Category: edito

  • L’énergie du monde d’après

    L’énergie du monde d’après

    Le défi climatique à relever aujourd’hui et pour les siècles à venir comme le blocage très conjoncturel du détroit d’Ormuz… Tout plaide pour en finir avec notre dépendance aux énergies fossiles et donc pour engager les transformations nécessaires à la décarbonation de l’économie.

    Cela implique de très grands investissements pour produire la quantité nécessaire d’électricité décarbonée à travers un mix d’énergies renouvelables et d’énergie nucléaire.

    Cela suppose aussi des infrastructures répondant à ces nouveaux besoins. C’est le cas de la ligne à très haute tension qui doit alimenter les industries 2.0 du golfe de Fos.

    Elle est indispensable à la décarbonation des industries actuelles comme à l’implantation d’usines du XXIe siècle. Les critiques qui lui sont adressées parce qu’elle va traverser des paysages comme ceux de la Camargue, peuvent être atténuées si des moyens sont mis pour l’enterrer sur des segments stratégiques.

    Service public

    Tout cela ne pourra se concrétiser dans notre région comme dans le reste du pays qu’avec une intervention publique forte et planificatrice.

    Le libre-échange, le « laissez faire laissez passer » est mortifère pour les projets de réindustrialisation écologique comme l’a démontré l’abandon du projet Carbon de giga-usine de production de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer faute de protection européenne.

    Un grand service public de l’énergie tourné vers la défense de l’intérêt général et la poursuite d’objectifs écologique est l’outil sine qua none d’une politique sérieuse en la matière.

    Sous Emmanuel Macron, on en est encore loin. C’est d’abord parce que les salariés de ce pays sont tenus à distance de ces enjeux qui les concernent directement.

    Pour paraphraser un grand homme, le monde d’après devra se définir par « tout le pouvoir aux travailleurs et l’électrification du pays ».

  • Le troisième tour des municipales

    Le troisième tour des municipales

    Le dernier grand scrutin national avant la présidentielle du printemps 2027, sont les élections sénatoriales, prévues en septembre.

    Si cette élection se déroule dans un climat beaucoup plus feutré que les municipales, puisqu’il s’agit d’un scrutin au suffrage universel indirect (le corps électoral est composé de grands électeurs), elle n’en demeure pas moins majeure.

    Aujourd’hui, la chambre haute du Parlement est dominée par la droite qui y dispose d’une majorité confortable. Une hégémonie qui tranche avec son recul au profit de l’extrême droite RN dans les derniers scrutins nationaux. Il n’empêche, les résultats des élections municipales sont déterminants puisque l’essentiel des grands électeurs est issu des conseils municipaux nouvellement élus en mars. Ces rapports de force dessineront une nouvelle configuration même si seule la moitié des sièges de sénateurs sont renouvelés.

    Freiner les velléités du RN

    Si les listes ne sont pas encore complètes, il se dessine des stratégies, notamment à gauche où l’union est privilégiée, même si elle demeure « un combat », les sièges étant comptés. Ce choix serait cohérent car l’un des objectifs est de freiner les velléités de l’extrême droite RN et de renforcer les rangs des progressistes au Palais du Luxembourg.

    Autre dimension importante, le Sénat est la voie des territoires et donc des collectivités. Sénateurs et sénatrices participent bien sûr à l’élaboration de la loi mais défendent également le développement des communes et départements. Ils en sont, en quelque sorte les porte-paroles. Ce scrutin est donc essentiel.

  • La mère des batailles

    La mère des batailles

    Depuis six ans, La Marseillaise progresse. Davantage de ventes, d’abonnés, de rayonnement, de résultats commerciaux, d’événements…

    C’est à vous qu’elle le doit. Vous qui la lisez aujourd’hui et qui l’avez défendue hier lorsque la crise Covid l’avait poussée dans le précipice.

    Elle a redressé la tête, rénové son site internet et son siège historique, lancé une appli mobile, créé de nouveaux événements, battu le record de participation au Mondial La Marseillaise à pétanque. Elle a pris la décision de s’associer avec le journal culturel Zébuline mais aussi de revenir dans le Vaucluse en 2022. Plus récemment, elle s’est lancée à la conquête des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes en février dernier. Elle a ouvert de nouveaux locaux à Montpellier, siège de son hebdomadaire d’Occitanie.

    Extrême fragilité

    Ce dynamisme porté par les efforts des salariés de notre journal et le dévouement sans borne des Amis de La Marseillaise est une grande fierté.

    Il démontre le formidable potentiel d’un journal porteur des valeurs du Conseil national de la Résistance, indépendant des puissances d’argent mais ne règle en rien notre extrême fragilité.

    Alors que l’extrême droite et son projet haineux menacent plus que jamais, et dans la bataille culturelle qui s’engage, un journal comme le nôtre est indispensable.

    Sans vous, sans votre mobilisation, il peut disparaître brutalement. Abonnez-vous, diffusez La Marseillaise, donnez-lui les moyens de ses ambitions pour peser dans la mère des batailles, celle de l’information alors que les fake news et le projet de guerre de tous contre tous porté par l’extrême droite sature l’espace médiatique.

    En avant La Marseillaise !

  • Ruissellement zéro

    Ruissellement zéro

    Des représentants de nombreuses corporations se sont retrouvés à l’appel de la CGT, ce jeudi à Marseille, pour signifier leur inquiétude quant à l’avenir de plusieurs filières économiques majeures de notre région, mais aussi leur exigence de justice sociale.

    Après 10 ans de mandat d’Emmanuel Macron fondé sur la théorie du ruissellement, le bilan est en effet sans appel. En 2025, l’Insee a annoncé un taux de pauvreté record en France depuis près de trente ans : 15,4%, soit près de 10 millions de personnes concernées.

    À l’autre bout de l’échelle sociale, les quarante plus grands groupes français ont versé 107,5 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2025, soit une hausse de près de 55% en quatre ans.

    Ceux qui produisent la richesse

    Si le chômage a baissé, la hausse de la précarité a banalisé la figure du travailleur pauvre dans notre pays.

    Dans de nombreux secteurs, les aides publiques – estimées à 211 milliards d’euros par une mission sénatoriale – n’ont pas été soumises à des critères d’utilité sociale et de renouveau économique. Les exonérations massives de cotisations sociales patronales ont, dans le même temps, fragilisé la Sécurité sociale sans influer sur le niveau de rémunération.

    Bref, le mirage du ruissellement s’est mué en une forme bien réelle de retenue d’argent au sommet de la société.

    Ce n’est pas seulement moralement critiquable, c’est économiquement mortifère. Cette recherche du profit immédiat met en danger des filières toutes entières et obère les perspectives de développement durable, comme en témoigne l’abandon du projet Carbon à Fos-sur-Mer.

    Le monde du travail a de quoi demander des comptes. Il a aussi des propositions pour l’avenir. Il doit être entendu. C’est lui qui produit la richesse ici comme partout.

  • Le renouveau industriel… carbonisé ?

    Le renouveau industriel… carbonisé ?

    Ce devait être la figure de proue de la transition écologique et du renouveau industriel en Europe. Un projet gigantesque d’usine de panneaux solaires made in France implanté dans notre région, à Fos-sur-Mer, créateur de plusieurs milliers de nouveaux emplois. Mais voilà, le projet est abandonné et la société Carbon qui le portait pointe l’incapacité de l’Union européenne à mener une politique fondée sur la défense de la souveraineté industrielle.

    Si l’abandon du projet est un véritable coup de massue pour le territoire, difficile en revanche de tomber de la chaise s’agissant des critiques adressées à l’Union européenne.

    Depuis sa création, elle n’a pas de politique industrielle, mais une politique de désindustrialisation. Sa feuille de route, fondée sur le dogme de la concurrence, du libre-échange du moins-disant social et environnemental, a conduit à des délocalisations massives à l’intérieur de l’Union européenne, puis au-delà.

    Entêtement libéral européen

    Aujourd’hui, alors que l’impératif climatique exige une réindustrialisation décarbonée et que la transition écologique nécessite de repenser complètement notre façon de produire, cet entêtement libéral européen est une impasse.

    Pour répondre aux besoins humains tout en relevant les défis écologiques, il faut un État qui prenne la main, trace des perspectives, protège son industrie et ses productions locales. Il faut aussi des pouvoirs d’intervention des travailleurs qui sont les premiers à souhaiter produire utile et durable.

    Le capitalisme vert est plus qu’un mirage, c’est un oxymore.

  • Peu à peu, l’étang reprend vie

    Peu à peu, l’étang reprend vie

    Les bonnes nouvelles sont rares, mais la restauration écologique progressive de
    l’étang de Berre en est une. En seulement deux ans, 750 m² du fond de l’étang ont été recolonisés par des herbiers de zostères, une plante aquatique protégée à l’instar de la posidonie en Méditerranée.

    Une vraie réussite à partir des 8 m² transplantés par la main de l’Homme.

    Ces herbiers de zostères sont essentiels pour la biodiversité. Le Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre les qualifie même de « véritables poumons de la lagune : refuge pour les poissons, lieu de reproduction et zone d’alimentation. Ils produisent également de l’oxygène, protègent les côtes contre l’érosion et constituent un puits de carbone ».

    Avenir vivable

    Leur développement est à la fois une conséquence de l’amélioration de la qualité des eaux, car les zostères ont besoin d’une eau pure qui laisse pénétrer la lumière du soleil, mais aussi un facteur de restauration écologique parce que ces herbiers permettent au vivant de trouver un milieu favorable dans lequel s’épanouir.

    La réduction des rejets d’eau douce de la centrale EDF a amélioré la salinité et la transparence de l’étang.

    Il faut aller plus loin, avec la réouverture du tunnel du Rove qui est programmée, mais aussi en investissant pour détourner les eaux limoneuses de la Durance et du Verdon qui alimentent la centrale hydroélectrique à des fins d’irrigation, dans une région où le manque d’eau est récurrent.

    Ainsi, il serait possible d’allier défense de l’environnement, réponse aux besoins humains et développement du territoire. Oui, cela a un coût élevé, mais la défense de la biodiversité et la construction d’un avenir vivable n’ont pas de prix.

  • L’horreur en face

    L’horreur en face

    Avec le procès Pelicot, on pensait avoir touché le pire de ce qu’un homme pouvait faire subir à sa femme. La première journée du procès de l’ex-compagnon de Laetitia R. fait vaciller cette conviction.

    L’abjection des actes reprochés à l’accusé donne la nausée et en vient à faire douter de l’âme humaine.

    Les deux affaires qui ont éclaté dans notre région, l’une en Vaucluse, l’autre dans les Alpes-de-Haute-Provence, sont-elles révélatrices d’une escalade de comportements effroyables ?

    Probablement pas. En réalité elles nous mettent l’horreur en face.

    Elles accompagnent le grand mouvement de libération de la parole initié par #MeToo et mettent en lumière un continent de violences et de traumatismes jusque-là immergé dans la honte des victimes et l’hypocrisie de la société.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes

    Là où la justice avance parce que des femmes comme Gisèle Pelicot ou Laetitia R. ont eu le courage d’affronter leurs agresseurs mais surtout le qu’en-dira-t-on, c’est l’impunité des auteurs de violences qui recule et la honte qui change de camp.

    Ces affaires ne sont pas des faits isolés, elles révèlent l’ampleur d’un système de brutalité et de domination.

    Elles doivent donner aux victimes de toutes les formes de violences sexistes et sexuelles, le courage de dénoncer les comportements hideux.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes.

    Aucun projet sérieux d’émancipation humaine ne peut faire l’économie de sa remise en cause.

  • Vider la mer

    Vider la mer

    Deux morts et six blessés à Nice, lundi après-midi, un ado de 15 ans tué vendredi à Nantes, des gamins-tueurs embauchés sur les réseaux sociaux, comme l’a démontré le procès d’un recruteur à Paris, encore cette semaine. Toutes les barrières semblent tomber les unes après les autres, pour « gagner » un territoire, étendre son réseau, en clair : « Faire plus d’argent. » Les petites mains se font tirer dessus, des habitants perdent la vie, au gré des fusillades, tandis que, loin des cités et des quartiers populaires, les caïds dont le cynisme le dispute à la cupidité mènent grand train et pavanent à bord de voitures de luxe, comme le montre l’enquête menée dans le cadre du procès de chef présumé du clan Yoda qui s’ouvre ce lundi… La lutte qui se joue autant à l’échelle locale qu’internationale est d’autant plus ardue que les narcotrafiquants disposent d’un véritable trésor de guerre. Leurs profits sont colossaux. D’après l’observatoire français des drogues et des conduites addictives, le chiffre d’affaires de la drogue en France a triplé entre 2010 et 2023 pour atteindre près de 7 milliards d’euros en moyenne. Le constat est tout simplement alarmant : près de 1,1 million de Français auraient consommé de la cocaïne en 2023. À ce compte-là aucune « guerre » ne pourra être gagnée contre les drogues sans une véritable politique éducative, d’encadrement des jeunes cibles faciles des trafiquants comme le soulignent les initiateurs de l’Appel de Marseille, de prévention sanitaire et d’accompagnement addictologique, à grande échelle. Car la drogue est aussi une question de Santé publique. Mener le combat sur « tous les fronts », exige de n’en oublier aucun. À moins de vouloir s’échiner à vider la mer à la petite cuillère. Et continuer dans une surenchère sécuritaire aussi dangereuse que vaine.

  • Uber, nouveau pirate

    Uber, nouveau pirate

    Un monde sans foi ni loi où seul le profit compte au prétexte de proposer de nouveaux services. C’est la ligne de conduite de la multinationale Uber. L’ubérisation de la société – comprendre la dérégulation sauvage du travail – s’étend désormais au domaine maritime dans le secteur de la location de bateaux de plaisance en passe de débarquer à Marseille en juin.

    Imaginons le programme type du néotouriste : il loue sur Airbnb un séjour de courte durée, ce qui aggrave la crise du logement ; il commande son repas sur Uber, livré par les nouveaux damnés de la terre ; Il va ou rentre du stade ou du concert en Uber et il pourra bientôt louer un bateau avec skipper grâce à Uber, associé à Marseille à Click&Boat.

    La mer n’est pas un terrain de jeu

    Comment faire face à ce rouleau compresseur ? En premier lieu, en appliquant la loi ! C’est-à-dire en dotant les services publics de moyens pour contrôler les pratiques de cette multinationale.

    Faut-il attendre un accident dramatique pour agir contre cette prédation ? La mer n’est pas un terrain de jeu. Car si ce type de location exige la présence d’une ou d’un skipper, le système est tellement pervers que ces travailleurs sont souvent contraints d’accepter des conditions contraires à la sécurité pour satisfaire les plateformes et leurs clients. Comme les chauffeurs de taxi Uber soumis à des algorithmes et qui ont cru au miroir aux alouettes de l’auto-entreprenariat, les professionnels de la plaisance seront-ils dévorés à leur tour ? La pratique des loisirs nautiques doit relever d’un cadre rigoureux et l’espace maritime doit demeurer un bien commun et résister à Uber, ce nouveau pirate.

  • Un phare d’humanité

    Un phare d’humanité

    L’événement qui débute aujourd’hui à Marseille et va faire étape dans plus d’une soixantaine de villes jusqu’à fin octobre, doit faire date. Lancé par le président de la République lui-même il y a trois ans, celui-ci écrit aujourd’hui qu’avec cette manifestation : « Nous célébrons la richesse des liens exceptionnels qui unissent les populations de Méditerranée. »

    Effectivement, au travers de ces dizaines d’expositions, performances, concerts et rencontres, la culture fait aujourd’hui le lien entre les différents pays, les différents peuples et les différents artistes du pourtour méditerranéen. Elle encourage à la réflexion, la critique, à porter le regard au lointain, à tendre la main, à se questionner. Mais de là à « célébrer » ?

    Faut-il que le cœur y soit. Las, durant les trois années qui ont séparé l’annonce de la concrétisation du rendez-vous, la Méditerranée a pris une couleur rouge Vermeil, des pays, des territoires saignent, en premier lieu la Palestine, Gaza, le Liban aussi, dont l’existence même est menacée. Quand cette mer ne devient pas le linceul de milliers de personnes fuyant l’oppression et la guerre.

    Politique de la main tendue

    À l’immense espoir soulevé par le printemps arabe en 2010, a succédé une nouvelle chape de plomb, mettant à mal la liberté d’opinion, de penser, de militer… Sans compter certaines postures, privilégiant les discours démagogiques aux relents nationalistes et le repli sur soi plutôt qu’une politique fraternelle de main tendue. Et à naviguer à vue dans ses brumes menaçantes, les artistes et leurs œuvres qui prennent place à Marseille sont autant de phares guidant notre humanité.