Category: environnement

  • [EQDD Le Paris-Normandie] À Gonfreville-l’Orcher, l’environnement servi sur un plateau

    [EQDD Le Paris-Normandie] À Gonfreville-l’Orcher, l’environnement servi sur un plateau

    Avoir 35 hectares de terres non bâties au cœur de sa commune, voilà qui pourrait attirer les convoitises, à commencer par les projets immobiliers ou industriels. À Gonfreville-l’Orcher, l’équipe municipale a décidé en 2017 de jouer une carte novatrice : garder la main sur le plateau de Bévilliers et y développer du maraîchage municipal pour alimenter les cantines scolaires. Le projet a évolué depuis, avec des ramifications inattendues. Une seule condition : tout doit être pensé en bio.

    Marchant à grandes enjambées au milieu des hautes herbes, Nicolas Gambé, chargé de mission transition écologique à la ville de Gonfreville-l’Orcher, présente le plateau : « À l’origine, il y a un manoir du XVe siècle. Ensuite, c’est devenu une friche agricole pendant des années ». Alban Bruneau, le maire communiste, complète : « Il y a eu un projet d’implantation de la prison. Les élus et les agriculteurs y avaient fait front. C’est à cette époque que la ville s’est portée acquéreur des 35 hectares ». Et de préciser : « Il y a eu ensuite l’idée d’un Data center mais ce n’était pas faisable ».

    En 2017, la surface, la qualité des sols et la volonté de préserver les paysages ont motivé l’idée d’un espace dédié à la biodiversité et au bio. « C’était évident au regard des enjeux climatiques. Nous avons donc recruté un chargé de mission pour développer le projet ». C’est par le maraîchage que les choses commencent. C’est aussi le sujet qui piétine à cause des aléas comme le Covid mais aussi des contraintes administratives comme la Loi littoral. Par exemple, la mairie envisageait de construire une légumerie pour laver et trier la production des maraîchers mais, n’étant pas « agriculteur », la commune n’en a pas le droit.

    100 euros de l’hectare

    Fort heureusement, en parallèle, d’autres idées font leur chemin. Tout d’abord, l’ensemble du site, et de chaque activité qui y sera développée, est certifié bio par EcoCert. À partir de là, il y a un cahier des charges à respecter par les loueurs. La ville reste propriétaire quoi qu’il arrive. Les conventions d’occupation précaire du domaine public sont à un coût minime de 100 euros par an par hectare. C’est le cas pour les 10 hectares travaillés par deux agriculteurs en grandes cultures. Ici, ils cultivent du maïs, du lin ou des pommes de terre.

    La ville mise aussi sur un verger municipal. « On a planté une centaine d’arbres, 50 pommiers, 30 poiriers, 10 cerisiers et 10 pruniers, sur un hectare, en 2019. Ils sont encore jeunes. ça pousse tranquillement. Plus tard, il faudra gérer directement ou confier la gestion du verger », explique Nicolas Gambé. « Deux kilomètres de haies ont été plantés pour contrer l’érosion et délimiter les parcelles. On y a ajouté 400 mètres cette année. Et depuis 2024, un hectare d’arbres feuillus a été planté pour recréer un espace boisé indispensable à la biodiversité. Le projet, autofinancé à 93% par la commune, pour un coût global de 125 000 euros, a reçu une subvention départementale pour le reboisement et a été primé par l’association Un+Bio en 2021. »

    Golf labellisé bio

    En huit ans, le plateau a également vu le golf privé s’engager dans cette dynamique. Le parcours de 9 trous, de 10 hectares, est labellisé en bio, c’est-à-dire que son entretien ne fait appel à aucun pesticide. Même démarche pour le houblonnier qui s’est installé sur le plateau en 2023. Mais alors, quid de l’espace maraîcher initial ? Le projet n’est pas abandonné, loin de là. Six hectares y sont toujours consacrés, en rapprochement avec la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) Ceinture Verte. Nicolas Gambé explique que la ferme maraîchère prend une nouvelle orientation : « En travaillant avec la communauté urbaine et la SCIC Ceinture Verte afin d’installer un ou plusieurs maraîchers privés, ou en direct avec des maraîchers privés, sur 5 hectares communaux via des baux ruraux à clauses environnementales, puis en contractualisant avec eux afin qu’une partie de leur récolte serve à alimenter la restauration municipale ».

    Huit ans après le lancement de cette opération, la commune est satisfaite des résultats obtenus mais aussi et surtout de la dynamique créée : « Dès le départ, nous avons engagé le dialogue pour ne pas s’opposer au tissu agricole local mais au contraire, pour travailler avec lui. La commune a joué un rôle d’animateur en échangeant avec le tissu agricole du territoire, agriculteurs et chambre d’agriculture, mais également d’incitateur en permettant aux agriculteurs de s’essayer au bio dans des risques limités ».

  • [EQDD] Marseille, scène culinaire vivante et populaire

    [EQDD] Marseille, scène culinaire vivante et populaire

    « C’est un vrai bonheur d’être ici. Il fait un temps magnifique, le soleil brille et nous venons profiter d’une délicieuse daube proposée par Monsieur le maire. C’est chaleureux », sourit Odile, 76 ans, attablée avec son amie Annie non loin de la grande roue avec vue sur mer. Plusieurs restaurateurs se sont réunis samedi 11 octobre, à l’Escale Borély, à l’occasion du grand banquet organisé dans le cadre de la deuxième édition du festival Mars à table, porté par la Ville et l’Office de tourisme.

    « La Ville voulait mettre à l’honneur la gastronomie marseillaise. En tant qu’ancienne restauratrice, j’ai proposé un festival culinaire qui invite habitants et visiteurs à (re)découvrir la richesse de la cuisine locale et méditerranéenne », explique Mélodie Taisne, du service commerce et événementiel de la Ville. « Après l’aïoli en mars 2025, c’est la daube, de poulpes ou de bœuf, qui est mise à l’honneur en octobre. Quatre-vingts restaurateurs partenaires la subliment sur trois week-ends, dans leurs établissements, mais aussi dans l’espace public », détaille-t-elle.

    L’Estaque, le parc Borély et l’espace Bargemon sur le Vieux-Port, les lieux sélectionnés reflètent la diversité de la ville. « Le mélange des générations, la musique, les animations, et surtout le fait de prendre le temps. Savourer le décor, souvent tourné vers la mer » est le vrai « plus » de ce type d’événement pour l’organisatrice. Son succès immédiat succède à ceux du Kouss-Kouss Festival de début septembre et des Dîners insolites organisés partout dans le département par la Métropole en juillet.

    Autour du couscous et ses multiples cultures

    De la Belle de Mai au Plan d’Aou, en passant par le Vieux-Port, Noailles, les Goudes et tous les quartiers où palpite l’énergie culinaire, Marseille célèbre en effet le couscous, plat millénaire labellisé Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2020, véritable expression de la vie en société. Parti de la Friche sur une idée de Fabrice Lextrait et Marie-José Ordener de l’association ICI Les Grandes Tables, le Kouss-Kouss Festival fait sensation dès sa première édition. « En 2018, nous avons programmé sur le toit-terrasse de La Friche la Belle de Mai les artistes Rachid Taha et Rodolphe Burger avec leur Couss-Couss Clan. Nous avons inventé, avec les chefs et cuisiniers de la ville, un festival autour du couscous et de ses multiples cultures », raconte Fabrice Lextrait.

    La discussion se poursuit avec Marie-José : « Et pourquoi ne pas le faire avec Lionel Levy, chef étoilé du restaurant de l’Intercontinental ? » lance-t-elle en plaisantant. Celui-ci accepte aussitôt. « Une dizaine de restaurants nous suivent et proposent un couscous original à leur carte », poursuit Fabrice. Au fil des années, le plat se décline par thème, et atteint 240 structures participantes en 2025.

    Derrière chaque port, les traces d’un marché

    « Le centre-ville s’est recomposé autour des propositions culinaires ces dernières années. La particularité de Marseille est sa diversité de vie à travers ses quartiers, concentrée dans un grand cœur de ville. Depuis environ 15 ans, nous avons à cœur d’investir les espaces publics. Street Food Festival, Kouss-Kouss Festival ou Mars à table, ce sont toujours des événements joyeux et très populaires », détaille Marianne Tiberghien, chargée de mission pour la fédération Marseille Centre. « C’est une ville très spontanée. J’ai toujours été surprise, en arrivant ici, par le nombre de terrasses. Le climat et la typologie de la ville offrent l’opportunité de se retrouver pour partager, partout où il y a des assises et des tables, de la nourriture ensemble », apprécie la chargée de mission.

    Les Dîners insolites qui proposent un repas gastronomique dans des lieux incroyables et le Street Food Festival qui lance l’été dans diverses villes de la région illustrent aussi cette dynamique. Isabelle Brémond, directrice générale de Marseille Provence Gastronomie (MPG) et organisatrice, résume cet engouement avec simplicité : « Notre force, c’est le côté cosmopolite de notre cuisine ».

    Mais quoi de plus logique pour cette ville grecque fondée en 600 avant J.-C. ? « Derrière chaque port se cachent les traces d’un marché. Au centre même de la ville, les propositions culinaires sont nombreuses. Mais manger en extérieur, sur de grandes tables, renforce le sentiment d’appartenance commune. Il y a là une forme d’égalité », conclut Emmanuel Perrodin, Marseillais d’adoption, historien et cuisinier.

  • COP30 : l’urgence à agir rappelée par les associations d’Occitanie

    COP30 : l’urgence à agir rappelée par les associations d’Occitanie

    « La survie de l’humanité est en jeu ». Dans un monde pourri par l’argent, où les intérêts particuliers priment sur l’intérêt général, Simon Popy n’y va pas par quatre chemins. « On a besoin d’un changement radical. Sinon c’est la fin du monde tel qu’on le connaît », alerte le président de France nature environnement (FNE) Occitanie Méditerranée.

    La COP30 marquera-t-elle le début d’un tournant mondial salvateur ? Rien n’est moins sûr. Mais le militant espère a minima une « piqûre de rappel » sur l’inquiétante réalité d’un climat qui se réchauffe plus vite que prévu et l’urgence à réagir à l’échelle internationale. « Face au fake news, le minimum c’est qu’on nous rappelle au monde réel. On doit mettre de côté la logocratie, la voix de celui qui parle le plus fort ».

    En disant cela, Simon Popy pense notamment au retrait des USA sous la pression de Trump. Une absence de taille qu’il envisage comme une « opportunité » pour les Brics, les pays du Sud étant les premiers touchés par le réchauffement climatique. « Le Brésil est confronté à beaucoup d’enjeux environnementaux autour de l’Amazonie. Après Bolsonaro, ils ont une carte à jouer ». Quant à la Chine, qui a déjà pris le virage des énergies renouvelables au contraire des USA arc-boutés sur leurs énergies fossiles, « elle peut avoir le champ libre pour être moteur elle aussi », positive-t-il sans s’attendre à des miracles. Il s’interroge aussi sur les positions de l’Union européenne. Sera-t-elle plus « exemplaire » ? Là encore difficile d’être optimiste tandis « qu’elle détricote les droits sociaux, environnementaux et qu’elle contribue à accroître l’accaparement des richesses par une minorité prédatrice ».

    Pour le président de FNE Occitanie Méditerranée, il existe deux sujets majeurs dans cette COP30. D’abord la question du financement de la transition écologique. « 65% des financements passés étaient des prêts aux pays émergents ! On est quasiment sur du néocolonialisme. Il faut un financement réel. Sans quoi la suite logique sera l’aggravation de la dette ». Second axe majeur, celui de la justice environnementale. Entre « le nord et le sud » mais aussi entre « les populations les plus pauvres et l’oligarchie dominante ». Or, il estime qu’en France, on est loin du compte. « On voit bien avec la politique de la droite sur les carburants, les ZFE, que c’est toujours la faute des pauvres ». Selon Simon Popy, il faut « avoir le courage d’interroger la responsabilité des grandes entreprises qui poursuivent leur fuite en avant comme Total ou Bouygues ».

    Taxer le kérosène

    et les billets d’avion

    Du côté dAternatiba Montpellier, Cathy Valat « n’attend pas grand-chose et à la fois beaucoup » de cette 30e conférence sur les enjeux climatiques. Sans Bolsonaro, « Le Brésil n’est pas une dictature », observe-t-elle. De plus, le pays fait face à une « grosse mobilisation des peuples autochtones sur la déforestation ». Elle rappelle que le 28 septembre, une journée solidaire à leur appel avait mobilisé plus d’un millier de personnes à Montpellier. « Un sommet des peuples est prévu », positive la militante.

    Jugeant « dramatique » le retrait des USA, elle craint toutefois une montée des discours climato-sceptiques. « Les intérêts financiers prennent toujours le pas. Avec le greenwashing, le capitalisme a plus d’une arme dans sa besace ». Sans la mettre au même niveau que celle de Trump, elle juge la politique d’Emmanuel Macron « erratique » en matière écologique. « Il n’y a aucune stratégie du gouvernement français. Macron se fait mousser mais Total continue de forer en Afrique. »

    Fidèle au slogan d’Alternatiba – Changeons le système, pas le climat ! – Cathy Valat refuse pourtant de baisser les bras. Membre du collectif Atterrissons d’urgence, elle persiste à dire qu’il existe des solutions raisonnables contre le réchauffement. « Taxons le kérosène des avions et augmentons les taxes sur les billets d’avion. ». Tandis que l’aviation reste « le seul secteur à qui on ne demande jamais d’efforts », elle déplore le fleurissement de publicités en faveur de vols européens à des prix attractifs juste pour un week-end. « Cela provoque des demandes qui n’existaient pas. »

  • La gestion de l’eau, nouveau pontentre l’Afrique et l’Europe

    La gestion de l’eau, nouveau pontentre l’Afrique et l’Europe

    La gestion de l’eau est l’un des angles morts des COP car elle n’est que très peu abordée au sein des COP climat ou des COP biodiversité alors que c’est probablement l’un des tous premiers marqueurs du changement climatique », regrette Eric Servat. Depuis 2021, le chercheur et hydrologue dirige le Centre international français Unesco sur l’eau (Icireward) basé à Montpellier qui multiplie les partenariats de recherche avec les laboratoires africains.

    « Quasiment tous les projets que nous finançons sont des programmes qui se déroulent avec des partenariats du Maroc, de Tunisie, du Sénégal, de Côte d’Ivoire etc. Nous tentons d’avoir une réflexion partagée sur les questions liées à l’eau parce qu’on voit par exemple que dans certaines parties du Maroc, les précipitations sont extrêmement faibles et nous avons, nous aussi en France, un cycle de l’eau perturbé », précise l’auteur du « Grand défi de l’eau » sorti début septembre.

    Aujourd’hui, la plupart des projets sont menés en Afrique permettant ainsi d’acquérir un grand nombre de données qui permettent aux pays du nord de la Méditerranée de s’adapter plus rapidement au dérèglement climatique. « Nous cofinançons par exemple un projet au Maroc sur les mécanismes de recharge des aquifères qui nous permet d’étudier la vulnérabilité et le renouvellement des eaux souterraines dans les milieux karstiques. Or ces milieux, ce sont ceux que nous connaissons dans l’Hérault », détaille Eric Servat.

    Le centre, qui finance aussi des projets sur le bassin de Thau et plus largement sur le Languedoc, participe aussi au programme « Défi water Occitanie » financé par la Région dont l’ambition est de travailler sur la réutilisation de l’eau. « Plusieurs laboratoires travaillent sur ce projet avec des « living labs » qui sont des expérimentations à grande échelle sur un temps long », explique Eric Servat.

  • L’agriculture occitane va devoir anticiper et vite s’adapter

    L’agriculture occitane va devoir anticiper et vite s’adapter

    Il va falloir entièrement réorganiser les filières agricoles. » Régulièrement pris à partie sur les réseaux sociaux par les climatosceptiques, Serge Zaka défend un discours alarmiste mais étayé scientifiquement quant à l’avenir incertain de l’agriculture en Occitanie.

    L’agroclimatologue héraultais aime à rappeler que le Sud de la France, en raison des influences de la Méditerranée, compte parmi les régions les plus exposées aux effets du changement climatique. Des influences déjà perceptibles eu égard aux gels hivernaux, aux pluies torrentielles ou aux canicules estivales appelées à devenir la norme d’ici 2050. « Ce n’est plus seulement l’agriculture mais l’écosystème lui-même qui est touché », nous expliquait-il encore au début de l’été, au moment de donner une conférence lors des Univershiftés.

    Connue pour sa résistance à la sécheresse, la vigne, qui souffre déjà du « stress hydrique », sera à terme sous la menace du « stress thermique ». La transition vers les cépages résistants est déjà enclenchée. Et les collectivités (Région, Départements) lancent les premiers projets de retenues hivernales pour l’irrigation. Mais avec un climat d’ici 30 ans comparable à celui de l’Andalousie, cela risque de ne pas être suffisant si rien n’est fait pour enrayer le phénomène à l’échelle mondiale. Quand on s’approche des 50 degrés au soleil c’est un fait : aucun humain, animal, ni végétal ne résiste à quelques exceptions près (plantes grasses type cactus, scorpions, serpents…).

    Les experts en sont convaincus : si on peut imaginer que de la vigne puisse être plantée plus au nord de la région, des productions agricoles devront être abandonnées. « Au lieu de planter des abricotiers on va plutôt planter des oliviers, au lieu de planter de la vigne, on va planter des pistachiers ». Tout porte à penser que la filière agricole va devoir se réorienter vers des variétés moins gourmandes en eau comme le sorgho, le figuier, l’amandier, la grenade, le pois chiche, la patate douce…

    Des changements drastiques qui doivent s’anticiper au plus vite car ils nécessitent d’énormes investissements. Au-delà de la France, l’Europe devra mettre la main au porte-monnaie pour accompagner l’interprofession. Sans quoi les régions méditerranéennes risquent de devenir importatrices.

  • Montpellier végétalise pour « rafraîchir » la ville

    Montpellier végétalise pour « rafraîchir » la ville

    Le 27 juin 2019, sur la place de la Comédie, il a fait 49 degrés. Les gens fuyaient  », se souvient Michaël Delafosse. « Et à l’horizon 2050, on nous annonce potentiellement le climat d’Alger ». Nous sommes le 21 mai dernier. Le maire de Montpellier vient de signer, avec Sylvain Waserman, président directeur général de l’Agence de la transition écologique Ademe, la charte « Plus fraîche ma ville », qui vise à structurer et renforcer les politiques locales d’adaptation au changement climatique, avec un accent particulier mis sur la lutte contre les îlots de chaleur urbains.

    Cette signature s’est déroulée symboliquement sur l’Esplanade Charles de Gaulle, où la Ville a réalisé d’importants travaux de végétalisation, désimperméabilisation et rafraîchissement. « Ces travaux nous permettront de réduire les températures de 2 à 7°C », explique Michaël Delafosse.

    Une démarche qui s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2020 par la municipalité afin d’adapter l’espace urbain au changement climatique. Au premier rang desquelles la désimperméabilisation (de l’ordre de 20 ha sur la ville sur la durée du mandat, sachant qu’un sol de végétation ou de terre absorbe beaucoup plus la chaleur qu’un sol d’un autre type) et la plantation de 50 000 arbres – but qui devrait être atteint en début d’année prochaine – « pour créer de l’ombre et avoir une ville plus fraîche en période de canicule  », explique l’écologiste Stéphane Jouault. « L’adaptation consiste à planter des arbres mais aussi à diversifier les essences, car on ne sait pas exactement quelles sont celles qui résisteront au climat », poursuit l’adjoint en charge de la nature en ville et de la biodiversité.

    « On ne peut plus faire autrement »

    « Dès que cela a été possible en centre-ville, on a donc planté des arbres. Il y a en aura 7, par exemple, sur la place des Martyrs de la Résistance, devant la préfecture, dont les travaux sont en train de se terminer. L’objectif étant clairement de rafraîchir ce point dur de chaleur », illustre l’élu. Idem pour la place Max Rouquette, entièrement rénovée, où l’ancien parking des Arceaux a été remplacé par une « place-jardin » plantée de 130 nouveaux arbres, dont un tiers de la surface a été désimperméabilisée.

    La Ville encadre et encourage également le microfleurissement des rues. Objectif  : accompagner le citoyen dans son projet de végétalisation de l’espace public. Ces dispositifs de plantes grimpantes de long des façades « permettent de rafraîchir beaucoup l’intérieur des logements », assure Stéphane Jouault. Dans le quartier de la Méditerranée, où le microfleurissement est assez répandu, « un habitant nous disait dernièrement qu’entre son immeuble et celui d’à côté, il pouvait y avoir 5 degrés de différence en été ». Les habitants volontaires peuvent faire la demande d’un bon de végétalisation à la Ville. Les services municipaux s’occupent ensuite de la percée du trottoir en pied de façade, où la plante offerte par la collectivité pourra être mise en terre. À charge ensuite, pour les habitants, de l’arroser et l’entretenir.

    « C’est un dispositif très efficace, qui permet de rafraîchir là où on ne peut pas mettre d’arbres. Et ça prend bien : on a distribué 2 000 bons de végétalisation sur les microfleurissements en 5 ans », souligne Stéphane Jouault. « Aujourd’hui on fait une proposition et on attend que les gens viennent vers nous. Pour la suite, l’idée serait d’aller davantage à la rencontre des habitants pour les motiver, en sélectionnant des rues qui nous semblent propices et doivent être rafraîchies.  » Dans le même ordre d’idée, la Ville propose également un bon de végétalisation pour un don d’arbres fruitiers. « La majorité de l’espace est privée. C’est donc très bien de végétaliser l’espace public, mais c’est important aussi d’encourager la végétalisation de l’espace privé, car ça participe au rafraîchissement de la ville. »

    La municipalité s’attelle par ailleurs, depuis plusieurs années, à un problème de taille : adapter ses écoles aux températures estivales qui les transforment en chaudron, au point que tous les ans des parents se mobilisent pour alerter sur les températures relevées dans les classes (jusqu’à 36 – 38 degrés). « Un programme de rénovation thermique de certaines écoles est en cours. L’idée, ensuite, est d’avoir une salle climatisée dans chaque école – je crois qu’on y arrive bientôt – et d’installer des plafonniers dans les classes. Sans oublier la végétalisation des cours. On désimperméabilise et on plante le plus possible dans les écoles. » Une adaptation au long cours qui demande de gros investissements, mais « on ne peut plus faire autrement, il faut penser la ville dans ce sens-là. »

  • « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    La Marseillaise : Cette COP s’ouvre dix ans après les accords de Paris, prévoyant de limiter le réchauffement climatique sous la barre de +1,5°C d’ici 2100. Dix ans plus tard, ces objectifs ne sont pas atteints et le dérèglement climatique s’accélère…

    Alix Roumagnac : Effectivement, le dérèglement s’est mis en place, il ne faut plus parler au futur. On a eu le tort, peut-être il y a 10 ans, de parler de 2050, 2100, sans se rendre compte que les conséquences étaient déjà là. Les récents événements climatiques, que ce soit l’ouragan Melissa en Jamaïque ou le super typhon aux Philippines, en attestent. Ça va être un des aspects de la discussion de cette COP. Aujourd’hui ce sont les pays qui ne sont pas les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, comme la Jamaïque, les Philippines, qui en subissent les conséquences.

    Les objectifs de Paris sont-ils toujours atteignables ?

    A. R. : Je pense que cette COP va acter l’échec de ces objectifs et tenter d’en établir de nouveaux. On s’est déjà rapproché des +1,5°C, donc on sait qu’on ne va pas pouvoir les obtenir. Malgré l’échec, la trajectoire, qui se situait, il y a 10 ans, aux alentours de +4 °C à la fin du siècle, a été un peu modifiée. Un certain nombre de pays ont mis en place des actions et désormais, on est à +2,8°C ou +3°C à la fin du siècle. Ce n’est pas suffisant, mais on voit que ces COP, malgré toutes les difficultés que l’on connaît, ont quand même un effet. Toute la difficulté de cette nouvelle conférence va être comment bâtir quelque chose avec l’absence des États-Unis, un des principaux pollueurs et principaux émetteurs.

    Justement, l’absence des États-Unis ne risque pas de compromettre le moindre accord ?

    A. R. : Les États-Unis entraînent derrière eux un certain nombre d’États, soit des états de connivence doctrinale comme l’Argentine, qui suivent cette position et profitent de l’occasion pour ne plus avoir à faire d’efforts, soit certains qui ne veulent plus faire d’efforts car le principal pollueur n’en fait pas. C’est toute la difficulté de cette COP, que ce soit en termes d’atténuation comme en termes de compensation. Quand on parle des fonds à mettre en place pour compenser les pays qui subissent les conséquences du réchauffement, il est clair que les États-Unis ne voudront pas participer à cette compensation, et ça rend les choses compliquées. Que peut faire la communauté internationale dans cette situation ? Les pays européens ont dévoilé leur nouvelle feuille de route cinq jours avant le démarrage de la COP. Ce qu’on peut espérer, c’est la reprise du leadership européen pour essayer de donner une dynamique dans cette période un peu particulière.

    Un autre enjeu de cette COP est de sortir des énergies fossiles, mais ne faudrait-il pas envisager une baisse de la consommation ?

    A. R. : Ça va être une complexité supplémentaire. La baisse des énergies fossiles, paradoxalement, c’est la COP28 à Dubaï qui avait réussi à faire un petit pas en avant sur ce sujet. Là, le Brésil est quand même un pays producteur de pétrole. Il a encore récemment donné des nouvelles autorisations de licence pour du forage pétrolier. Donc on sent que cette COP ne fera certainement pas d’avancée supplémentaire sur la sortie des énergies fossiles. Ce sera plus certainement un sujet sur la préservation des forêts. La sortie des énergies fossiles est une chose mais on sait que le seul élément qui va permettre d’inverser la tendance, c’est une modification forte dans nos modes de consommation, quel type de croissance on peut avoir pour justement diminuer nos consommations. Et on voit malheureusement qu’aujourd’hui les intérêts particuliers de chaque pays et le développement économique prennent le pas de manière très forte sur l’intérêt général de la planète. C’est vrai aux États-Unis, mais c’est vrai partout dans le monde. En France, ces dernières années, les débats portent sur la limitation de la dette, l’augmentation du pouvoir d’achat mais la transition écologique est passée très en retrait de toutes les préoccupations que ce soit des politiques ou des citoyens. Pourtant, il y a trois, quatre ans, après le Covid, on observait une conscience écologique chez les citoyens avec des petites avancées. Là, on observe plutôt un recul de cette problématique.

    Ce recul sur l’environnement ne risque-t-il pas d’engendrer un sentiment de démobilisation, de résignation chez les citoyens ?

    A. R. : C’est complexe. Il y a une grande volonté aux COP – j’étais présent à la COP27, à la COP28. Le sujet, c’est plus d’arriver à convaincre l’opinion publique de l’intérêt de faire des petits pas. Ce combat doit être le résultat de petits efforts de chacun tous les jours. Le problème c’est qu’on a parfois des positions trop extrémistes. Selon le palmarès international des efforts des États en matière climatique de 250NOW, les premiers classés sont les pays scandinaves, la Suisse, le Luxembourg, et la France arrive septième. Sans aucune surprise, les derniers pays de l’OCDE sont les États-Unis, le Canada, l’Australie. Pourtant, en France, on a plutôt un sentiment général qu’on ne fait pas assez d’efforts. Et certaines associations mettent la France au tribunal alors qu’elle fait partie des leaders mondiaux à montrer l’exemple. Cette mise en cause peut affaiblir la voix de la France. Je pense que c’est un sujet qui devrait rassembler au-delà des oppositions. C’est un sujet prioritaire mondialement, la dette écologique est beaucoup plus grave que la dette financière. Aujourd’hui, on n’a pas de partis, de gens qui arrivent à se positionner sur ce sujet de manière suffisamment forte pour créer cette dynamique.

    Cette politique de petits efforts est menée par certaines associations et municipalités. Mais cette légende du colibri, popularisée par Pierre Rabhi, est-elle efficace ?

    A. R. : Oui, je crois beaucoup justement à l’effet colibri sur plusieurs sujets. C’est vraiment un marathon qu’on a à faire pour arriver à gagner cette bataille pour le climat. Et on n’a jamais gagné un marathon en partant en sprint. C’est une course de fond, un enchaînement. Un premier petit geste va donner envie le lendemain d’en faire un deuxième ou d’en faire plus. Et c’est vrai au niveau du citoyen, au niveau de la collectivité, de l’entreprise, de l’État. C’est cette dynamique générale qu’il faut générer.

    Propos recueillis par Louis Dupin

    « Les intérêts particuliers des pays prennent le pas sur l’intérêt général
    de la planète »

    « Nous avons besoin de solutions (…). Nous devons aller beaucoup plus vite »

  • La CGT se bat contre l’amiante à ArcelorMittal

    La CGT se bat contre l’amiante à ArcelorMittal

    Pas plus tard qu’hier, un salarié est venu nous voir au local syndical : il a un cancer dû à l’amiante, à 57 ans. » Le ton grave, Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général de la CGT d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, rappelle les conséquences concrètes de la présence d’amiante dans les sites industriels.

    Son organisation, engagée de longue date dans un combat pour le classement du site de l’étang de Berre comme « amianté », espère prochainement voir le bout du tunnel. Entre un communiqué de presse diffusé cette semaine, qui fait part « d’un scandale sanitaire » et l’envoi d’une délégation syndicale à la Caisse primaire de l’assurance maladie (CPAM), elle met les bouchées doubles avant un rendez-vous déterminant, ce lundi, au ministère du Travail.

    « Ce n’est pas une faveur qu’on demande : quand on est touché par ces maladies, on ne voit pas la retraite, ou on ne la voit que pour quelques années », martèle le syndicaliste. Il donne des chiffres qui font froid dans le dos : « Plus de 150 salariés ont été reconnus et mis en suivi médical renforcé pour l’amiante, seulement pour le courant de l’année 2025. […] 7 maladies professionnelles sur 10 sont en lien étroit avec l’amiante sur le site. » Au total, son organisation dénombre « plus de 600 salariés en suivi médical renforcé ». Pour rappel, le suivi médical renforcé est un dispositif qui prévoit une batterie de consultations médicales. « Il y a des examens à faire régulièrement, au départ, des scanners tous les 6 mois, puis étalés tous les 5 ans. À chaque fois, on a peur d’avoir une mauvaise nouvelle, l’inquiétude est réelle », développe Stéphane Martins de Araujo.

    Un combat pour un départ plus tôt à la retraite

    Contactée, ArcelorMittal précise que « ce suivi médical ne signifie pas que les salariés ont été exposés au risque, mais est mis en place dans un souci de prévention ». Et assure que c’est « conformément à la réglementation et en coordination avec la médecine du travail, pour certains salariés affectés à des postes à risques compte tenu de leur période d’emploi et des postes occupés ». Reste que, pour la CGT, derrière ces chiffres et ces dispositifs, il y a « des familles brisées, des malades, des futurs malades et des morts ».

    Concrètement, l’organisation demande « que le site soit classé amianté, au titre de l’Acaata ». L’Acaata est l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante. Ce dispositif permet aux salariés exposés à l’amiante de bénéficier d’une retraite anticipée. « Si le site est classé, au lieu de partir à 64 ans, c’est 60 ans. Et ensuite, c’est un an de moins d’âge de départ pour tous les 3 ans d’ancienneté sur la période, avec un seuil maximum à 50 ans », explique Stéphane Martins de Araujo.

    Il avance un autre argument : « L’inspection du travail a validé, après enquête cet été, la demande de classement et la période qui va de 1997 à 2025 », explique Stéphane Martins de Araujo. Là encore, ArcelorMittal tient à apporter des précisions : « Le ministère du Travail avait refusé l’inscription de l’établissement de Fos-sur-Mer sur la liste des établissements susceptibles d’ouvrir droit à l’Acaata, pour la période 1972-1997, décision confirmée par la Cour administrative d’appel de Marseille et le Conseil d’État. » Avant de conclure : « Les salariés de l’établissement n’effectuent pas de travaux de calorifugeage sur des matériaux contenant de l’amiante. » Or l’entreprise note que le classement d’un site comme amianté nécessite « une activité significative de calorifugeage à l’amiante », selon « des critères précis qui résultent de la loi et de la jurisprudence ».

    Dans tous les cas, la balle est dans le camp du ministère.

  • La COP30 est-elle celle de la dernière chance ?

    La COP30 est-elle celle de la dernière chance ?

    La COP30 sera la « meilleure de toutes » et marquera la « mise en œuvre » des engagements de l’Accord de Paris conclu en 2015. Prise de conscience de l’urgence climatique ou vœu pieu qui se heurtera au mur des lobbies  ? Pour l’heure, il ne s’agit que des mots du président Lula.

    Le 10 novembre, dès l’ouverture de la 30e Conférence de Belém sur le climat qui se clôturera le 21 novembre, le président brésilien a appelé les participants à « infliger une nouvelle défaite aux négationnistes » du changement climatique. C’est-à-dire aux climatosceptiques qui, par ignorance ou plus souvent par intérêt financier, nient toujours l’évidence scientifique. À savoir que la planète court à sa perte en raison de la montée des gaz à effets de serre dus à l’activité humaine, exacerbée par le capitalisme sauvage, sa quête de profits qui passe par une croissance infinie.

    Il y a 10 ans, les pays s’étaient engagés à Paris à réduire drastiquement leurs émissions de CO2 de sorte de limiter le réchauffement à 1,5 degré. On sait déjà que le compte n’y sera pas. Les derniers rapports laissent craindre un réchauffement de l’ordre de 3 à 4 degrés à l’horizon 2100. En raison des renoncements ou des mesures de greenwashing, le seuil des Accords de Paris sera « presque inévitablement dépassé », concède Jim Skea, le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

    L’Occitanie dubitative

    La COP30, qui semble être l’une des dernières à pouvoir encore infléchir la fuite en avant, réussira-t-elle à gravir la montagne quand les éditions précédentes (Bakou, Dubaï, Charm el-Cheikh) ont accouché d’une souris ? Difficile d’y croire. Il faut dire que les USA sont pour la première fois un absent de marque, fustigés par le président Lula. « Si les hommes qui font la guerre étaient ici, ils se rendraient compte qu’il est beaucoup moins cher » d’investir dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Au lieu de cela, Trump n’a envoyé aucune délégation officielle. Pire, il pourrait tirer en coulisses les ficelles pour faire capoter un accord responsable qui empiéterait sur les intérêts fossiles américains (pétrole, gaz, charbon). Toutefois, des dirigeants d’États américains sont bien présents. Notamment les gouverneurs du Nouveau-Mexique (Michelle Lujan Grisham) et de Californie, (Gavin Newsom). Probable candidat démocrate à la Présidentielle 2028, ce dernier a déclaré que « Donald Trump redouble d’imbécillité », qualifiant son recul « d’abomination ».

    Depuis l’Occitanie, où l’agroclimatologue Serge Zaka fait partie de ceux qui alertent sur l’avenir de l’agriculture en raison du passage d’un « stress hydrique à un stress thermique », les associations environnementalistes ne se font guère d’illusions. « Macron se fait mousser mais la politique du gouvernement est erratique. Total continue de forer en Afrique », déplore Cathy Valat. Membre d’Alternatiba Montpellier, la militante déplore encore plus la position négationniste du président américain. « Grâce au greenwashing, le capitalisme a plus d’une arme dans sa besace ». Côté France nature environnement (FNE), Simon Popy est un peu moins pessimiste. Il voit dans l’absence des USA une « opportunité » pour le Brésil et la Chine d’être moteur du changement. « Après Bolsonaro, le Brésil a une carte à jouer. La Chine a déjà fixé un cap ambitieux sur les énergies renouvelables ».

    Quoi qu’il en soit, « se lamenter n’est pas une stratégie », estime le chef de l’ONU climat, Simon Stiell. « Nous avons besoin de solutions (…) Nous devons aller beaucoup, beaucoup plus vite », a-t-il martelé en ouverture. Les plus optimistes parient sur le fait que le Brésil, où les populations indigènes d’Amazonie sont les premières exposées, aura à cœur de faire adopter des mesures contre la déforestation. Les choix énergétiques, les politiques de transport ou la justice environnementale seront également au cœur des discussions.

    Reste à savoir si les moyens financiers seront au rendez-vous, notamment en faveur des pays émergents. L’an passé, l’enveloppe de 300 milliards de dollars par an à l’horizon 2035 avait été jugée « ridicule » et l’accord qualifié de « néocolonialiste ».

  • Gard : 800 bornes électriques d’ici 2027

    Gard : 800 bornes électriques d’ici 2027

    Sous l’arche millénaire du Pont du Gard, les élus du territoire et les partenaires du projet ont célébré, le 28 octobre, un tournant majeur pour la mobilité durable dans le département. Ce site classé à l’Unesco, témoin d’une autre forme d’ingénierie, devient le point de départ d’un ambitieux réseau de bornes de recharge baptisé ReGARD. Porté par le Territoire d’Énergie Gard – Smeg et confié à Bouygues Énergies & Services, ce projet vise à faire du Gard un territoire exemplaire dans la transition énergétique.

    « Les Romains ont mis cinq ans à construire l’aqueduc, nous deux ans pour faire aboutir notre projet », a lancé avec humour Patrick Malavieille, président de l’EPCC Pont du Gard, lors de l’inauguration des huit premières bornes installées sur le parking rive gauche. Ces équipements, ouverts à tous les usagers, constituent le premier jalon d’un vaste maillage électrique qui doit relier d’ici fin 2027 les 350 communes du département. Le réseau ReGARD, dont le nom résume bien l’esprit de ce projet – « la recharge qui nous relie » – prévoit l’installation de 800 bornes de recharge dans les trois prochaines années, dont une centaine ultra-rapides. Le programme inclut la reprise des 400 bornes existantes du réseau Révéo et l’ajout de 376 nouveaux points. À terme, d’ici 2040, un millier de bornes mailleront le Gard, garantissant à chaque habitant ou visiteur une borne à moins de 20 kilomètres de son trajet.

    « Équité urbain et rural »

    Un objectif que résume Aimé Cavaillé, président du Territoire d’Énergie Gard : « La vision finale est respectée : l’équité entre urbain et rural. » Le déploiement sera assuré conjointement par Bouygues Énergies & Services et Spie CityNetworks, également chargées de la maintenance. Pour Dominique Néel, directeur général délégué de Bouygues Énergies & Services, ce projet est « l’exemple d’une coopération territoriale réussie », entre collectivités, acteurs publics et entreprises privées.

    Le contrat sur 15 ans, représentant un investissement global de 128 millions d’euros par la société d’investissement ElinVest, avec une redevance annuelle de 100 000 euros versée au Smeg et 500 000 euros investis directement sur le territoire. L’objectif est de garantir un taux de fonctionnement de 95% du parc et proposer une offre tarifaire adaptée : les abonnés bénéficieront de réductions pouvant atteindre 20% sur le prix du kWh. Les bornes offriront des niveaux de puissance selon les besoins : en deux heures, une borne standard permettra de récupérer jusqu’à 150 km d’autonomie, tandis que les bornes rapides offriront entre 180 et 300 km en une demi-heure.

    Au-delà de la performance technique, le projet s’inscrit dans une dynamique écologique et touristique. Le Gard, avec ses 6 500 recharges mensuelles déjà comptabilisées sur les anciens réseaux (et plus de 9 000 en période estivale), ambitionne de répondre à la forte fréquentation de ses sites patrimoniaux tout en réduisant son empreinte carbone. À l’horizon 2040, la réduction des émissions est estimée à plus de 350 millions de tonnes de CO2 évitées. « Ce sont deux histoires de la mobilité qui se rencontrent ici au Pont du Gard », résume Dominique Néel, évoquant la passerelle symbolique entre l’ingéniosité antique et la transition énergétique moderne.