemple le fait de ne pas aimer voir son copain/copine « liker » le compte d’une autre personne sur les réseaux, c’est plutôt la tendance et du coup l’idée de la possession de l’autre et l’idée d’être possédé par un autre devient un marqueur d’affection, d’amour. L’autre dimension, c’est que – ça prend d’autres modalités d’expression – les réseaux produisent des éléments de suivi des corps en continu, ce qui échappait aux relations sociales avant. Nous sommes donc en train de réfléchir à une mallette pédagogique pour que notre capacité à sensibiliser les jeunes augmente et soit structurée sur le département.

    En 2024, il y a eu 450 100 cas de violences sur l’année, un chiffre qui se stabilise après plusieurs années de forte augmentation. Le résultat des politiques ou de la libération de la parole ?

    S.C. : L’explication est multifactorielle. Ce n’est pas que la parole n’était pas posée, mais parfois elle n’était pas entendue. Et effectivement, grâce au mouvement MeToo, au Grenelle des violences conjugales, etc., on a permis que cette parole soit prise en compte. Pour autant, il faut se dire que la parole des femmes victimes de violences est sous-évaluée. En moyenne, seules 17% des femmes victimes portent plainte. Au sein du département, notre prisme est plus large donc on rentre dans le sujet via l’action sociale, la protection de l’enfance. Dès lors on a une parole qui arrive en dehors de la question du dépôt de plainte. Pour autant, le chantier, pour moi, reste entier : plus de 400 000 femmes victimes de violences en France chaque année. On parle peu aussi des enfants qui sont à côté d’elles et qui sont désormais reconnus victimes par la loi. On a des enjeux de cohésion sociale, de sensibilisation au plus tôt. Il y a des questions sur lesquelles on a avancé, sur la judiciarisation des phénomènes. Pour autant, sur la dimension de prévention, il y a encore beaucoup de travail.

    Les maisons des femmes sont un dispositif mis en place ces dernières années. Est-ce une bonne solution ?

    S.C. : On est vraiment très chanceux puisqu’on est un des seuls départements qui a deux maisons des femmes, à Montpellier et à Béziers. Elles font un travail remarquable. Cette entrée santé est particulièrement opportune. En plus, l’intérêt de ces maisons est que vous avez un médecin, une sage-femme qui vous répondent, il y a une prise en compte du corps parce que le corps chez les femmes victimes de violences dit beaucoup, parfois ce qu’on n’arrive pas à dire avec les mots. Il y a aussi toute une dimension au-delà du soin. Par exemple, la maison des femmes de Montpellier héberge une permanence de l’association Cicade, qui aide les femmes pour le droit des étrangers. Elle héberge le Centre d’information des droits des femmes et des familles (CIDFF), avec des juristes, des conseillères en insertion professionnelle. Donc vraiment l’idée de maison, ça évoque tout de suite l’idée du refuge.

    La société évolue dans le bons sens, mais est-ce assez vite ?

    S.C. : Oui, je crois qu’il faut vraiment porter ce message d’égalité, ce paradigme de l’égalité, à tout endroit. Par exemple, on parle des « nouveaux pères actuellement ». C’est une idée qui est sortie il y a une quarantaine d’années et qui donne à penser qu’il y a une évolution dans les rôles sociaux attribués dans la parentalité. Quand on étudie la question d’un peu plus près, on voit qu’effectivement il y a des rôles et des familles où la question de la répartition des tâches a beaucoup évolué. Mais cette répartition n’est pas tout à fait équitable : plutôt à 35% pour les pères et 65% pour les mères. Les femmes ont aussi la charge mentale de la santé, les pères s’en occupent rarement seuls avec l’enfant, a contrario de la mère. Mais je suis vraiment optimiste, j’ai l’impression que ça bouge, je suis chargée de cours en fac, quand je vois les jeunes générations, je sors de cours un peu boostée avec un optimisme irrésolu, parce qu’ils n’ont plus du tout envie de rester cantonnés à des images, des vieux clichés de virilité y compris pour les garçons, ils n’ont plus envie d’être assignés à ces places.

    Pourtant on assiste à un retour des mouvements masculinistes ?

    S.C. : À chaque fois qu’une société progresse et milite pour l’avancée des droits de minorités – les femmes sont minoritaires au sens sociologique du terme – une part de la société résiste, et là, sur ces courants masculinistes, c’est diffus. Vous allez avoir des revendications autour de pères qui ne seraient pas entendus par la justice, des revendications de jeunes hommes se disant célibataires à cause des mouvements féministes. Donc on va avoir des mouvements protéiformes mais avec un point commun, la remise en question de ce modèle d’égalité de la société et une assignation à des rôles hiérarchisés, qui sont bien entendu en défaveur des femmes. Il faut vraiment être attentif à ces mouvements.

    Propos recueillis par Louis Dupin

    « Les jeunes n’ont plus envie de rester cantonnés à
    des vieux clichés
    de virilité. »

  • Pour sa 33e édition, la Voie est libre fait place nette sur la Corniche

    Pour sa 33e édition, la Voie est libre fait place nette sur la Corniche

    Lancé pour la première fois en mai 2021, le rendez-vous s’est imposé au fil des mois et des années comme un incontournable qui aura marqué le premier mandat du Printemps marseillais. Des quatre coins de la ville, huit fois par an, entre 25 000 et 40 000 Marseillais se pressent le temps d’une journée au rendez-vous de la Voie est libre.

    Ce dimanche, la Corniche se vide une nouvelle fois de ses voitures et autres véhicules à moteur, et fait place nette pour accueillir sa 33e édition. La dernière de l’année 2025. La dernière sans doute avant les élections municipales de mars prochain. De 10h à 17h, ses trois kilomètres de bitume avec leur vue plongeante sur la grande bleue redeviennent un terrain de jeu pour piétons, cyclistes et familles, entre la plage des Catalans et la Marina olympique. À pied, à vélo, à trottinette, ou en rosalie triplettes, quadruplettes, tandems et duos, tous seront à la fête. Des voiturettes électriques faciliteront les déplacements des personnes à mobilité réduite.

    Plus de 200 000 promeneurs par an

    L’initiative qui voulait illustrer à sa création la volonté affichée de la municipalité de repenser ses mobilités et son rapport au littoral a trouvé son public. Un symbole fort pour la 2e ville de France, une commune où la voiture reste reine, une position renforcée par des transports en commun défaillants et des voies de circulation sous-équipées en pistes cyclables.

    Dans ce contexte, piétonniser la Corniche le temps d’une journée ne s’est finalement pas avéré si anodin. L’an dernier plus 230 000 personnes se sont promenées en toute liberté entre le Vallon des Auffes et David. Un engouement lié aussi au fait que la Voie est libre n’est pas qu’un simple laboratoire à ciel ouvert pour imaginer Marseille autrement, sans bruit ni pollution. C’est d’abord un rendez-vous festif.

    Entre randonnées patrimoniales, initiations sportives, concerts et spectacles en déambulation, le rendez-vous se veut animé et populaire. Ce dimanche les visiteurs pourront aussi découvrir la Fresque du climat et participer à des ateliers « Marseille 2030 », qui interrogeront l’avenir de la ville face aux défis environnementaux. Comme chaque fois, food-trucks et espaces ludiques ponctueront le parcours, tandis que des artistes comme les compagnies les Oiseaux perchés, Circula octopulse et Bayou l’animeront.

  • Les agents des Flamants interpellent le Préfet pour être regroupés sur Arenc

    Les agents des Flamants interpellent le Préfet pour être regroupés sur Arenc

    La voix est fatiguée mais la détermination reste entière. Après avoir occupé jusqu’à 4 heures du matin, vendredi, les anciens locaux de la Direction générale adjointe de la solidarité, à Arenc, les agents de la Maison départementale des Solidarités des Flamants ont repris leur travail depuis le siège du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. « On veut être relogé temporairement là-bas. Il y a quatre étages de libre, une salle d’attente, des bureaux, c’est l’idéal », explique une travailleuse sociale.

    « Unité de lieu protégeante »

    Le 13 octobre dernier, ces agents du Département s’étaient mis en grève après des menaces de mort proférées contre un membre de l’équipe par le réseau de narcotrafic implanté sur le secteur. Depuis, la structure était fermée l’après-midi. Puis un nouvel incident, début novembre, avait eu pour conséquence leur rapatriement à l’Hôtel du département. Mais les réponses apportées par le Conseil départemental, l’assurance de patrouilles de police, l’installation de caméras et le réaménagement de la liaison piétonne, ne satisfont personne. « Deux caméras… c’est une plaisanterie », glisse Valérie Marque, la responsable de la CGT.

    « Nous on reste sur nos positions. On n’a pas dormi de la nuit, on va voir avec les collègues, on agit au jour le jour, mais on n’a pas le choix », reprend cette dernière, précisant qu’une Assemblée générale est prévue lundi. « Elles répondent toujours au téléphone et essaient de se dépatouiller. Mais la Collectivité s’était engagée à nous mettre sur Arenc l’après-midi, c’est que c’est possible. »

    « On veut retourner aux Flamants mais le temps que cela se calme, on souhaite pouvoir travailler dans une unité de lieu protégeante. Les agents sont ciblés par le réseau, ils les connaissent ou leur ont fait des menaces et des intimidations. Des gardiens encore ont été menacés… Ils nous demandent de nous calmer parce que ça parasite leur trafic », explique encore la déléguée syndicale.

    Les services préfectoraux ont été saisis afin que le Préfet « intercède » auprès de Martine Vassal, la présidente (DVD) du Conseil départemental et de son cabinet. La situation serait presque un cas d’école alors que les pouvoirs ont le devoir de répondre au défi que lance les narcotrafiquants à la République assurait ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, venu à Marseille pour rassurer une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci.

    « On parle d’union sacrée depuis ce dramatique évènement, c’est le moment de voir ce qu’il en est », conclut Valérie Marque. « Pour que le service public dû aux habitants se fasse, il doit être garant d’un lieu. La visite d’un côté, les services de l’autre, ce n’est pas possible. Il faut une unité, c’est cela respecter les habitants. On est tous à Arenc, on reçoit tout le monde à Arenc. »

  • Appel au soutien bénévole des jeunes de l’ASE

    Appel au soutien bénévole des jeunes de l’ASE

    Confiés à l’Aide sociale, à leur sortie du dispositif lors de leur majorité, les enfants ont 70% de chances de quitter l’école sans diplôme, 45% de chances d’être au chômage et 40% d’être SDF. Pour que ces statistiques ne deviennent pas une fatalité, Les Ombres se positionnent en soutien des 25 000 éducateurs, qui ne comptent pas leurs heures en raison de sous-effectifs.

    « Nous menons un accompagnement académique et professionnel auprès de ces jeunes, nous mettons des mentors bénévoles et formés en contact avec des jeunes, afin de les accompagner dans leur recherche de formation ou d’emploi, la réalisation de CV, l’inscription sur Parcoursup… », explique Ana Baldy responsable de la communication. Malheureusement, les besoins augmentent et les bénévoles manquent, notamment à Marseille.

    De belles réussites sont à la clé. Sidiké, 18 ans, avait d’énormes lacunes en mathématiques. À raison de deux heures de soutien par semaine, « il a fait d’énormes progrès en quelques mois », témoigne Yousra, ingénieur en informatique, qui a rejoint l’association en juillet dernier et a trouvé dans cet accompagnement « un plaisir intense ». Il a intégré une formation en alternance en mécanique automobile et se révèle « très motivé et réceptif » aux enseignements, atteste cette bénévole marseillaise qui ne peut « qu’encourager » d’autres belles volontés à se manifester.

    Contact : les-ombres.com