Category: edito

  • Une autre voie s’ouvre

    Une autre voie s’ouvre

    Dans le Var, l’agroforesterie s’impose comme une solution de bon sens pour contrer les incendies à répétition. Cette pratique apparaît moins comme une innovation que comme une évidence.

    Faire cohabiter arbres, troupeaux et cultures : voilà une réponse simple, efficace et écologique. Une solution que les territoires méditerranéens connaissent depuis des siècles, mais que nos politiques agricoles productivistes ont marginalisée.

    L’enjeu dépasse le Var. C’est l’ensemble de notre modèle agricole et agroalimentaire qui montre ses limites. Celui construit sur la monoculture, la dépendance aux intrants et la course au rendement.

    Incendies, effondrement de la biodiversité, précarité paysanne : les signaux d’alerte s’accumulent. À l’inverse, l’agroécologie, qui restaure les sols, crée de l’emploi local et valorise des produits de qualité, représente une voie concrète pour réconcilier agriculture et vivant.

    Bien commun

    Remettre les arbres au cœur des fermes, valoriser le pastoralisme, relocaliser les chaînes alimentaires… Ces pistes peuvent être les bases d’une agriculture résiliente qui refuse d’être un rouage de l’agro-industrie pour redevenir un bien commun.

    Cette transformation ne pourra se faire sans ceux qui travaillent la terre, transforment les produits ou assurent leur acheminement. Alors que la Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT tient congrès dans les Bouches-du-Rhône, au même moment que le Salon de l’agriculture, une évidence s’impose : sans travailleurs, pas de filière.

    Le Var en donne un aperçu : quand on fait confiance aux territoires et à ceux qui y travaillent, une autre voie s’ouvre.

  • Les véhicules et ceux qui sont dedans

    Les véhicules et ceux qui sont dedans

    C’est un débat qui a le don d’échauffer les esprits : la place de la voiture en ville. Certains veulent la faire disparaître, d’autres aimeraient revenir au temps de la bagnole-reine.

    Comme l’a douloureusement montré la polémique ZFE (zone à faibles émissions), c’est une approche qui oublie la place de celles et ceux qui occupent les véhicules.

    Oui, il faut débarrasser les centres-villes des voitures les plus polluantes, non, il n’est pas possible d’évincer les catégories populaires qui n’ont d’autres possibilités pour se déplacer.

    Par ailleurs, dans l’hypothèse où chacun pourrait disposer d’une voiture « propre », les questions d’embouteillages des axes de circulation et d’encombrement de l’espace public resteraient entières.

    Enfin, les riverains de chaque quartier, qui sont heureux de ne pas subir une pression trop importante de la voiture, restent demandeurs de places de stationnement disponibles pour leur propre véhicule.

    Droit à la ville

    La réponse à une question complexe ne peut donc être simpliste.

    La plupart d’entre nous est alternativement piéton, parfois cycliste, automobiliste et usager des transports en commun.

    Le casse-tête auquel font face les différents candidats consiste à créer les conditions pour que l’abandon d’un trajet en voiture se fasse pour des raisons de praticité, de rapidité, d’économies, de tranquillité d’esprit… Nous en sommes loin. Les parkings-relais dans les entrées de ville sont souvent peu présents ou sous-dimensionnés, les transports en commun insuffisamment développés, et les stationnements de ville trop souvent confiés aux appétits du privé.

    Parler stationnement, c’est donc aussi parler justice sociale, environnement, droit à la ville, service public et gratuité des transports en commun.

  • D’immenses défis

    D’immenses défis

    Comment faire entrer les Jeux olympiques d’hiver2030 portés par les Régions Sud et Auvergne-Rhône-Alpes, dans une nouvelle ère ? L’équation est compliquée. Notre région, soumise de plein fouet aux effets du dérèglement climatique, se doit d’être un modèle d’adaptation. Et la « nécessaire » neige artificielle, produite pour toutes les compétitions de descente, renvoie à un modèle économique de l’exploitation de la montagne en passe d’être révolue. À moins de vouloir sauver des saisons touristiques à n’importe quel prix dans les prochaines décennies.

    Pérennité et usage

    C’est un des paradoxes de l’organisation des prochains JO dans les Alpes françaises. Sur plusieurs sites, avec ses lignes de train et des transports décarbonés, avec la volonté de devenir un « modèle de sobriété ». L’autre aspect, et non des moindres, tient à l’héritage des Jeux. Les habitants de la région sont dans l’attente d’un véritable « bond en avant » sur la question des transports, que ce soit sur le littoral ou en altitude. La rallonge budgétaire allouée à la faveur des JO pour notamment la Ligne nouvelle de Marseille à Nice, pourrait donner un nouveau souffle fortement attendu pour décongestionner un trafic routier toujours plus dense… Reste enfin les infrastructures. Non seulement pour accueillir les compétitions olympiques pendant une quinzaine de jours mais pour en assurer à la fois la pérennité et l’usage durant des années. Les défis sont multiples et immenses et ces JO exigeront une concertation permanente avec l’ensemble des acteurs. Sous peine de disqualification !

  • Les paysans ont de la valeur

    Les paysans ont de la valeur

    Assurer un bon revenu agricole et, par conséquent, une bonne alimentation. Cet impératif est au cœur du Salon international de l’agriculture qui débute dans un climat très tendu et de profond malaise. La pointe de l’iceberg est l’épidémie qui a décimé des cheptels entiers de bovins ; l’abattage systématique pour cause de dermatose nodulaire est un traumatisme profond. Pour la première fois, aucun veau, vache et taureau ne sont exposés à Paris. Une absence qui illustre l’état de l’agriculture. S’ajoute l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Sans aucun garde-fou solide, cela va mettre sous pression de nombreux paysans en tirant les prix au plus bas.

    Quel modèle ?

    Quel modèle voulons-nous pour notre agriculture ? C’est sur les stands des départements et des régions que ce débat sera le plus fructueux. Les collectivités locales se mobilisent pour défendre les productions des territoires et leurs paysans. L’État doit suivre et contraindre, enfin, l’agro-industrie. Aujourd’hui, les prix sont fixés, dans l’opacité, entre les industriels et la grande distribution. Pour le producteur, le partage de la valeur ajoutée s’apparente à de la spoliation. Deux chiffres illustrent ce scandale : « en 30 ans, le revenu net de la branche agricole a baissé de près de 40 % en France en euros constants », révèle le ministère de l’Agriculture. Quant au prix de l’alimentaire, il a augmenté de 70% depuis 2000, rappelait en 2024 le député socialiste Dominique Potier.
    Les profits de l’agro-industrie, eux, s’envolent : entre 2021 et 2023, ils sont passés de 3,1 à 7 milliards d’euros. Chercher l’erreur…

  • La parole qui brise les murs

    La parole qui brise les murs

    Avec son ouvrage intitulé Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot propose davantage qu’un livre. Il s’agit d’un acte de résistance intime et politique. En revisitant son histoire, de l’enfermement silencieux aux révélations qui ont bouleversé la France et même le monde, elle transforme sa douleur en levier d’émancipation. Dans ce récit, publié alors que son procès a fait d’elle une figure mondiale de la lutte contre la soumission chimique et les violences sexuelles, Gisèle Pelicot s’impose comme une voix qui déplace les lignes et rappelle que « la honte doit changer de camp ».

    Son témoignage n’est pas seulement celui d’une survivante : c’est une quête obstinée pour asseoir le consentement, mais aussi une manière de renouer avec la joie malgré avoir subi l’innommable.

    En se livrant de la sorte, Gisèle Pelicot renforce une lutte féministe qui se joue autant dans les tribunaux que dans la vie quotidienne. Elle montre qu’un récit personnel peut devenir un manifeste pour toutes celles dont la parole a été étouffée.

    Prise de conscience

    La portée internationale de son livre dit quelque chose de notre époque : la soif de comprendre, de nommer, de mettre en lumière les violences longtemps tues. Car si son parcours bouleverse, il inspire aussi celles et ceux qui luttent pour que ces crimes ne soient plus jamais dissimulés.

    Face à elle, une société qui, enfin, écoute. Autour d’elle, des chercheuses, des associations, des citoyennes qui transforment l’indignation en savoir et en action. Ensemble, elles rappellent que la parole d’une femme peut, elle aussi, renverser l’histoire.

  • Enjeu national

    Enjeu national

    Le sort d’ArcelorMittal en France sera bientôt entre les mains des sénateurs.

    Le groupe communiste appuyé par la CGT présentera mercredi prochain une proposition de loi pour nationaliser le géant de l’acier qui compte près de 15 000 salariés dans notre pays dont 2 500 à Fos-sur-Mer.

    Objectif : reprendre la main sur la filière acier tandis que l’entreprise qui a enregistré un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025 a annoncé 600 suppressions de postes en France et envisage des délocalisations.

    Après une première manche gagnée à l’Assemblée nationale où un texte porté par le groupe insoumis avait réuni une majorité de voix, l’étape du Sénat est donc décisive.

    Une manifestation à l’appel de la CGT aura lieu le jour de l’examen de la proposition communiste pour appeler chaque sénateur à ses responsabilités mais aussi pour accroître la pression sur le gouvernement qui refuse pour le moment de se saisir du levier de la nationalisation là où d’autres gouvernements en Europe n’ont pas tremblé.

    Décarbonation

    Pourtant, l’enjeu n’est pas circonscrit à une entreprise ou à une filière, c’est de la souveraineté industrielle de la France qu’il s’agit.

    Ne pas nationaliser un outil industriel aussi stratégique revient à accepter à plus ou moins brève échéance de dépendre de l’étranger pour l’approvisionnement en acier de notre pays. Un acier produit dans des conditions sociales et environnementales déplorables, alors même que la décarbonation de l’industrie est une promesse majeure… du gouvernement. Et un autre enjeu national.

  • Le Printemps saison 2

    Le Printemps saison 2

    Dans moins d’un mois les électeurs auront le destin de Marseille entre leurs mains.

    Et pourtant la campagne peine à prendre corps. Pour la première fois dans la deuxième ville de France, le poids considérable pris par l’extrême droite parasite le débat droite-gauche. Chaque force mène campagne dans son couloir et auprès de son électorat sans confronter leur vision respective.

    La coalition des gauches marseillaises a dévoilé en dernier ses propositions, en soulignant le caractère participatif de sa démarche.

    Après la présentation du programme du Printemps marseillais, le temps du projet pour Marseille est venu.

    « Protéger, rassembler et préparer l’avenir ». C’est le triptyque avancé par Benoît Payan dans la continuité du premier mandat accompli.

    Pour vaincre, il faut convaincre

    Parmi les nombreuses mesures avancées, d’importants marqueurs de gauche : centres de santé non lucratifs de proximité, mutuelle municipale, gratuité de la cantine étendue à 15 000 enfants, bien saisis aux trafiquants mis au service des habitants, service public du grand âge…

    Ces propositions doivent maintenant être mises en débat avec les Marseillaises et les Marseillais au-delà du duel qui s’est installé dans les enquêtes d’opinion avec le RN.

    Pour battre durablement l’extrême droite, un projet ambitieux est nécessaire.

    Benoît Payan et ses alliés le savent : pour vaincre, il faut convaincre.

    La possibilité d’un Printemps marseillais saison 2 en dépend.

  • Au-delà de la sidération

    Au-delà de la sidération

    Un jeune homme est mort à Lyon après avoir été roué de coups d’après les premières déclarations
    du procureur de la République. Un drame, quelles que soient les idées dans lesquelles il se reconnaissait.

    Selon les premiers éléments disponibles, ce jeune homme gravitait dans la mouvance de l’extrême droite et flirtait avec des organisations royalistes, nationalistes, antisémites, racistes…
    Par vengeance, des groupuscules d’extrême droite qui rendent responsable la France insoumise de ce décès s’en sont pris à des locaux de
    ce mouvement et accusent, en le menaçant de mort, l’attaché parlementaire
    du député de Vaucluse Raphaël Arnault qui dément être impliqué.

    Cette spirale de la violence politique doit cesser immédiatement.
    Il est de la responsabilité de l’État de garantir le respect des biens et des personnes. C’est à la justice d’établir les faits et de prendre les sanctions contre les auteurs de cet homicide.

    Antifascisme

    Au-delà de la sidération que provoque un tel drame, la récupération politique orchestrée par l’extrême droite pour faire oublier sa propre violence, ses menaces de morts et ses provocations incessantes, est indigne.

    La Marseillaise est un journal antifasciste, au sens profond du terme, hérité du Conseil national de la Résistance et de la lutte contre la barbarie nazie. Elle porte le refus du pire qui a inspiré
    le Front populaire, les républicains espagnols, les partisans italiens et condamne la violence.

    En République, celle-ci n’est pas admise. Elle a été trop souvent l’œuvre de l’extrême droite pour qu’une partie de ceux
    qui prétendent la combattre ne l’imitent.

    Vaincre l’extrême droite est une question politique, un objectif qui nécessite un puissant projet d’émancipation collective.

  • Transportés

    Transportés

    Accès à l’emploi, à la formation, aux loisirs, aux biens de consommation… Qui n’a pas accès aux transports aujourd’hui dans une société où les déplacements sont devenus essentiels est victime d’une véritable ségrégation spatiale qui devient rapidement sociale.

    À l’heure où le temps de la sainte bagnole individuelle semble condamné, la question des transports, question de proximité s’il en est, est partout l’un des enjeux majeurs de la campagne des municipales qui entre dans sa dernière ligne droite. Même si ce sont
    les Métropoles et les intercommunalités,
    voire les Régions et l’État, qui en ont la charge.

    Des usagers
    en demande

    Bénéficier de moyens de transport collectifs proches, rapides, efficaces à des tarifs accessibles, voire gratuits au moment où les heures de pointe sur les réseaux autoroutiers et routiers sont de plus en plus larges est une urgence. Écologique bien sûr, mais aussi sociale quand le temps de transport se rajoute au temps de travail ou d’étude, et économique, aucune activité ne pouvant se développer avec des routes engorgées en permanence.

    L’étude « Les Français et les transports publics » de l’Union des transports publics ferroviaires (UTPF) montre que dans notre région les usagers sont en attente et prêts
    à franchir le pas de la diminution de la part de la voiture individuelle. Reste maintenant aux pouvoirs publics de leur faire des propositions de transports qui répondent réellement à leurs attentes et à leurs besoins. Les candidats aux municipales, qui élus pourront faire pression sur les intercommunalités et Métropoles, sont aussi attendus sur ce dossier essentiel de la vie quotidienne.

  • Une industrie sauvée par ses salariés

    Une industrie sauvée par ses salariés

    La lutte des salariés de la centrale de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, est exemplaire et doit servir de modèle. Oui, l’industrie a de l’avenir et peut s’émanciper des logiques capitalistes mortifères et destructrices d’emplois. Oui, organisés, déterminés, les salariés peuvent et doivent avoir la main sur leur avenir. C’est la démonstration de ces salariés d’une industrie en pleine bifurcation, liée à la politique énergétique. Elles et ils ont bâti un projet de pointe, novateur de production de biogaz et de biocharbon dans un secteur stratégique où dominent tant de prédateurs.

    Projet de pointe et novateur

    Près d’une décennie aura été nécessaire pour que les emplois de la centrale de Gardanne restent au pays. Près de dix ans d’un travail acharné des salariés et leur syndicat, la CGT. Sauver l’emploi, fut la priorité des priorités. Développer l’outil de travail et lui donner du sens dans un environnement sans foi ni loi, fut également le but de cette mobilisation de longue haleine.

    La solidarité a joué à plein avec les portuaires et les énergéticiens de la CGT notamment. Bien au-delà aussi. Sophie Binet, tout juste élue secrétaire générale de la CGT avait fait son premier meeting à Gardanne. Vendredi, sa venue pour fêter « la victoire » des salariés ne clôt pas l’aventure. Plus que jamais, le salarié ne peut plus être « un roi dans la cité, mais un serf dans l’entreprise », comme l’écrivait Jean Jaurès au début du XXe siècle.

    Avoir la main sur les outils de production et penser le travail de demain. Faire en sorte que l’industrie soit au service de l’intérêt général : c’est la grande leçon de la « victoire » à Gardanne.