Category: environnement

  • [Entretien] Aymeric Bailly : « Nos résultats questionnent l’idée d’un prix à payer pour vivre plus vieux »

    [Entretien] Aymeric Bailly : « Nos résultats questionnent l’idée d’un prix à payer pour vivre plus vieux »

    La Marseillaise : Vous montrez que transférer le gène Dsup du tardigrade au ver C. elegans lui permet de mieux résister aux radiations et au stress oxydatif et de vivre plus longtemps. Cela pourrait-il être le cas chez l’humain ?

    Aymeric Bailly : C’est une grande question. Mais il est difficile de le tester. Le stress oxydatif a un impact énorme sur le vieillissement. Si le gène Dsup, qui réduit le stress oxydatif chez C. elegans, a le même effet chez l’humain, il est possible que l’impact soit le même sur le vieillissement.

    Avec un possible allongement de la durée de vie humaine ?

    A.B. : Forcément, on y pense. Mais on ne fait pas ce qu’on veut avec la transgenèse chez l’humain. Notamment quand on touche au génome et aux cellules germinales. Éventuellement, il peut être envisageable de transposer un gène – sans le transmettre – pour exprimer une protéine transitoirement. Par exemple pour lutter contre une tumeur. Mais la question se pose pour le voyage spatial, pour rendre le matériel biologique (comme la nourriture) résistant aux radiations. L’ESA et la Nasa y travaillent.

    Que nous apprennent ces travaux sur le vieillissement ?

    A.B. : Ils questionnent la théorie qui veut que vivre plus longtemps nécessite forcément un prix à payer. Car généralement chez C. elegans, une modification génétique qui le fait vivre plus longtemps implique un coût. Exemple : retirer ses cellules germinales allonge sa durée de vie, mais l’empêche de se reproduire. Avec le gène Dsup, il vit plus longtemps mais nous n’observons aucun coût. C’est très étonnant.

  • Le long chemin des mini-guêpes pour sauver les cerisiers

    Le long chemin des mini-guêpes pour sauver les cerisiers

    Ce vendredi après-midi, une quarantaine de personnes s’est réunie dans la salle polyvalente de Flassan, au pied du Ventoux. Mais, on a eu l’impression d’avoir deux salles, deux ambiances. À l’invitation du sénateur (PS) Lucien Stanzione, les protagonistes parlent des moyens de se prémunir contre la mouche drosophile, qui a ravagé des cerisiers, en 2024 et surtout en 2023. « Il n’y a pas de solution miracle et unique », rappelle Lucien Stanzione, en présence d’élus, de cerisiculteurs, mais aussi et surtout de Nicolas Borowiec, ingénieur de recherche à l’Inrae (Institut de recherche pour l’agriculture) de Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes).

    En mai 2024, le scientifique a procédé à un lâcher de 500 femelles Ganaspis sur des cerisiers, à Malaucène. Ces micro- guêpes auraient la vertu de cannibaliser la mouche drosophile. Les chercheurs parlent de lutte biologique par acclimatation, où des insectes sont utilisés pour mettre hors état de nuire d’autres insectes. Mais, là où la double ambiance de la réunion réside, c’est dans la temporalité. Difficile de faire coexister un chercheur et son temps (très) long et des cerisiculteurs, qui ne peuvent attendre des années pour que l’acclimatation porte ses fruits.

    « Le projet se porte bien »

    « Sur ma commune, il y a eu une expérimentation avec un lâcher de Ganaspi fait de manière secrète. J’ai l’impression que le résultat n’est pas concluant », s’aventure Dominique Plancher, maire (SE) de Venasque, territoire emblématique des cerises de Vaucluse. Alors que le pesticide le plus efficace sur les vergers a été interdit il y a quelques années pour son impact environnemental, « on est dans l’impasse, sans solutions rapides, bien que la Ganaspi peut être une bonne cartouche », estime Florian Bernard, producteurs de cerises à Beaumont-du-Ventoux.

    Ne prétendant pas avoir la panacée, Nicolas Borowiec plaide pour « des combinaisons de méthodes à des degrés de maturation différents, avec des filets, des insectes stériles ».

    En Vaucluse, une dizaine de lâchers a eu lieu. Le site de Malaucène est « favorable » et a donné lieu à un second lâcher de 100 femelles. « Le projet se porte bien, ce n’est pas parce qu’on ne détecte pas la guêpe qu’elle n’y est pas », souligne Nicolas Borowiec qui, confiant, sait que des recaptures ont été faites en Italie, qui a utilisé la même méthode.

    S’il comprend l’impatience des agriculteurs, le chercheur travaille sur le sujet depuis 2012… « Les politiques attendent l’urgence pour débloquer des fonds [300 000 euros pour ce projet] or, on aurait pu faire cette acclimatation en amont avant l’arrivée du ravageur », regrette-t-il.

  • Lunel Collectif et des citoyens contre la déviation de la RN 113

    Lunel Collectif et des citoyens contre la déviation de la RN 113

    « Personne n’est au courant ! » Et pourtant, à quatre mois des élections municipales, le serpent de mer du Lunellois est bel et bien de retour. Vieux de près de 40 ans, il s’agit du projet de déviation de la route nationale 113. Traversant Lunel-Viel et le centre-ville de Lunel, la RN 113 est depuis toujours pointée du doigt pour générer embouteillages, nuisances sonores et insécurité en ville. « Entre les camions, les trottinettes et les trottoirs en mauvais état, les piétons ne se sentent pas en sécurité », témoigne Fatima Khouya, membre de Lunel collectif.

    D’où la volonté des maires aux manettes de déplacer le tracé de cet axe fréquenté au sud de Lunel-Viel et de Lunel. Après des années de silence radio, la préfecture de l’Hérault a relancé le 27 octobre une enquête parcellaire qui vient de se clôturer le 13 novembre. Une fois que le commissaire enquêteur aura rendu son rapport, le préfet pourrait ainsi réactiver le dossier dont certains citoyens ne veulent pour rien au monde.

    Au bord du canal de Lunel bordé de champs, Lise Florès imagine une future route, son pont et ses remblais : « 40 hectares de terres agricoles seraient ici détruites. Or, la loi sur la souveraineté alimentaire de 2025 commande aux maires de développer l’alimentation de proximité », insiste l’écologiste membre de Lunel collectif sur le point de monter une liste aux municipales. À ses côtés, Gilbert Gomez, viticulteur qui craint de perdre des terres, acquiesce. « Je m’étais déjà fait exproprier à l’époque à cause de la station d’épuration qui a pollué tous mes puits. Mon mas a perdu toute valeur. Ils veulent encore me prendre 21 ares, c’est hors de question. »

    Solutions alternatives

    Il n’est pas le seul menacé d’expropriation. Du côté de la RD24 où doit pousser le giratoire ouest, l’un des sept ouvrages d’art que nécessite la dernière version du projet, Laurent Firmin fait grise mine. « Le tracé mange la moitié de ma maison », déplore le gérant d’une société de nettoyage. « Mon entreprise est bien placée, j’ai ma clientèle et ma mère à côté, je n’ai aucun intérêt à partir. »

    Membres de Lunel collectif, d’autres ne sont pas concernés directement mais disent leur attachement au cadre de vie paisible, à la nature. Avec la proximité de la zone de captage des Horts, ils pensent qu’une imperméabilisation supplémentaire des sols serait néfaste. Un argument de plus que recense la pétition déjà signée par 250 personnes.

    Sans nier l’encombrement de la RN 113 – encore qu’ils auraient aimé qu’une étude* récente éclaire le débat public – les opposants sont convaincus qu’une déviation au sud ne réglerait rien. « Il existe un risque d’aspiration des véhicules depuis l’A9 et les camions continueront de venir livrer les magasins en ville », résume Lise Florès. Il existerait d’autres solutions, fait valoir un résident. « Pourquoi ne pas réaménager la route le long du canal de BRL au nord ? J’ai essayé, j’ai traversé Lunel en 6 minutes. » Pour la citoyenne Isabelle Camrous, le plus urgent est de « sécuriser les abords » des cinq écoles qui jouxtent la RN 113. « On pourrait étendre la piétonnisation ou aménager les horaires de passage des camions de livraison. »

    Selon l’écologiste Raphaël Valette, le dossier de la 113 est plus profond. Il révèle l’enclavement de Lunel si l’on excepte la ligne ferroviaire. « Pour aller à Marsillargues, vous avez un bus le matin et un le soir, c’est une galère pour faire ses courses sans voiture. » Rabia Harras, de Lunel collectif, abonde. « Il faut développer les transports en commun. Sinon, quel avenir pour nos enfants ? »

    Enfin, les opposants font valoir un argument financier. Si le Département de l’Hérault, aux finances exsangues, semble ne plus vouloir participer, le projet reste inscrit au contrat de plan État/Région donc soutenu par la présidente de Région, Carole Delga (PS). Problème : le coût du projet de 6,2 km de long (jusqu’à Marsillargues) qui était déjà estimé à 50 millions d’euros il y a dix ans, a probablement explosé. Une chose est sûre : à Lunel, la RN 113 sera l’un des enjeux des municipales.

    * 2 400 véhicules par jour dont 5% de camions selon une étude ancienne.

  • Loi littoral : la polémique continue sur la propriété Fliche

    Loi littoral : la polémique continue sur la propriété Fliche

    « Depuis quelques jours, les engins de chantier sont entrés sur la propriété Fliche et des algécos sont en place », alarme l’océanographe Dominique Calmet, à la tête de l’Association de protection de l’environnement (APE), qui veille scrupuleusement à l’application de la loi sur cette commune varoise. Selon lui, l’alerte concerne, ici, le lancement des travaux, « alors que le dernier permis de construire délivré en 2024 fait toujours l’objet d’un recours contentieux en annulation devant le tribunal administratif de Toulon ».

    Un équilibre difficile

    Il pointe également « la destruction des ruines, dont la surface ne doit pas être comptabilisée pour établir celle d’une éventuelle reconstruction », qui a eu lieu le samedi 15 novembre. L’association dénonce en outre des marchés liés à cette nouvelle phase de travaux, signés par le maire de Saint-Mandrier « sans la moindre présentation à une commission communale », pour un montant de 3,7 millions d’euros. Ces marchés ont été approuvés lors d’une délibération du conseil municipal du 29 septembre, qui portait sur l’augmentation du coût global de l’opération. Pour mémoire, le projet, plusieurs fois retoqué, concerne la construction d’un centre aéré. « Mais ne respecte toujours pas la loi littoral », s’insurge l’association.

    La commune de Saint-Mandrier incarne un bon exemple des enjeux et des conflits liés à l’application de cette loi, qui a pour objectif de concilier protection de l’environnement et aménagement équilibré.

    « Le projet n’est donc pas purgé de tout recours », insiste Dominique Calmet. Le président de l’APE fustige donc le choix de la municipalité de « passer en force et de dépenser l’argent public sur un chantier qui pourrait être stoppé net par la justice ».

    Joint par téléphone mercredi matin, le maire (LR) Gilles Vincent dément catégoriquement l’empressement dénoncé. « On a une décision de justice du tribunal administratif qui nous permet de commencer les travaux. » Il poursuit, agacé : « Mais bon, ça suffit maintenant. Ce sont des gens qui se sont présentés aux élections municipales. Donc ils nous attaquent sur tout. »

    Pour lui, il ne s’agit que d’acharnement, puisque « le tribunal a considéré que le permis de construire est valide et donc qu’il n’y a aucune raison d’empêcher la municipalité de commencer les travaux ». En face, l’APE continue de reprocher la non-conformité du projet avec la loi littoral et annonce faire appel de la décision si nécessaire.

  • Montpellier lance le programme Adaptoneau

    Montpellier lance le programme Adaptoneau

    « Il s’agit de mener une action territoriale plus poussée sur des zones expérimentales dans lesquelles on va mener une politique coordonnée pour adapter l’usage de l’eau au changement climatique », explique René Revol, délégué à la gestion raisonnée, écologique et solidaire de l’eau et président de la Régie publique des eaux de la Métropole.

    Retenu dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, le projet Adaptoneau, porté par la Métropole de Montpellier, consiste à décliner un plan pour l’eau et l’adaptation au changement climatique sur un territoire regroupant les quartiers Mosson/Cévennes/
    CHRU/Bouisses. Situé à l’ouest de Montpellier, ce territoire regroupe des quartiers prioritaires de la ville, des quartiers avec des habitats construits dans les années 50-70, des hôpitaux, des universités, lycées et collèges, des zones d’activités et des zones d’habitations plus récentes (ZAC). Ainsi que des espaces aquatiques naturels, puisque la Mosson et le Verdanson traversent la zone.

    Lancé officiellement le 13 novembre, ce programme d’actions d’un montant global de près de 4 millions d’euros financés pour moitié par l’Agence de l’eau s’étalera sur 3 ans, jusqu’en 2028. Il s’articule autour de cinq axes principaux.

    Lutte contre les inondations, les fuites…

    Tout d’abord « la lutte contre les inondations par la renaturation des cours d’eau », Mosson et Verdanson. « L’eau, quand elle abonde, déborde sur des zones urbanisées. Il faut au contraire lui permettre de s’étendre sur des zones naturelles. » Une démarche qui va de pair avec la désimperméabilisation des sols, « pour que l’eau ruisselle moins et pénètre davantage les sols », notamment en accompagnement du renouvellement urbain sur les secteurs Anru Mosson et Cévennes.

    Autre objectif contenu dans ce plan : la sécurisation de la distribution d’eau potable et la lutte contre les fuites. « La zone urbaine ciblée a des tuyaux qui datent des années 50-60, donc il faut les changer. Partout où le tram est passé ça a été fait mais pas ailleurs. Il y a donc tout un programme de lutte contre les fuites et de remplacement des réseaux », indique le président de la Régie.

    Le développement de l’agroécologie constitue également l’un des volets du projet, avec notamment les expérimentations de cultures économes en eau sur l’agriparc des Bouisses. Enfin, le programme comporte un axe pédagogique autour de la sobriété des usages de l’eau. « La stratégie de la Régie, avec les 15 premiers mètres cube gratuits puis une progressivité qui sanctionne ceux qui gaspillent trop d’eau, sera soutenue par l’Agence de l’eau dans le cadre de ce programme. On va également mener des actions de sensibilisation aux économies d’eau sur ces quartiers. On peut aussi offrir des mousseurs, qui font diminuer le débit d’eau », détaille René Revol.

  • « Manger comme on sème » dans l’Hérault : nouvelle saison

    « Manger comme on sème » dans l’Hérault : nouvelle saison

    Ciné-débats, ateliers, visites de fermes, balades, marchés, dégustations… Du 22 novembre au 7 décembre, l’édition automne-hiver 2025 de « Manger comme on sème, le festival des 4 saisons » propose près de 90 événements destinés à promouvoir l’agroécologie paysanne et les circuits courts, sensibiliser aux enjeux de sécurité alimentaire, valoriser les agriculteurs du territoire ainsi que tous les acteurs engagés dans une alimentation durable.

    Initialement impulsée par la Métropole de Montpellier, « cette dynamique a gagné les communautés de communes voisines » (Pays de l’Or Agglomération, Pays Cœur d’Hérault et la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup), aujourd’hui partenaires. À raison de deux éditions par an, au printemps/été et à l’automne/hiver, les agriculteurs du territoire et les acteurs engagés pour une alimentation durable proposent, durant deux semaines, de nombreux rendez-vous. Objectif : « Sensibiliser, pour que ça diffuse et que ça devienne une évidence », explique Isabelle Touzard, vice-présidente de la Métropole en charge de l’agroécologie et de l’alimentation. « Les citoyens sont demandeurs de ces rencontres avec des maraîchers, des personnes qui élèvent des animaux, qui font du pain… Sans oublier la notion de convivialité, à laquelle l’alimentation est très associée », poursuit l’élue.

    « On s’ouvre à la pêche »

    Parmi la multitude de propositions recensées en ligne sur le site de la plateforme Bocal*, qui offre une vision globale de l’offre alimentaire durable sur les quatre territoires partenaires du festival ainsi que le Syndicat mixte du Bassin de Thau, on retient une nouveauté cette saison : « On s’ouvre à la pêche », explique l’élue.

    Le vendredi 28 novembre, une rencontre est ainsi organisée de 18h30 à 20h à la médiathèque de Palavas-les-Flots autour des « petits métiers », du poisson de saison en circuit court et de la ressource halieutique (gratuit, sans inscription). Un atelier ludique et pédagogique à destination des enfants de 7 à 12 ans sera également proposé, toujours à la médiathèque, les 28 et 29 novembre pour découvrir les différentes techniques de pêche et évoquer l’intérêt nutritionnel des aliments de la mer (gratuit, sur inscription au 04.67.50.42.49). Autre temps fort, autre suggestion : la Maison pour tous Jean-Pierre Caillens, future Maison de l’alimentation solidaire de Tournezy, à Montpellier, organise le 5 décembre, de 9h à 14h, des ateliers de cuisine d’ici et d’ailleurs suivis d’un repas partagé !

  • Océan sensibilise les collégiens sur la question du genre

    Océan sensibilise les collégiens sur la question du genre

    Le sexe et le genre : deux choses très connexes mais qui ne sont pas exactement les mêmes. Le sexe est ce qui est déterminé biologiquement. Le genre, c’est la culture, l’ensemble des rôles, comportements et représentations d’une société. » C’est en ces mots qu’Océan introduit sa « Petite Conférence », que l’on pourrait qualifier d’ébauche de son futur spectacle (qu’il jouera à partir de mars 2026) adaptée à un jeune public sur proposition de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, coproducteur de son spectacle.

    Détruire les idées reçues

    Pendant près d’une heure, l’artiste de 48 ans, qui a fait son coming out trans en 2018, répond, dans un discours emprunt de sociologie, de biologie, d’histoire et d’anthropologie, à un certain nombre de questions liées au genre et à la transidentité, en se mettant à hauteur de vue d’un adolescent de 14 ans. Définition de termes tels que « LGBTQIA+ » ou « cisgenre », récits historiques concernant des personnes transgenres (à l’image de Jeanne d’Arc, pourtant « symbole de l’extrême droite », tel qu’il le souligne) et des sociétés non-binaires, transposition des questions de genre au milieu du sport… Océan a balayé un large spectre, terminant sa représentation par une comparaison entre animaux et humains, tant sur le plan biologique que sexuel, de nombreuses espèces (comme le lion, certains poissons, le manchot…) ne pouvant être considérées comme cisgenres et hétérosexuelles.

    Objectif : faire comprendre que le genre est un construit social, et pas un fait uniquement biologique. « J’ai nourri cette conférence en écrivant mon spectacle. C’est de la vulgarisation scientifique, je voulais faire une sorte de boite à outils », détaille l’artiste. « L’idée est d’avoir un spectacle pédagogique et ludique, notamment dans des régions où on vote RN [sourire]. Et pour des jeunes aussi, qui n’ont pas accès au théâtre ou à ces infos. » D’autant plus intéressant pour détruire les préconçus : « On a pris des arguments récurrents : “c’est la mode”, “ça n’existait pas avant”… Vous voulez aller sur ce terrain ? Allons-y ! Cela donne aussi des ressources aux personnes queers, ce sont des discussions importantes pour leur donner de la force. »

    Du côté du collège, Céline Lico, professeure de français au collège et référente égalité et culture, se réjouit de cette intervention, qui « a confronté les élèves au spectacle vivant et aux questions de genre, abordées de manière très ponctuelles dans les programmes. C’était quelque chose qui n’était pas possible avant et qui a marginalisé beaucoup de monde. Les élèves ont besoin d’être représentés dans leur diversité. Nommer les choses c’est les faire exister ».

  • Béziers étudie une usine de dessalement

    Béziers étudie une usine de dessalement

    C’est un des effets du dérèglement climatique : face à la sécheresse, la ressource en eau se raréfie en France. Pire, sur le bassin méditerranéen, les scientifiques s’accordent à dire que les effets du dérèglement sont deux fois plus rapides que dans le reste de l’Hexagone.

    Béziers ne déroge pas à la règle. Surtout que les prévisions ne sont guère reluisantes. « La majorité de la ressource en eau utilisée sur l’Agglo de Béziers provient des nappes souterraines d’accompagnement de l’Orb. Or, selon les prévisions, d’ici une vingtaine d’années, le débit de l’Orb pourrait chuter de 45% », précise Olivier Sarlat, directeur de Veolia Eau en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. En ce sens, la multinationale
    – qui a conclu un contrat de gestion du service public d’eau potable avec l’Agglo de Béziers de 138 millions d’euros pour 12 ans à partir de 2027 – planche notamment sur l’étude d’un projet d’usine de dessalement d’eau saumâtre. « On viendrait pomper l’eau dans l’estuaire de l’Orb pour pouvoir alimenter une partie des besoins supplémentaires auxquels la collectivité devra faire face », poursuit Olivier Sarlat. Le dessalement se ferait par traitement membranaire, permettant ainsi de séparer le sel de l’eau.

    Un projet vertueux ?

    Si le projet n’est pas certain d’arriver à terme – l’étude, au stade d’ébauche, s’inscrit dans une stratégie globale de sobriété menée par Veolia aux côtés de la réutilisation d’eaux usées ou encore la lutte contre les fuites dans les réseaux – ses porteurs mettent en avant son caractère novateur. L’usine serait en effet une première en France. « Cette eau pompée dans l’estuaire n’a pas la même concentration en sel que la Méditerranée, qui est de l’ordre de 30 à 35 g de sel/L. Ici, on serait entre 5 et 10 g/L, ce qui fait que les rejets en sel seront moindres que si l’on pompait directement dans la mer. Ce dessalement est vertueux, car moins énergivore et respectueux de l’environnement », détaille le directeur occitan de Veolia.

    Pour autant, certains semblent circonspects quant à l’utilité d’un tel projet. « Encore une fois, on essaye de trouver une solution technique sans changer notre façon de faire. Mais il va falloir s’adapter, on ne peut plus vivre comme avant. On est dans le déni du dérèglement climatique », soupire Thierry Antoine, élu Les Écologistes à Béziers. Et celui qui est aussi candidat du Printemps de Béziers à la mairie de s’inquiéter de la pollution : « Où iront les rejets de saumures, des produits chimiques ? On connaît les conséquences que cela a sur la biodiversité marine. » Sur ce point, Olivier Sarlat se veut rassurant : « l’étude va explorer l’endroit où les rejets auraient le moins d’impact sur l’environnement. Ce ne sera pas dans l’estuaire. Une fois que l’on aura exploré toutes les pistes, l’Agglo de Béziers prendra sa décision. »

    Or, connaissant l’opportunisme du président d’extrême droite de l’Agglo Robert Ménard, il se pourrait que ce dernier surfe sur cette vague (un peu) verte afin de choyer son électorat et de parfaire sa communication. « Ce n’est pas la première fois qu’on nous promet une solution miracle dont on ne voit jamais le début de la queue, où l’on serait la première usine en France, que c’est fantastique, etc. Il y a eu tellement d’effets d’annonce – on a eu le colosse, le cinéma – que je me demande qui peut encore y croire  », s’amuse Thierry Antoine.

  • La carrière de Murles dans le brouillard

    La carrière de Murles dans le brouillard

    « Ce n’est pas un refus de principe, c’est un refus raisonné. » S’il se dit toujours « ouvert au dialogue », le président Alain Barbe pour qui « la protection de notre environnement doit rester prioritaire », fait partie de ceux qui ont mis un coup de frein au projet de renouvellement (pour 30 ans, échéance le 1er juin 2026) et d’extension de la carrière de Murles, ainsi que de création d’une Installation de stockage de déchets inertes (ISDI).

    Réunis en urgence en conseil communautaire le 10 novembre pour donner leur avis consultatif avant la fin de l’enquête publique (clôturée 12 novembre), les élus du Grand Pic Saint-Loup ont largement rejeté le seul dossier à l’ordre du jour porté par l’actuel exploitant du site dit du Grand Autas : Languedoc Granulats.

    Par 25 voix contre (17 pour, 5 abstentions), le projet de doublement de la surface exploitée (actuellement 43 hectares) a été retoqué. Quant à l’idée d’ajouter une ISDI, c’est carrément une fin de non recevoir (44 contre, 1 pour, 2 abstentions). Un choix tranché qui doit faire la joie du collectif citoyen d’opposants et qu’Alain Barbe justifie sans peine. « Je dois considérer l’équilibre global du territoire. À cette échelle, les garanties environnementales ne nous semblent pas suffisantes. Notre avis défavorable s’inscrit dans une logique de prudence et de responsabilité », pose celui qui est aussi maire des Matelles.

    Plusieurs avis contraires

    Quatre réserves expliquent la réticence de l’intercommunalité à accorder son blanc-seing. D’abord les dispositifs relatifs à la protection de l’eau lui paraissent « insuffisants ». Des contrôles plus rigoureux sont réclamés et la marge (30 mètres de profondeur) vis-à-vis de la nappe phréatique doit être « renforcée ». Alimentée par la source du Lez qui passe sous la carrière, la Métropole de Montpellier avait d’ailleurs émis un avis défavorable.

    Ensuite, la préservation de la biodiversité est mise en avant. Si l’Agence régionale de santé (ARS) a donné son feu vert, l’Autorité environnementale (MRAe) a émis plusieurs réserves et le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a rendu un avis défavorable en présence d’espèces protégées (aigle de Bonelli, lézard ocellé…), estimant qu’il n’y a pas de « raison impérative d’intérêt public majeur ».

    Le manque de clarté et de justification est aussi invoqué par la Communauté de communes concernant la gestion des déchets inertes. Enfin, les élus du Grand Pic Saint-Loup insistent sur le besoin de « réduire les nuisances » pour les riverains (bruit, gaz à effets de serre, poussière due au passage des camions). Un point qui fait écho aux inquiétudes du collectif relatives à la santé publique.

    À l’instar du directeur de la carrière, Eric Riguet, ne cache pas sa déception. Favorable au projet, le maire de Murles est convaincu que les élus ont fait valoir le principe de précaution par manque d’information. « Le dossier de 3 600 pages a été découvert 2 heures avant et le collectif a joué sur les peurs avec sa pétition en ligne qui comportait des erreurs. »

    Selon ce maire, les garanties données par la société privée sont probantes. « Des capteurs ont été identifiés, il n’y a pas de vibration. À aucun moment les seuils de tolérance ne sont atteints. Au sujet de la poussière, les premières maisons sont à plus d’un kilomètre. Si l’ISDI pose problème, la société est prête à l’enlever. » Quant à la nappe phréatique, « dans 30 ans, il restera encore 30 mètres de marge », rassure Eric Riguet.

    Pour l’édile qui avait été élu sur la liste de l’écologiste Clothilde Ollier en 2014, cette mutation est indispensable. « Cela fait 30 ans que la carrière travaille en toute transparence. Ce ne sont pas des voyous, 14 emplois sont en jeu. » Si demain ce site fermait, « il faudrait en ouvrir un autre ailleurs », assure-t-il, tandis que ce territoire compte deux autres carrières à Combaillaux et Viols-le-Fort.

    Consultatif, l’avis défavorable du Grand Pic Saint-Loup ne présage en rien du choix à venir du préfet de l’Hérault. Lequel devra se prononcer après avoir pris connaissance du rapport du commissaire enquêteur qui lui sera remis le 2 décembre.

  • [EQDD] Mieux vivre, ensemble

    [EQDD] Mieux vivre, ensemble

    À écouter certains discours, nous pourrions croire que la transition écologique ne cesse de gagner des opposants. Pourtant, la réalité est plus nuancée : une majorité de nos concitoyens soutient l’action environnementale, et beaucoup estiment même que l’État n’en fait pas assez. Ce qui s’exprime, en revanche, c’est une défiance croissante envers la manière dont elle est menée.

    Taxe carbone, zones à faibles émissions, fin annoncée des voitures thermiques, nouvelles normes agricoles, interdiction de location des passoires thermiques… Ces mesures cristallisent parfois des résistances, non parce que l’urgence écologique serait contestée, mais parce qu’elles pèsent d’abord sur les plus précaires. Derrière cette opposition apparente, ce n’est pas la transition elle-même qui est rejetée, mais les injustices de sa mise en œuvre. Et c’est précisément en écoutant cette attente que la contrainte peut se muer en projet fédérateur.

    Car, au-delà des injonctions, la transition recèle un formidable potentiel. Elle porte un projet de société fondé sur le soin : soin de nos milieux de vie, soin de notre santé, soin de nos liens sociaux. Respirer un air plus pur, partager une eau de qualité, accéder à une alimentation saine, habiter des logements adaptés aux canicules comme aux hivers rigoureux, être moins exposé aux substances toxiques, retrouver le plaisir d’espaces verts à proximité et de relations de voisinage plus solides : autant d’atouts qu’offre une action écologique ambitieuse.

    Et si, en préservant nos milieux de vie, cette transition devenait simplement le meilleur moyen de mieux vivre, tous ensemble ?

    C’est cette conviction qui rassemble aujourd’hui 53 titres de la presse quotidienne régionale. À l’initiative de Sparknews, nous vous proposons ce supplément de 16 pages avec une ambition claire : dépasser les clivages stériles, montrer ce qui se construit déjà dans nos territoires et mettre en lumière les initiatives de citoyens, d’associations, d’entreprises et de collectivités qui, chaque jour, inventent une transition porteuse d’avenir et de mieux-vivre ensemble.