Category: edito

  • Débouché politique

    Débouché politique

    Depuis la Charte d’Amiens de 1906, en France le mouvement social et le monde politique marchent séparément mais en parallèle pour ce qui concerne la gauche et le mouvement progressiste. Soutenir sans interférer, travailler chacun dans son domaine mais avec toujours pour objectif le progrès social et l’amélioration de vie de l’immense majorité du peuple.

    Alors que ce peuple gronde de nouveau dans les pas de sa jeunesse révoltée par le présent qu’on lui fait et le futur qu’on lui promet, le rendez-vous du jeudi 5 novembre apparaît déjà comme capital : celui de la jonction du mouvement syndical aux revendications sociales et salariales et de la colère sourde qui monte partout unissant depuis plus de deux semaines toutes les générations.

    Un « pour »

    Le rôle des mouvements progressistes dans leur diversité est aujourd’hui d’offrir un débouché politique à ces protestations qui vont crescendo, proposer un « pour » à l’ensemble de ces « contre ». Tout en respectant bien entendu l’autonomie de ces mouvements divers.

    À six mois d’une élection présidentielle qui est loin d’être jouée malgré ce qu’en disent les perroquets de l’ultralibéralisme qui trouveraient dans le fascisme le seul moyen de faire perdurer leur système mortifère pour l’humanité et la planète, l’occasion est là pour les mouvements politiques de renouer le lien avec leur électorat naturel. Et de briser le mur de méfiance qui s’est progressivement construit ces dernières années. Tous ensemble dans la rue avec le mouvement progressiste au service des aspirations et des exigences de manifestants. La clé pour renvoyer l’extrême droite à sa place naturelle qu’elle arrive à masquer pour l’heure, celle du rempart des possédants contre le peuple.

  • Augmenter les salaires

    Augmenter les salaires

    Remplir le frigo ou le réservoir, une vraie question quand on est obligé de prendre sa voiture pour travailler
    et qui hante les salariés depuis la rentrée. Une question qui s’est pris la semaine dernière de plein fouet l’annonce des « profits exceptionnels » de TotalEnergies – 7 milliards d’euros sur le 3e trimestre, 17 milliards sur les neuf premiers mois de l’année. Le pire est que le géant pétrolier veut faire croire qu’il ne voit même pas où est le problème, persuadé que les miettes qu’il a consenties à la pompe suffiront à faire passer la pilule et à casser son image de profiteurs de guerre. Mais la déglutition est aussi gênée par l’accélération de l’inflation – plus 3,4% sur un an en octobre – l’explosion des prix des fruits et légumes suite à la sécheresse… et pendant ce temps, les salaires qui stagnent.

    L’emploi, pas
    les dividendes

    Aussi la question s’impose-t-elle au centre de la grève et de la manifestation de jeudi avec une intersyndicale qui demande des négociations immédiates et obligatoires dans les entreprises et les branches dans le privé, l’augmentation du point d’indice dans le public, la revalorisation des pensions et l’augmentation substantielle du Smic. Pas question de demander l’aumône cependant. Il s’agit d’exiger une autre politique, la fin de celle de l’offre qui verse quelque 200 milliards d’euros d’aides publiques par an aux entreprises sans contrepartie et nourrit les dividendes plutôt que l’emploi et les salaires.
    La manifestation de jeudi sera l’occasion de marteler, comme l’a encore fait lundi la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, que : « augmenter les salaires c’est relancer l’économie ».

  • Une semaine déterminante

    Une semaine déterminante

    Les vacances scolaires où les interdictions de manifester n’y font rien : la contestation continue de se faire entendre dans les rues de la région. La journée de samedi l’a démontré, avec des dizaines de milliers de manifestants en Provence-Alpes-Côte d’Azur, plusieurs centaines de milliers dans l’ensemble du pays. De Marseille à Gap, de Forcalquier à Aix-en-Provence, un constat s’impose : la colère ne s’est pas éteinte.

    Le mouvement initié par les lycéens et les étudiants a trouvé un écho au-delà de ses propres rangs. Derrière Parcoursup, les conditions d’études ou le manque d’enseignants, c’est la question plus vaste du pouvoir d’achat, des services publics et des inégalités qui s’invite dans le débat.

    Un horizon commun

    Les témoignages recueillis, samedi, en disent davantage que bien des discours. Une institutrice étranglée par le coût du carburant. Une AESH prête à perdre une journée de salaire pour manifester. Des soignants, des agents publics, des intermittents, des retraités… Autrement dit, le pays réel, que le gouvernement ignore.

    C’est là que se joue aussi la suite du mouvement. Le 5 novembre ne sera pas qu’une nouvelle manifestation. Cette journée de grève et de mobilisation à l’appel de l’intersyndicale nationale sera le rendez-vous de la convergence entre une jeunesse qui a allumé l’étincelle et un monde du travail appelé à entrer massivement dans la bataille. Avec un même horizon commun.

    Un véritable rapport de force est engagé pour gagner de nouvelles avancées sociales. Rendez-vous est donné jeudi.

  • Le souffle du mouvement social

    Le souffle du mouvement social

    C’est un week-end
    de la Toussaint inédit.
    Le gouvernement
    et le monarque de l’Élysée avaient misé sur l’essoufflement des mobilisations lycéennes à la faveur des vacances d’automne. C’était sans compter sur la détermination profonde d’une jeunesse refusant de se laisser bercer par des promesses et courageuse face à la répression, la seule réponse concrète d’un pouvoir à bout de souffle. Une violence illustrative de la faiblesse d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre. Ce samedi, comme jeudi prochain, les rues vont se noircir de monde, un vaste mouvement social où domine l’exigence de la justice sociale. Car aux jeunes sont venus s’ajouter les étudiants et les salariés. Les revendications sont simples : des moyens pour l’éducation et, plus largement, pour les services publics. Des salaires à la hauteur. Non seulement pour vivre face à la flambée des prix, mais parce qu’il s’agit de partager les richesses produites par les travailleurs.

    Redistribuer l’argent

    Des richesses qui existent. Jeudi, Total Énergie a affiché un bénéfice de huit milliards réalisé en trois mois. Un exemple parmi d’autres.

    Cet argent doit être redistribué dans la société. Ce que n’a jamais voulu faire, en dix ans, le président des riches. Sa politique est un échec cuisant, en témoigne notamment le taux de chômage à 8,5%. Si l’argent a ruisselé, c’est dans les poches des actionnaires, des milliardaires.
    Le mouvement social l’a compris depuis longtemps, lui qui a souffert de cette prime aux hauts revenus. Aujourd’hui, la coupe du mépris est pleine et les rues se remplissent.

  • Message aux profiteurs de guerre

    Message aux profiteurs de guerre

    Alors que notre monde est déchiré par les guerres et que l’élévation des tensions internationales fait craindre une généralisation des conflits, l’initiative mondiale pour la paix à laquelle participent les travailleurs des Ports et docks, à l’appel de la Fédération syndicale mondiale, est particulièrement remarquable.

    Elle affirme la solidarité entre des salariés des cinq continents et le caractère de classe du combat pour la paix : les guerres bénéficient aux puissants et jettent les travailleurs les uns contre les autres.

    Dans notre région, l’engagement des portuaires et des dockers pour la paix est le fruit d’une longue tradition internationaliste. Après un engagement sans faille contre les guerres coloniales, le refus récent de charger des armes destinées à nourrir la guerre au Proche-Orient a envoyé un signal très clair à nos gouvernants.

    Un élan mondial salvateur

    Il est facile de se déchirer, de se haïr, de se regarder en chiens de faïence. Les portuaires et les dockers de 23 pays à travers le monde font un choix bien différent : celui de l’action collective, du rapport de force avec les puissants et du rejet des logiques bellicistes.

    Cet élan mondial est salvateur dans une période où le retour des impérialismes, des nationalismes et des extrémismes menace notre avenir commun.

    Il intervient en France dans un moment particulier, marqué par un puissant mouvement social, mais aussi un attentat raciste.

    Dans ce contexte, le message de la grève des ports et docks pour la paix revêt une dimension supplémentaire : l’affirmation de la force des travailleurs quand ils agissent ensemble et de la solidarité qui les unit quelle que soit leur origine, leur couleur de peau ou leur foi.

  • Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Singulier échange hier entre des lycéens marseillais et des lycéens tunisiens à l’occasion des Rencontres d’Averroès.

    En apparence si différents, ces jeunes sont si semblables dans leurs aspirations, leurs doutes, leur rapport à l’avenir.

    De part et d’autre de la Méditerranée, ces jeunes sont confrontés aux questions posées par notre drôle d’époque
    à la nouvelle génération.

    Cet échange a eu lieu alors que la France
    est secouée par un mouvement social d’une très grande ampleur, initié par des lycéens, mais aussi par le contrecoup de l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi.

    Cauchemar social et identitaire

    Quelles perspectives d’avenir notre monde offre-t-il à sa jeunesse ? Une vie socialement pire que celle vécue par les générations précédentes ? Un cauchemar identitaire ?

    Si l’on ajoute à cela, les guerres qui défigurent la planète et les conséquences du dérèglement climatique… Il y a de quoi plonger dans un infini marasme.

    Personne ne peut s’épanouir avec le poids du fatalisme et de la désespérance sur les épaules.

    C’est aussi la raison pour laquelle le mouvement de la jeunesse en cours dans notre pays et ailleurs dans le monde doit obtenir des réponses concrètes à ses revendications légitimes.

    Tout doit être fait pour lever les obstacles qui bouchent l’horizon et permettre aux jeunes de faire des rêves.

    Cela ne se fera pas sans eux, sans leur détermination individuelle et leur mobilisation collective pour remettre nos sociétés sur le chemin du progrès et de la paix.

  • Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    De quoi Parcoursup est-il le nom ? D’abord d’une grande opacité : depuis sa mise en place, l’avenir de nos enfants est confié à un algorithme obscur qui gère la pénurie des places dans l’enseignement supérieur. Ensuite, c’est aussi le nom d’une grande angoisse parmi les jeunes et dans les familles liée au sentiment de ne pas avoir de prise sur son destin quels que soient les efforts produits. Enfin, Parcoursup, c’est le nom d’une interface numérique qui masque le problème du manque de moyens dans l’enseignement supérieur français alors qu’on estime qu’entre 2004 et 2024, le nombre d’étudiants a augmenté de 33%, tandis que celui des enseignants titulaires du supérieur a diminué de 8%.

    Sous la pression du mouvement lycéen, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé que cette plateforme d’orientation post-bac sera remplacée en 2028, après une « évolution forte » vers plus de transparence l’an prochain.

    La jeunesse mérite mieux

    C’est le sens du débat sans-vote qui est programmé, ce mercredi, à l’Assemblée nationale.

    Les lycéens mobilisés comme les parlementaires ne doivent pas lâcher la proie pour l’ombre : si le gouvernement semble prêt à jeter symboliquement Parcoursup par-dessus bord pour tenter de trouver l’apaisement, c’est bien la politique qui est derrière cette plateforme qu’il faut abandonner. Une politique d’austérité et de gestion de la pénurie.

    La réalité est là : en plus des insatisfactions et des injustices produites par ce système, 126 500 candidats sont restés sans affectation cette année et 150 000 jeunes sont contraints de se tourner vers le privé, au prix de frais exorbitants et de l’endettement de leurs familles.

    La jeunesse mérite mieux.

  • La République en miettes

    La République en miettes

    La visite éclair du chef de l’État avait de quoi surprendre hier. Emmanuel Macron souhaitait sans doute,
    à travers ce déplacement, afficher sa proximité avec les commerçants et
    les forces de l’ordre
    dans une ville qui a particulièrement souffert des émeutes et des pillages du 17 octobre. Il s’y est exprimé en « super ministre de l’Intérieur ». Reconnaissant les défaillances du dispositif de sécurité, le président de la République, peu enclin à l’autocritique, a fait montre d’une humilité qu’on ne lui connaissait pas face à une situation
    où l’État a eu bien du mal à reprendre le contrôle.

    Il a dit avoir demandé à son gouvernement d’apporter des réponses aux revendications légitimes des lycéens
    et de trouver des « compromis » avec les forces sociales mobilisées contre la vie chère. Mais il n’a pas tracé lui-même de perspective de sortie de crise, estimant anormal que le pays
    « soit dans cet état d’ébullition », six mois avant la présidentielle.

    Rôle du chef
    de l’État

    C’est pourtant l’un des traits du mouvement en cours : les jeunes comme les salariés étranglés
    par la vie chère veulent des réponses ici et maintenant car ils ne peuvent plus attendre
    et ne croient pas en l’homme ou en la femme providentiels.

    C’est ce qui les a poussés à descendre en masse dans la rue samedi dernier, malgré les interdictions et le climat de peur qui s’est installé après les violences qui ont éclaté le 17 octobre.

    À côté du président de la République qui prônait le retour à l’ordre,
    le maire de Marseille
    a appelé à une solution politique et au respect
    des droits et libertés constitutionnels. Un rôle que devrait endosser le chef de l’État avant que de la République, il ne reste que des miettes.

  • Déterminés

    Déterminés

    Les manifestations massives et pacifiques de samedi, sont un nouveau camouflet pour le chef
    de l’État, bunkérisé à l’Élysée. En dépit du climat de peur qu’il a voulu entretenir après son propre fiasco du 17 octobre, Emmanuel Macron fait face à un mouvement social d’ampleur qui agrège toutes les générations,
    les plus jeunes en tête.

    Lui qui pendant dix ans
    a méprisé les syndicats
    et les Français, doit désormais répondre
    aux revendications
    et son gouvernement doit profondément amender son budget 2027 qui ne promet que des larmes en épargnant les plus aisés. Car la colère n’est pas près de s’essouffler et l’aspiration à la justice et à la liberté encore moins.

    Dimension anti extrême droite

    La décision d’interdire les manifestations a eu pour effet de renforcer la détermination des citoyens. Les préfets aux ordres ont dû reculer notamment à Marseille. Selon la CGT, 800 000 personnes ont manifesté partout en France dont 100 000 à Marseille qui a rassemblé au-delà de la ville. À la justice sociale et aux légitimes revendications sur les salaires et les services publics, la dimension politique contre l’extrême droite s’est aussi fortement exprimée. Contre le crime raciste de Trappes, des minutes de silence ont été observées. À Orléans,
    les syndicats, dont la CGT en la personne de sa secrétaire générale Sophie Binet, et les partis de gauche, ont manifesté contre le RN qui y tenait congrès et où la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen, a lancé sa campagne pour l’élection présidentielle du printemps prochain. Le mouvement social est en train de prendre toutes ses responsabilités pour imposer un autre avenir au pays. Prochain rendez-vous, le 5 novembre.

  • Manifester, une conquête sociale

    Manifester, une conquête sociale

    C’était un 17 octobre. Mais en 1909 ! Ce jour-là, à Paris, une immense manifestation noircit le pavé pour protester contre l’exécution en Espagne de l’anarchiste Francisco Ferrer, une grande figure du mouvement socialiste. L’émotion est mondiale chez les progressistes. Jean Jaurès, à la tête de l’Humanité, est à la manœuvre de cette grande journée parisienne. Quelques jours plus tôt, le 13 octobre, trois cortèges, dont un lancé par l’Humanité, avaient défilé dans le plus grand désordre et avec des coups des deux côtés de la barricade. Ils étaient 20 000 selon les historiens. Le 17 octobre, ils seront 80 000 et la manifestation fut puissante et pacifique. Le rapport de force avait permis à Jaurès de faire plier le préfet Lépine et on passa ainsi de l’insurrection à la manifestation organisée.

    Justice sociale

    Le premier jalon du droit de manifester, était posé ce jour-là par le mouvement social.

    Plus d’un siècle plus tard, ce retour sur notre histoire commune nous dit une chose fondamentale : le droit de manifester est une conquête citoyenne et sociale né de rapports de force entre les tenants de l’ordre immuable et les forces vives de la société avançant pour leurs droits, la justice sociale. Ce droit de manifester est désormais inscrit dans la constitution. Les interdictions de manifester ordonnées par les préfets, obéissant aux ordres du chef de l’État, sont donc d’une gravité absolue au regard de notre histoire. Les reculs obtenus notamment à Marseille sont les fruits d’âpres discussions mais, surtout, de la détermination du mouvement social face au mépris du pouvoir actuel. Le geste de Jaurès, fondateur, est toujours d’actualité.