Category: societe

  • Au travail, le manque de protection et de contrôles tue

    Au travail, le manque de protection et de contrôles tue

    Face à ce nouveau drame, « la fédération CGT des métiers de la construction a demandé l’ouverture de discussions avec tous les acteurs, organisme de prévention au travail et patronat. On n’a toujours pas de réponse », explique Pascal Maestracci, secrétaire régional CGT construction bois et matériaux, un secteur qui cumule à lui seul 4 des 9 morts au travail en France dû à la chaleur en 2024.

    Depuis 2024, le BTP bénéficie d’un encadrement légal particulier. La canicule est entrée dans la liste des intempéries considérées comme un motif de chômage technique. « Mais les ouvriers sont partiellement payés et toutes les entreprises ne sont pas inscrites à la caisse, c’est sans compter les intérimaires », tempère le syndicaliste. Si l’Institut national de recherche et de sécurité fait des recommandations, le Code du travail ne fixe pas de niveau de températures. « On reste dans une logique d’adaptation des conditions de travail. La rentabilité l’emporte sur la mise en danger du salarié, déplore Pascal Maestracci, et l’administration n’a pas les moyens de contrôle ».

    Exposés, moins visibles

    Le BTP, l’agriculture et les travaux publics sont les secteurs les plus évidents lorsqu’on parle de fortes chaleurs. Mais d’autres travailleurs sont exposés dans le secteur de la logistique, la livraison, la restauration, l’industrie, la voirie, l’entretien urbain, la sécurité, ou dans le secteur hospitalier où le syndicat SUD santé sociaux vient d’adresser la demande d’un « véritable plan de rafraîchissement » au conseil de surveillance de l’hôpital Édouard Toulouse. Sonia, salariée en droit de retrait à la blanchisserie Pamar dans le 15e arrondissement de Marseille rappelle les conditions dans lesquels l’entreprise les a fait travailler. Des locaux mal adaptés, en particulier à la calandre, la seule ouverture, un « skydome » faisait office d’aération. Effet de serre garanti l’été avec le soleil au zénith. « On l’avait signalé, on a eu droit à un parasol de plage accroché à un chariot de linge. » Quand le mercure grimpait, accentué par la chaleur des machines, « on suffoquait, lâche Sonia, on avait droit à une bouteille d’eau uniquement en cas de canicule ».

    Dans les plateformes logistiques, la situation n’est pas plus enviable. En 2022, ID logistics avait investi un hangar dans le 15e arrondissement, avant de le liquider trois ans plus tard et tous ses salariés. Porte-parole des anciens salariés qui ont porté l’affaire aux prud’hommes, Alexandre Regnault se souvient également de conditions indignes : « Pendant des mois il n’y avait même pas de toilettes, d’accès à l’eau. L’été, c’était l’étuve, certains étaient au bord du malaise, mais on avait tous besoin de ce travail ».

    Le droit de retrait reste une possibilité de pression sur les entrepreneurs, mais là encore « la perte des CHSCT a fortement atténué le contre-pouvoir des syndicats qui subissent aussi de lourdes attaques », souligne Pascal Maestracci.

  • Marché du Soleil, le procès de la face occulte

    Marché du Soleil, le procès de la face occulte

    Le Marché du Soleil, c’était depuis 1987 un vaste bazar populaire de 3 500m2 dans le quartier de la Porte d’Aix. Il est fermé depuis six mois après une vaste opération des Douanes qui ont démantelé dans ce quadrilatère labyrinthique compris entre la rue du Bon Pasteur et la rue Fauchier, « une organisation structurée associant production, stockage et commercialisation massive de contrefaçons ».

    En tête d’affiche du procès qui s’ouvre pour la semaine à la caserne du Muy, Georges Dahan, 81 ans, et cinq membres de sa famille. Le patriarche, interpellé le 12 novembre 2025 avec 24 000 euros en espèces sur lui, présidait la société AMG Promotion qui durant des années a défié les autorités, se fichant des arrêtés municipaux de fermeture pour non-conformité aux règles de sécurité. Sa fidèle gestionnaire Leïla H. est jugée aux côtés des deux gardiens du marché, Abdelhamid D. et Abdelmalek E. Un commerçant résume le rôle central de cette femme : « Il y a une loi en France, une à Marseille et une au Marché du Soleil. En gros là-bas, c’est que des illettrés sans-papiers. Si les commerçants font pas ce qu’elle veut, elle envoie la police pour leur créer des problèmes avec les papiers. Elle clôture le bail, elle empêche les gens de travailler. »

    « Une organisation criminelle sophistiquée »

    Début février, la Douane fouillait 108 des 182 boxes commerciaux de vêtements, de quincaillerie et deux zones de stockage. 99 boxes contenaient des contrefaçons. L’opération menée sous l’égide de la loi Narcotrafic a entraîné la fermeture par la préfecture du marché. Après des années de cécité sur ce trafic de notoriété internationale, l’État se vante d’avoir mis à bas « une organisation criminelle sophistiquée, constituant un modèle économique intégré allant du stockage, à la confection et la commercialisation de contrefaçons à grande échelle, dispositif installé au cœur même de la ville de Marseille ».

    L’enquête estime que 70% des loyers perçus proviennent d’une activité non déclarée. Depuis 2021, plus de 5 millions d’euros ont été encaissés par la société de Georges Dahan venant de sociétés n’ayant aucune existence légale. L’opacité dans la gestion locative des cellules commerciales est criante avec un système de sous-locations à des personnes introuvables. En tout, 206 875 articles contrefaits ont été saisis pour une contre-valeur totale de plus de 42 millions d’euros, « ce qui atteste du caractère massif d’économie souterraine liée à la contrefaçon au sein du Marché du Soleil à Marseille », décrit l’enquête des Douanes qui parle d’« un processus sophistiqué reposant sur la réalisation à flux tendus de contrefaçons sur la base d’articles génériques notamment textiles ».

    « Recours à la corruption »

    « Le recours à la corruption d’agents publics qu’ils soient fonctionnaires de police municipal ou agent de préfecture donne à cette organisation les caractéristiques s’apparentant à une organisation mafieuse », analyse l’enquête. Un membre de la famille Dahan a ainsi reconnu avoir corrompu une agent de la préfecture, Zoubida K., 66 ans, adjointe administrative à l’intercommunalité, pour qu’elle intercède en faveur de la réouverture du marché. Une première somme de 1 500 euros en espèces lui a été remise à son domicile le 6 février 2026. « C’est une somme tellement faible que cela ne me paraît pas être de la corruption. C’est un service rendu », a minoré Michel Dahan, 69 ans, en audition.

    Sont jugés enfin le brigadier-chef principal Ali T., 45 ans, l’agent Yanice E., 35 ans, et le brigadier Grégory P., 34 ans. Ces trois policiers municipaux affectés à la Brigade de tranquillité publique sont accusés de s’être fait remettre des contrefaçons en échange de services rendus à Leïla H., la femme de confiance de Georges Dahan, qui se servait d’eux pour diriger des contrôles sur des sans-papiers ou bien fermer les yeux sur des vendeurs.

  • Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Corniche Kennedy, samedi, 11 heures. Au pied de l’œuvre murale de l’artiste Mahn Kloix représentant une sauveteuse et au-delà du monument aux morts, une chaîne humaine se forme. Des centaines de personnes sont vêtues d’orange, couleur des gilets de sauvetage à bord mais aussi de l’Aquarius, le premier navire de SOS Méditerranée. Ce happening était organisé pour célébrer les dix ans d’opération de l’association de recherche et de sauvetage en mer, en cette journée internationale des réfugiés.

    « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer »

    En une décennie, l’organisation a secouru plus de 43 000 rescapés, malgré les nombreuses entraves, politiques pour la plupart. Baya, donatrice, s’indigne : « Tous les États répressifs qui refusent d’accueillir les bateaux de SOS, la finalité c’est quoi ? De laisser mourir tous ces migrants dont on a pourri la terre ? », s’emporte-t-elle. « La planète n’appartient à personne ! », renchérit à ses côtés son amie Diana. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), depuis 2014, plus de 35 000 exilés ont péri dans les eaux méditerranéennes en tentant de rejoindre le continent européen.

    Sous les applaudissements, une flottille de 19 bateaux parade sur la mer. Sur l’un d’entre eux est accrochée une banderole : « 10 ans, toujours là ». Les bénévoles de l’association rythment l’événement. à leur signal, les participants dégainent des jumelles ou en forment en ramenant leurs mains à leurs yeux. Une image rappelant la fresque qui trône au-dessus de l’eau.

    Des enceintes diffusent au même moment des sons enregistrés à bord. Les participants sont ainsi immergés dans le quotidien des sauveteurs à bord de l’Ocean Viking. « SOS Méditerranée existe grâce à la mobilisation des citoyennes et des citoyens. En France, nous avons désormais plus de 1 000 bénévoles », se réjouit Anaïs, salariée de la structure, rappelant qu’une seule journée de navigation est estimée à plus de 24 000 euros.

    Cherchant un coin
    d’ombre, François, longtemps militant au sein d’Amnesty International tempête : « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer, ce sont des choses élémentaires, quelles que soient les conditions politiques ! Et c’est, de toute façon, ce que dit le code de la marine : on porte toujours assistance à quelqu’un qui est en danger en mer », pousse-t-il. Le retraité regarde autour de lui et esquisse un sourire, « ça fait du bien de voir tout ce monde, surtout dans des moments où la vie politique est difficile. En venant j’étais un peu inquiet de ce que pouvait faire l’extrême droite mais dans un sens, c’est aussi ça qui m’a motivé à venir. » Selon les organisateurs, 730 personnes ont répondu présentes à ce rassemblement, sous le regard curieux des passants.

    « Ça fait 10 ans que SOS Méditerranée sauve des personnes en mer. On veut montrer qu’on n’est pas indifférents, que les citoyens se mobilisent », explique Vanessa, venue accompagnée ses fils, Isidor et Maxim. Et quand ce dernier, lycéen, est interrogé sur la mission de l’association, il répond du tac-au-tac : « Ils sauvent des vies. » Tout simplement.

  • Un nouvel épisode de canicule démarre

    Un nouvel épisode de canicule démarre

    Des jours chauds et des nuits tropicales… Un peu épargnée jusque-là, notre région rentre à son tour dans la séquence canicule qui sévit déjà dans une bonne partie de la France. Alors que 49 départements sont placés « en vigilance rouge canicule » lundi, un record, à partir de midi, les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse sont placés en vigilance orange.

    Une période de chaleur « longue, intense » avec « en début de semaine, les températures les plus chaudes jamais observées », a prévenu dès ce vendredi Sophie Voirin, permanencière à la direction de Météo France lors d’un point de situation. Dès le dimanche, « des pointes à 40 degrés dans l’intérieur de la Provence » seront atteintes précise-t-elle. Un épisode similaire à celui de juillet 2019 et août 2003 ajoute-t-elle en termes d’intensité pour les températures, aussi bien la nuit que le jour.

    Plus précisément ce sera chaud dans le Var, le Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence ou les Bouches-du-Rhône, indique Paul Marquis, météorologue indépendant, qui assure des prévisions locales avec son application « La météo du 13 ». Un épisode dont la fin reste pour le moment incertaine, mais pourrait durer au moins toute la semaine. « Des modélisations voient la canicule perdurer jusqu’au 28 juin, d’autres jusqu’au 3 juillet », précise-t-il.

    « étant donné la masse d’air chaud, le dôme de chaleur qui va s’inviter à partir de ce week-end sur le pays, est un élément météorologique qui, une fois qu’il est en place, met du temps à bouger, à évoluer », confirme François Gourand, prévisionniste à Météo-France.

    Un impact sanitaire

    Cette chaleur va peser lourd sur les organismes. « La santé de la population dans son ensemble peut être affectée », alerte Sophie Voirin, rappelant qu’un numéro vert a été mis en place* par le ministère de la Santé. C’est d’ailleurs quand on prend en compte l’impact sanitaire qu’on utilise le mot canicule détaille François Gourand.

    Pour ce qui est des alertes météo, des départements classés orange pouvant passer au rouge cette semaine, « les critères se basent sur les seuils de température par département qui tiennent compte des canicules passées et leurs impacts sur la mortalité et le niveau d’acclimatation du territoire » poursuit Sophie Voirin. Provence-Alpes-Côte d’Azur a été la région la plus touchée en 2025, avec la mortalité attribuable à la chaleur la plus importante de l’hexagone, note dans son bilan publié en février 2026, Santé publique France. Soit plus de 710 décès attribuables à la hausse des températures. Concernée par 3 des 4 épisodes de canicule cette année-là, la région a vu grimper le recours aux soins d’urgence. Près de 2 800 pour canicule enregistrés pendant l’été, dont 27% pendant les épisodes météo, deux-tiers de ces passages étant suivis d’une hospitalisation poursuit l’agence nationale. Toutes les classes d’âges étaient concernées mais les personnes de 75 ans ou plus ont été les plus touchées précise-t-elle.

    Parmi les populations fragiles, on retrouve aussi les personnes à la rue. « Elles meurent de chaud, l’accès à l’eau est vital en période de canicule, plus encore pour les personnes sans abri, particulièrement exposées », alerte Médecins du Monde ce jeudi 18 juin, qui « demande une mise à l’abri immédiate » et « l’accès à un accueil et à un logement dignes ».

    Avec cette fournaise, le risque incendie sera également élevé prévient Sophie Voirin, la « météo des forêts » passant à l’orange pour la semaine, et même rouge dans le Vaucluse depuis vendredi dernier. Le taux d’humidité de 20% rendant ce département et le nord des Bouches-du-Rhône particulièrement exposés.

    Après celle déjà vécue fin mai, cette nouvelle vague de chaleur ne surprend pas. « On l’a vu venir il y a une semaine » commente Paul Marquis. « Nous nous attendons à observer des canicules de plus en plus précoces, intenses, fréquentes et tardives », analyse Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. De là à dire que l’été sera brûlant, il n’y a qu’un pas que ce dernier se refuse à franchir. « Il n’y a pas de lien entre la canicule que nous connaissons et la suite de l’été. Les événements sont indépendants. La canicule que nous connaissons, aussi intense soit-elle, ne présage en rien de l’été qui arrive », assure le scientifique.

    Mireille Roubaud

    * Canicule info service
    au 0800.06.66.66

  • [Maj] 5000 mètres carrés partent en fumée à Marseilleveyre

    [Maj] 5000 mètres carrés partent en fumée à Marseilleveyre

    Quatre canadairs et un hélicoptère bombardier d’eau loué par la ville de Marseille, ont été mobilisés, ainsi qu’une soixantaine de marins-pompiers.

    « La police municipale a également bloqué les accès routiers et les sentiers de randonnée », indiquait Arnaud Drouot, l’adjoint au maire de Marseille chargé du bataillon des Marins pompiers, rapidement présent sur place. L’alerte à été donnée à 16h45.

    Vers 19h, le foyer était fixé après avoir parcouru entre 4000 et 5000 mètres carrés. Les forces terrestres sont alors entrées en action pour se rendre sur site et définitivement maitriser le foyer.

  • Dans les Calanques, l’été sous surveillance

    Dans les Calanques, l’été sous surveillance

    Quatre cents personnes par jour. C’est le nombre de visiteurs qui seront autorisés à emprunter les sentiers de la calanque de Sugiton à partir du samedi 20 juin. Une mesure mise en place depuis 2022 pour protéger l’espace, et qui court tout au long de l’été. « Depuis quatre ans, on constate un arrêt de l’érosion du sol, et des semis de pins réapparaissent », affirme Gaëlle Berthaud, directrice du Parc.

    Avant, plus de 2 000 personnes foulaient le sol de la calanque qui commençait à en souffrir. « On voyait des racines de pin hors de la terre. La disparition de la calanque de Sugiton était tout à fait plausible si on ne faisait rien », confirme Didier Réault, président du Conseil d’administration du Parc. Pour pallier cette dégradation de l’environnement, les équipes ont mis en place un dispositif de réservation, accessible sur leur site officiel. « Notre slogan, c’est “Réserver, c’est préserver. ” On donne du sens, le sens de préserver la nature », martèle la directrice.

    Dans cette démarche de renaturation, de nombreuses missions sont mises en place au sein du parc. Pour la saison estivale, la surveillance générale du territoire est renforcée. « On a chaque jour, pendant la saison, une patrouille en mer et une patrouille à terre (…) Il y a aussi 22 inspecteurs de l’environnement qui ont pour priorité de lutter contre les atteintes à l’environnement, et 48 saisonniers. »

    14 ans d’action, 4 millions de visiteurs par an

    Car le constat est là : « Les usagers qui viennent n’ont pas forcément tous les codes pour respecter le parc. » La sensibilisation est ainsi de mise au sein du dispositif. Une maison du Parc sera inaugurée en septembre à La Ciotat et proposera une offre pédagogique pour informer le public sur cet espace naturel. « On a aussi 23 gardes régionaux forestiers qui sont là l’été pour sensibiliser le public, par exemple en leur rappelant qu’il est interdit de fumer. »

    Ce dispositif n’a rien de nouveau. Depuis la création du Parc national des Calanques, les équipes œuvrent à la protection des espaces et à la responsabilisation des quelque 4 millions de personnes qui visitent chaque année le parc. « Le grand sujet pour nous, c’est aussi la question des déchets. On a mis en place le slogan “Tes déchets, tu les amènes et tu les ramènes”, on a mis des bacs sur les parkings de Luminy », énumère Gaëlle Berthaud.

    Plusieurs associations s’engagent aussi dans cette démarche. « Elles vont par exemple mobiliser les gens pour aller ramasser des déchets », sourit Didier Réault. Pour réduire les risques de dégradation, 12 toilettes sèches ont été développées.

    Le Parc assure également le suivi scientifique de plusieurs espèces, comme les colonies de puffins de Scopoli, les mammifères marins ou encore certains papillons de jour. « On lutte contre le braconnage du corail, des poissons et des espèces d’oiseaux protégés », précise Julian Virlogeux, chef du service Territorial Gestion et Préservation.

    Face au risque incendie, des patrouilles quotidiennes, des dispositifs radios supplémentaires et une coordination entre marins-pompiers et sapeurs-pompiers ont été mises en place afin d’intervenir dès les premières flammes. « On interdit le bivouac la nuit et les feux. À partir du 29 juin, toutes les unités de l’État entreront en régime de lutte contre les incendies. »

    Derrière ces mesures de protection, l’objectif reste le même : permettre au public de découvrir les Calanques, en toute sécurité et sans en compromettre l’équilibre.

    Ivanie Legrain
  • Total s’immisce sur les bancs de l’université

    Total s’immisce sur les bancs de l’université

    Nous avons été surpris et un peu étonnés. » Mathieu Romagny, enseignant-chercheur et élu au conseil de la fac de sciences de l’Université de Montpellier a eu la surprise de découvrir – comme d’autres élus – que l’Université était sur le point de signer une convention avec Total Énergies, à destination des étudiants du master mention énergie de la faculté. « Cette convention de partenariat pédagogique a pour objectif de renforcer l’insertion professionnelle des étudiants avec des interventions de professionnels – pour une soixantaine d’heures de cours – et des visites de sites », soutient Jean-Michel Marin, doyen de la faculté des sciences.

    Mais cette convention en laisse plus d’un sceptique, à l’heure où le géant pétrolier est régulièrement taxé de greenwashing. « Les mots dans cette convention sont trompeurs. Total se présente comme un acteur majeur de la transition énergétique avec une ambition zéro carbone en 2050. Mais Total a été condamné par la justice pour avoir employé ces mots-là en décembre dernier. On ne comprend pas bien », reprend Mathieu Romagny. Des accusations balayées par l’Université. « Total a été condamné dans le cadre d’une relation commerciale, ce qui n’est pas le cas ici. Cette convention est un partenariat pédagogique et en aucun cas un soutien politique », se défend Jean-Michel Marin, mettant en avant le poids que représente l’entreprise dans le secteur. « Total a 490 sites d’énergie renouvelable en France, des champs d’éoliennes offshore. On peut être dogmatique mais quand on regarde de plus près, on se rend compte que c’est rationnel. Tous les efforts pour le renouvelable sont bons à prendre », reprend le doyen. Oubliant néanmoins au passage que le groupe prévoit d’augmenter sa production d’hydrocarbures d’environ 3% par an jusqu’en 2030.

    « Fabrique de l’ignorance »

    « On aurait pu choisir un autre acteur plus petit et plus éthique, engagé dans la transition écologique », soutient l’enseignant-chercheur, regrettant le fait que « les grandes entreprises nouent des accords et ce faisant, pénètrent dans les structures d’enseignement. L’Université de Montpellier sert de caution scientifique. Total est présenté comme un acteur respectable de la transition énergétique. Cela peut s’apparenter à de la fabrication de l’ignorance par les industriels ». À l’instar de celle du tabac qui a semé longtemps le doute sur la nocivité des cigarettes.

    « Je ne suis pas naïf, je ne défends pas Total, ça leur profitera. Mais aussi à mes étudiants », fait valoir Jean-Michel Marin. Des arguments qui n’ont pas convaincu les élus critiques, qui demandent l’annulation de la convention.

  • « Si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort »

    « Si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort »

    Quand on demande à Moussa Camara pourquoi c’est important pour lui de participer à la table ronde pour les 10 ans de l’association SOS Méditerranée, la réponse est évidente. « C’est un devoir pour moi. Car expliquer un peu mon parcours pourra peut-être sensibiliser les gens sur l’importance de cette ONG, explique le jeune homme. Car si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort », soutient-il.

    Moussa Camara est né en Guinée. Encore adolescent, il se rend à Conakry, capitale du pays, pour ses études. Mais cela se passe mal et il part pour le Mali. Avec un ami ils décident ensuite de partir pour la Libye.

    Après avoir traversé le Burkina Faso et le désert nigérien, ils sont arrêtés par des milices sur la route pour Tripoli, capitale de la Libye, qui les vendent comme esclaves. Après six mois de travail gratuit, son ravisseur décide de les libérer. « Je pense qu’il a fait ça pour avoir bonne conscience, car de plus en plus de personnes mourraient. Alors il nous a tous mis sur un bateau pour traverser la Méditerranée. »

    Une centaine de personnes se retrouvent alors entassées sur cet esquif de fortune pour traverser la Méditerranée. Après deux jours de navigation, beaucoup de passagers ont déjà perdu la vie. C’est au cours de la deuxième nuit du périple que l’Aquarius arrive au secours des passagers à la dérive. « Ce soir-là, avec les personnes qui restaient, nous nous sommes dit au revoir, car nous n’avions plus l’espoir de passer la nuit », se souvient-il. Lorsque SOS Méditerranée parvient à les sortir d’affaire, ils ne sont plus que 40 survivants sur le bateau.

    Depuis cette nuit où il a échappé à la mort, Moussa s’est reconstruit. Arrivé en France en 2017, alors mineur, il parvient à obtenir un CAP d’électricien et travaille aujourd’hui à la citadelle Saint-Nicolas. Depuis l’année dernière, il a été naturalisé français et essaie du mieux qu’il peut d’aider les personnes qui connaissent la même situation que lui. Pour cela il a d’ailleurs fondé l’association Guinée à Marseille, où il accompagne des primo-arrivants, administrativement et humainement.

    Un climat anxiogène

    Bien que sa vie en France ne soit plus soumise aux aléas administratifs, il reconnaît que le climat politique est de plus en plus anxiogène. « Je n’ai jamais eu aussi peur pendant des élections que cette année. Pourtant je n’avais personnellement rien qui me mettait directement en danger, parce que j’avais mes documents, raconte-t-il. Mais je suis toujours touché par les politiques et les discours de l’extrême droite. »

    En accompagnant les jeunes avec son association, il se rend compte que les démarches sont de plus en plus difficiles et s’en inquiète. « Je voudrais que l’on voit que les arguments de l’extrême droite sont faux. Moi, j’accompagne des jeunes qui n’ont droit à aucune aide. Et moi-même je n’en ai jamais bénéficié. Mais je travaille, je cotise, je paie des impôts. Ce que l’extrême droite prône c’est l’égoïsme, alors que la France est un pays de mixité et d’humanisme. »

  • Linguine à la crème de chèvre, courgette croquante et pignons

    Linguine à la crème de chèvre, courgette croquante et pignons

    « Les choses simples sont souvent les meilleures », tel est le credo de Judith, la cheffe du Bistroquet qui vous propose une recette savoureuse, généreuse, gourmande et de saison.

    Une crème nappante

    Pour commencer, émincez l’échalote et faites-la revenir à la casserole dans du beurre et à feu doux. Pendant ce temps, coupez la bûche de chèvre en morceaux grossiers et réservez. Quand le beurre est fondu et que l’échalote a cuit quelques minutes, ajoutez le fromage et remuez. Attention, la cheffe vous conseille de ne pas mettre tout le chèvre dès le début pour pouvoir ensuite ajuster en fonction de vos goûts. Ajoutez ensuite un peu de crème liquide et assaisonnez avec du sel, du poivre moulu et un peu de piment d’Espelette en poudre. Remuez de nouveau et laissez cuire à feu doux toujours.

    Dans une poêle à feu très doux, faites torréfier les pignons. Quand ils sont dorés, ajoutez un filet de miel, remuez et éteignez le feu. Ils prennent un goût légèrement sucré sans pour autant les faire caraméliser.

    Des saveurs équilibrées

    Faites cuire vos pâtes dans l’eau et une fois qu’elles sont prêtes, égouttez puis déposez-les dans la sauce au chèvre lorsque celle-ci est épaissie et le fromage majoritairement fondu. Remettez la casserole sur feu très doux pour que les pâtes s’imprègnent bien de la sauce. Vient le moment de préparer vos tagliatelles de courgette. Pour cela, rien de plus simple utilisez un économe et faites comme si vous épluchiez le légume mais en entier. Déposez les lamelles dans une poêle avec un léger filet d’huile d’olive, du sel et du poivre, remuez quelques secondes sans les faire cuire, elles doivent rester croquantes.

    Une fois que tout est prêt, déposez les linguine dans le fond de l’assiette, ajoutez joliment les tagliatelles de courgette, les pignons torréfiés, quelques morceaux de feuille de menthe ciselées au ciseau et terminez avec des zestes de citron vert pour donner du peps à votre plat.

    Bon appétit.

    Pour 2 personnes il vous faudra :

    – Une belle bûche de chèvre, une noisette de beurre, une échalote

    – Une poignée de pignons, un citron vert, quelques feuilles de menthe fraîche

    – Du miel, de la crème liquide, une courgette jaune

    – Sel, poivre, piment d’Espelette et huile d’olive

    – Un paquet de linguine ou tagliatelle

  • Des petites secousses aux grands tremblements de terre

    Des petites secousses aux grands tremblements de terre

    Un tremblement de terre ne survient pas d’un seul coup sans prévenir. Il se passe des choses en amont. La faille se débloque à un endroit, commence à glisser puis tout devient instable et le glissement accélère jusqu’à générer un gros séisme. « C’est ce que dit la théorie et ce que montrent les expériences en laboratoire », pointe François Passelègue, chercheur CNRS au laboratoire Géoazur (Valbonne). Mais la réalité est plus complexe avec une grande variété de situations. Cette phase de préparation d’un séisme – appelée phase de « nucléation » – peut parfois durer quelques heures, quelques jours voire quelques mois. Elle a duré quelques jours avant le séisme de Tohoku-Oki qui a frappé durement le Japon en 2011, mais plusieurs mois avant celui d’Iquique au Chili en 2014. Et dans certains cas, cette phase de nucléation semble inexistante. Pourquoi une telle variété ? « C’est la grande question à laquelle nous avons voulu répondre », ajoute le chercheur.

    Dans un article paru dans Nature, il montre pour la première fois que des petites secousses précoces influencent la durée de la nucléation. Celle-ci sera d’autant plus courte que ces secousses – appelées « foreshocks » – sont fortes. « Quand elles sont vraiment fortes, la phase de nucléation est presque invisible », insiste Barnaby Fryer, post-doctorant à Géoazur et premier auteur de l’étude.

    Prédictions

    Ce résultat a été obtenu en laboratoire sur un dispositif expérimental simulant une faille avec du plexiglas, dans le cadre du projet européen Hope qui se termine en 2027. « Notre but est de déterminer quelles sont les informations minimales qu’il nous faut pour prédire la sismicité dans le temps et l’espace, résume François Passelègue. La conclusion actuelle est qu’il faut réussir à mesurer la contrainte sur toute la faille en temps réel ». Ce qui est faisable en laboratoire mais semble totalement impossible sur le terrain pour l’instant. « Cela impliquerait de faire des forages profonds pour installer des capteurs de contraintes et de pression, ajoute le chercheur. C’est beaucoup trop coûteux. »

    Maintenant que l’importance des secousses précoces dans la phase de nucléation est démontrée, les chercheurs aimeraient être capables de prédire où va commencer cette phase de nucléation. « Dans nos expériences de laboratoire, c’est très hétérogène », souligne François Passelègue. L’endroit où la faille commence à glisser change d’une expérience à l’autre. « Nous y travaillons depuis quelques années, ajoute-t-il. Cela serait une grande avancée dans la compréhension des processus de préparation des séismes ». Tout comme l’étude de scénarios plus complexes. « Jusqu’à présent, nous nous sommes limités au cas simple d’une seule secousse précoce située sur la faille », souligne Barnaby Fryer. Mais que se passerait-il s’il y en avait plusieurs et qu’elles se produisaient à distance de la faille ?