Category: societe

  • [Monde du travail] Chronique des invisibles : en 2026, faire reculer un peu la nuit

    [Monde du travail] Chronique des invisibles : en 2026, faire reculer un peu la nuit

    Les mêmes choses, d’une année sur l’autre : la paix, la santé, un peu de bonheur, et que le monde, tel qu’on le connaît, existe encore jusqu’au Printemps.

    Nous les enverrons par cartes (tant que La Poste perdure toujours, le Danemark vient de la fermer définitivement), par courriels, par SMS, par messages pressés entre deux courses au supermarché. « Bonne année, bonne santé ! ».

    Et pourtant, malgré leur apparente banalité, ces mots conservent une force intacte : ils témoignent qu’au cœur des épreuves, du labeur quotidien, de ce climat anxiogène où la haine l’emporte sur l’empathie, l’espérance persiste.

    Je me surprends à penser, en écrivant mes vœux, que nous sommes pareils à ces jardiniers d’hiver. Ils retournent la terre gelée, convaincus que quelque chose finira bien par pousser.

    Nous savons que la saison est rude. Nous savons aussi que le simple fait d’écrire « bonne année » est déjà un acte de résistance contre la détresse généralisée du monde. Il n’existe pas de geste inutile lorsqu’il s’agit de dire aux autres qu’ils comptent, ne serait-ce qu’un instant.

    C’est l’idée même de cette série de portraits de jeunes travailleurs de « La Marseillaise » et au-delà de cette nouvelle chronique où seront abordés les gens humbles, ceux par lesquels la vie est réellement influencée, écrite, bouleversée, magnifiée. La mondialisation n’écrase pas seulement les hommes, elle digère les valeurs humaines fondatrices. Elle transforme la solidarité en opportunité commerciale, la culture en produit dérivé et la dignité en slogan publicitaire. Sous ses apparences d’universalité, elle uniformise les consciences. Notre rêve collectif ne doit jamais devenir un flux de données. Dans ce grand mouvement sans visage, sans âme, l’humanité se dissout lentement dans une logique capitaliste dépourvue de morale.

    Alors souhaitons, maladroitement, imparfaitement, sans garantie, avec force, détermination « une bonne année 2026 » mais souhaitons-le tout de même.

    Car les vœux, comme les mots, parfois, ont le pouvoir de faire reculer un peu la nuit, ces ténèbres vers lesquelles nos ennemis veulent nous entraîner.

    Sébastien Gehan

    Né en 1973, il est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Mai-juin 1946 : le basculement

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Mai-juin 1946 : le basculement

    Appuyée sur la confiance de la classe ouvrière, notre contre-offensive ne manqua pas de vigueur et contesta les arrière-pensées de ces nouveaux défenseurs de l’indépendance syndicale, d’autant que nous avions un bilan : contournement du blocage des salaires, mise en place de la Sécurité sociale, comités d’entreprise, réquisition des entreprises dont les patrons avaient collaboré. Nous jouissions d’une audience particulièrement forte et jusqu’au printemps 1946 l’optimisme régnait.

    Au Congrès fédéral d’avril 1946, c’était la joie. Nous enregistrions 5 500 000 syndiqués. Il est vrai que gagner la jeunesse nous a été possible par la grande bataille de la CGT sur les vacances plus longues pour ceux qui avaient subi des privations imposées par la guerre et l’occupation. Et dans ce domaine nous avons eu des succès.

    Représentation proportionnelle

    Je fus délégué à ce congrès où nous avons obtenu 8 000 mandats contre 2 000 aux minoritaires. À Marseille, nous représentions 92% des mandats grâce à notre bilan. Sur le plan national, la modification des statuts autorisa le cumul des mandats politiques et syndicaux. Au sein de la confédération fut instaurée une représentation proportionnelle des syndicats, les fédérations précédant les décisions du congrès confédéral.

    Au référendum du 5 mai 1946, l’échec du projet constitutionnel progressiste modifia les perspectives. Les élections du 2 juin 1946 à la seconde constituante conduisirent logiquement à des réorganisations d’envergure. En effet, les scrutins de mai et de juin bloquaient les espoirs mis dans une bataille de la production impliquant des sacrifices « relatifs », les revendications n’étant pas oubliées. La classe ouvrière était en droit d’attendre que sa place dans la société et ses légitimes ambitions à la gestion de celle-ci soient reconnues.

    La poussée de droite du printemps 1946 consacra la remise en selle des classes dirigeantes après la période d’incertitude ouverte par la Libération. Elle ne saurait s’expliquer sans référence à une conjoncture qui dépasse les limites de l’Hexagone.

    Tuteur américain

    C’est au cours du premier trimestre 1946 que s’effectuèrent les premiers choix officiels décisifs qui amarraient la France au tuteur américain. Les accords de Washington, signés du côté français par Léon Blum (accords Blum-Byrnes du 28 mai 1946), engageaient le pays, sur le plan commercial notamment, de façon si contraignante que toutes les perspectives de reconstitution indépendante des forces productives étaient désormais raisonnablement exclues.

    à suivre la semaine prochaine…

  • La corruption à la prison de Luynes sévèrement punie

    La corruption à la prison de Luynes sévèrement punie

    Une « énième affaire de
    corruption
     », regrette Emmanuel Merlin, vice-procureur de la République. Face à lui, cinq prévenus sont dans le box des accusés du tribunal correctionnel, à peine assez grand pour tous les contenir.

    Assise à une extrémité des vitres se tient Julie L., 24 ans. Il y a encore deux mois, avant d’être interpellée, la jeune femme était surveillante pénitentiaire au sein de la maison d’arrêt de Luynes. Julie, qui occupait un premier poste depuis sa sortie d’école en 2022, est en détention provisoire. Accusée d’« association de malfaiteurs » et de corruption « passive ». Dans la nuit de vendredi à samedi, la jeune femme, dépositaire de l’autorité publique, a été reconnue coupable d’avoir introduit des savonnettes de résine de cannabis. Elle restera en détention, après avoir écopé de trois ans de prison, dont deux ferme.

    Comme trois des hommes qui comparaissent avec elle, serrés à l’autre extrémité du box. Mohamed S. et Kamel S. Le premier est le neveu du second. Avec Laurent B. ils travaillent tous trois pour la société Gepsa, spécialisée dans la maintenance en milieu carcéral. Ils resteront eux aussi en détention pour trois ans, coupables d’avoir, pendant plusieurs mois, introduit parfums, cigarettes et vapoteuses, cannabis, cartes SIM, téléphones et autres objets illicites contre rémunération.

    Puis il y a Sid-Ahmed B., dont le profil est différent. Même peine pour ce trentenaire, déjà condamné à 20 ans de réclusion criminelle. C’est le seul à être accusé de corruption dite « active ». Pourtant, cet auxiliaire en prison nie les faits. Sur les bancs d’une salle de tribunal pleine à craquer, seul Jérôme C. comparaissait libre. Cet autre salarié de la Gepsa a été relaxé.

    L’affaire, déterrée après un signalement venant des « coursives » de la prison implique en majorité des accusés jeunes, au casier judiciaire vierge. Elle est symptomatique d’un phénomène qui touche la prison de Luynes, concernée par plusieurs dossiers de corruption. D’ailleurs, les témoignages des accusés qui reconnaissent les faits, convergent tous vers des phénomènes de « pression ». Mohammed S. par exemple, raconte avoir été « énormément sollicité » par des détenus depuis son arrivée au Gepsa.

    « 1 000 euros pour du shit »

    « On était jetés dans la fosse aux lions », poursuit le jeune homme. « Mais comment avez-vous mis le doigt dans l’engrenage ? », demande l’un des assesseurs. « On finit par dire oui, pour avoir la paix », répond le jeune homme.

    Kamel S. gérant de la société et prestataire pour « plusieurs autres prisons », relate avoir « vécu un enfer. J’en ai fait un malaise », raconte le prévenu qui témoigne avoir été suivi jusque chez lui. Sa voiture aurait été dégradée, une plainte déposée contre X. « Aix 1, c’est un site dangereux. J’ai encore vu aux infos ce matin que trois agents ont été agressés. Ce n’est pas de la rigolade », ajoute Kamel S. « Ce que vous dites est extrêmement inquiétant, ça remet en cause toute une sécurité générale », remarque la présidente du tribunal. « Qu’est-ce qu’ils nous auraient faits si on avait dit non ? », rétorque Laurent B. « Il fallait se demander ce qu’il allait se passer si on dit oui ! reprendra au cours de ses réquisitions le vice-procureur. Trois téléphones au moins ont été introduits. C’est à cause des gens comme ça que la criminalité organisée continue de vivre. Ce petit ver dans le fruit suffit à fragiliser l’édifice. »

    Le cas de Julie est différent. Elle, raconte avoir été harcelée par des collègues, faits confirmés par une ex-collègue de travail à la barre, avant d’être diagnostiquée dépressive en 2024. La jeune femme a demandé sa mutation, dès son arrivée. Il y aura aussi l’épisode où Julie a dû « décrocher un pendu », la poussant à se mettre en arrêt de travail. « Comment on vous retrouve là ? », lui demande la présidente. Julie raconte avoir eu des problèmes d’argent et honte de demander de l’aide à ses parents. « Pour du shit, c’était 1 000 euros. J’avais des difficultés financières, j’en ai parlé aux mauvaises personnes », raconte la jeune femme, Elle remet le produit à Sid-Ahmed. Et ce selfie dans lequel elle apparaît, prise avec le téléphone de ce même détenu ? Pourquoi ne pas avoir signalé la présence de l’appareil ?, l’interroge la juge. « Une inconscience », répond Julie. Il y a aussi le passage d’un flacon de parfum, à la demande de Mohammed S., avec qui la jeune femme aurait eu une relation amoureuse de quelques mois. L’avocate de Julie insiste sur les conditions de travail en détention, la proximité avec les détenus et soulève le risque de basculement : « On passe la moitié de la journée avec des détenus. »

    Le vice-procureur a d’ailleurs rappelé qu’une « dizaine » de surveillants à Luynes étaient concernés par des faits de corruption en 2025.

    Eva Bonnet-Gonnet

    Darmanin en visite au centre pénitentiaire

    Le Garde de Sceaux s’est rendu samedi matin sur le centre pénitentiaire de Luynes pour décorer trois agents agressés par un détenu, vendredi. Après s’être rendu au chevet de l’un d’eux, en soins intensifs après avoir été touché à la gorge, Gérald Darmanin a ensuite décerné une médaille aux deux autres agents, aux primo-intervenants et à l’équipe de soignants également entrés en action. Si le ministre a ensuite échangé avec les agents, aucune « grande annonce » n’a été faite, rapportent les syndicats, qui avaient organisé le blocage de la prison le matin de sa visite en empêchant les « entrées et sorties » du site, rapporte Ufap-Unsa Justice. Une mesure rapidement levée. Pour autant, pour le syndicat, la visite se résume à un « bref effet d’annonce (…) Il nous manque toujours des effectifs et des moyens matériels. » Soit du budget.

  • Une nouvelle mosquée va être construite à Montpellier

    Une nouvelle mosquée va être construite à Montpellier

    C’est une initiative qui s’inscrit dans le grand projet de transformation du quartier de la Mosson. Début décembre, Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole, Cédric Grail, directeur général de la société d’aménagement de la Métropole SA3M et Ahmed Bouzaoui, président de l’association cultuelle de la Miséricorde (ACDM), qui gère la mosquée du même nom dans le quartier de la Mosson, ont procédé à la signature de deux promesses de vente.

    Une plus grande superficie

    La première va permettre à l’ACDM d’édifier une nouvelle mosquée avenue de Barcelone, sur le site de l’ancienne Tour Catalogne détruite il y a plus de 15 ans. La seconde permettra à la SA3M d’acquérir les locaux actuels de la mosquée, situés dans l’immeuble Font Del Rey. Cette copropriété de sinistre mémoire, qui doit être démolie en 2028, était devenue le symbole du logement indigne exploité par les marchands de sommeil. À l’automne 2023, la Ville de Montpellier s’était portée partie civile, aux côtés de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-fondation abbé Pierre) et de l’association montpelliéraine Habiter Enfin, dans une procédure contre les anciens propriétaires de la résidence. Lesquels ont écopé, en première instance, de peines de prison de 12 et 6 mois avec sursis.

    D’une superficie de 1 000 m² contre 700 m² actuellement, la nouvelle mosquée, dont l’inauguration est prévue en 2028, pourra accueillir 800 personnes (contre 486 aujourd’hui). Elle sera édifiée face à un projet d’équipement de santé de proximité, actuellement en cours d’élaboration avec des professionnels de santé du territoire. « Je suis très engagé en faveur de la laïcité et très intransigeant quand le religieux veut imposer ses vues. Mais par contre, je suis très attaché à ce que chacun puisse être respecté dans sa foi. (…) Les fidèles doivent avoir des lieux de culte adaptés pour que chacun puisse vivre sa spiritualité », a réagi Michaël Delafosse.

  • Dans l’Hérault, pas de plan grand froid mais plus de moyens

    Dans l’Hérault, pas de plan grand froid mais plus de moyens

    Parfois, quand je tends un café chaud à un habitué de nos maraudes, que je discute avec lui cinq minutes, je me demande si ce n’est pas notre dernière conversation parce qu’il est annoncé des températures horribles la nuit. Il faut s’accrocher face à la détresse humaine qu’on croise », soupire Céline Bouloc. La présidente de l’association Action froid à Montpellier est plus qu’inquiète en ce qui concerne les personnes dormant à la rue. Voilà maintenant plusieurs jours qu’une vague de froid s’abat sur l’Hexagone et n’épargne pas Montpellier. Preuve en est, le mercure est négatif la nuit et le ressenti peut atteindre
    -6 °C. Le drame est arrivé le 30 décembre dernier à Montpellier : un jeune homme de 29 ans est décédé à cause du froid. La vague de froid perdurant, la préfecture a décidé d’agir. « Des moyens humains, des équipements spécifiques (sacs de couchage grand froid) et des capacités d’accueil ont été mobilisés en renfort, dès le 31 décembre », fait savoir la préfecture.

    70 places débloquées

    Aussi, avec la Ville de Montpellier, un accueil de nuit a été ouvert le 4 janvier. « Dès la fin de la matinée, le Samu et le SIAO nous avaient fait remonter que les conditions étaient difficiles, les gens étaient en souffrance. Le maire a donc discuté avec la préfète l’hébergement inconditionnel est une compétence de l’État afin d’ouvrir un lieu d’hébergement exceptionnel. Nous avons donc équipé le gymnase Emmanuel-Gambardella en 1 heure avec la Croix Rouge », détaille Michel Calvo, adjoint aux solidarités de la Ville de Montpellier. Le même dispositif avait été mis en place lors de l’épisode cévenol de la fin décembre. Ainsi, 33 personnes dont une femme ont été accueillies le premier soir sur une capacité de 70 places. À l’heure où La Marseillaise mettait sous presse, la mesure était maintenue a minima jusqu’au 8 janvier.

    Mais là où le bât blesse, c’est que la préfecture n’a pas déclenché le plan grand froid – la température doit être en dessous de zéro même en journée – au grand dam des associations. Pourtant, le plan aurait permis une mobilisation générale afin de trouver des places d’hébergement supplémentaires. « Ce qui m’inquiète, c’est qu’après le 8 janvier, on ne va pas retrouver des températures de 20 degrés, qu’est-ce qu’on va faire ? Comme on n’active pas le plan grand froid, en journée, les sans-abri n’ont pas de lieu de repli. Quand il fait 2 ou 3 degrés, nous, nous avons des vêtements chauds, un foyer avec un minimum de chauffage mais ce n’est pas leur cas », poursuit Céline Bouloc. Pour maintenir la pression et tirer la sonnette d’alarme, des rassemblements quotidiens sont organisés par plusieurs associations à 18h devant les grilles de la préf.

    En ligne de mire, l’objectif est de faire bouger les lignes. « On veut vraiment une municipalité, une préfecture qui s’engagent pour ouvrir un gymnase, mettre les moyens et faire en sorte que ça puisse être pérennisé sur une semaine ou plus en fonction des besoins », soutient la présidente d’Action froid de Montpellier. Une solution pour répondre à l’urgence, avant de mettre les bouchées doubles pour pallier la situation. « Il faut absolument qu’il y ait un peu plus de moyens financiers mis au service du secteur du social. Qu’il y ait plus d’éducateurs, qu’on puisse avoir plus de temps de prise en charge. Car on croise beaucoup de jeunes qui viennent de l’aide sociale à l’enfance. Passé 18 ans, on sait qu’ils sont foutus à la porte parce qu’il n’y a pas de solution pour la suite. Ces jeunes-là se retrouvent donc dans la rue et malheureusement, il n’y a pas de structure d’hébergement qui a la capacité de prendre du temps pour les écouter, pour les réinsérer. Or leurs parcours sont chaotiques : on croise des personnes en grande fragilité psychique, des gens en situation de handicap, en fauteuil roulant », se désole Céline Bouloc.

    Un travail effectué en majeure partie par des bénévoles qui manquent de bras. Un risque que la situation empire ?

  • [Travailleur de demain] Célian Bert, jeune soudeur prodige : « J’aime voir ce que je sors, ce que je crée, où ça va et à quoi ça sert »

    [Travailleur de demain] Célian Bert, jeune soudeur prodige : « J’aime voir ce que je sors, ce que je crée, où ça va et à quoi ça sert »

    Je veux tout essayer dans la soudure : le nucléaire, l’aéronautique ou la pétrochimie. » À 20 ans, Célian Bert, apprenti soudeur au CFAI Provence, centre de formation d’apprentis d’Istres et pôle de formation de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), voit grand. Médaillé d’excellence aux Worldskills, c’est pour lui la récompense d’un travail acharné et d’une quête permanente de « perfectionnement ». « On m’a dit que pour un soudeur et une première présentation aux Worldskills, faire médaille d’excellence c’est vraiment pas mal. Ça montre que je fais partie des meilleurs », explique-t-il, sans un brin de vantardise mais avec une fierté sincère.

    Et pour cause, le jeune homme est à sa cinquième année d’apprentissage dans le milieu du soudage, actuellement en train de faire un titre professionnel. Après un CAP, un brevet professionnel et une mention complémentaire, il est visiblement tombé amoureux du métier. « Ce n’est qu’à partir de la mention complémentaire que j’ai commencé le soudage, avant je faisais de la serrurerie-métallerie », se rappelle-t-il. Un début de formation où il a « appris les bases », après s’être rapidement dirigé vers un cursus scolaire professionnel : « Je savais que le cursus général n’était pas fait pour moi. Je suis passé de 9 de moyenne au collège à 18 en CAP, c’est là que j’ai trouvé ma voie. »

    Une voie qui lui réussit plus que bien et dans laquelle « il se donne à fond ». « Je ne suis jamais satisfait de ce que je fais. Je veux toujours faire mieux, en apprendre le plus possible », assume-t-il. Il faut dire que le milieu l’attire depuis un bout de temps. Né à Marseille, il a grandi en région Paca, alternant avec l’Ardèche, la Drôme et le Luberon et son idée originelle était d’allier sa passion de la plongée et le travail sur les métaux : « De base je voulais faire soudeur scaphandrier. Ça m’attirait car depuis tout petit je fais de la plongée. » Mais il a évolué avec le temps. « J’ai préféré me reporter sur le nucléaire, mais au final je regarde plutôt dans l’aéronautique. Je préfère les ateliers plutôt que les chantiers », développe-t-il. Des domaines d’activité qui collent avec ses qualités. Son métier demande en effet un certain sens de la précision, il faut travailler « la lecture de plan » et respecter les consignes au millimètre près : « Il ne faut pas d’erreur, sinon on doit tout reprendre. Une fuite dans la tuyauterie en pétrochimie, ça peut être très dangereux. » Pas naïf, il est bien conscient de la réalité des conditions de travail de sa profession et est attaché aux process de sécurité.

    Enfin, il met beaucoup de sens dans son métier : « J’aime voir ce que je sors, ce que je crée, où ça va et à quoi ça sert. » Et autant dire qu’il accorde une grande importance à la pratique. La preuve, il travaille actuellement à Socomelu à Pertuis, alternant généralement trois semaines en entreprise et une semaine de cours. Il habite à Ceyreste en Luberon, à 40 minutes de route de son boulot et une heure de plus pour aller au CFAI. Heureusement, sa grand-mère habite à Istres et il sait pouvoir compter sur le soutien inconditionnel de sa famille et de ses parents restaurateurs : « Ils m’ont toujours soutenu dans mes choix, ce sont mes plus grands fans. »

  • [Méditerranée] Regard sur l’Espagne : l’inquiétante progression de l’extrême droite

    [Méditerranée] Regard sur l’Espagne : l’inquiétante progression de l’extrême droite

    Février 1936, « el Frente Popular » l’emportait en Espagne aux élections législatives, dans un contexte de montée du fascisme et du nazisme en Europe. 18 juillet 1936, la République espagnole était agressée par le capitalisme international avec son bras armé, le fascisme. L’enjeu ? Mettre un coup d’arrêt au progrès social, aux nouvelles libertés conquises, à l’émancipation des travailleurs et des peuples, aux droits des femmes, à la mise en place de coopératives et de collectivisations des terres et des moyens de production.

    90 ans plus tard, l’Espagne voit avec inquiétude la progression de l’extrême droite, qui fait l’apologie du franquisme et distille dans la société l’idée que c’était mieux du temps de Franco. L’Espagne, dont la transition démocratique « molle » qui a suivi la mort du dictateur, a rejeté dos à dos victimes et bourreaux du fait de la loi d’amnistie de 1977 avec en prime la mise en place par le système franquiste d’une monarchie constitutionnelle héritière du régime dictatorial, ce qui complique aujourd’hui les recherches des familles de dizaines de milliers de victimes dont les restes gisent dans près de 6 000 fosses répertoriées. L’Espagne baigne toujours dans les eaux nauséabondes d’un franquisme qui n’en finit pas de mourir.

    L’Espagne, qui ne s’est toujours pas débarrassée de ce passé en procédant à un nécessaire « Nuremberg » reste le pays d’Europe qui a le plus mis en place des politiques sociales depuis que la gauche est au pouvoir, et qui a le plus pris des positions internationales souvent à contre-courant, notamment en faveur du peuple palestinien et contre la violation par Trump du droit international au Venezuela. Malgré cela, la gauche recule dans la plupart des régions aux élections et voit son électorat fondre comme neige au soleil. Le PSOE est empêtré dans des affaires de corruption. La droite, qui n’a pas de leçons à donner dans ce domaine en profite pour se faire une virginité. L’atmosphère politique de plus en plus délétère dans le pays, a pour conséquence de mettre à l’arrière-plan les réformes sociales dont bénéficient les Espagnols, qui assistent dépités à des débats politiciens au ras des pâquerettes.

    Les communistes, Izquierda Unida, parties prenantes de Sumar partenaires du PSOE au gouvernement, ainsi que les groupes parlementaires de la majorité non représentés au gouvernement, tels Podemos ou encore Esquerra Republicana Catalana (ERC), s’inquiètent à juste titre de cette situation dans un contexte de trumpisation en Europe.

    Il est temps que des mesures courageuses et efficaces soient prises par le gouvernement afin que la gauche reprenne des couleurs. Même si le salaire minimum interprofessionnel (SMI) est passé de 735 euros mensuels à 1 221 euros entre 2018 et 2026, une progression spectaculaire de plus de 60%, la question du pouvoir d’achat reste essentielle, notamment à cause du prix élevé des produits de première nécessité. La question du logement exige aussi une politique à la hauteur des besoins ainsi que les services publics notamment la Santé et l’Enseignement. En clair, le gouvernement doit donner une impulsion significative pour que les politiques publiques continuent d’améliorer la vie des gens. La condition pour redonner confiance et barrer la route à la droite et l’extrême droite.

    Journaliste,

    président de l’Association pour le Souvenir

    de l’exil républicain espagnol

    (Aseref)

  • Des nichoirs installés au sommet de la Major

    Des nichoirs installés au sommet de la Major

    C’est un nichoir en bois à Faucon crécerelle, espèce d’oiseaux déjà observée à proximité de La Major ainsi que quatre gîtes en bois à destination des chiroptères, autrement dit les chauves-souris qui ont été installées à la fin du mois de décembre sur les points les plus hauts de l’édifice religieux et invisibles du grand public. La cathédrale Saint-Jérôme de Digne-les-Bains a également bénéficié de ce genre d’installations.

    Prochainement, la cathédrale Sainte-Léonce à Fréjus bénéficiera elle aussi d’installations à destination de la faune locale.

    Une mission menée depuis 10 ans par la LPO

    Ces premières installations menées en lien étroit avec la Ligue de protection des oiseaux de la région Sud (LPO Paca) font suite à un constat de l’état qui, à travers la direction régionale des affaires culturelle Provence-Alpes-Côte d’Azur (Drac Paca) a identifié que les cathédrales avec leurs hautes tours et flèches inaccessibles sont parfaitement adaptées et permettent à la faune sauvage de s’y installer.

    En 2023, la LPO a donc été missionnée pour réaliser l’étude « Biodiversité des clochers – réalisation d’un inventaire de biodiversité des cathédrales de Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Une demande qui s’inscrit dans le cadre des actions portées par l’association depuis plus de 10 ans avec le programme « Biodiversité et patrimoine bâti » et plus récemment « Nature en ville ».

    Au total, ce sont l’ensemble des sept cathédrales de la région, à savoir en plus des précédentes : la cathédrale Saint-Arnoux de Gap, la cathédrale Notre-Dame des Doms dans le Vaucluse ou encore la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-provence, dont la Drac a la gestion, qui ont fait l’objet d’un diagnostic spécifique.

    Architectes et cordistes ont mené les travaux

    Cette initiative prise par la Drac face au déclin de la biodiversité a pour objectif de permettre à des espèces menacées de trouver un refuge puisque cette dernière qui trouvait des abris dans l’architecture des bâtiment se trouve parfois menacée par des travaux de restauration des monuments.

    En ce qui concerne les travaux d’aménagement, l’entreprise de cordistes Trav’Haut qui a été à l’œuvre pour l’installation des nichoirs et gîtes sur les cathédrales aux côtés des Architectes des Bâtiments de France (ABF) qui ont opté pour des nichoirs et gîtes en bois alliant enjeux écologiques et esthétiques, sur conseil de la LPO Paca.

  • Le sando halloumi du Rosso café

    Le sando halloumi du Rosso café

    Cette semaine nous vous invitons chez Rosso, pour réaliser une recette à la fois street, qui se mange sur le pouce et savoureuse !

    Pour commencer, la veille découpez de belles tranches d’halloumi que vous faites mariner toute la nuit au frais dans de l’huile d’olive, de l’origan, des herbes de Provence et du thym.

    Le lendemain, au moment de réaliser votre recette il vous faudra prendre de belle tranches épaisses de pain de mie que vous pouvez trouver chez un boulanger. Réalisez si vous le pouvez une belle mayonnaise et un pesto maison. Pour le pesto, mélangez le basilic, les pignon, l’ail, le citron et le parmesan puis montez à l’huile d’olive. Salez et poivrez. Si vous ne pouvez pas les faire, le chef vous conseille de les acheter déjà prêts et mélangez les deux sauces pour avoir un seul et même condiment.

    Un fromage avec appellation protégée

    Coupez le concombre en rondelles et émincez l’oignon rouge et la sucrine. Au moment du montage du sandwich, passez vos tranches de pain de mie au grille pain pour ne pas que le pain ait le temps de sécher à l’air libre et ainsi durcir. Déposez une belle cuillère de mayonnaise au pesto sur les deux tranches de votre sandwich et étalez sur toute la surface du pain. Ajoutez sur l’une d’entre elles une poignée de sucrine, quelques lamelles d’oignon, deux tranches généreuses d’halloumi mariné.

    L’halloumi est un fromage chypriote qui se rapproche de la féta et est protégé par une appellation d’origine protégée depuis 2021 à l’échelle européenne. Quatre rondelles de concombre, quelques feuilles de menthe parsemées pour la fraîcheur et enfin les tomates séchées. Refermez avec une tranche de pain de mie badigeonnée de mayonnaise. Vous pouvez fermer le sandwich avec un papier spécialisé un peu comme un paquet cadeau et le couper en deux pour une dégustation plus simple le sandwich étant assez volumineux. Bon appétit !

    Il vous faudra :

    – Des tranches de pain de mie épaisses

    – Un concombre

    – De la menthe fraîche

    – De quoi faire une mayonnaise ou déjà prête

    – Du basilic, des pignons, de l’ail, du citron, du parmesan et de l’huile d’olive ou du pesto

    – Une sucrine

    – Un oignon rouge

    – Du fromage halloumi

    – De l’origan, du thym et des herbes de Provence

    – Des tomates séchées

  • Appel à des « ratonnades » : le procès de F. Médina reporté

    Appel à des « ratonnades » : le procès de F. Médina reporté

    La demande de renvoi du dossier formulée par le nouvel avocat de Florence Médina ayant été acceptée, le procès en appel, qui devait se tenir ce 5 janvier devant la Cour d’appel de Montpellier, est reporté au 1er juin.

    L’Héraultaise, ex-candidate du parti d’extrême droite Reconquête d’Éric Zemmour aux législatives de 2022, a été condamnée en novembre 2024, par le tribunal correctionnel de Montpellier, à quatre mois de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et un stage de citoyenneté pour « provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ».

    Au lendemain de la mort du jeune Thomas, lycéen poignardé lors d’un bal à Crépol, dans la Drôme, en novembre 2023, Florence Médina s’était exprimée en ces termes, sur son compte Facebook : « Si c’est la guerre que les racailles veulent ils vont l’avoir. Dans les années 80 il existait des ratonnades au risque de choquer on peut recommencer mais nous ne laisserons pas nos enfants se faire assassiner lâchement par des racailles en surnombre et armés. » Des propos sans équivoque dont la mise en cause s’entête toutefois à dénier le caractère raciste.

    « La mort du jeune Thomas a eu un retentissement national, qui a donné lieu à de nombreuses joutes politiques. Certaines personnalités ont jeté de l’huile sur le feu, dont madame Médina qui, c’est ce qui lui est reproché, a appelé une ratonnade, une vendetta, alors qu’une enquête était en cours et qu’on ignorait précisément qui avait fait quoi et pourquoi », dénonce Me Nicolas Gallon, avocat du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), partie civile dans ce dossier aux côtés de SOS racisme et de la Ligue des droits de l’Homme. « C’est d’autant plus grave que cet appel a été suivi d’effets, puisque des groupuscules d’extrême droite, notamment de la région montpelliéraine, se sont rendus sur place dans le quartier populaire d’où venaient les prétendus jeunes ayant commis l’assassinat, pour appeler à un tabassage », poursuit Me Gallon. Pour lui, « il est évident qu’en plus d’appeler à la vengeance privée et à la violence, ces propos sont dirigés contre les populations maghrébines. Chacun sait à quoi renvoie le terme de ratonnade. On a par ailleurs, dans ses propos, une opposition entre population française et population étrangère quand elle écrit, par exemple : “Qui va danser avec des couteaux dans les poches à part les racailles qui veulent planter du « Français » ? »

    « Les militants d’extrême droite expliquent toujours que ces procès sont des atteintes à leur liberté d’expression. En réalité c’est un discours qui permet de dire tout et n’importe quoi, de s’attaquer à quiconque et de tenir des propos racistes dans l’impunité la plus totale », dénonce l’avocat du Mrap, qui se dit confiant pour le procès en appel. Et rappelle au passage que « le parti Reconquête, auquel appartenait madame Médina, est le seul à avoir inscrit dans son programme la suppression du délit d’incitation à la haine raciale… » Zemmour ayant lui-même été condamné plusieurs fois pour provocation à la haine ou injure à caractère raciste.